Neuf mois – Nouvelle 1

Cédric & Jérôme

Spoiler Histoire d’aimer (Neuf mois)

Note de l’auteur : Ceci est ma première version (à peine relue et pas passée à la correction) donc il peut y avoir une légère différence avec celle publiée officiellement dans Poussières de rêve.

Résumé : Six ans après Neuf mois.

Les enfants de Vincent et d’Alexandra passent une semaine chez leur grand-parents, Cédric et Jérôme.

***

Cédric & Jérôme

— Papi Gégé ! s’écria une petite blonde de six ans en courant vers lui. T’as les gâteaux ?

— Évidemment ! Tu croyais que j’avais oublié l’anniversaire des jumeaux ?

— Julia, intervint sa bru en le déchargeant des deux boîtes, n’embête pas papi, laisse-le se mettre à l’aise.

— Vite ! Vite ! Je veux les voir ! s’exclama la petite en sautillant sur place.

— Mon père n’est pas avec toi ? lui demanda Alexandra.

— Il a été appelé, soupira Jérôme en grimaçant. Un autre cambriolage a eu lieu dans une bijouterie à l’est de la ville.

— Vivement que ses hommes les arrêtent.

Cédric aimait ce qu’il faisait et ne semblait pas prêt à changer de métier. Après six ans de vie commune, Jérôme s’était habitué à voir son homme partir au milieu de la nuit ou de leur week-end.

— Pi Gégé ! Pi Gégé !

Il s’agenouilla et deux petits blondinets se jetèrent dans ses bras. Lenny et Cory étaient nés un an après Julia. Il était très fier de son fils, Vincent avait fondé une famille qui rendait leur vie mouvementée.

— Bonjour, mes canailles ! Alors quel âge cela vous fait-il, aujourd’hui ?

— Uh ! Cinq ! s’écria le premier en lui montrant le nombre de doigts de sa petite main droite.

— Hé super !

— On est grand ! s’exclama le deuxième.

— C’est vrai, ça, murmura-t-il en déposant un baiser sur leur front.

— Alors, s’éloigna le premier, on peut conduire ?

Jérôme éclata de rire. Lenny n’oubliait jamais rien.

— Tu redemanderas ça à papi Ced.

Lenny fronça les sourcils avec insistance.

— Mais Pi Ced, il dit toujours non !

— Uh ! renchérit Cory. Pi Ced, il dit toujours non.

Vincent arriva à ce moment-là, le sourire aux lèvres.

— Les garçons, maman a besoin de vous pour attacher des ballons dans le jardin.

Il se tourna vers lui :

— Vient papa que je te sers un verre de limonade.

— Vous partez toujours ce soir ? demanda-t-il en le suivant dans le salon.

— Oui, ça nous fera du bien. Alexandra et moi attendons cette semaine de congés depuis un moment. J’espère que vous vous en sortirez avec les petits.

Jérôme s’assit en le rassurant que tout passerait bien. Cédric avait déjà planifié la semaine complète, mais connaissant les enfants, celui-ci aura du mal à se faire respecter…

.

.

Cédric sortit de sa voiture et regarda quelques instants la maison dans laquelle il vivait depuis six années avec Jérôme. La cuisine était allumée. Il s’avança et sourit en voyant ses petits-enfants discuter avec son compagnon. Il avait eu du mal à se faire à l’idée de devenir grand-père, mais aujourd’hui à l’âge de quarante-huit ans, il n’échangerait sa famille pour rien au monde, même si on l’appelait papi.

— Pi Ced ! s’écria l’un des jumeaux lorsqu’il referma la porte derrière lui. Je t’ai gardé du gâteau !

— Oh, tu as pensé à moi ?

— Uh ! opina le petit blond qui tendit ses bras vers lui.

Cédric le porta et déposa un baiser sur une joue avant de le faire au jumeau et à Julia.

— Pi Gégé l’a mis au frigo ! Dis ? T’as attrapé des méchants ? Pour ça, t’étais pas là ? Papa et maman ont pris l’avion ! Y avait beaucoup de monde !

Cédric gloussa devant la causette de son petit-fils.

— Cory, intervint Jérôme en le prenant et en le plaçant sur une chaise, maintenant que papi Cédric est là, si on passait tous à table ?

— Uh ! Pi Ced, reprit le garçon, tu t’assois là, à côté de moi.

Cédric sourit, s’approcha de son amant et lui fit un rapide baiser.

— Je vais ranger mon arme et mon insigne et j’arrive.

— D’accord, commissaire, lui dit-il, le sourire aux lèvres.

.

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Il était tard quand Jérôme borda les jumeaux et Julia. Cédric qui sortait de la douche vint à son tour leur souhaiter une bonne nuit.

— Pi Gégé, murmura l’un des jumeaux alors qu’il allait laisser sortir de la chambre, si y a des monstres ? Je peux dormir avec vous ?

— Y a pas de monstres, Cory, gloussa le frère.

— Hé, les coupa Cédric, on ne se moque pas et, oui, si tu as peur tu peux venir.

Il éteignit et laissa la veilleuse.

— Bonne nuit les enfants.

— Bonne nuit ! s’écrièrent ces derniers.

Il rejoignit son compagnon dans leur chambre et ôta uniquement son T-shirt. Si les enfants décidaient de s’incruster dans leur lit, il ne voulait pas les traumatiser en se trouvant nu sous la couverture.

— Alors cette journée ? lui demanda Jérôme lorsqu’ils furent allongés, l’un en face de l’autre.

— Longue, maugréa-t-il en roulant au-dessus du corps de son amant. Tu sais que je préfèrerai toucher tes fesses et…

— Hum, grogna Jérôme, soit sérieux…

— Je le suis, rit-il.

— Qu’est-ce qu’on a dit quand on a accepté de garder les enfants ?

Cédric l’attira dans ses bras et l’embrassa passionnément en espérant lui faire oublier l’accord qu’ils avaient passé ensemble. Pas de sexe pendant une semaine ? C’était hors de question.

— Ced, marmonna son amant.

— Hum, gémit-il en le serrant un peu plus, collant son bassin au sien.

Ils roulèrent l’un sur l’autre, s’embrassant avec amour. Cédric se trouva au-dessus de Jérôme, les jambes de celui-ci autour de sa taille.

— Et si je t’enlevai ton pantalon, commença-t-il avant d’être interrompu par une petite voix derrière la porte.

— Pi ?

Cédric s’écarta et se laissa choir sur le côté.

— Oui ? répondit-il en s’accoudant pendant que Jérôme lui souriait.

— Pi ? Je peux dormir avec vous ?

— Mon cœur, murmura-t-il à voix basse en se tournant vers Jérôme. C’est lequel des jumeaux ? J’ai du mal à les différencier.

— C’est Cory.

— Ah, d’accord.

— Pi ? réitéra maintenant le petit garçon presque désespéré.

— Oui, Cory, tu peux.

Il donna à peine l’autorisation que le blondinet déboula et s’installa entre eux.

— Bonne nuit, chuchota celui-ci.

Cédric décocha un regard navré et frustré à Jérôme. La semaine allait être longue. Très longue.

.

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Le dimanche matin, Jérôme se leva plus tôt. Il prit sa douche et opta pour un jogging. Si les enfants étaient aussi dynamiques que le lui avaient dit les parents, il devait être à l’aise dans ses vêtements. C’était la première fois qu’il les gardait tous les trois pendant une si longue période. Ce n’était pas non plus des semaines, mais avoir des enfants en bas âge n’allait pas être de tout repos. Il avait même posé sa semaine de congés. Quant à Cédric, il ne pouvait pas se le permettre tant qu’un groupe de cambrioleurs continuait à sévir en ville.

— Papi ! s’exclama Julia en sortant de la salle de bains. T’as bien dormi ?

Il la porta contre lui et l’embrassa sur la joue.

— Très bien et toi ?

— Uh ! Cory a dormi avec vous ? lui demanda-t-elle en écartant ses mèches blondes du visage.

Jérôme la trouva mignonne à discuter avec lui comme une grande.

— Oui.

— T’as pas pu faire un câlin à papi Ced alors ? Papa et maman, ils adorent faire des câlins le matin !

Jérôme rigola en la déposant sur une chaise.

— Tu veux un câlin ? lui demanda-t-elle l’air sérieux.

— Bien sûr !

— Je t’aime papi, lui murmura-t-elle à l’oreille.

— Moi aussi, ma belle.

— Hé ! Pi Gégé ! Moi aussi ! Moi aussi ! Câlin !

Il rit et s’agenouilla pour être à la hauteur de Cory.

— Je pensais que tu serais resté au lit ?

— Non, marmonna celui-ci en posant la tête contre son épaule. Len m’a poussé.

— Lenny t’a poussé ? Du lit de papi ?

— Uh !

Jérôme connaissait son petit air contrarié pour avoir un second câlin en dédommagement.

— Okay, on fâchera Lenny quand il se lèvera.

— Non, pi Gégé, pas grave.

— Mais si, ça l’est ?

— Uh, non, insista Cory, les lèvres formant une mine boudeuse.

— D’accord, pas de punition.

Son petit-fils sourit ravi. Il y avait parfois un peu de tension entre les jumeaux, mais quand il s’agissait de punition, ils se protégeaient mutuellement.

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Cédric démarra la journée avec un petit coup de pied sur la tronche ce qui le fit grogner et la sonnerie de son portable qui suivit finit par l’achever. Il devait absolument retourner au poste et il savait que cela allait froisser Jérôme.

— Pi Ced ?

Il s’était levé de son lit et lorsqu’il aperçut le second jumeau au pas de la porte de sa chambre, il paniqua. Qui était qui ? Il posa son regard, tour à tour, sur les garçons. Dans la logique, Cory était celui qui se trouvait assis sur le lit. Il se pencha et tendit ses bras.

— Viens, allons rejoindre papi Gégé.

Le petit se jeta sur lui et il prit la main du second sans s’apercevoir que celui-ci se renfrogna. Lorsqu’il arriva dans le salon, Julia vint lui faire un bisou pendant que le petit garçon collé à son torse sauta à terre. Son compagnon attendit quelques secondes avant de comprendre, à travers son regard, qu’il ne passerait pas la journée ensemble.

— Oh, je vois, lui dit-il en se tournant vers la cuisine américaine.

Julia et le jumeau qu’il avait porté coururent jusqu’à la table basse où des feuilles blanches et des crayons de couleur y gisaient.

— Quoi ? demanda le blondinet qui gardait sa main dans la sienne.

— Je crois que papi Ced doit aller travailler, répondit la voix déçue de Jérôme.

Cédric lâcha le garçon et s’approcha de son amant.

— Oui, je suis désolé, chuchota-t-il en l’étreignant.

— Tant pis, je m’en occuperai seul.

— Je te promets de me rattraper.

— Ouais, allez, déjeune, ensuite va te préparer.

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La journée avait été longue. Cédric avait veillé à ce que les dépôts de plaintes soient à jour. Avant de rentrer chez lui, il fit un détour par l’hôpital. Le père d’Eleven ayant été blessé la veille à la bijouterie, il voulait avoir sa version. Ancien agent, cet homme avait dû remarquer des détails que d’autres n’auraient pas vus.

— Bonsoir, chuchota-t-il en toquant puis en poussant la porte de la chambre de Dean.

— Bonsoir commissaire. Vous venez aux nouvelles, gémit celui-ci.

— Oui. Et votre épaule ? demanda-t-il en regardant le bras maintenu par un bandage épais.

— Ça va, j’en ai vu d’autres.

— Bien…

Il enchaîna rapidement sur les deux cambrioleurs et nota les quelques informations supplémentaires qui pouvaient aider ses collègues, notamment sur les chaussures des cambrioleurs.

— Ils sont organisés et rapide, l’informa Dean.

— Sûrement d’anciens militaires.

— Je te souhaite bon courage, lui dit-il en se redressant.

Cédric pivota et aperçut Raymond.

— Bonsoir ! le salua-t-il.

— Il vous a annoncé la nouvelle ? lui demanda Raymond qui alla rejoindre Dean de l’autre côté du lit.

— Quelle nouvelle ?

— Celle-là, lui répondit Dean en levant sa main gauche où une bague en argent ornait l’annulaire.

— Vous allez vous marier ?

— Evidemment ! s’exclama joyeusement Raymond. Bon, j’avoue que Dean m’a menacé et…

— Hé ! s’insurgea le concerné en riant aux éclats. C’est un peu grâce à Thomas et Eleven.

— Pardon, je suis perdu ? dit-il en fixant l’anneau.

— Oui, hier, j’étais parti accompagné Thomas récupérer sa bague de fiançailles et, on a beau dire ce qu’on veut, on ne sait pas ce que demain sera fait alors, oui, j’ai menacé Ray.

Cédric était reparti, la tête envahie par cette étrange idée. Jérôme ne lui avait jamais parlé de mariage et, peut-être, se foutait-il de ce genre de chose ? Il le désirait. Son cœur le souhaitait, mais son amant qui avait déjà aimé à en oublier de vivre accepterait-il de la finir avec lui ?

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— Pi Ced !

Il poussa à peine la porte qu’un des jumeaux vint se jeter contre sa jambe.

— Bonsoir Cory, murmura-t-il en le voyant froncer les sourcils. Ah, okay, toi, tu es Lenny.

— T’es nul pi Ced !

Il se mordit les lèvres en se déchaussant. Il devait absolument trouvé le truc qui l’aiderait à les différencier. Ils se ressemblaient tellement physiquement qu’il avait pensé que c’était Cory qui venait souvent vers lui.

— On est dans la cuisine ! lui cria son compagnon.

En s’y dirigeant, son regard s’écarquilla en découvrant l’état de sa table basse. Il y avait de la peinture partout et des traces de petites mains. Il commença à prendre une grande inspiration paniquée et sa voix sortit soudainement pleine de colère :

— Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ? Il y a eu la troisième guerre mondiale ou quoi ? Ma table ! Vous…

Il leva ses yeux vers son amant qui le fusillait d’un regard noir avant de lui tourner le dos. Il ne fit pas attention aux enfants qui s’étaient éclipsés de la cuisine pour se cacher dans leur chambre.

— Jérôme, tenta-t-il en se calmant. Est-ce que tu peux m’expliquer ?

Celui-ci lui fit face et, pour la première fois en quelques années, son regard était glacial et empli de tristesse.

— Oui, il y a eu la troisième guerre mondiale comme tu le dis ! Et oui, je suis désolé si ta table a pris de la peinture ! Désolé, d’avoir cru que ça te ferait plaisir d’admirer chaque jour les marques des mains de nos petits-enfants ! Je viens mettre du vernis, mais ne t’inquiète pas, je connais quelqu’un qui te la remettra à neuve ! Maintenant, si tu permets, je vais mettre les enfants au lit, ton repas est dans le four à micro-onde. Bon appétit !

Cédric, penaud, grimaça et l’empoigna par le bras.

— Pardon, chuchota-t-il en le voyant s’éloigner de lui.

— Je vais rassurer les petits ! lui grogna-t-il.

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Jérôme était en colère parce que son amant avait osé dire « sa table » et non la leur. En s’installant avec lui, il avait tous les deux fait des concessions, mais Cédric tenait à ses satanés meubles anciens.

— Pi Gégé ? marmonna timidement Cory en le voyant arriver au pas de leur chambre. Pi Ced l’est fâché ?

— Non, répondit-il en s’agenouillant. Papi Cédric a juste eu une longue journée.

— Mais, il va me fâcher ?

— Pourquoi te fâcherait-il ?

— Parce que c’était son idée, lui rappela Julia.

— Papi Ced l’est pas gentil, murmura Lenny en mettant devant son jumeau.

Jérôme les enlaça tous les trois en espérant les apaiser.

— Les enfants, coupa la voix « calme » de Cédric. Je suis désolé.

Cory se détacha de Jérôme et leva son visage rond vers ce dernier. Il fit mine de réfléchir et lui demanda :

— T’es fâché parce que t’as pas attrapé les méchants, c’est ça ?

— Pardon, je n’aurai pas dû me mettre en colère comme ça, dit-il en s’accroupissant devant eux.

— Mais tes copains et toi vous allez les mettre en prisons ? questionna Lenny.

— Oui, bien sûr.

— T’as été vilain quand même avec nous, insista Julia les bras croisés.

— Oui, c’est vrai, répondit-il en jetant un œil à Jérôme qui semblait amusé par la situation. Qu’est-ce que je peux faire pour me faire pardonner ?

Les enfants s’écartèrent de quelques pas et formèrent un petit cercle. Cédric leva ses yeux au plafond en souriant. Sa fille n’avait pas oublié d’apprendre à ses enfants comment se concerter entre eux. Cela lui rappela l’époque où Rémy et Alexandra lui faisaient la même chose.

— Verdict ? dit-il en les voyant revenir vers Jérôme et lui.

— Papi Ced, chuchota l’aînée de la fratrie sur un air solennel, tu devras réaliser trois vœux à chacun.

— Quoi 3 vœux ? commença-t-il à ronchonner.

— Sinon je dirai à maman que t’as crié après nous !

— D’accord, d’accord, vous avez gagné.

Il se leva en les regardant hurler « victoire » en direction de leur chambre et se tourna vers Jérôme.

— D’où est-ce qu’ils tiennent cette histoire de vœux ?

— Vincent a raconté aux enfants comment Eleven avait réussi à obtenir trois souhaits de Thomas…

Cédric écarquilla ses yeux dans l’intention de rouspéter, mais Jérôme le prit de court :

— Moi aussi, tu m’en devras 3 !

— Tu déconnes ?

La semaine n’avait pas encore commencé qu’il s’inquiétait déjà de la façon dont elle allait se dérouler. Son planning était fichu d’avance, entre son devoir de commissaire et de grand-père, il ne pouvait pas endosser ces deux rôles à la fois.

— Je crois que je n’ai pas trop le choix ? supposa-t-il en abandonnant la partie.

— Non, sinon, je cafte tout à Alexandra.

— Mais…

— Et mon premier souhait est que la table basse restera colorée !

.

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Les jours suivants, Cédric prenait sur lui de ne pas hurler. Il y avait des jouets qui trainaient dans le salon. Il y avait même des poupées et des voitures qui s’étalaient sur tout son canapé d’angle. Il désespérait secrètement en se disant qu’il n’était plus fait pour avoir des enfants sous son toit. Cela ne l’empêchait pas de les adorer, c’était juste que sa vie de couple calme et ordonnée lui manquait…

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Vendredi soir, il était très tard quand Cédric rentra de bonne humeur. Même le bordel qui devait encore régner chez lui depuis le week-end dernier ne lui ôterait pas le sourire des lèvres. Ses collègues avaient appréhendés les malfaiteurs et il pouvait enfin pleinement profité des enfants et de son compagnon. Enfin, il ne restait plus que le samedi…

— Je suis rentré ! s’écria-t-il.

Jérôme vint l’embrasser et l’avertit que les enfants étaient déjà couchés.

— Qu’est-ce que vous avez fait aujourd’hui ? demanda-t-il le sourire aux lèvres.

— Nous sommes allés à la piscine.

— Hum, ça veut dire qu’on est seul ce soir ?

— Oui et…

Il murmura à peine ces mots qu’un des jumeaux les interrompit, faisant grogner intérieurement Cédric.

— Pi Ced ? T’es rentré ?

Cédric, les paupières plissées, pivota et tendit ses bras vers le petit garçon qui s’y jeta immédiatement.

— Hé, tu sais quoi ? chuchota-t-il en se redressant.

— Nan ?

— Les méchants sont sous les verrous !

— Waouh, ça veut dire que tu vas rester avec nous ?

— Oui !

— Tu vas me raconter une histoire, alors ?

— Demain, d’accord ?

— Non, lui répondit le garçon en le fixant droit dans les yeux. Je souhaite que tu me racontes une histoire.

Cédric chercha de l’aide auprès de Jérôme.

— Ah, tu te débrouilles, ce que Cory souhaite, tu dois l’exaucer…

Il y avait dans sa voix une pointe de reproche qui ne passa pas inaperçu. Il préféra esquiver une nouvelle fois une confrontation avec son amant. Depuis qu’il avait haussé le ton à cause de la table basse, il faisait profil bas. Il l’avait blessé, il en avait conscience et pour se faire pardonner, il avait énormément réfléchi à leur vie de couple. Ce n’était pas non plus pour cela qu’il le faisait. Il l’aimait et l’amour qu’il lui vouait n’avait pas changé en six ans.

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Jérôme avait été plus que déçu par cette semaine, mais il faisait avec le métier de Cédric. Il avait pu s’amuser avec les enfants même si le foutoir que ceux-là mettaient dans leur salon, l’avait un peu stressé. Il avait bien essayé de ranger au fur et à mesure, mais il fallait croire que cela était impossible avec eux, ils aimaient avoir leurs jouets à portées de mains.

Toutefois, ce soir, il put profiter de la présence entière de son homme. Cory avait eu le droit à son histoire et maintenant, il somnolait contre le torse de Cédric devant un film d’horreur. Son amant resserra l’étreinte autour de son corps et Jérôme sombra dans les bras de Morphée.

Il s’était endormi d’un sommeil lourd et réparateur comme rarement il en avait eu l’occasion ces derniers jours. Un sourire béat se dessina sur ses lèvres, l’odeur du café lui chatouillant les narines. Il roula doucement en biais et savoura les quelques minutes de répit qui lui restaient avant que les enfants ne viennent le réveiller. Soudain, les yeux toujours clos, son corps se figea. Jérôme eut la désagréable sensation qu’une présence l’observait.

Son souffle se saccada et ses mains devinrent moites. Il sentait le poids du regard sur lui. L’impression d’être espionné le stressa et l’étrange silence qui envahit la pièce n’arrangea rien à la situation. Pourquoi n’entendait-il plus de bruit de casseroles ? Pourquoi n’écoutait-il pas les rires de ses petits-enfants ? Cette fois-ci, le cœur battant de peur, il était certain que quelque chose d’anormal se tramait chez lui… sous son propre toit ! Le corps paralysé et la peau recouverte de chair de poule, l’atmosphère lui parut subitement lourde, l’inquiétant à chaque seconde qui s’écoula comme des minutes.

Ses neurones avaient du mal à se connecter, mais il pouvait sentir le regard le dévisager avec insistance. Cela en devint même troublant. Il se força mentalement à ouvrir ses paupières et quand il aperçut la petite ombre au pas de la porte, il sut qu’elle était là, pour lui ! Il déglutit en levant ses yeux vers le visage et là : BANG un coup de tonnerre résonna dans sa tête. Son cœur palpita à une vitesse si vertigineuse que ses cordes vocales se bloquèrent, l’empêchant de hurler comme un hystérique.

Un petit corps fin s’approcha doucement, pas à pas. Son regard se focalisa sur le seul œil qu’il pouvait distinguer à travers des cheveux longs et épais qui recouvraient entièrement le visage de l’enfant. Jérôme était tétanisé jusqu’au sang. Sa tête tremblota violemment de gauche à droite et, le corps totalement incontrôlable, il sursauta à l’apparition d’une grande ombre à l’encadrement de la porte. Le temps que son cerveau reprenne ses fonctions à la pièce qui venait de s’allumer, il les reconnut…

— Ced ? marmonna-t-il le souffle coupé.

Son compagnon le regarda en plissant les yeux tout en posant une main sur la petite tête et releva les cheveux blonds qui firent trembler Jérôme comme une feuille.

— Ça va ? osa lui demander Cédric.

Quelques secondes passèrent avant que Jérôme ne réalise que c’était sa petite fille.

— The ring ou Dark water c’est fini ! Tu m’entends ! Plus jamais je ne regarderais ces putains de film d’horreur avec toi !

— Pi Gégé l’a dit un gros mot, murmura Julia. Tu dois mettre un euro dans ma tirelire.

Il rit jaune, la poitrine encore secoué de spammes.

— Pardon ma puce, répondit-il en se radoucissant.

Cédric l’aida à sortir du lit et l’enlaça tendrement, caressant son dos d’une main ferme. Julia qui fut rejointe par ses frères leva son regard vers lui et sourit en ajoutant :

— Papi Ced, je souhaite que toi tu mettes un euro à Lenny et à Cory.

— Han, pourquoi ? demanda le premier garçon.

— Pi Gégé l’a dit un gros mot.

— Cool ! s’écrièrent les garçons qui tendirent leur paume.

Cédric s’écarta de son compagnon et décocha un regard noir à celui-ci tout en sortant son portefeuille. Il fouilla et sortit un billet qu’il leur donna.

— Vous vous le partagerez, okay ?

— Ouais ! s’enthousiasma Cory qui le déchira d’emblée en deux.

— Mais ! gronda subitement Cédric en roulant des yeux, pourquoi tu l’as coupé !

Les jumeaux, effrayés par sa grosse voix, partirent en direction du salon et Julia secoua un index devant lui :

— Papi Ced ! T’as encore crié ! T’as fait peur à Cory ! T’es vraiment vilain !

Cédric ronchonna en la voyant partir à son tour.

— Mais merde à la fin, chuchota-il à voix basse. Ces gosses vont me faire tourner en bourrique.

— Attends, intervint Jérôme en le fusillant du regard, je te rappelle que JE les ai gardé pendant que toi tu étais au boulot et qu’on était censé être deux.

— Tu sais très bien pourquoi…

— Oui, je sais, murmura doucement Jérôme pour ne pas inquiéter les enfants. Tes hommes ne peuvent pas vivre une semaine sans leur commissaire.

— Non, parce que c’est mon job !

— Ouais, ça te colle tellement à la peau que je passe en second plan et eux aussi.

— Jérôme, ce n’est pas vrai…

— Oh, il faut que je te rappelle le nombre de fois où j’ai dû annuler nos vacances ? Parce que monsieur « je suis trop parfait pour être remplaçable » ne sait pas déléguer son travail !

Jérôme respira profondément et grimaça en essayant de se calmer.

— Okay, okay, répondit Cédric, je vais voir Cory et on passera toute l’après-midi ensemble.

— Super, ironisa Jérôme. Ce n’est que le dernier jour, mieux vaut ça que rien du tout.

Cédric ne releva pas son ton et alla retrouver Cory. Celui-ci s’était assis au bout du canapé, la tête baissée. Lenny, à côté de son jumeau, lui jeta un regard aussi froid qu’était capable de faire un Davis.

— T’as fait pleurer Cory ! Je dirai à maman que t’as été très très méchant avec lui.

— Je le sais et je ne voulais pas crier, c’est vrai.

Il s’assit à côté de Cory, Lenny, bras croisé et le fixant d’un regard méfiant.

— Cory ?

Le petit garçon lui tendit le billet raccommodé d’un scotche.

— Non, dit-il, c’est pour vous deux, mais il ne faut pas le déchirer sinon il n’aura plus de valeur.

Son cœur se brisa quand Cory leva son regard bleu et humide vers lui.

— J’en veux plus, lui dit-il en courant jusque dans la chambre.

— Ouais, insista Lenny, on n’en veut plus !

— Okay, reste ici, je vais arranger ça.

— Avec du scotche ? lui demanda froidement Jérôme.

Il grogna et quitta le salon. Il avait l’impression de tout foirer ou que ce n’était pas sa semaine. Il entra dans la chambre des enfants. Cory boudait et cela lui fendit le cœur.

— Cory, chuchota-t-il en s’agenouillant devant lui.

Il caressa la petite tête blonde et tenta de l’attirer vers lui, mais l’enfant résista à l’attraction en reculant d’un pas. Il ne savait pas quoi dire pour s’excuser…

— Tu sais, quand ta maman et tonton Rémy étaient fâchés, le seul moyen que j’avais trouvé pour qu’il fasse la paix, c’était qu’ils se fassent un gros câlin. Tu veux bien le faire avec moi ?

Cory renifla et parut hésiter.

— T’aimes pas me faire des câlins, marmonna tristement l’enfant.

— Quoi ? Mais je t’en fais, non ?

— T’en fait plein à Lenny et à Juju. Moi, c’est un tout petit peu, comme ça, dit-il en montrant sa main droite où le pouce et l’index étaient très proche l’un de l’autre.

Cédric en aurait rigolé tellement il le trouva adorable.

— Ce n’est pas vrai Cory, je t’aime autant que ton frère et ta sœur.

— Mais tu me fais moins de câlins.

— Tu sais, je ne le fais pas exprès. C’est pour ça que tu m’en veux ?

L’enfant rougit en hochant la tête et se mordit la lèvre du bas.

— Allez viens, chuchota-t-il en tendant ses bras.

Cory glissa les siens autour de son cou et renifla.

— Je t’aime, vraiment beaucoup, chuchota Cédric. Je ne voulais pas te faire peur avec ma grosse voix. C’est peut-être une mauvaise habitude que j’ai pris en criant après mes hommes.

— Comme ça, ils t’écoutent ? demanda l’enfant.

— Oui, gloussa-t-il. Ça va maintenant ? Tu n’es plus fâché ?

— Uh.

— Parfait, dit-il en l’écartant de lui, et si…

Cédric venait de faire tomber une petite boîte noire de sa poche. Cory la ramassa avant lui et l’ouvrit.

« Ne pas paniquer et ne pas crier » se disait-il mentalement.

— Je, Cory, c’est…

— Waouh, murmura celui-ci en levant son regard pétillant de joie, c’est pour Pi Gégé ?

— Oui, oui, s’empressa-t-il de lire en tentant de rependre l’objet.

— Tu vas te marier avec lui ?

— Peut-être…

L’enfant se renfrogna et le dévisagea.

— Enfin, se reprit-il, oui, mais tu vois, là, il n’est pas… commode, il est un peu fâché avec moi aussi…

— T’as qu’à lui faire un câlin…

Cédric sourit à ces mots. Si cela pouvait être aussi simple. Il reprit la boite et la rangea dans sa poche.

— Ça sera notre secret Cory, hein, il ne faut rien lui dire ?

— D’accord !

— On n’est plus fâché ?

— Non Pi Ced.

— Cool, allons retrouver papi Jérôme.

.

.

L’après-midi, ils le passèrent à la fête foraine. Les jumeaux étaient plus qu’heureux d’aller faire des tours de manèges et Julia adorait ramasser les petits canards. Cédric l’était aussi. C’était l’endroit idéal pour que les enfants usent tous leurs souhaits restant.

À seize heures, ils s’installèrent près d’un jeu gonflable et goutèrent avant d’autoriser d’y aller.

— Alors ? murmura Jérôme, assis à ses côtés. Arrives-tu à différencier les garçons ?

— Hum, je crois que oui. Bon, pour l’instant, je pense reconnaître Cory.

— Ah bon, et comment es-tu arrivé à cette conclusion, monsieur le commissaire ?

Cédric le prit par taille et jeta rapidement un œil aux enfants sur l’aire d’un jeu.

— Ils se ressemblent beaucoup physiquement, mais c’est leur caractère qui les sépare.

— Tu sauras me dire où est Cory ?

Cédric releva le défi. Même s’il n’avait pas passé énormément de temps avec les enfants, il avait réalisé, avec fierté, que Cory l’admirait. Celui-ci réclamait plus d’attentions et paraissait plus tactile que Lenny. Ce dernier l’était, mais c’était plus pour donner des coups que des câlins.

— Okay, arrête-moi si je me trompe, dit-il en scrutant les enfants. Cory est… là !

— Je dois dire, lui répondit Jérôme, que tu auras mis le temps…

— Mhn ! grogna-t-il. Si tu les mets côte à côte, on n’y voit que du feu ! Je suis sûr qu’un jour, ils seraient capable d’échanger leur vie que personne ne le verrait !

— Ne va pas leur donner cette idée…

— Quoi, Pi Ced ? s’écria Lenny.

— Rien, répondit Jérôme, papi dit des conneries…

— Hé, l’autre… marmonna-t-il d’un air menaçant.

— Pi Gégé ! s’exclama Julia en arrivant vers eux. T’as fait tous tes vœux ?

— Non, pas encore, dit-il en narguant Cédric. J’ai tout mon temps !

Ils dinèrent à la crêperie, profitant des derniers moments avec les petits-enfants. Ce soir, Vincent et Alexandra les récupéreraient au retour.

.

.

Cédric et Jérôme étaient claqués. Ils avaient l’impression que les enfants les avaient totalement épuisés, pourtant ceux-là semblaient encore plein d’énergie.

— Pi Ced ? l’appela Cory d’une petite voix alors qu’il venait à peine de poser ses fesses sur le canapé et que Jérôme était sous la douche depuis une dizaine de minutes.

— Oui, Cory ?

Celui-ci grimpa sur le canapé et le rejoignit.

— Tu vas demander pi Gégé ou pas ?

Le secret n’allait surement pas rester éternellement un secret… ou ne l’était plus lorsqu’il vit deux petites paires de yeux le fixer avec beaucoup d’attention. Julia se posta devant lui et Lenny se plaça derrière son frère.

— On peut faire ça avec toi, pi Ced ? demanda ce dernier.

— Je, non, les enfants, une demande en mariage se fait seul, enfin, juste moi…

— Maman, le coupa Julia, bah, elle nous a dit comment papa lui avait demandé sa main. Toi aussi tu vas demander la main de papi Gégé ?

— Euh, bredouilla-t-il, pas comme ça, je…

— Tu vas mettre un genou par terre ? l’interrogea-t-elle, le regard plein d’étoile.

— Et tu vas lui faire un bisou après ? continua Lenny.

— Je,… les enfants, on…

Avant qu’il n’ait eu le temps de rattraper les garçons, ceux-là se mirent à courir vers Jérôme. Ce dernier, en tenue de pyjama, avait les cheveux noirs humides et s’était planté au pas de la porte du salon.

— Pi Gégé ! cria Cory. On a quelque chose à te demander !

Cédric prit une profonde respiration et toussa assez fortement pour que les enfants se taisent.

— Ah bon ? répondit son amant qui cherchait à comprendre les regards tournés vers lui.

— Pas nous, intervint Julia, mais juste papi Ced. Viens !

Elle le tira par la main et l’emmena devant Cédric qui sentit ses joues s’enflammer.

— Pi Ced, marmonna sérieusement Cory. T’as pas mis ton genou par terre !

Il croisa soudainement le regard brillant de Jérôme et il sut, à cette seconde, que cela était finalement le bon moment. Son amant souriait, presque timidement à sa future demande. Cédric déglutit, le cœur cognant fortement dans sa poitrine. Il était même ravi du petit monde autour de lui, seuls témoins de ce qui allait suivre. Il se leva du canapé, sortit sa boîte de sa poche et posa son genou droit devant Jérôme.

Il trembla en tendant l’objet qui fit taire les enfants et il eut soudainement peur de bégayer.

— Jérôme, commença-t-il en entendant les petits glousser, veux-tu m’épouser ?

Un ange passa et Cédric stressa puis son cœur s’emballa en voyant son amant hocher la tête tout en pleurant. Il se releva et l’enlaça tout contre lui pendant que les enfants hurlèrent de joie.

— Oui, je le veux, lui souffla-t-il à l’oreille.

— Tu es sûr de vivre avec un ours comme moi ?

— Oui, mille fois oui, lui répondit-il. Je t’aime…

Cédric s’écarta, heureux et fit glisser la bague à l’annulaire de son futur époux.

— Fais voir Pi Gégé ! s’exclamèrent les garçons tandis que Julia prit carrément sa main et la regarda.

— Han, waouh ! s’extasia-t-elle. Je pourrais jeter des pétales de fleurs à votre mariage ?

Jérôme éclata de rire et la sonnette retentit à cet instant, faisant sursauter les enfants.

— Papa ! Maman !

.

.

Cédric avait été ravi de voir que les enfants avaient juste parler de sa demande aux parents. Quant à Jérôme, il était sur son petit nuage, fixant la bague comme s’il venait de recevoir le prix Nobel du meilleur papi. C’était bien le cas. Cédric n’avait pas vraiment assuré, il le savait, mais il devait admettre que les enfants l’avaient bien aidé.

Lorsqu’il referma la porte d’entrée, il trouva son homme avachi sur le canapé. Il s’étendit à ses côtés et déposa un baiser sur son front.

— Bonne nuit, mon cœur.

— Bonne nuit monsieur Canan, marmonna Jérôme le sourire aux bords des lèvres.

Cédric ne dit rien. S’ils devaient se marier, ils porteraient leurs deux noms accolés…

FIN

 

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Neuf mois – Nouvelle 2

L’alliance des 2

Spoiler Histoire d’aimer (Neuf mois)

Note de l’auteur : C’est bien la nouvelle 2, le 1 étant apparu en bonus dans Poussières de rêve (et que vous trouverez ici dans sa première version lorsqu’elle avait été publié oneline).

Résumé :

Cédric, à quelques heures de dire oui devant monsieur le maire, part à la recherche des alliances que les jumeaux auraient égarés. Mais il découvrira que l’un des deux ne lui accorde pas sa bénédiction…

Rappel des personnages :

Couple : Cédric Davis & Jérôme Canan (respectivement commissaire et architecte)

Famille : Nous apprenons par leur histoire Neuf mois qu’Alexandra s’est mariée au fils de Jérôme, Vincent. Cédric a aussi un fils, Rémy, jumeau d’Alexandra.

Ce jeune couple a eu trois enfants : Julia et les jumeaux Lenny et Cory (respectivement âgés de 8 et 7 ans)

Cela se passe après la fête d’anniversaire des garçons (Bonus de HA 3) et ne sera pas inclu dans Eleven T2 (uniquement survolé)

Amis :

Famille Gérald : George & Caroline – Enfants : Mélanie – Thomas (marié à Eleven) – Alicia

Alain (ancien maître de Spam, chien appartenant dorénavant à Aidan, l’ex de Thomas et compagnon de Yann)

***

Cédric écoutait Jérôme sans vraiment prendre conscience des mots affolés qui franchissaient de la bouche de celui-ci. Son compagnon était si beau dans son costume qu’il avait du mal à détacher ses yeux de son corps. Il n’en ferait qu’une bouchée dès que…

— Ced ! lui hurla Jérôme, les mains sur les hanches. M’as-tu écouté ?

— Quoi ? dit-il en fixant une paire de yeux orageux.

Il déglutit et secoua la tête en tenant à se rattraper.

— Tu es si…

— Ced ! Nos alliances ont disparus !

Voilà comment débuter la journée à quelques heures du mariage !

— Comment as-tu pu les perdre ? demanda-t-il sans « crier ».

Cédric s’était promis de ne plus hurler en dehors de son poste de commissaire, mais ce pari allait vite finir à l’eau si le voleur d’anneaux de se faisait pas connaître !

— Je les avais passé à Alexandra, qui les a refiler à Vincent et qui, lui, les a confié aux jumeaux.

— D’accord, d’accord, pas de panique, pas. De. Panique.

En fait, si, il paniquait ! Si Jérôme n’était pas l’homme de sa vie, il lui aurait surement crié dessus !

— Mais si c’est grave ! insista son amant.

— Ouais, je sais.

Il se félicitait intérieurement d’être fort et de retenir un cri de lamentation au fond de sa gorge.

— Tu m’écoutes ! poursuivit Jérôme dans un état hystérique. Fais quelque chose !

Les paupières dessinant une ligne droite, Cédric respira un bon coup et garda incroyablement son calme. Son futur mari aurait intérêt à lui offrir la palme d’or du meilleur mari après leur mariage !

— Mais j’y compte bien, répondit-il en quittant le salon pour retrouver sa fille et son gendre dans la cuisine.

 

Il avait attendu ce jour depuis plus d’un an et il fallait que le sort s’acharne contre eux. Quelle était l’horrible puissance qui lui en voulait à ce point ? Alexandra lui répondrait « la loi de Murphy ».

— Murphy ou pas, je vais retrouver ces alliances ! maugréa-t-il en s’arrêtant au pas de la porte.

— Papa ? s’exclama sa fille. Tu es à couper le souffle ! Mon Dieu, j’ai encore du mal à croire que tu vas te marier !

La tension retomba quand les yeux humides d’Alexandra croisèrent les siens. Fier d’avoir pu enfin trouver sa moitié, il sourit et la laissa le blottir. C’était agréable de voir combien il avait changé depuis qu’il vivait avec Jérôme. Celui-ci était devenu sa raison, un pilier qui le rendait bien meilleur qu’avant. Il avait aussi par-dessus tout une famille qui égayait chaque jour sa vie.

Avec le temps, il avait réalisé que ses erreurs ne devaient pas se répercuter sur ses enfants. Il avait eu tellement peur qu’Alexandra ne finisse par regretter de s’être mariée très jeune avec Vincent qu’il ne voulait que la protéger, mais au lieu de cela, elle lui apprenait à s’ouvrir plus aux autres. Elle était heureuse avec ses trois enfants et son mari. Que pouvait-il attendre de plus pour elle ?

— Elle a raison, l’interrompit son gendre, ce costume sombre vous va à merveille !

— Merci Vincent, répondit-il en s’écartant de sa fille qui lui sourit.

— Je suis si contente pour vous, émit-elle en essuyant ses quelques larmes.

— Je regrette juste que grand-mère ne soit plus là pour le voir, murmura Vincent d’une voix tremblante. Mais je sais qu’elle est partie rassurée. Mon père est entre de bonnes mains.

Cédric, ému, hocha la tête en se souvenant des regards amusés qu’Hélène lui lançait autrefois. Ce petit bout de femme lui manquait, mais il savait aussi combien elle était ravie de voir son garçon enfin en couple. Un rire échappa soudainement de sa bouche.

— Pourquoi ris-tu ? lui demanda sa fille.

— Je me rappelle de la fois où Hélène m’a donné sa bénédiction…

Vincent et Alexandra le regardèrent avec un air attendri. Cette femme l’avait touché en plein cœur et avait été présente à chaque moment important de leur vie de couple.

— Raconte papa, le supplia sa fille.

— La semaine qui a suivi ma demande, j’étais allé la voir et lui avais annoncé la nouvelle. Elle avait souri en me disant…

Cédric se tut quelques secondes, laissant son cœur battre à ce souvenir. C’était il y a un an et pourtant, il avait l’impression que cela s’était passé la veille. « Oh vous savez, reprit-il en imitant parfaitement Hélène, j’ai prié pour qu’il se trouve quelqu’un. Et Dieu merci ! Vous l’avez eu avant le yéti ! » Les jeunes rirent en comprenant de quoi parlait cette fabuleuse grand-mère.

— Même si elle n’est plus là, gloussa-t-il la poitrine comprimée, elle a fait en sorte qu’on se souvienne d’elle et c’est ce qui compte, n’est-ce pas ?

— Oui, lui répondit Vincent qui résistait à l’envie de pleurer.

Cédric savait combien cette dernière avait compté dans sa vie. Elle avait pris soin de lui pendant que Jérôme avait repris ses études et ensuite travaillé. Il avait compris grâce à elle ce par quel chemin son futur époux était passé. Le deuil de Julia l’avait brisé et le sourire de Vincent était devenu sa source de vie.

Aujourd’hui, après huit ans, il allait officialiser leur union avec les alliances des parents de son amant. Hélène les lui avait offerts en promettant de veiller sur son garçon. Il reprit donc sa conversation et expliqua aux jeunes gens la raison de sa présence.

— Va voir les jumeaux, lui proposa sa fille, Cory et Lenny devaient les attacher sur un coussin.

— Pourquoi Jérôme semble croire que les alliances aient disparu ?

— Il ne t’a rien dit ? le coupa Vincent surpris.

— Non, murmura-t-il en sentant son cœur rater un battement.

Des centaines de questions se bousculèrent tant dans sa tête qu’il n’entendit pas les jeunes lui parler. Merde ! C’était tout de même sa journée et Jérôme ne pouvait pas faire marche arrière ?

— Papa ! le secoua la voix de sa fille. Peux-tu arrêter de dévisager Vincent, il n’y est pour rien.

Cédric, le regard noir, ne desserra pas des dents avant qu’Alexandra n’éclate de rire.

— Il faut vraiment tout te dire, lui chuchota-t-elle en se reprenant son sérieux, tu avais promis à Jérôme de discuter avec les petits.

— Pourquoi ? la questionna-t-il en écarquillant les yeux. Il n’y a jamais eu de problème avec eux ?

— Papa, tu as beau être commissaire, quand il s’agit de ta famille, tu ne vois jamais rien. Va les voir dans leur chambre et ne reviens pas tant que tu n’auras pas mis les choses aux claires !

***

Cédric marcha jusqu’à la chambre que Jérôme et lui réservaient aux enfants quand ils venaient chez eux.

— Waouh papi Ced ! s’écria Julia en sortant de ladite pièce, tu es super beau !

— Merci ma puce. Sais-tu où sont tes frères ?

— Tu vas les gronder ? lui demanda-t-elle en se mordillant la lèvre inferieur.

— Non, je dois leur parler… et promis, je serai gentil.

— Si tu le dis, marmonna-t-elle en soupirant. Ils sont dans la chambre.

Cédric la regarda partir en direction du salon et sourit. Il ne savait toujours pas pourquoi il devait discuter avec eux, mais il se prépara mentalement à les affronter. L’un n’allait jamais sans l’autre, c’était comme s’ils ne pouvaient pas vivre séparément.

— Les garçons, commença-t-il en les voyant subitement tourner leur visage vers lui, papi Jéjé vient de me dire que les alliances avaient disparu. Est-ce que c’est vrai ?

Il remarqua que Cory et Lenny, vêtus de leur petit costume, s’étaient rapprochés l’un de l’autre en formant un barrage à quelque chose. Il s’approcha pour découvrir le coussin de mariage vide de ses anneaux.

— Alors ? dit-il d’une voix maitrisée. Qu’avez-vous à me dire ?

Cédric ne se trompait plus. Les jumeaux, très blonds et aux yeux bleus, se ressemblaient peut-être comme deux gouttes d’eau, mais il parvenait à les différencier. Cory avait un visage plus doux tandis que Lenny était le contraire. Leur caractère était si diffèrent que cela en était parfois effrayant. L’un avait le sang des Kanan, mais l’autre, c’était un Davis tout craché.

— Ce n’est pas de notre faute, lui chuchota timidement Cory. On est parti et hop, plus de bagues.

— C’est vrai Lenny ?

Celui-ci opina en prenant la main de son frère pendant qu’il s’agenouilla pour les dévisager tour à tour.

— Quelqu’un a bien dû les prendre pendant votre absence. À votre avis ? Qui cela pourrait être ? Parce que, bon, je vais vite trouver le coupable en éliminant les suspects un à un.

Les garçons se fixèrent quelques secondes puis le regardèrent.

— Peut-être qu’un oiseau les a pris ? émit Cory. Tu sais, la fenêtre était ouverte…

— Mouais, dit-il en haussant un peu le ton.

Cédric repensa à la conversation qu’il avait eue avec sa fille. Quel était le problème avec eux ?

— Vous  savez que ces alliances sont importantes pour nous ? Elles appartenaient à Mamie Hélène et elle les a spécialement refaites à nos tailles pour le mariage.

Les garçons hochèrent la tête tout en restant muet. Toutefois, le regard noir que lui décocha Lenny sembla le désigner comme le coupable.

— Vous ne pourrez plus vous marier alors ? le questionna Cory.

— Même si je ne les ai pas, papi Jéjé et moi pouvons le célébrer, répondit-il sans lâcher de ses yeux Lenny qui venait de froncer les sourcils.

Cédric qui voyait que le premier protégeait ce dernier se demanda pourquoi son petit-fils affichait un tel regard.

— Très bien, soupira-t-il en s’asseyant au bord d’un lit pour mieux les contempler d’un air sévère. Pourquoi les avez-vous cacher ?

— Ce n’est pas nous, marmonna la voix peu convaincante de Cory alors que le second jumeau détourna ses yeux.

— D’accord, chuchota-t-il. Cory, tu vas rejoindre ta sœur. Je vais discuter avec ton frère.

— Mais, le coupa celui-ci étonné, ce n’est pas lui non plus !

— Cory, fais ce que je te demande.

— Non ! s’écria le petit d’une voix paniquée. Tu vas être méchant avec mon frère ! Et…

— Cory, murmura-t-il en posant un genou à terre, je te promets que je ne vais pas le gronder.

L’enfant se jeta dans ses bras tout en enlaçant son cou et lui demanda à l’oreille :

— Promis ?

— Oui.

Cory partit de la chambre et Cédric referma la porte derrière le garçon.

— Je ne veux pas te parler ! lui asséna froidement Lenny.

Cela allait se corser, pensa-t-il en découvrant que le garçon ne semblait pas heureux pour Jérôme et lui.

— Où sont les alliances ? insista-t-il sans ménagement.

— Je ne te le dirai pas !

— Pourquoi les as-tu cachés ?

— Parce que ! lui répondit l’enfant qui baissa la tête tout en tapant d’un pied rageur le plancher.

Cédric, debout devant lui, savait que ce n’était pas la bonne manière de s’y prendre et il réalisait que la place de grand-parent n’était pas facile. C’était plus dur que d’affronter ses hommes…

— Bien, chuchota-t-il en s’agenouillant. Ecoute, je ne suis pas fâché, je voudrais juste comprendre.

Lenny croisa les bras autour de la poitrine, releva d’un mouvement son visage et lui planta un regard assassin.

— Je n’ai pas envie que tu te maries !

— Pourquoi ? demanda-t-il interloqué. Je croyais que tu étais content ?

— Oui, mais… je ne veux plus !

— Ça me peine ce que tu me dis. Et pourrais-tu m’expliquer pourquoi tu as changé d’avis ?

Cédric sentit son cœur se serrer quand dans les yeux très bleus de son petit-fils des larmes y apparurent.

— Non ! lui cria-t-il en mettant les bras le long de son corps comme s’il tentait de conserver sa colère.

— Alors pourquoi pleures-tu ?

— Je ne pleure pas ! renifla celui-ci.

— Bien, si tu ne veux rien me dire, je ne peux pas t’aider, conclut-il en se levant.

— Je m’en fous ! Je ne t’aime plus !

— Lenny, dit-il en tentant de lui prendre une main qui lui échappa.

Cédric n’aurait pas cru que son petit-fils serait contre son mariage. Il soupira, chagriné par son comportement étrange et commença à se diriger vers la porte quand, tout à coup, Lenny se mit à hurler si fort que cela lui transperça le cœur.

— Je t’aime plus !

Il le regarda prendre sa tirelire en porcelaine. L’enfant la jeta contre le sol, l’éclatant en mille morceaux et lui dévoila ainsi les anneaux au milieu de pièces et de billets.

— T’es plus mon pi préféré ! Je te déteste ! reprit plus violemment celui-ci en pleurant à chaudes larmes.

— Lenny, murmura-t-il en le saisissant par un bras. Peux-tu arrêter ? Je ne comprends rien ?

Le garçon, qui avait le regard embué et les joues humides, déforma ses lèvres et lui cracha avec désespoir :

— Tu vas te marier et tu vas m’oublier ! Tu ne seras plus là pour moi ! Tu vas rester avec Pi Jéjé tout le temps ! Et tu vas partir loin d’ici !

— Quoi ? marmonna-t-il en faisant l’effort de comprendre ces mots d’enfants.

Lenny dissimula ses yeux avec son autre bras et Cédric l’écouta tristement pleurer.

— Hé ? Je resterai ton papi…

— Mais c’est lui que t’aime le plus ! Et moi, moi, je t’aime aussi Pi Ced !

Cédric, ému, l’enlaça et le petit corps secoué de spammes incontrôlables se calma doucement tout contre lui, laissant le temps à son cœur d’apprécier cet instant avec lui. Ce devait être la première fois que Lenny baissait   autant sa garde. Ce petit garçon qui voulait toujours donner l’image du frère fort et bien veillant avait aussi beaucoup d’amour à apporter autour de lui.

— Tu as peur que je ne sois plus là parce que je vais me marier ? chuchota-t-il à son oreille.

L’enfant hocha la tête et Cédric resserra son étreinte avant de poursuivre :

— Tu sais, ça ne changera pas grand-chose, j’aime papi Jérôme et je continuerai à t’aimer.

Lenny ne lui répondit pas, mais se lova tout contre son torse. Cédric qui aurait pensé que Cory était le plus sensible des deux se rendit compte que celui-ci était son portrait craché. Tout dans le cœur et rien en surface.

— Mais tu partiras quand même avec lui et pas avec moi, lui marmonna-t-il en hoquetant.

— Je ne pars qu’une semaine en croisière et après je serai de nouveau ici, tu comprends ?

Cédric sentit les épaules de Lenny se hausser, mais son petit-fils resta silencieux.

— Je suis comme pi Jéjé, ajouta l’enfant.

Cédric sourit sans vraiment saisir le sens de la phrase. La seule chose qu’il put lui promettre fut la première danse, ne serait-ce que pour lui montrer qu’il tenait à lui.

Au bout de plusieurs minutes de silence, Lenny se détacha de lui et récupéra les bagues en faisant attention de ne pas se couper puis les lui tendit d’une main encore tremblante.

— Tu m’aimes encore même si j’ai menti ? lui demanda-t-il timidement.

— Toujours Lenny.

Lorsqu’il fut rassuré que tout allait mieux entre eux, il ouvrit la porte et ses yeux se plissèrent en ligne dépité : le reste des membres de la famille tenta de s’éparpiller dans toute la maison. Mais, à cette seconde, la plus belle chose qu’il ait pu entendre fut l’éclat de rire de Lenny.

— Nous allons bien ! lâcha-t-il en faisant un clin d’œil à son petit-fils.

 

 

Alexandra serrait la main de son mari, le cœur cognant dans la poitrine. Elle était debout à la première ligne et elle regardait son père et Jérôme se tenir face à monsieur le maire. Elle était émue. Enormément. Après toutes ces années où elle l’avait vu seul, même si elle savait qu’il fréquentait des hommes certaines nuits, jamais elle n’aurait cru un jour vivre ce moment.

Elle ne connaissait pas Cédric autrement que dans son rôle de père. Il ne lui avait d’ailleurs jamais parlé de ses conquêtes qu’elle entendait de-ci et delà. Elle n’avait pas vraiment su ce qui s’était passé lors du divorce de ses parents, mais elle savait que sa mère l’avait brisé en l’abandonnant seul avec les jumeaux pour un autre homme.

Elle l’avait détesté de toute son âme. À dix ans, elle était capable de comprendre certaine chose et la tristesse qu’elle avait vue dans les yeux de son père avait été un supplice. Cédric avait beau avoir un caractère de cochon, il avait toujours été là et ce, malgré son emploi du temps chargé. Rémy et elle s’en étaient très bien sortis avec lui.

— Il est beau pi Ced ! le coupa la voix tremblante de Lenny qui empoignait inconsciemment un pan de sa robe blanche.

— Oui, répondit-elle en lui souriant.

Elle jeta un regard à Cory qui, à côté de son frère, admirait les futurs mariés. Julia, quant à elle, logeait dans les bras de Vincent. Sa fille désirait les voir à leur hauteur et avait les yeux remplis d’étoiles. Alexandra glissa un bras autour de la taille de son mari, le cœur heureux. Son père était devenu un autre homme, un grand-père soucieux de ses petits-enfants et un compagnon attentionné.

Elle sourit en regardant George Gérald qui était le témoin de Cédric. Cet homme était ce qui se rapprochait le plus à un frère. Elle se rappelait de ces quelques soirées où George était venu épauler son père quand celui-ci pensait qu’elle dormait. Certains de ces mots l’avaient fait grandir plus vite que les enfants de son âge. Son père n’avait pas le droit de gâcher sa vie à cause d’une femme qui lui avait pris le peu d’estime qu’il avait déjà peu de lui-même. Au moins, se dit-elle, il les avait, son frère et elle.

Elle se tourna quelques secondes vers l’assemblée et son cœur chavira en réalisant que son père avait de merveilleux amis. Ils n’étaient pas nombreux, mais tous ceux-là représentaient bien plus qu’un entourage : c’était une famille. Elle sourit à Caroline Gérald puis ses yeux se reportèrent sur les mariés. L’émotion paraissait être à son comble.

Cédric et Jérôme se fixaient droit dans les yeux. Pendant ces quelques secondes, elle avait la certitude qu’ils n’existaient plus pour eux. L’amour que ces deux hommes éprouvaient l’un pour l’autre depuis autant d’année était si visible qu’elle avait du mal à retenir ses larmes. Dans une minute, son père allait définitivement appartenir à une seule personne.

Sa poitrine se comprima plus violemment quand la voix rauque du maire parla clairement :

— Je vous déclare mari et mari, vous pouvez vous embrasser.

Elle cligna plusieurs fois des cils et baissa son visage vers le sol. Elle était si émue qu’elle ne réussit pas à garder ses larmes au bord des yeux.

— Tu pleures maman ? lui demanda Lenny.

Elle posa une main sur sa bouche et contempla son petit garçon qui, le regard extrêmement brillant, peinait aussi à retenir ses larmes. Son cœur de mère avait compris ce que son bébé de sept ans était en train de vivre. Lenny avait passé beaucoup de temps à adorer Vincent, mais depuis les premières vacances[1] où elle l’avait laissé une semaine à Cédric et Jérôme, son garçon s’était mis soudainement à voir en ce pi Ced quelqu’un à aimer encore plus.

— Oui, tu pleures ? reprit le jumeau.

Elle s’accroupit en leur souriant et les enlaça.

— Oui, je suis très heureuse. Et vous ?

— Oui ! s’écria Cory en reniflant. C’était très beau ! T’as entendu quand pi Jéjé a dit oui ? Et que pi Ced l’a dit aussi ? Moi aussi je veux me marier !

— Et toi, Len ? demanda-t-elle.

— Hum, émit celui-ci en effaçant ses larmes, on va dire oui.

Alexandra déposa un baiser sur chacun de leur front et se leva en déclarant d’un air plus serein :

— Allons les féliciter !

Elle patienta, les garçons à ses côtés. Sa tante Lise vint l’embrasser et l’avertit que le menu du soir était fin prêt à être servi. Alexandra savait que celle-ci était une bonne cuisinière. Elle salua son cousin Axel qui était accompagné de sa compagne. C’était agréable de se retrouver en famille, même si les seules personnes qui auraient pu manquer à cet événement étaient les parents de Cédric. Ces derniers avaient coupé les ponts avec sa tante et lui quand son père leur avait annoncé son homosexualité.

— Alexandra ?

Elle se tourna vers la voix et sourit à Alain qui était suivi de près par un yuski.

— Alain[2], désolée, je n’ai pas eu le temps de t’accueillir, répondit-elle en lui faisant la bise.

— Ne t’inquiète pas, c’est moi qui étais en retard. Spam m’a retenu à l’entrée.

— Je vois ça, dit-elle en voyant ses enfants caresser le chien. Aidan ne doit pas être loin ?

— Oh non, même si cette boule de poil m’adore, elle ne peut plus vivre sans cet aveugle.

— Ah-hem, les interrompit le concerné. Je suis là les amis et j’entends tout.

Alexandra éclata de rire.

— Mon Dieu ! s’écria-t-elle amusée, si je ne te connaissais pas, tu serais presque effrayant comme type.

— Tiens d’ailleurs, intervint Yann, en parlant de ça, comment il était jeune ?

— Alors, il…

— Un mot de plus, la coupa Aidan, et je raconte à ton père ce que tu m’as fait !

Il y eut soudainement un silence.

— Comment ça ? brailla la voix du commissaire. Qu’est-ce qu’elle t’a fait ?

— Et voilà, grimaça-t-elle en donnant une tape à l’épaule de l’aveugle, tu ne sais vraiment pas tenir ta langue.

— Ah-ah, ricana piteusement Aidan. Super le jeu de mot.

— Hein ? insista la voix rauque de Cédric.

Elle s’esclaffa intérieurement en voyant Jérôme sourire jusqu’aux oreilles et qui tenait son père par le bras.

— Nooooonnnn ! émit Thomas les yeux ronds, totalement surpris. T’es sérieux Aidan ? C’était elle ? Je comprends pourquoi tu n’as jamais voulu me dire qu’elle était…

— Okay ! les fit taire Cédric en levant les mains vers le plafond. Je. Ne. Veux. Rien. Savoir. Aujourd’hui est un jour important pour mon Jéjé et le premier qui le ruine, je l’envoie en taule !

— Hannn, pi Ced va mettre quelqu’un en prison ? murmura Cory en écarquillant les yeux. C’est vrai ? Je peux venir ? T’as tes menottes ? Je peux voir ?

— Mais non, chuchota Alexandra, pi Ced ne va pas le faire, sinon pi Jéjé ne lui fera pas la fête cette nuit.

— Pourquoi ? bougonna l’enfant. C’est son mariage, on va bien danser et tout et tout ?

Les adultes pouffèrent et Alexandra sourit. Cédric qu’elle n’avait pas vu aussi joyeux semblait attirer le regard de ses enfants.

 

 

Lenny, le cœur gros comme une patate, serra ses lèvres et regarda tristement « Pi Ced » dorénavant marié. Son grand-père qui était loin de ressembler à un vieux aux cheveux gris empoignait chaleureusement les mains des invités et avait un sourire qui prenait toute la place sur le visage.

— Hé, lui chuchota celui-ci en s’agenouillant devant lui, ça va ?

Il hocha la tête tout en fixant l’alliance autour du doigt. Il finit par éclater en sanglots et se laissa étreindre par les bras de cet homme.

—  Es-tu content pour Pi Jéjé et moi ? lui demanda son grand-père en l’étreignant très fort.

— Oui, marmonna-t-il à travers ses hoquets.

— Je serai toujours ton Pi Ced, d’accord ?

Lenny avait tellement d’émotions en lui qu’il ne savait pas comment les faire taire. Il était heureux pour ces deux hommes, mais une petite part de lui souhaitait être égoïste et de garder pour toujours pour lui « son pi Ced ».

— Uh, répondit-il en fermant quelques secondes ses yeux.

Un jour, quand il serait grand, lui aussi, il se marierait comme lui…

 

 

Jérôme avait passé une merveilleuse journée. Ce soir, en arrivant dans la salle des fêtes, il balaya la pièce d’un regard heureux. Son pouce jouant avec l’alliance à son annulaire, il sourit. La famille et les amis avaient tous répondu présent.

— Heureux Monsieur Davis ? lui susurra son mari posté derrière lui et qui glissait les bras autour de sa taille.

— Très ! répondit-il en pivotant avant de l’embrasser tendrement.

Les premières notes de musiques résonnèrent et Cédric s’écarta de son tout juste époux.

— Ça ne te dérange pas que j’invite quelqu’un à ouvrir le bal ?

— Non, invite-le.

— Comment sais-tu que c’est Lenny ?

Jérôme leva ses yeux au plafond quelques secondes avant de le regarder.

— Tu n’as donc rien compris ?

— Compris quoi ?

— Si je t’ai demandé d’aller discuter avec les jumeaux, tout particulièrement avec Lenny, ce n’était pas pour rien.

— Je suis désolé mon ange, mais je ne comprends toujours pas ?

— Ne t’a-t-il pas dit qu’il était comme moi ?

Cédric parut réfléchir et Jérôme éclata de rire quand celui-ci roula des yeux.

— Ça ne se voit pas du tout que t’es flic ! gloussa-t-il en remettant de l’ordre dans le nœud papillons de Cédric.

— Non, t’es sérieux ?

— Cory t’admire comme un héros, mais pour Lenny, tu représentes bien plus…

— Oh merde, je me sens un peu mal d’un coup…

— Il fallait qu’il sache que quoi qui puisse se passer, tu seras toujours là pour lui et que tu l’aimes.

— Mince, émit Cédric, je ne pensais pas que le complexe d’Œdipe me tomberait un jour dessus comme ça…

Jérôme rit et lui donna un coup sur les fesses en l’intimant d’inviter Lenny.

 

Cédric, serein, s’approcha de son petit-fils qui l’attendait debout devant la piste. Il se sentit à la fois idiot et heureux. Qui aurait cru qu’il serait devenu un homme important aux yeux de ce petit gars ? Il était fier d’en être arrivé là, ici et maintenant avec sa famille et ses amis. George, accompagné de sa femme Caroline le regardait d’un air amusé. Tout le monde semblait au courant pour Lenny. Etait-il donc si aveugle qu’il n’avait jamais fait attention à son petit-fils ?

Il soupira en se disant qu’il devait vraiment revoir son rôle de grand-père…

— Jeune homme, murmura-t-il en posant un genou à terre devant Lenny, m’accorderez-vous cette danse ?

Pendant quelques secondes, le monde avait disparu autour d’eux. Le regard luisant et profondément bleu du garçon lui rappela combien il avait été difficile pour lui d’admettre son attirance pour les hommes. Lenny avait les mêmes yeux que lorsque Cédric, jeune adulte, se cachait pour éviter que les gens sachent qu’il était diffèrent. Même si aujourd’hui les mentalités commençaient peu à peu à accepter ces amours, il se fit la promesse de faire de son mieux pour être là dans sa vie.

— Oui, monsieur, le rappela soudainement la voix enrouée et émue de Lenny.

Cédric sourit en sentant le poids des regards sur eux. Lenny glissa un bras autour de son cou et Cédric se redressa en prenant la petite main tendue. La musique dansante le poussa à tournoyer doucement et au rythme de la mélodie. Son petit garçon riait, les larmes de joie au bord des yeux alors que celui-ci jeta rapidement un œil à l’assemblée.

Cédric était en train de vivre sa plus belle journée et, ce soir, Lenny lui offrait une autre façon d’aimer. Il avait aimé son rôle de père, mais jamais il n’aurait cru autant tenir à ses petits-enfants. Particulièrement Lenny qui parvenait à bouleverser son cœur. Son sourire et ses regards étaient empreints d’innocence et ce qu’il appréciait dans ces courts instants étaient de comprendre que les plus simples vérités venaient de ce jeune âge. Peu importait ce que l’avenir lui réserverait, il avait une nouvelle vie devant lui et demain, dans quelques années, il serait là pour chacun d’entre eux… parce que, finalement, c’était ça l’amour.

En dansant, il aperçut Vincent qui enlaça sa fille. Dire que toute cette fabuleuse histoire avait commencé à cause de celui-ci qui avait osé lui voler à l’époque son bébé. C’était un bon souvenir…

Rémy qui était loin d’être dans une période joyeuse semblait heureux pour eux. Cédric se rappela qu’il devait absolument s’entretenir avec lui avant de partir en croisière. Ses yeux se posèrent ensuite sur Jérôme qui le regardait d’un air attendri. Il sourit en voyant Julia et Cory inviter son bel époux à danser sur la piste.

Petit à petit, tout le monde les rejoignit. Louis prit plusieurs photos avant d’être à son tour emporté par la musique et Sacha. Thomas et Eleven étaient aussi présent, accompagné de leur petite tribu. Les garçons, Alban et Morgan dansaient avec les enfants Lafont, Jessica et Ethan.

Il leva une seconde ses yeux au plafond quand son officier, Grégory Malte arriva dans la salle en levant le pouce. C’était le signe qu’il n’y avait pas eu de problème au commissariat. Dieu soit loué, Jérôme ne l’avait pas vu le lui faire. En tout cas, Cédric savait déléguer son travail !

— Merci, lui murmura Lenny quand la chanson se termina. Je crois que c’est au tour de Pi Jéjé.

— Merci à toi, répondit-il en le déposant sur le sol.

— Je suis content pour pi Jéjé et toi, lui chuchota-t-il en rougissant.

— Et venant de toi, ça me touche vraiment.

L’enfant sourit et partit retrouver les autres enfants. Cédric fit quelques pas en se forçant à oublier le boulot. Il attrapa son mari par la taille et celui-ci se colla à son corps, réveillant son excitation qui fit rougir Jérôme.

— Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te sauter dessus ici, susurra-t-il à son oreille en mordillant le lobe. J’ai hâte de partir en croisière avec toi mon tout beau mari !

— Ah, euh, à ce propos, le coupa Jérôme, il faut que je te dise…

Cédric aurait tout entendu ! Il avait tout fait pour éviter d’être pris par son poste de commissaire et là, son « tout beau mari » venait de lui briser un petit rêve. Il prit sur lui en admettant que leur vie sexuelle était déjà assez débridée et qu’il était capable de vivre sans baiser pendant une semaine…

— Donc, reprit-il avec espoir tout en fixant Jérôme dans les yeux, j’ai toute cette fin de nuit pour te faire hurler de plaisir ?

Cela allait sûrement l’épuiser, mais tout cela le valait bien.

.

Il était déjà très tard quand le gâteau fut déposé sur la table. Cédric et Jérôme le contemplèrent avec enthousiasme. La pièce était grande et était montée sur trois parties. Le sommet était décoré de deux personnages en costumes noirs, posé l’un en face de l’autre. Un flash le fit cligner des yeux, maugréant après Louis qui venait de les prendre en photo.

 

Tout le monde avait apprécié le menu. Il y avait de quoi être ravi, Lise et le cuisinier d’Alain avaient été les maîtres d’orchestre de ce merveilleux repas. Cédric avait vraiment tout pour être un homme heureux.

— Eleven, Kenzo ! cria-t-il en quittant sa chaise en même temps que Jérôme. Que dire à part, de tout cœur,  merci pour cette pièce montée.

— Un discours, Ced ! hurla George en levant son verre.

Cédric respira, leva le sien en l’air et garda une main de Jérôme dans la sienne. Il n’en avait pas vraiment prévu un et les regards tournés vers lui semblaient impatients de l’entendre.

— Très bien, murmura-t-il en se raclant la gorge. Il y a plus de huit ans, quand Alexandra m’a annoncé qu’elle s’était mariée et enceinte de ma petite Julia, j’ai fait une rencontre qui a bouleversé ma vie.

— Et quelle rencontre ! s’exclama la voix de Rémy qui fit rire l’assemblée.

Il n’avait plus de doute à ce sujet ! ils étaient au courant de la ceinture ! Et ses joues virèrent à l’écarlate quand il croisa le regard moqueur de Vincent et amusé de Thomas.

— Oui, reprit-il en rougissant. J’avoue, elle a été explosive. Vous me connaissez, hein ? Quoi qu’il en soit, je ne pensais pas un jour dédier chaque battement de mon cœur à un seul homme, mais c’est ce qui est arrivé. Jérôme m’a plu et croyez-moi, il n’a pas été facile à attraper !

Son mari rougit et Cédric poursuivit.

— Avec lui à mes côtés, je suis devenu un homme chanceux et plus que comblé, maintenant que je suis marié. Ce soir, je lève mon verre à nous, à vous qui êtes présents et à l’amour.

Il se tourna vers Jérôme et ajouta :

— C’est avec toi que je veux continuer ma vie parce que je t’aime de tout mon cœur. Santé !

Il trinqua avec son mari et but son verre.

— Le baiser ! tonna George.

Avant que Cédric ne fasse le premier geste, Jérôme l’avait déjà tiré par le col de la chemise et ses lèvres étaient collées aux siennes.

— Y a pas de doutes ! reprit George, il t’aime !

Il tenait dans ses bras l’homme de sa vie, celui qui l’avait à nouveau égayé. Chaque matin, il savait pourquoi il se levait et le soir, il ne trainait plus dans les bars. Il avait tout ce qu’il lui fallait à la maison.

 

Plus tard, après avoir coupé le beau gâteau, Cédric laissa son mari discuter avec les invités. Il en profita pour aller voir son fils et son neveu. Respectivement âgé de 26 et 33 ans, ces deux hommes s’entendaient comme des frères. Lise, sa fidèle petite sœur et ses amis George et Alain avaient été d’un grand soutien. Sans eux, il n’osait pas imaginer où il en serait.

— Ced ! s’écria justement Alain qui venait de l’arrêter. Viens-là que je t’accapare quelques minutes !

— Hé, ravi de voir que tout se passe bien ! dit-il en dévisageant sa sœur qui lui expliqua le projet d’Axel.

— Ton neveu a un super projet pour le dernier trimestre, j’espère que tu en seras ? lui chuchota-t-elle.

— Lequel ? demanda-t-il méfiant.

— Il t’en dira plus, mais c’est pour participer à un événement nommé « Un enfant, un grand-parent[3] ».

— Et ? insista-t-il.

— Tu ne veux pas devenir papi de substitution ?

Cédric gloussa en lui rappelant qu’il avait déjà trois petits-enfants pleins de vie sous le coude.

— Alain ? dit-il en posant une main sur l’épaule de son ami. Pourquoi n’y participes-tu pas ?

— Mhn, ronchonna celui-ci, tu me vois avec un gosse ?

— Alain ! s’écria Lise, tu serais si bien dans ce rôle ! J’espère vraiment que tu m’accompagneras au moins pour l’ouverture ! Ce ne sera pas avant l’automne prochain, je te laisse le temps d’y réfléchir !

— Mouais, je verrais bien…

— Lise, arrête de t’occuper de sa vie ? Et comment va ma nièce ?

— Emilie va très bien, l’informa-t-elle avant de poursuivre d’une voix plus sérieuse, tu devrais annoncer la nouvelle à Rémy. Je suis certaine que ton fils serait heureux d’apprendre qu’Axel a réussi à le faire revenir en ville.

Cédric hocha la tête et la tourna vers Rémy. Ce dernier, adossé à un mur, semblait contempler la piste de danse d’un regard perdu. Depuis que Théo[4] l’avait quitté, il s’était petit à petit renfermé. En tant que père, il aurait voulu détester Théo pour la dépression qu’avait vécu son garçon, mais le jeune homme n’y était pour rien.

— Rémy ? Je peux te parler ?

— Papa ! Oui, bien sûr.

Cédric retira le verre des mains de son fils et la posa sur une table.

— J’ai quelque chose à t’annoncer, mais avant de dire quoi ce soit, je veux que tu me promettes de prendre le temps de réfléchir à ce que tu feras de cette nouvelle.

— Tu t’écoutes papa ? ironisa gentiment celui-ci. C’est toi qui me dis ça ?

— Oui.

— C’est quelle genre de nouvelle ? Une bonne qui me fera juste sourire ou une de celles qui changera ma vie ?

— La seconde.

Les yeux de son fils se mirent à pétiller comme s’il allait lui révéler l’identité du Père Noël.

— Théo revient s’installer cet hiver.

Rémy parut subitement manquer d’air.

— C’est vrai ? lui demanda-t-il dans un souffle inespéré.

— Tu dois ce retour à ton cousin et à son nouvel infirmier, Yann.

— Je, hein, quoi, répète ? J’ai du mal à te suivre ? Pourquoi Axel ou Aidan ne m’ont rien dit ?

— Le mari d’Aidan commence à travailler dans le refuge en décembre et il a demandé à bosser en binôme.

— Et, Yann a…

— Spécialement demandé après Théo.

Cédric vit combien cette nouvelle troubler son fils.

— Tu es sûr ? bégaya celui-ci.

— Oui.

— Mon Dieu ! s’époumona Rémy, « il » revient pour de bon ? « il »… oh merde, je dois récupérer ton cadeau !

— Quoi ? dit-il en fronçant les sourcils. En quoi cette nouvelle t’autorise à reprendre « ton » cadeau ?

— Oh, euh… ça t’aurait surement fait sourire de découvrir ce qu’il y a dedans, mais je crois que j’en aurai plus besoin que toi…

— Hé ! s’offusqua-t-il. Dis aussi que je suis vieux !

— Non, lui répondit son fils en riant.

Cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait pas vraiment entendu rire que ce son embauma son cœur.

— Okay, dit-il. Mais qu’est-ce qu’il y a dans la boîte ?

— Oh, euh, marmonna son fils en reculant de quelques pas. Vos ceintures…

— QUOI ? hurla-t-il presque avant de baisser d’un ton. Non. J’ai promis à mon Jéjé que je ne crierai pas. Tu n’auras pas ce plaisir et…

— Bah, alors Rémy, les coupa Jérôme, qu’as-tu encore fait ?

— Rien, chuchota Cédric en le prenant par la taille, et si nous allions prendre l’air monsieur Davis ?

Son fils le regarda et lui offrit un sourire qui ne disparut pas de son visage. Cédric pria pour que Théo lui pardonne son erreur de jeunesse…

— Où m’emmènes-tu ? l’interrogea son mari quand ils arrivèrent vers la sorties.

— Surprise, répondit-il en se penchant vers l’oreille de Jérôme.

— Quoi ? Dans un placard…

Tout le monde était si occupé à discuter que personne ne les vit entrer dans le vestiaire.

— Ced ? Qu’est-ce que tu fais ?

— Ça…

Cédric plaqua Jérôme contre un mur et l’embrassa comme si son âme cherchait à trouver une réponse en lui. Pourquoi ce corps arrivait encore à le déstabiliser après autant d’années de vie commune ? Comment son cœur parvenait à redoubler ses battements quand il était près de lui ? Ce n’était rien d’autre que de l’amour. Ce sentiment qui lui était tombé dessus lui avait ouvert de nouvelles perspectives, ou du moins, Jérôme lui avait offert une seconde vie.

— Ced, Ced, lui susurra son amant à travers leur baiser et qui comprit où il voulait en venir. Dépêche-toi…

Si l’envie était présente, son homme savait l’exciter rien qu’en murmurant ces mots à son oreille. Cédric aimait entendre la respiration courte et empreinte de désirs de Jérôme. L’amour de son mari était le seul endroit où il accepterait d’être emprisonné.

Ses lèvres se posèrent sur les siennes et ses mains déboutonnèrent le bas. Cédric, excité, n’avait pas le temps de le chouchouter, mais une fois leur pantalon baissé jusqu’aux chevilles, il retourna son amant et plaqua face contre le mur.

Jérôme, les mains en appui sur la paroi, le dos cambré et les fesses pointées dans sa direction, l’invita à faire de lui ce qu’il désirait. Cédric s’agenouilla et lécha l’entrée convoitée tout en le préparant de ses doigts. Les plaintes de son mari réveillèrent davantage son sexe qui commença à devenir douloureux.

— Ced !

— Agenouille-toi, demanda-t-il à Jérôme qui trembla d’envie.

— Prends-moi Ced !

— Maintenant ? minauda-t-il en plaquant son sexe dur contre les fesses de celui-ci.

— Ced, Ced, Ced, héla son mari avec supplice.

Cédric le pénétra en grognant. C’était si bon se sentir son bas-ventre papillonner de désir qu’il crut jouir à la seconde et il dut se faire violence pour ne pas se lâcher quand la voix plaintive de Jérôme lui ordonna d’aller plus vite. L’envie était devenue si pressante qu’il agrippa les hanches de son amant et les claquements peaux résonnèrent dans la petite pièce. Il ne leur fallut que quelques secondes pour jouirent en hurlant de plaisirs.

— Oh bon sang, je n’ai jamais été si rapide, chuchota-t-il les lèvres posées sur une tempe de Jérôme.

— Et c’était bon, ajouta celui-ci en deux respirations.

Cédric, avachi sur le dos de Jérôme et le sexe encore en lui, sourit et l’étreignit très fort.

Quelques minutes plus tard, l’espace nettoyé d’un de leur haut et les hommes revêtus correctement, ils sursautèrent quand de petits coups furent frappés à la porte.

— Merde, murmura Cédric, tu as fermé ?

— Non, pas toi ?

— Merde !

Leur cœur tambourina en entendant une petite voix marmonner :

— Pi Ced ?

— C’est lequel celui-là ?

Jérôme éclata de rire et se lova tout contre lui.

— Pi Jéjé ? murmura Cory. Pourquoi t’as perdu ta chemise ?

Cédric gloussa en gardant son homme tout contre lui. Si ce n’était pas l’un des garçons, il y en aurait toujours un pour les faire sourire.

 

 

Le lendemain soir, Cédric et Jérôme qui avaient horriblement peu dormi, avaient embarqué au port de Nice. Alexandra et Vincent parurent heureux de les voir tous partir le sourire aux lèvres. Les mariés, fatigués par la route, s’installèrent rapidement dans leur cabine et ne se firent pas prier pour s’allonger dans leur lit.

Cédric se colla au dos de Jérôme et lui souhaita de faire de merveilleux rêves.

— C’est parti pour, Ced…

— Bonne nuit Pi Jéjé ! s’écria la voix de Cory à l’autre bout de la double cabine.

— Bonne nuit Pi Ced ! poursuivit celle de Lenny.

— Bonne nuit les enfants ! dirent les deux hommes.

Cédric s’endormit en gloussant. C’était peut-être sa lune de miel, mais il trouva cela sympathique de partir vivre cette aventure avec les jumeaux.

Fin

 

[1] OS Neuf mois (HA 3)

[2] Alain, je rappelle qu’il est l’ancien maître de Spam et il portait le nom de Paul dans la version wattpad. (Apparaitra dans l’histoire de Fabien Fraiser, l’employé de Thomas : Grand-père)

[3] Histoire d’aimer 7 : Grand-père. (se place un livre après Eleven T2)

[4] Histoire d’aimer 6 : Neuf ans (se place juste après Eleven T2)

 

La série est loin d’être terminée et comme je l’avais commencé à un moment où j’avais plus de temps qu’aujourd’hui, il faudra être patient. Très patient. Donc tout commentaire est le bienvenue, ça ne peut que me donner plus de motivation.