Histoires courtes d’Eridine – 2016

Pour cette fin d’année 2016, j’avais organisé un concours pour gagner un recueil de nouvelles.

Histoires courtes d’Eridine

PUBLIC AVERTI

Romances courtes M/M – Couple gay

Toutes les histoires sont des œuvres fictives. Les noms, les personnages, les lieux et les situations sont le produit de mon imagination et sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux, des événements ou lieux est purement fortuite.

Regroupement de 3 nouvelles

Histoire de Loup (Aurélien & Nolan)

Une nuit près de toi (Benoît & Nathan)

24H en enfer (Alexy & Paul) retirée, fiction à revoir ^^’

 

Bonne lecture

 

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Nouvelle courte 2 : Une nuit près de toi

Résumé : Benoît ne supporte plus Nathan. Ce dernier ne semble pas le traiter comme un amant… alors, il décide de partir.

Note : Cette histoire ne devait pas avoir de suite puisque c’était censée être une nouvelle courte, mais après quelques demandes, une suite a vu le jour (pour l’instant, il ne contient que 4 chapitres)

Une nuit près de toi

Benoît ne réfléchissait plus. Ses gestes étaient seulement dictés par le vide de son couple. Assis dans sa voiture, il voulait juste une dernière fois, revoir celui qu’il avait tant aimé. Ses mains serrèrent durement le volant quand, le cœur meurtri, il l’aperçut à travers son pare-brise. Comme pour imprimer une dernière fois l’image de son amant, il essayait de le détailler mais, ses traîtresses de larmes l’en empêchèrent.

Il baissa la tête et lâcha un gémissement. Devait-il laissé au passé ce qui n’existait plus ? Son cœur, saurait-il oublier l’homme qui avait compté dans sa vie ? La peine, valait-elle ce sacrifice ? Il releva son visage humide et sentit la caresse d’une brise balayer ses cheveux blonds en même temps que ceux de son brun ou, plus précisément, ceux de son ex-amant.

Il ferma quelques secondes son regard humide et massa lentement ses paupières. Il avait pris la décision de le quitter sans rien lui dire et en lui laissant une lettre par lâcheté. Il ouvrit ses yeux et essuya d’une main tremblante ses joues.

— Nathan, murmura-t-il dans un souffle.

C’était un nom qu’il avait tellement de fois prononcé avec amour que cela lui était pénible de ne plus le dire. La douleur serait-elle toujours présente ? Elle savait pénétrer dans chacune de ses cellules, obligeant sa poitrine à se comprimer au rythme de ses sanglots. Pour cette seule fois, il devait laisser parler sa colère s’il désirait parvenir à la faire taire à tout jamais. Mais la mélancolie, en parfaite amie, rendait ce moment encore plus difficile à supporter.

Le souffle saccadé et le cœur déchiré, il souffrait cruellement de cette séparation qu’il s’infligeait. Il n’avait jamais autant aimé une personne. Nathan, qui tenait trop à sa liberté, la retrouverait en l’oubliant. À cette pensée, son estomac se tordit de douleur.

Benoît devait l’effacer de sa vie pour son bien-être. Son amour pour cet homme était tellement indescriptible qu’il pourrait certainement en mourir de chagrin. Mais, Nathan en valait-il le coup ?

En secouant rageusement la tête, les paupières closes, ses larmes redoublèrent… parce que, finalement, Benoît ne comptait pas assez à ces yeux…

Toujours ces putains de sorties, ces putains de potes qui l’entraînaient toujours au-dehors, ces putains de filles qui l’éloignaient inévitablement de lui…

La veille, il avait regardé Nathan et ses amis jouer au tarot. Totalement invisible lorsque son amant se trouvait avec eux, Benoît avait préféré aller se coucher. Il avait pris sur lui la boule qui avait noué sa gorge en s’approchant doucement de Nathan pour lui souhaiter bonne nuit.

— Tu ne vois pas que je suis occupé ? lui avait-il grincé en séparant leur visage d’une main.

Blessé. Juste blessé d’être traité comme un objet. Benoît n’avait rien dit devant les regards qui le détaillaient méchamment de bas en haut. Oh oui, il savait très bien ce que SES copains pensaient de lui. Il n’était peut-être pas aussi séduisant que Nathan, mais il était tout de même fier de son corps potelé. Il n’était pas non plus gros mais il était vrai que, parfois, il se demandait comment son amant avait pu vouloir sortir avec lui.

Il le connaissait assez pour savoir que ce dernier aimait se montrer autoritaire et maître de lui. Alors, il le laissait faire devant ses amis. De toute façon, Benoît ne vivait pas avec eux… mais, hier soir, Nathan avait été trop loin…

— Mais qu’est-ce que tu fous avec un mec comme ça ? avait-il entendu, à peine la porte du salon franchie, d’une jeune femme, tu es trop mignon pour lui !

— Bah, quoi ? avait seulement répliqué son amant.

— Allez, avait-elle poursuivi d’une voix mesquine, tu peux nous le dire ! C’est ta petite pute !

Les éclats de rire lui avaient transpercé le torse. Les larmes rageusement bloquées au bord des yeux, il se souvenait d’avoir plaqué une main contre sa bouche quand un autre avait continué :

— Ah, tiens, dis-moi,… t’as remarqué le nouveau petit cul qui traine dans notre bar ?

— Rho ouai, avait répondu un autre, je me le défoncerais bien celui-là !

— En tout cas, avait repris le premier, il vaut bien mieux que celui que tu tapes ! Non mais sérieux, mec ? Comment fais-tu pour… arghhh, enculer ce gros ?

Il n’avait pas pu en supporter davantage qu’il était parti dans sa chambre. Pleurant en silence dans leur lit, il avait à peine entendu les bruits de fracas qui s’étaient produit dans le salon. Les mains sur les oreilles, il n’en pouvait plus.

Au petit matin, il avait trouvé un mot sur la commode d’entrée : « Ne m’attends pas, je rentrerais tard, je t’aime Nath ». Sans jeter un coup d’œil à la salle de séjour, il s’était dirigé vers ses armoires et avait remplis ses valises.

Y avait-il une once de vérité dans ce court message ? Le mensonge aurait dû être une évidence, Nathan ne lui avait jamais murmuré ces petits mots. Les lèvres déformées par la peine, Benoît avait choisi, à cette seconde, de tout abandonner.

Ils s’étaient tous les deux rencontrés dans une maison de retraite pendant les vacances d’été. Nathan qui y animait les après-midi était, certes, séduisant mais, il était tellement agréable avec sa grand-mère que cette dernière l’avait presque poussé dans ses bras. Déjà dévalorisé par son physique, il n’avait pas beaucoup confiance en lui alors, quand un soir, il avait réussi l’exploit de l’inviter à boire un verre, il se souvenait d’avoir tremblé de tous ses membres en bégayant :

— Est-ce que… tu es libre ?

Pour toute réponse, les lèvres de Nathan s’étaient pressées contre les siennes, faisant exploser un feu d’artifice dans son cœur. Il avait souri en le voyant lui tendre une rose rouge du jardin. Peu importait à ce moment-là si ce geste allait avoir de lendemain, il s’était senti pour la première fois désirable.

Mais, aujourd’hui, il avait un sourire amer. Son amant s’était seulement foutu de sa gueule. L’avait-il trompé ? Sûrement, se disait-il en frappant rageusement le volant.

Il y avait cru et, maintenant, son cœur ne se remettrait jamais de cet homme. Nathan lui avait pris son âme et son amour… mais, que lui avait-il donné en retour ? Une vie seulement vide de sens, juste une illusion. Y avait-il eu au moins de la sincérité dans ses gestes ? Y avait-il eu vraiment de l’amour dans ses yeux quand ils couchaient ensemble ? Faire l’amour ? Pff, à quoi rimer ce mot quand il entendait la manière dont il parlait de lui. C’était un type qui pouvait avoir n’importe qui et Benoît s’était leurré.

Il serra ses dents en réalisant qu’il s’était seulement fait baiser dans tous les sens du terme. Sa lèvre inférieure tremblota lorsqu’il vit que la chemise de son ex était légèrement déchirée. À cette vue, il démarra, le corps tremblant, quand il s’aperçut que Nathan venait d’entrer dans leur appartement.

« Il me trompe,… et moi, je t’attendais tous les jours comme un con… ». Il rit de son imbécillité. Depuis quatre mois qu’ils vivaient ensemble, il avait cru pouvoir le garder pour lui. Benoît l’aimait si fort qu’il faisait l’impasse sur ses sorties nocturnes mais, Nathan tenait trop à sa vie de débauche. Il avait supporté ses soirées de solitude, pour ensuite assouvir ses désirs avec lui… Voilà à quoi se résumait sa vie de couple, un faux-semblant qui avait fini par le détruire. À vingt-trois ans, il avait la vie devant lui. La seule chose à faire était de tourner la page et, ainsi, Nathan retrouverait enfin sa liberté de baiser qui il voudrait.

Tout en conduisant, l’air frais de ce printemps lui rafraîchit le visage. Benoît allait reprendre sa vie en main et l’effacer de sa mémoire. Il oublierait le regard noisette envoûtant de son ex, parce qu’il était certain que Nathan ne viendrait jamais frapper à sa porte.

***

Quand Nathan pénétra dans sa chambre, il la découvrit entièrement vide de la présence de Benoît. Sa gorge se noua subitement en apercevant un mot mis en évidence sur son oreiller : « Ne m’attends plus, je te rends ta liberté, Benoît ». Il jeta la feuille en boule dans la poubelle en grognant de colère.

***

Benoît avait passé la matinée à ranger son appartement. Celui qu’il avait délaissé pour vivre avec son ex. Les larmes aux yeux, il laissait abondamment couler ses perles en se disant que c’était mieux ainsi. Puis, en reniflant, il avait bien fait de conserver son T1… peut-être, l’avait-il toujours su ? Épuisé de se poser autant de questions, il n’avait qu’à se rappeler des mots odieux que Nathan n’avait pas pris la peine de défendre.

Benoît était un jeune homme un peu enrobé. Il savait que son corps n’était pas celui d’un athlète et, sûrement, son amant aurait préféré quelqu’un de plus fin et de plus beau. Sur ses horribles pensées, il s’allongea sur son lit en sachant qu’il ne s’était jamais senti aussi bien avec un homme.

Nathan l’avait mis à l’aise avec son corps. Sa peau se souvenait encore des caresses qui savaient le faire frissonner, mais tout cela n’avait été que des mensonges… alors, en sanglotant encore et encore de chagrin, il s’endormit pour alléger le poids de sa souffrance.

***

Parallèlement, Nathan, devant la porte de Benoît, sentait le stress monter en lui. Il n’avait jamais fait ce genre de chose auparavant. Il n’était pas de ceux qui s’excusaient auprès de son mec, mais ce matin, en lisant mainte et mainte fois le mot, il avait compris que Benoît avait entendu la conversation de la veille.

Pourtant, il avait foutu deux beaux coups de poing à ses connards qui se disaient être ses amis. Il y était allé un peu fort, mais c’était de son homme que ces derniers critiquaient et ça, ça commençait sérieusement à lui taper sur le système. Il admettait qu’il n’était déjà pas très tendre avec Benoît, or cela ne leur donnait pas le droit de le rabaisser.

La présence des amies de ses soi-disant camarades l’avait empêché de déraper. Cependant, il ne supportait plus leurs dires. Joé et Jason s’étaient retrouvés avec le nez cassé. Malgré ce geste, ses deux derniers s’étaient quand même confondus en excuses tout en lui disant qu’ils ne pensaient pas que Benoît l’avait autant rendu accro.

Nathan, ravalant sa colère, avait fini par les accompagner à l’hôpital et, maintenant, il fixait piteusement la porte.

***

Lorsque la sonnette retentit, en début de soirée, Benoît, les yeux encore rougis, ouvrit la porte quelques secondes pour la claquer violemment.

— Benoît ! s’écria son ex qui osa entrer chez lui.

Sans lui répondre, il saisit un carton qui contenait les CD et DVD de Nathan puis les lui remit entre les mains.

— Voilà ce qui t’appartient.

— Ben ?

Il essayait de toutes ses forces de ne pas pleurer devant ce connard.

— On n’a plus rien à se dire, marmona-t-il péniblement en évitant de le regarder.

À peine eut-il dit ses mots que Nathan claqua la porte. Le cœur palpitant, celui-ci l’empoigna fermement et l’emmena dans sa chambre pour le jeter sur le matelas.

— Nath ? paniqua subitement Benoît en le voyant agir de la sorte, qu’est-ce que tu…

Les lèvres de son ex se posèrent sur les siennes. Il tenta de se dérober, mais ce dernier, à califourchon sur son corps, se colla audacieusement contre le sien.

— Nath,… arrête,… tu…

Benoît qui releva son buste en s’accoudant se maudit d’aimer ces baisers contre sa peau. La respiration saccadée, il bascula la tête en arrière, laissant son cou se faire dévorer par les lèvres de Nathan.

— Reste, lui murmura son ex en calant une main contre sa nuque.

Comme revenu à la raison, Benoît détourna son visage sur le côté tout en tentant de s’extirper de son emprise.

— Pour quoi faire ? Te vider les couilles et…

Nathan l’obligea à s’allonger contre le lit et, une main de ce dernier contre sa bouche, il l’écouta lui murmurer doucement :

— Ne me parle pas comme ça, ce n’est pas toi…

Les yeux brillant plantés dans ceux de son interlocuteur, il fronça ses sourcils.

— Tu vaux bien mieux que mes amis, poursuivit son ex, et,… je te demande pardon, je sais, j’ai été nul…

Nathan retira sa main pour l’enlacer tout contre lui. Le corps tremblant, il ne savait plus ce qu’il devait faire. Se sentir blottir ainsi le rendait vulnérable.

— C’est juste que, reprit Nathan,… tu me connais, je suis comme ça et quand je suis avec eux, j’ai tendance à t’oublier et c’est impardonnable, je le sais et… je vais changer ça…

Benoît le dévisagea froidement. Il ne devait pas céder. C’était trop facile.

— Non, répondit-il, tout ce qui t’importe c’est ta personne ! Moi, je ne suis rien que ton jouet !

— Crois-tu vraiment que je t’embrasserais comme ça…

Nathan déposa un baiser contre ses lèvres puis enroula tendrement sa langue à la sienne, les entrainant dans une valse des plus bouleversantes. Le cerveau de Benoît reconnaissait seulement qu’il embrassait bien… vachement bien !

— Crois-tu que ça m’amuse de toucher un corps qui ne me plairait pas ? ajouta-t-il en glissant une main sous son T-shirt. Crois-tu que je pense à quelqu’un d’autre quand nous faisons l’amour ?

La jambe gauche de Benoît fut relevée par un coup de genou, laissant une main de Nathan lui caresser le sexe déjà durci.

— Crois-tu que tu ne me fais pas d’effet ?

Benoît ferma ses paupières en retenant ses gémissements. L’entrejambe de son brun contre sa cuisse droite augmenta l’envie qui le saississait.

— Est-ce qu’au moins, murmura Benoît d’une voix tremblante, tu m’aimes ?

Il avait besoin de savoir. Il pouvait comprendre que Nathan pouvait être fier de sa personne, mais cela ne justifiait pas qu’il ne le lui dise jamais.

Le silence qui suivit lui brisa le cœur, déchirant une petite fibre au fond de lui. En tentant de se dégager, il fut maintenu par les mains de son amant qui le fixait maintenant d’un regard indécis.

 

Nathan observait le regard marin de Benoît qui semblait attendre une réponse positive. Après tout ce que ce dernier avait subi sans une seule fois ronchonné, son blond avait le droit d’entendre ses simples petits mots.

Il n’avait jamais eu de mal à trouver un homme pour combler ses soirées de solitude, mais depuis qu’il avait posé son regard sur Benoît, il n’avait rien compris à la situation. Plus aucun homme ne parvenait à le satisfaire. Il se rappelait encore du jour où, en se dirigeant dans la chambre d’une des pensionnaires qu’il devait rapatrier dans la grande salle commune, ses yeux s’étaient posés sur Benoît.

Celui-ci ne ressemblait à aucun de ses ex. Il était plutôt d’un genre naturel et sans prétention. Au pas de la porte de la grand-mère, il l’avait observé discuter puis rire avec la vieille dame. Ensuite, le temps d’une fraction de seconde, il avait croisé deux beaux yeux bleus azurs qui avaient réussi à le rendre muet. Dans l’incapacité de le saluer correctement, Nathan s’était senti stupide de lui hocher seulement la tête.

Il se rappelait d’avoir été hanté par le visage enfantin et rieur de Benoît. Les jours qui avaient suivi, il avait espéré le revoir puis, ayant l’habitude d’être toujours accosté, il n’avait pas osé l’aborder.

C’était pitoyable de sa part parce que c’était bien la première fois de sa vie qu’il s’était jeté sur les lèvres d’un homme pour répondre à une invitation. Nathan qui aimait bien garder le contrôle de sa vie avait perdu toute sa maîtrise devant Benoît. Il se souvenait encore de ses propres mains qui tremblaient comme un adolescent.

Mais, comme le pire des crétins, il se sentait obliger de rester fidèle à lui-même en présence de ses amis. Parfois, il se disait qu’un jour, Benoît s’en irait et c’était ce qui était en train de se produire.

Il revint au présent et déglutit en tremblant de tous ses membres. Il n’y avait que Benoît pour lui ôter toutes ses forces et il détestait la sensation d’être pris au piège… mais, au fond, il aimait que ce soit son amant qui ait autant de pouvoir sur lui.

 

— Ce n’est pas grave Nath, souffla Benoît en laissant échapper un sanglot, c’était bien nous deux mais je crois que je ne te suffis pas, tu sors en me laissant seul, tu rentres tard quand moi je pars travailler et, de toute façon, on ne se voit presque pas, donc, c’est comme si, on n’a jamais été en couple, et puis, je t’ai vu ce matin, je suis sûr que tu as bien dû t’éclater cette nuit…

— Ben ? Je, non ! Je ne t’ai jamais trompé si c’est ce que tu insinues !

— Ce n’est pas grave, abandonna-t-il en séchant ses larmes.

— Si, ça l’est ! Surtout, si tu ne me crois pas !

— Comment te croire ? lacha-t-il subitement, tu te plais dans ce genre de relation ! Pas moi ! Moi, je te veux en entier ! Pas à mi-temps !

Nathan réalisait sa connerie. Il allait le perdre. Cependant, il n’avait aucune envie de lui donner la raison de sa sortie. À quoi cela lui servirait-il ? Benoît était plus important que ses connards d’amis. Il l’enlaça et murmura à son oreille d’une voix vibrante au rythme de ses battements de coeur :

— Je t’aime.

Benoît, surpris par sa déclaration, plissa ses paupières et se permit de le dévisager en hoquetant. Il y avait dans les yeux noisette de Nathan une lueur de panique qui comprima sa poitrine. En découvrant une nouvelle facette de son aîné, ses lèvres se déformèrent en un rictus de soulagement.

— Répète ? demanda-t-il en tentant de sourire à travers ses autres larmes.

Nathan, les joues violemment empourprées, se racla la gorge :

— Je t’aime, lui réitéra celui-ci, les joues cramoisies.

Benoît sentait que ces quelques mots étaient très difficiles à sortir de sa bouche. Le visage empourpré de son aîné lui embauma même le cœur. Ce n’était pas souvent que ce dernier se mettait à nu et, dans cette situation, il donnait l’air d’un petit garçon intimidé.

— Encore, supplia-t-il en essuyant ses joues.

— Aurais-tu perdu l’usage de l’ouïe ? lui demanda-t-il en déposant un baiser sur ses lèvres.

— C’est vrai, tu m’aimes ? minauda Benoît, totalement retombé sous son charme.

Les joues en feu, Nathan contempla le visage de Benoît en le caressant avec beaucoup d’attention. Ce dernier ne savait pas combien il représentait à ses yeux. Il n’avait jamais murmuré ces mots et jamais, il n’aurait cru un jour parvenir à le dire.

— Oui… et si tu veux, chuchota-t-il à son oreille,… je peux même te le montrer, c’est sûrement la meilleure chose à faire et puis, tu ne m’aides pas…

Benoît sourit en gémissant tout contre son amant.

— Pourquoi ? s’amusa-t-il à dire, le cœur à nouveau heureux.

— Tu m’excites, lui dit Nathan en collant son bassin contre le sien, et il n’y a que toi pour me mettre dans cet état…

Benoît, enivré par ses mots, se cambra sous le poids de son amant qui, une main glissant sous son boxer, faisait déjà des mouvements de va-et-vient sur sa virilité. Nathan le torturait. Ces lèvres parsemaient des baisers chauds et humides sur ses joues, sa bouche et son cou.

Il gémit quand son amant retira ses bas sans prévenir alors que son esprit commençait à se laisser aller. Le corps nu et tremblant, il regarda son aîné qui se déshabilla à son tour. Il ne pouvait pas s’empêcher de le trouver beau.

— Je sais à quoi tu penses, le coupa Nathan qui reprit place au-dessus de lui, mais je te rassure, poursuivit celui-ci en relevant son buste, dans cette position, tu es « waouw » tout ce que j’ai envie de consommer, et pour rattrapper mon erreur de la nuit dernière, je vais te faire hurler de plaisir mon petit cœur…

Benoît, jambes écartées et talons à ces épaules, prêts à s’offrir à Nathan, rougit en l’écoutant. Il voulait encore y croire, à s’en brûler les ailes si jamais tout cela n’était encore que des mensonges. Prisonnier de cet homme, il s’abandonna en gémissant de plaisir. Les baisers étaient plus doux et plus profonds. Les caresses avaient un toucher qui semblait lui garantir une jouissance inoubliable.

Son amant, qui savait le rendre fou de lui, le préparait pendant que ces lèvres humides mangeaient gentiment les siennes. Benoît venait de perdre ses derniers neurones.

Lorsque Nathan s’insinua en lui, un long râle de satisfaction franchit de sa gorge avant d’être étouffé par les lèvres souriant de son aîné. C’était bon. Horriblement bon pour ne pas hurler de plaisir. Il arqua son dos et héla des mots indécents entrecoupés de cris quand les mouvements de va-et-vient se rapprochèrent de plus en plus vite, claquant leurs peaux entre elles.

Il aimait le côté sauvage de Nathan. Il avait l’impression que plus rien n’existait et que durant ces quelques secondes de bonheur, il n’y avait que lui qui comptait. À chacun de ces coups de reins, il le sentait profondément en lui, percutant le point sensible qui le poussait à hurler de plaisir. Des milliers de papillons tourbillonnaient au fond de ses entrailles, non loin d’exploser toute cette envie. Il ancra ses mains sur les épaules de Nathan et ferma ses paupières pour savourer leur union.

Il grogna en écarquillant les yeux quand Nathan se retira soudainement de lui pour le rouler à plat ventre. Il se redressa sur ses avant-bras pendant que son amant releva ses fesses et,… il gémit en le sentant à nouveau en lui.

Ainsi imbriqué, il avait la certitude qu’il était le seul à le compléter.

— Nath, supplia-t-il en sentant son propre sexe devenir douloureux, plus vite !

Les mains de son amant se plaquèrent fortement contre ses hanches et Benoît se délecta des frissons qui parcoururent son corps. Les claquements de peaux résonnèrent dans la pièce, recouvrant à peine leurs gémissements rauques.

C’était agressif et bestial. Les baisers de Nathan étaient plus violents contre sa nuque, presque des morsures. Benoît sentit subitement une fulgurante chaleur envahir ses reins, rompant quelque chose au fond de son être et, le souffle coupé, il jouit en même temps que son amant.

Se laissant choir sur le matelas, Nathan le suivit et roula sur le côté puis, un sourire de béatitude au bord des lèvres, Benoît sentit la chaleur des bras puissants de son homme l’attirer tout contre son corps. C’était, comme toujours, très bon.

— Je t’aime, murmura-t-il en se lovant confortablement face à son aîné.

— Je sais quand tu prends ton pied, le taquina Nathan les yeux clos, c’est quand tu gémis comme une fille…

— Eh !

— Hum,… susceptible en plus…

L’éclat de rire de Benoît embauma dans toute la chambre.

C’était ainsi que Nathan l’aimait : naturel et sincère.

***

La semaine s’écoula comme dans un rêve. Benoît était heureux et Nathan le lui prouvait chaque jour. Un soir, en rentrant d’une longue journée de travail, il entendit des voix dans la cuisine. Il n’eut pas le courage de se présenter lorsqu’il reconnut celle de Jason.

— T’as fondu, quoi ? chuchota ce dernier.

— Ouais, cinglait son amant sur un ton moqueur,… et si tu continues, c’est mon poing qui va fondre sur ta gueule !

— Okay, c’est cool, mec, c’est juste que t’es con de ne nous avoir rien dit, tu sais comment on est entre nous et, avec Joé, on s’était juré de respecter le premier gars qui te rendrait heureux et,… je m’aperçois que c’est chose faite, c’est juste que t’as déconné mec, j’espère que t’as conscience que tu as vraiment quelqu’un de bien…

— Je sais Jason.

— Tu ne vas plus lui briser le cœur ?

— Ce n’est pas son cœur que je vais risquer de briser mais ton nez si tu n’arrêtes pas de parler !

— Je vois que tu as décidé d’être un tendre ?

— Mnh, grognait son amant, laisse ses roses tranquilles !

Benoît sourit en entendant cela. Nathan resterait toujours… Nathan et, c’était son homme : l’homme de sa vie. Finalement, tout semblait bien reparti !

Fin

Si vous avez aimé, pensez à laisser un commentaire, ce n’est pas grand chose, mais ça fait toujours plaisir.

OS2, c’est ici

Nouvelle courte 1 : Histoire de loup

Résumé : Nolan et Aurélien sont mariés depuis quelques années. Leur fils, Eli apprend qu’il va être grand frère et il ne l’accepte pas. Nolan discutera avec lui puis, petit à petit, cela lui rappellera une histoire de loup.

Note : Cette histoire a été publiée sur le magazine de MM reader dans sa version fanfiction.

 

Histoire de loup

 

— Eli ?

Nolan poussa la porte de la chambre de son petit garçon de six ans et l’aperçut assis au bord du lit, la tête tournée à son opposé. Il leva quelques secondes son regard vers le plafond. Eli était peut-être génétiquement son fils, mais il devait bien admettre qu’il ressemblait de plus en plus à son mari Aurélien.

Il prit place à côté d’Eli qui serrait deux peluches contre le torse. Il profita du silence pour lui caresser les cheveux bruns. Cette année, avec Aurélien, ils avaient décidé d’agrandir la famille. Noémie, leur meilleure amie, qui avait porté Eli avait accepté de renouveler l’expérience en portant, cette fois-ci,  le bébé issu du sperme de son mari.

Ce matin, jour de congé de son compagnon, Aurélien était si excité à l’idée d’avoir un autre enfant à la maison qu’il l’avait maladroitement annoncé à leur garçon. Évidemment, depuis, Eli boudait dans sa chambre.

— Papa m’a dit que tu ne voulais pas de petit frère ? demanda-t-il.

Eli redressa son buste et posa ses peluches sur l’oreiller. Il se mit debout devant lui, croisa les bras sur sa poitrine et leva son visage rond vers le sien, lui dévoilant des yeux bleus et brillants.

— Non ! lui répondit-il d’un air catégorique. De toute façon, je ne l’aimerai pas. Je ne l’aimerai jamais !

Nolan le dévisagea, inquiet que la nouvelle le mette dans cet état.

— Pourquoi es-tu fâché après lui ? Le bébé n’est pas encore là et…

— Parce que, l’interrompit le petit en se renfrognant davantage tout en fixant maintenant le plancher, je n’aime pas les petits frères !

— Hé ? Trésor, murmura Nolan, de quoi as-tu peur ?

Il l’entendit renifler avant de baisser les bras le long du corps et marmonna d’une voix tremblante :

— Je ne serais plus votre trésor…

Le cœur de Nolan fondit devant ces quelques mots d’enfant. Il tenta de l’attirer tout contre lui, mais la résistance que mit son fils l’obligea à lui répondre.

— Tu seras toujours notre trésor, papa Aurélien et moi t’aimerons quoi qui puisse se passer. Tu es notre fils.

— Mais, bredouilla Eli en levant son regard humide vers lui, ça veut dire que vous allez m’aimer moins pour aimer le bébé !

— Viens là, lui intima-t-il en le faisant assoir sur ses genoux, nous n’allons pas t’aimer moins ou à moitié, au contraire, nous avons tellement d’amour à donner qu’il ne fera que grandir, tu comprends ?

— Papa et toi, vous m’aimerez toujours pareil ?

— Oui.

— Même si je fais des bêtises ?

— Oui.

Nolan sourit quand son fils sauta sur ses pieds et se tourna vers lui en semblant réfléchir à ce qu’il venait de dire.

— D’accord, chuchota Eli comme s’il donnait enfin sa permission de partager ses pères.

Nolan se leva, ravi de la petite conversation puis se dirigea vers la porte en lui rappelant qu’ils allaient bientôt passer à table.

*

Le soir, dans son lit, après un repas rempli de questions d’enfants, Nolan regarda son mari s’allonger en boxer à ses côtés. Il se cala contre le torse d’Aurélien et l’embrassa passionnément.

— J’espère que le prochain sera moins caractériel, murmura-t-il en s’écartant un de peu de lui. Eli te ressemble de plus en plus à ce niveau-là.

— Oh, tout de même, je n’étais pas comme ça enfant ?

Nolan le scruta un moment puis éclata soudainement de rire.

— Rappelle-toi de notre première rencontre, le défia-t-il d’un regard amusé, tu te souviens de ce qui nous a rapproché ?

— Mouais, grogna son mari en resserrant le bras autour de sa taille.

— Je devrais peut-être raconter cette histoire de loup à Eli…

— Nolan ! grommela Aurélien en le roulant sur le dos, les lèvres effleurant les siennes. Pour l’instant, mon loup intérieur a très faim de toi…

Nolan n’eut pas le temps de rire que son mari l’embrassa tout en plaquant son corps contre le sien. Il gémit un « traître » et s’abandonna aux joies de la chair en laissant derrière lui le souvenir de leur première rencontre.

C’était il y a bien des années…

 

☆☆☆

Vingt-trois ans plus tôt…

 

Aurélien, le regard renfrogné, descendait de la voiture en grommelant des mots tels que « Merde ! Crotte ! Fait chier ! Je n’aime pas la colo ! ». En suivant son père, le PDG de l’industrie des baskets Delsol, il soupirait fortement pour lui faire comprendre qu’il n’avait aucune envie d’être ici.

— Aurélien ! grinça son père au pas de sa nouvelle chambre, peux-tu arrêter ? Ce n’est que pour le mois de Juillet !

— Non ! bouda-t-il en croisant des bras.

— Aurélien, lui souffla-t-il plus calmement en s’agenouillant à sa hauteur, je sais que ce n’est pas facile mais je suis certain que tu te feras des amis.

Il détourna son visage quand ce dernier tenta de déposer un baiser sur son front et qui se plaqua sur ses cheveux blonds.

— Je vais rejoindre la directrice pendant que tu t’installes.

À ces mots, Aurélien tira sur sa grosse valise. Les mains sur la poignée, il percuta de dos le corps d’une personne.

— Salut ! murmura la voix d’un garçon, moi c’est Nolan Astier et toi ?

Il pivota sans s’excuser et le toisa froidement en se permettant de le détailler de haut en bas : c’était un petit brun aux yeux bleu. Il était tout maigre et pas mignon du tout. Nolan portait un short bleu foncé qui paraissait bien trop grand pour lui. Le tee-shirt rouge, quant à ce bout de chiffon, devait sûrement appartenir à une fille car il descendait presque au niveau de ses cuisses.

— Pousse-toi ! railla-t-il.

Sans remarquer qu’il venait de faire perdre le sourire à son camarade de chambre, il posa sa valise sur le lit de droite où se trouvait déjà un vieux sac de voyage. Il le saisit et le jeta par terre.

— Je prends ce coin !

— D’accord, marmonna Nolan en traînant son sac jusqu’à l’opposé de la chambre.

Aurélien n’avait pas envie de se faire des copains. Il voulait rentrer chez lui. Il sortit rageusement toutes ses affaires et, en se dirigeant vers la seule grande armoire, il fronça les sourcils.

— Oh, euh, bredouilla son voisin de lit, j’ai pris le côté droit mais comme…

Droite, gauche, quelle différence cela faisait-il pour lui ?

— C’est bon ! Je prends l’autre côté !

Il ne fit pas attention à l’autre gosse et passa une bonne demi-heure à vider sa valise.

*

Quand il eut fini, il réalisa qu’il était seul. Il tendit l’oreille vers la porte et reconnut la voix du petit brun.

— Moi, c’est Nolan Astier et j’ai sept ans !

Aurélien secoua la tête en se demandant si ce gamin allait se présenter comme ça à chaque fois.

— Moi, c’est Camille.

— Cool !

— Mon petit frère est parti aux toilettes, expliqua le grand châtain, il a le même âge que toi !

— Et toi Camille, t’as quel âge ? demanda timidement Nolan en souriant.

— J’ai dix ans !

Camille se tut avant de faire un signe de la main en direction d’un autre garçon qui avait une ressemblance avec ce dernier.

— Bastien ! Viens que je te présente Nolan !

Aurélien, les dents serrées, les regardait se parler alors qu’il trouvait cela stupide. À la fin de la colonie, personne ne garderait contact. Ce n’était que de la fausse amitié. Il le savait pour y avoir déjà passé deux étés consécutifs. Aucun camarade ne lui avait écrit ou même appelé.

*

Le soir, après le départ des parents, il se forçait à sourire au petit monde. Il en avait tellement marre de tout ce blabla qu’il ne fut heureux qu’en regagnant sa chambre. En pyjama et sous sa légère couverture, il espéra que son voisin de lit se couchât rapidement. Il soupira bruyamment en le regardant serrer dans ses bras deux peluches. Cette image l’énerva tant qu’il lui cingla :

— C’est bon ! Tu vas arrêter de pleurnicher sur tes nounours ! J’ai envie de dormir !

— Pardon, marmonna Nolan qui éteignit la lumière.

*

Nolan étreignait ses deux petites peluches en se demandant pourquoi Aurélien était méchant avec lui. C’était la première fois qu’il était loin de chez lui et, sa grande sœur, Lucile lui avait offert une licorne pour lui tenir compagnie. L’autre était un dragon qui avait appartenu à sa mère. Il sourit tout de même en sachant qu’il n’était pas tout seul : Coco et Gogoone, ses peluches veilleraient sur son sommeil.

*

La première semaine fut assez riche en émotion. Il adorait les frères Chevalier, Camille et Bastien. Il faisait pratiquement tout avec le second, mais le plus difficile avait été de supporter le caractère de son voisin de lit. Nolan ne lui parlait plus parce qu’il était vraiment méchant avec lui. Par exemple, Aurélien le bousculait comme s’il n’était pas là, il éteignait la lumière pendant qu’il se mettait en pyjama et il faisait du bruit en poussant violemment la porte de leur chambre.

Il avait beau le dire à la directrice Sandrine, Aurélien n’avait pas changé de comportement après avoir reçu un avertissement. Au contraire, cela avait empiré.

*

Ce soir, son voisin de lit avait été très loin : ses peluches Coco et Gogoone avaient disparu.

— Oh ! C’est bon ! Tu ne vas pas faire le bébé ! lui asséna-t-il froidement.

— Où tu les as cachés ? demanda-t-il d’une voix tremblante.

— Ce n’est pas moi !

Il renifla et effaça rapidement ses larmes quand Laurent le surveillant les appela du rez-de-chaussée. Cette nuit, tous les enfants étaient conviés à écouter une histoire que leur directrice allait leur conter.

— Nolan, qu’est-ce qui y a ? l’interrogea Bastien en le voyant s’essuyer le visage.

— Ce n’est rien.

— C’est Aurélien ?

Il baissa honteusement son regard rougi vers le plancher.

— Quel emmerdeur celui-là !

— S’il vous plaît ! tonna soudainement Sandrine, j’aimerais que les retardataires nous rejoignent et s’assoient autour du feu de camps.

Nolan courut dehors et se dirigea vers le cercle. Ce fut à contrecœur qu’il se posa là où il restait un peu de place : à côté d’Aurélien.

— Bien, reprit la directrice en ayant l’attention de tout le monde, Laurent va vous distribuer un petit cocktail féerique pour vous aider à faire de beau rêve quand j’aurai fini l’histoire.

Pendant que le surveillant leur offrait à tous un gobelet rempli de la fameuse boisson, Nolan fixa quelques secondes le liquide puis, incapable d’oublier Coco et Gogoone, il releva ses yeux brillants sur la vingtaine d’enfants que formait la colonie. Il n’osa pas se tourner vers Aurélien, car il était sûr que ce dernier les lui avait cachés.

— Parfait ! Tout le monde est servi ! Alors, pendant que je vais vous raconter la légende Cherokee des deux loups, je vous invite à le boire…

Nolan soupira en affaissant ses épaules et se résigna tristement à l’écouter.

« Un soir d’hiver, un vieil homme de la nation Cherokee se réchauffe doucement au coin du feu alors qu’entre brusquement son petit-fils : Tempête-de-vent. Ce dernier est de nouveau très en colère parce que son voisin s’est montré encore injuste envers lui. À cela, le grand-père lui raconte :

— Il m’arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et surtout ceux qui n’expriment aucun remord. Mais, tu sais, la haine m’épuise… et, à bien y penser, elle ne blesse pas celui qui s’est mal conduit envers moi. C’est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J’ai souvent combattu ce sentiment car j’ai appris que la bataille entre deux garçons, comme à l’intérieur d’un même village, est toujours une bataille entre deux loups à l’intérieur de soi. Le premier est bon et ne fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l’entoure et ne s’offense pas lorsqu’il n’y a pas lieu de l’être. Il combat uniquement lorsqu’il doit le faire et il le fait de manière juste. Mais l’autre loup, hum…. celui-là est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n’importe qui, tout le temps et sans raison. Il est incapable de penser parce que sa colère prend toute la place. Il est désespérément en colère… pourtant elle ne change rien… Et je peux t’avouer, Tempête-de-vent, qu’il m’est encore parfois difficile de vivre avec ces deux loups à l’intérieur de moi parce que tous les deux veulent avoir le dessus.

Le petit-fils regarde attentivement et longuement son grand-père dans les yeux et demande :

— Et lequel des deux loups va gagner, grand-père ?

Le vieux cherokee sourit et répond simplement :

— Celui que je nourris. »

 

Tout au long de cette magnifique histoire, Nolan avait senti son cœur battre à toute allure. Son regard pétillait de mille étoiles. Il réalisa que cette légende reflétait parfaitement la colère inexpliquée d’Aurélien contre lui.

Lorsque les enfants regagnèrent leur chambre, il se dépêcha de souhaiter bonne nuit aux frères Chevalier avant qu’Aurélien n’éteigne la lampe. Que ne fut sa surprise en découvrant Coco et Gogoone sur son oreiller. Ses lèvres s’étirèrent inconsciemment en un sourire heureux. Jetant un rapide coup d’œil à Aurélien, il le remercia d’un simple hochement de tête. Cette nuit, il allait faire de merveilleux rêves…

Aurélien, troublé, roula immédiatement sur le côté après avoir reçu un magnifique sourire de Nolan. Le vieil homme Cherokee avait raison : il ne devait pas nourrir le méchant loup au fond de lui. Son camarade n’y était pour rien s’il était en colère. À cette pensée, il sourit en fermant les yeux. Demain, il nourrirait le bon loup de toute la gentillesse qu’il avait pour les yeux océans de son nouvel ami.

 

FIN

[1] LES DEUX LOUPS est une fable amérindienne d’un auteur inconnu qu’on raconte encore aujourd’hui le soir autour du Feu sacré. Légende transcrite par Gilles-Claude Thériault à partir de diverses versions orales et écrites, en langue française et anglaise.

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