Le chaman et son prince (Hyden & Cohan)

Toute l’histoire de la saga « MESSAN » est une œuvre fictive. Les noms, les personnages, les lieux et les situations sont le produit de mon imagination et sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux, des événements ou lieux est purement fortuite.

Mention de couple gay – Classée Mature

Texte original 2013/2018 © Thémys Eridine

Images © fotolia

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Résumé : Hyden, prince cadet d’un peuple presque éteint, avait dû quitter ses terres pour devenir le prince guerrier des métas.
Pour cela, il avait dû apprendre à communier avec son moi-intérieur, son esprit animal.
Il revient après 5 années d’absence et la peur de retrouver son ami Cohan ne cesse de grandir en lui.

 

***

Le Méta et le chaman : Cohan & Hyden

***

Hyden, sur le dos de son destrier noir, tira sur ses rênes lorsque les lumières du royaume de son père apparurent au loin. C’était le cœur léger qu’il rentrait enfin chez lui après cinq années d’absence. Prince héritier des Thérions et descendant d’une longue lignée de métamorphes, il avait dû partir pour découvrir son « moi intérieur ».

Il avait suivi l’entrainement des sages qui –par-delà les hautes montagnes rocheuses– étaient seulement habités par les deux derniers chamans. Grâce à ces hommes sorciers, il avait appris à s’unir avec son puissant esprit animal : le loup de l’Aube.

Les chamans lui avaient révélé de multiples avenirs potentiels où le seul l’homme qu’il aimait secrètement mourait de diverses façons. Il y avait tellement de possibilités que cela avait finies par détruire sa carapace.

La maîtrise de soi n’avait jamais été son fort. Amadouer un esprit animal revenait à affronter ses propres peurs et à accepter tous les sentiments qui faisaient de lui ce qu’il était aujourd’hui. Hyden avait inconsciemment refusé de laisser son « moi intérieur » à avoir le dessus jusqu’à ce que son cœur lâche définitivement prise.

À force de lutter et de tenter de comprendre son loup, il avait fini par unir sa rage à celle de son esprit animal. La fusion avait été si violente qu’il aurait –selon les chamans– acquit le changement radical : l’évolution. C’était une aptitude que très peu d’entre eux étaient capable de posséder.

Il faisait donc partie de ceux qui avaient la possibilité de contrôler entièrement son état animal. Alors que pour les autres, ils leur faillaient une concentration absolue et cela les rendait vulnérable pendant qu’ils se transformaient.

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Devant la contemplation du royaume, il dissimula derrière ses paupières closes ses yeux aux couleurs d’un saphir précieux et apprécia l’air doux qui balaya ses cheveux blonds tandis que la brise, comme une mère attentionnée, sembla porter en elle des mots de bienvenue.

Il sourit, ouvrit son regard et le leva au ciel. Son peuple était avant tout des humains et bien que certains d’entre eux avaient la capacité de se transformer, d’autres ne le pouvaient pas. La diversité était leur force, mais son espèce était en voie d’extinction. Veillé par une race supérieure, Hyden savait qu’il en apprendrait un peu plus sur eux.

Son royaume commençait à manquer cruellement d’espèces animales ce qui empêchaient la nouvelle naissance de métas et le bouclier qui le protégeait depuis des plusieurs décennies était sur le point de disparaître.

Hyden savait qu’à son retour, de difficiles décisions allaient devoir être prise…

— Sire, je ne voudrais pas vous presser, l’interrompit Cashka (chef de sa garde et cousin), j’ai énormément hâte de retrouver les miens.

Hyden croisa un regard amusé et impatient avant de sourire à ses compagnons. Il n’était pas revenu seul. Il était accompagné de ses frères et sœurs d’armes. Il avait devant lui les derniers métas de sa génération, une vingtaine de membres qui représentaient aujourd’hui le dernier espoir pour son peuple.

— Métas ! Rentrons chez nous !

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Hyden contemplait le corps d’un jeune garçon qui n’en était plus un depuis quelques années. Il avait de terribles regrets, comme celui de l’avoir laissé seul. Il se rappelait –avec honte– qu’il était parti sans lui avoir dit au revoir. Il avait juste laissé une lettre par lâcheté et surtout par peur.

Futur héritier d’un peuple presque éteint, il ne pouvait pas se permettre d’avoir ce genre de sentiment pour un homme. Il avait cru en s’éloignant de Cohan qu’il n’éprouverait plus rien pour ce dernier mais les sages des montagnes de l’Aube lui avaient ouvert les yeux : il n’avait jamais été un coup de cœur ou un amour de jeunesse.

Avant de quitter le royaume, il s’en était convaincu jusqu’à ce qu’il ne réalise l’importance de son jeune ami. Si Hyden était devenu la fierté de son peuple, Cohan, lui, avait obtenu leur allégeance en acquérant un pouvoir peu détenu par les hommes sorciers.

Aujourd’hui, au pas de la chambre du jeune chaman, il avait cru que ce dernier aurait été présent au banquet, mais cela n’avait pas été le cas. Cette déception valait bien celle qu’il avait dû lui causer. Hyden avait faussement souri à son peuple, baisé courtoisement les mains des dames de la cour, discuté avec son père et ri avec son frère aîné, le chef des métas.

À l’ombre de la grande pièce, il continuait à fixer celui qui, selon les nouvelles reçues, serait le digne successeur des esprits animaux. Son père n’avait pas dissimulé sa fierté en ce qui concernait Cohan. Il lui avait révélé, quelques heures plus tôt, que son jeune ami serait le premier depuis des décennies à acquérir le pouvoir de l’Appel. C’était un don extrêmement rare qui, malheureusement aussi, était annonciateur de la fin des Thérions.

Le savait-il ? Non. Cohan ne le devait pas. Les vieux chamans avaient formellement interdit à tout homme de lui révéler sa vraie nature. Il était trop jeune pour porter le poids d’une seule civilisation.

Hyden chassa ses horribles pensées et avança d’un pas hésitant.

Le regard rêveur, une boule se logea au fond de sa gorge. Il aurait voulu détourner son visage, mais il n’y parvenait pas. Cohan était devenu un beau jeune homme. Ce dernier, allongé sur le côté droit de son corps, étreignait fermement le seul drap blanc qui passait entre les jambes décalées et épousait un torse nu et pâle.

Il n’arrivait plus à se défaire de cette merveilleuse vision. Cela faisait si longtemps qu’il ne l’avait pas revu que son traître de cœur se mit à battre avec un peu plus de violence. L’envie de glisser une main dans la chevelure bleutée et bouclée de son ami lui traversa quelques secondes la tête, mais il finit par reculer d’un pas. Il n’en avait pas le droit. Pas après son départ. Pas après la conversation qu’il avait eue deux minutes plus tôt avec Arubelle, la meilleure amie de ce dernier. 

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— Vous savez, sire, je ne l’avais jamais vu aussi déprimé depuis que vous l’avez abandonné.

Hyden la connaissait autant que le jeune homme. Cashka et tous les trois avaient grandis ensemble et, le simple fait qu’elle le vouvoie, l’avait remis à sa place, car aujourd’hui, ils n’étaient plus des enfants, seulement des adultes avec des devoirs et des priorités. Cohan et Arubelle étaient de très bons amis, presque faits l’un pour l’autre.

— J’ai toujours cru que vous vous seriez mariés, lui avait-il répondu en restant impassible.

Pour toute réponse, elle lui avait ri au nez :

— Cohan est comme un frère ! Comment avez-vous pu penser une seconde que…

Hyden les avait vus se rapprocher avant de quitter le royaume et puis, Cohan avait cessé de se confier à lui.

— Vous devriez aller le voir, lui avait-elle conseillé.

— S’il n’a pas souhaité se joindre à la fête, je ne peux que comprendre la déception que j’ai pu représenter à ses yeux.

— Sire, vous seriez étonné de savoir que sa douleur ne vient ni de votre départ et ni de votre absence. Elle vient d’ailleurs…

Hyden avait espéré quelques secondes que, peut-être, Cohan aurait pu lui retourner ses sentiments mais, plus âgé que ce dernier, il s’en était écarté.

— Je le verrais demain.

— Hyden ! Ne vous dégonflez pas !

Il avait écarquillé les yeux et serré la mâchoire. Le regard assassin que la jeune femme lui avait décoché ne le fit pas douter qu’avec le temps, elle avait su se faire entendre.

— Bien, j’y vais de ce pas, mais ne t’attends pas à des effusions.

Elle était repartie au-rez-de-chaussée, le sourire au bord des lèvres.

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Cohan avait maintenant vingt ans, l’âge qu’il avait lorsqu’il l’avait laissé ici. Il avait si souvent rêvé de ses retrouvailles qu’il réalisait à peine que le temps perdu ne se rattraperait jamais. Il obligea son regard à se détourner du corps fin et se dirigea vers la sortie.

— Es-tu parti si longtemps que tu ne sais plus comment me réveiller ?

Hyden, le cœur battant à tout rompre, s’immobilisa. Sa voix avait brusquement éveillé en lui tous les souvenirs qu’il avait vécu à ses côtés. Pourtant, il dut se ressaisir et fit demi-tour pendant que ses yeux se posèrent sur les mains du jeune homme qui allumait une petite lampe.

— Surement pas assez longtemps pour que tu ne te joignes pas à ma fête, répondit-il d’une voix distante.

Hyden qui ne voulait pas céder à ses pulsions humaines savait que son esprit animal et lui ne dépendrait que d’une seule personne. Il ne pouvait pas continuer comme si la vie allait reprendre son cours. Cohan était devenu un chaman et lui, un méta. Leur monde ne pourrait pas se permettre de perdre des hommes comme eux.

Il fronça subitement ses sourcils : Cohan quittait le lit en lui dévoilant des jambes fines et vint se poster devant lui. Son souffle se coupa net. Ce dernier était juste splendide. Tête légèrement inclinée vers le bas, son regard s’accrocha au sien. La couleur améthyste qui colorait parfaitement ses prunelles l’avait si souvent hanté que ses lèvres se mirent inconsciemment à s’étirer quelques secondes.

— Je vais te laisser dormir, tenta-t-il en reculant d’un pas nerveux, je…

— Es-tu parti si longtemps que je te fais peur ? l’interrompit celui-ci calmement.

Il y avait dans ses yeux envoûtant un éclat qui parvenait toujours à le troubler. Hyden, le corps tendu, bomba le torse et pencha sa tête sur le côté, forçant ses mèches blondes à dissimuler son regard saphir :

— Le jour où tu me feras peur n’est pas encore arrivé.

— Alors, pourquoi me fuis-tu ?

— Je pourrais te retourner la question ? trouva-t-il seulement à redire.

— Je n’avais aucune envie de te partager avec le peuple.

Hyden manqua une respiration. Il ne s’attendait pas à cette réponse et encore moins à une telle franchise de sa part. Ce n’était définitivement plus l’adolescent qu’il avait laissé derrière lui.

— Bien, aurais-tu quelque chose à me dire dans ce cas ?

Il resta figé lorsque Cohan posa une main chaude contre sa joue droite. Il ferma instinctivement ses yeux comme si son corps avait longtemps attendu ce contact. Son cœur battait avec tant de frénésie qu’il essayait de rester maître de sa personne. Au lieu de cela, il osa se demander si le chaman aurait pu être un compagnon potentiel. Ce n’était même pas une question. Il était persuadé qu’il n’y avait pas de hasard si Cohan avait été élevé par ses parents.

Après toutes ses années à s’entraîner, il n’y avait eu qu’une personne qui avait manqué à sa vie.

— J’ai su par les esprits que tu es lié par le loup, reprit le jeune homme, que tu es puissant quand tu fais appel à lui et je sais aussi, en tant que tel, que je suis fait pour toi.

— Cohan ! s’étrangla-t-il en s’écartant subitement de lui, tu ne sais pas de quoi tu parles !

— Si justement. Je suis chaman et…

L’espace d’une seconde, Hyden voulait y croire et se donner l’espoir que tout cela avait un but précis… mais, il avait des devoirs envers son peuple. Il se devait de stopper cette conversation…

— Tais-toi ! tonna-t-il en lui tournant le dos et se dirigea la porte.

— Hyden, lui murmura soudainement la voix enrouée de Cohan, explique-moi pourquoi les esprits me disent tous la même chose ! Pourquoi me disent-ils que je suis fait pour toi ?

— Mon père est-il au courant de tes songes ? De tes visions ?

— Ton père sait tout.

Hyden, le cœur au bord des lèvres, ouvrit son regard sur la porte en fer.

— J’ai sa bénédiction, mais les esprits ne me disent pas ce que tu peux ressentir pour moi, ils ne me disent pas quand notre union se produira et…

Il sentit son cœur se briser en même temps que son ami se tut quelques secondes avant de reprendre avec un peu plus de distance.

— Enfin, vous savez, ils peuvent s’être trompés et puis, je ne vous ai pas accueilli comme il se devait et,… peut-être avez-vous déjà,… euh, bafouilla-t-il subitement comme pour respecter leurs rangs respectifs, pardonnez-moi sire, je vous prie d’excuser ma curiosité…

Ces derniers mots qui eurent l’effet de lui retourner les tripes l’obligea à pivoter. Cohan paraissait subitement plus jeune et, son visage lui rappela celui qu’il avait toujours été : un garçon empli de doute.

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Cohan se sentait stupide. Comment avait-il pu croire une seconde qu’un prince tel que Hyden aurait pu le regarder ? Le son de sa voix n’avait rien de celui qu’il avait autrefois connu. Elle était bien plus rauque et sèche. Il dut prendre sur lui pour comprendre que le temps était un traitre qui avait su l’éloigner de sa vie.

Cohan n’était pas un métamorphe. Il n’était qu’un homme qui devait un jour devenir l’un des Sages des Thérions. Il était déjà si peu certain de ses dons qu’il préféra se convaincre à cette seconde que les esprits s’étaient trompés. Il y avait dû y avoir une erreur quelque part, car l’homme qui se tenait devant lui n’était plus son Hyden. Celui-ci avait peut-être les mêmes cheveux blonds, les mêmes yeux saphir, les mêmes traits… il devait se rendre à l’évidence : il n’y avait plus rien de son ami.

Il se mordit rageusement une lèvre quand ses larmes finirent par échapper de ses yeux. Cinq années l’avaient séparé du prince et, face à celui qui faisait battre son cœur depuis toujours, il n’avait rien trouvé de mieux que de croire en ses stupides visions. Ce constat brisa des fibres à l’intérieur de son être.

— Enfin, sembla reprendre plus doucement le chaman, tu sais, ils peuvent se tromper et puis, je ne t’ai pas accueilli comme il se devait et,… peut-être as-tu déjà,… euh, bafouilla-t-il subitement comme pour respecter leurs rangs respectifs, pardonnez-moi sire, je vous prie d’excuser ma curiosité…

Il en était tellement convaincu qu’il s’était senti mature et capable de lui tenir tête… mais, la vérité était qu’il y avait seulement cru. L’espoir d’être un jour dans ses bras venait de s’envoler en fumée. Maintenant, il essayait de sourire, le regard humide et le cœur en décomposition.

Le temps d’une seconde, il se permit de mémoriser l’homme Hyden. Le prince avait pris en masse et était toujours aussi séduisant qu’avant. Ce dernier n’avait peut-être plus du tout pensé à lui ? Après tout, il ne vivait ici que sous la protection du souverain des Thérions. Il baissa tristement son regard vers le plancher en bois, incapable de garder pour lui la douleur de ses maux de cœur.

— Pardon sire, bafouilla-t-il en reprenant une voix respectueusement courtoise, je n’aurais pas dû les croire, j’ai surement mal interprété leur vision, je vous prie de m’excuser, je vais me recoucher et, oublions tout cela.

Il avait l’impression d’être revenu à l’époque où, enfant, Hyden le surprotégeait. Le prince avait toujours été présent à ses côtés, le veillant comme s’il avait été son petit frère. Il l’avait vu grandir puis devenir un jeune prince respectable. Ce fut à son adolescence que Hyden était parti sans un au revoir. Il ne lui en avait pas voulu. Il l’avait toujours su. Les métas qui étaient la force de leur peuple étaient, depuis quelques années, au bord de l’extinction.

Seule une poignée d’hommes accédaient à ce changement. Ce don n’était pas un acquis mais une capacité qui devait leur permettre de communiquer et de fusionner avec leur esprit animal. Pour cela, ses futurs métas partaient s’entrainer sur les hautes montagnes rocheuses de l’Aube. Les derniers mentors étaient des chamans vénérés pour leurs sagesses et leurs connaissances qui représentaient le dernier pilier de leur espèce avant leur fin. Cohan le savait. C’était au moins les seules visions auxquelles il pouvait se fier, car le père de Hyden lui avait confirmé ses dires deux années plus tôt.

— Bonne nuit sire.

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Comment Cohan pouvait-il l’imaginer avec une autre personne alors qu’il ne l’avait jamais quitté dans son cœur ?

— Cohan, murmura Hyden en l’enlaçant, mon petit Cohan, ils t’ont dit vrai.

Il resserra davantage son étreinte quand le corps fin du chaman trembla contre le sien. Le bruit de ses sanglots étouffés lui comprima la poitrine alors que la tension s’envola doucement. Hyden s’écarta un peu de son ami, encadra son visage et déposa ses lèvres contre la peau de son cou, la baisant avec insistance pour lui montrer combien il l’aimait.

Cohan se lova et se laissa bercer tout contre l’homme qu’il chérissait, apaisant ainsi son cœur affolé. L’atmosphère parut s’alléger d’un secret qui n’avait plus lieu d’être. Le prince, complètement heureux, le porta jusqu’au lit et s’allongea à ses côtés.

Ils avaient tous les deux besoin de sentir la présence de l’autre. Qu’était-ce que quelques heures de plus quand cinq années les avaient séparés ?

Pour l’instant, cela leur suffisait. Toutefois, Hyden, en appui sur son flanc gauche, se contenta de contempler à la lueur de la lampe le visage de Cohan. Il y avait sur ses traits une innocence qui parvenait toujours à le bouleverser. Il posa sa main droite sur la joue et sourit en le voyant fermer les yeux.

Ils n’étaient plus des enfants. Le temps avait passé, laissant derrière eux leurs rires d’autrefois. Hyden planta son regard sur le corps fin qui se colla au sien. Son cœur papillonnait tellement dans tous les sens qu’il dut à son tour clore des paupières.

Cohan lui avait manqué. Il était devenu sa prière du soir, celle qui au milieu de ses songes lui avait apporté un peu de soutien quand, entre deux entrainements, il lui était arrivé de perdre confiance. Devenir un méta n’était pas à la portée de tous les hommes et bien qu’il descendait d’une lignée royale, il avait dû prouver aux chamans qu’il méritait le loup. Il n’avait jamais su les raisons de leurs acharnements, mais il avait bien compris que la présence de Cohan n’y était pas étrangère.

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Le silence avait quelque chose de merveilleux quand Hyden ouvrit ses yeux pour tomber sur celui de son cadet. Il sourit quand une main vint se glisser sous son haut. Le beau regard améthyste de Cohan resplendissait d’une telle lueur d’envie qu’il l’attira au-dessus de son corps. Il redressa son buste, trainant ses fesses jusqu’à la tête du lit. Lorsqu’il y parvint, son chaman leva une main et la lampe de son côté illumina soudainement la pièce.

Il sourit, laissant ses paumes caresser doucement la peau du dos de son ami. Il les remonta et les glissa dans la chevelure bleutée puis, en l’étreignant un peu plus, il fixa ses lèvres rose. Il avait envie de les goûter mais il se retint. La peur de laisser son côté animal prendre le dessus le terrifiait.

— Mon père m’a dit qu’Evriane t’a enseigné la magie des sages.

Hyden, coupé dans sa tentative de parler, sentit une force l’obliger à clore ses paupières. Les mains de Cohan encadrèrent son visage et, le front se posant contre le sien, il ressentit son pouvoir comme si son ami avait la possibilité de lui donner  matière. Cette magie était bien plus puissante que celle des chamans de l’Aube. Il l’avait toujours su ou, du moins, il l’en avait soupçonné. Le premier jour où son loup intérieur s’était manifesté à sa conscience, ce dernier lui avait hurlé « Cohan ». Mais, pour l’heure, il devait calmer la bête qui sommeillait en lui.

Il ouvrit subitement ses yeux, dévoilant une couleur des plus étincelantes et les planta dangereusement dans ceux du jeune homme. Comme saisit d’une fièvre incontrôlable, il l’empoigna violemment, basculant son corps dans un geste vif et se retrouva à califourchon au-dessus de Cohan. Hyden, le souffle court, respira par à-coup tant l’envie de le faire sien parut bien plus fort que sa raison.

Puis, comme si le temps venait de se figer, ses cheveux blonds tombèrent sur le côté d’une telle lenteur que le sourire de Cohan réussit à captiver son regard, calant harmonieusement sa respiration à la sienne. Plongé dans un lac améthyste, son cœur manqua un battement lorsqu’il put voir dans le reflet de ses yeux le visage de son loup. Son moi-intérieur semblait reconnaître Cohan comme son compagnon.

— Tu as réussi, lui murmura le chaman, tu ne fais qu’un avec lui.

Hyden desserra ses poignes et fronça ses sourcils. Il ne comprenait pas ce qui venait de se passer, hormis le fait qu’il avait baissé sa garde. Le calme dont faisait preuve Cohan l’aurait presque effrayé. Il paraissait si sûr de lui que son corps se détendit et son cœur palpita subitement à un rythme effréné.

— Tu n’as pas à avoir peur. Il fait partie de toi, comme ma magie fait partie de moi,… maintenant, viens, embrasse-moi et…

Il n’attendit pas une seconde de plus qu’il approcha son visage pour enfin embrasser celui qui avait volé son cœur.

L’excitation était tellement violente que leurs bouches eurent du mal à se trouver puis, leurs dents s’entrechoquant quelques secondes, leurs langues se touchèrent enfin, calmant doucement leurs ardeurs. Le baiser était à la fois doux, passionné et empli de promesses. Le manque qui les maintenait dans cet état d’agitation semblait tout indiquer l’envie de consommer immédiatement leurs retrouvailles.

Les jambes de Cohan autour de sa taille, Hyden ondula son bassin pendant que leur baiser s’approfondît. L’impatience de son cadet durcit douloureusement son sexe, le poussant à gémir plus bruyamment. Les mains de ce dernier semblaient s’ancrer dans sa chair, l’intimant de le posséder…

— Hyden…

A ces mots, il baisa le menton et murmura à son tour le nom tant chéri.

— Cinq ans que tu es parti, lui souffla son amant, tu m’as manqué…

La voix sensuelle l’obligea à le fixer. Cohan était beau. Ses pommettes empourprées firent battre son cœur encore plus vite. Ses lèvres, ses merveilleuses lèvres qu’il avait encore envie de gouter semblaient amuser à le voir dans cet état.

Hyden déposa des baisers sur ses joues et s’excusa pour le mal qu’il lui avait fait. Il regrettait amèrement d’être parti comme un voleur mais, cette nuit, il se disait que tout cela était derrière eux. Il l’embrassa tendrement, laissant ses mains découvrir le corps de son amant.

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Il y avait dans l’atmosphère quelque chose de merveilleux, une brise imaginaire semblait baigner la pièce d’un parfum ensorcelant. C’était comme si la magie de Cohan désirait fusionner avec son esprit animal. Personne ne lui avait parlé de ça ? Etait-il possible pour un méta et un chaman de fusionner ?

En réalisant cela, il suspendit le baiser et regarda avec intensité les yeux brillant de désirs.

— Hyden ?

— Est-ce que tu sens ce qui se passe ?

Le regard affolé de Cohan acheva son cœur, se traitant de triple imbécile. Il y avait tellement de peur dans ses yeux qu’il comprit les tremblements de ses membres contre les siens.

— Pardon, Cohan, murmura-t-il en scellant ses lèvres en un baiser d’excuse, c’est… que tout cela est nouveau pour moi.

— Nous n’avons rien commencé, lui chuchota-t-il, tu peux revenir en arrière,… je ne m’offenserais pas,… et…

— Non, mon cœur, c’est avec toi que je veux être.

Pour confirmer ses dire, il se redressa quelques secondes, ôta le bas de Cohan et le contempla avec envie. Ce dernier paraissant soudainement gêné de se retrouver nu devant lui, il le rassura en tombant à ses côtés et l’attira tout contre lui.

— Je dois t’avouer quelque chose Cohan. La première fois que mon esprit animal s’est manifesté, c’est ton nom qu’il m’a hurlé à l’oreille. Il t’avait choisi au même titre que… tu as su conquérir mon territoire, dit-il en désignant l’emplacement de son cœur.

Hyden avait oublié combien il était fragile,… combien ses bras avaient toujours voulu le protéger du monde…

— Hyden, lui répondit Cohan d’une voix vibrante de doute, je ne la contrôle pas,… je la sens, ma magie, elle…

Hyden sourit nerveusement. Lui aussi, il sentait son esprit s’exciter au fond de son être. Il l’embrassa, collant son corps enflammé contre le sien. C’était un rêve qu’il avait si longtemps affectionné qu’il avait envie de libérer l’amour qu’il lui portait. Il était peut-être prince mais il était avant tout un homme comme tout le monde. Cohan ne devait jamais douter de lui. Il n’était pas forcément taillé comme les métas, mais il avait quelque chose qui attirait les regards des jeunes de leurs âges.

Les cheveux du chaman tombants jusqu’aux épaules étaient considérés comme un signe d’innocence et de respect quand, à sa naissance, des gens avaient osé proférés qu’ils étaient maudits. Sa couleur bleutée et foncée semblait être pailletée de millier d’étoiles. Elle était tellement rare qu’un des puissants chamans avaient demandé à son père de le prendre sous sa tutelle.

Hyden se souvenait très bien du premier jour de leur rencontre, il se rappelait encore des yeux baignés de larmes qui le suppliaient de le sauver des autres enfants. Ces garnements lui hurlaient sans cesse qu’il était bizarre et que c’était Anthéra, première chaman, qui le punissait en faisant de ses cheveux une malédiction.

Mais les enfants avaient eu tort. Cohan était un guide pour les esprits et les vivants. Il avait été choisi pour sauver leur peuple quand l’avenir deviendrait sombre.

— Hyden, lui susurra son cadet à son oreille, prends-moi…

La nuit fut douce. Câline et prometteuse. Il y avait tant d’émotions et de sensations qu’il prenait sur lui de ne pas le brusquer. Chacun de ses gestes était mesuré, dosé à sa justesse pour l’entendre hurler son nom et gémir de plaisir. Il n’oubliait aucune parcelle de peau dévoilée. C’était une exploration qui parvenait à déferler dans son cœur un désir incommensurable.

Soudain, Cohan le fusilla d’un regard noir. Hyden, un sourire amusé au bord des lèvres, comprit que son amant n’en pouvait plus de sa torture. Au-dessus de lui, il le prépara à le recevoir et murmura des mots qu’il n’aurait jamais cru un jour franchir de sa bouche.

— Je t’aime Cohan…

Le jeune chaman, bouleversé, se cambra en sentant le sexe de son aîné s’insinuer en lui. Un long râle sortit de sa gorge brulante. Il l’avait attendu. Des jours. Des mois. Des années. Il l’avait aimé à la première seconde où il l’avait vu et s’était senti en sécurité avec lui. Hyden était son prince. Son amour. Sa vie.

Lorsque les esprits lui avaient dit qu’il s’unirait à lui, tous ses doutes s’étaient envolés pour laisser place aux sentiments qu’il avait enfouis au fond de son cœur. Grâce à eux, il avait eu le droit de l’aimer. De l’attendre. De le chérir.

Il haleta lorsque Hyden prit ses jambes et les posa contre les épaules. Les joues en feu, il gémit en sentant le va-et-vient de son sexe au fond de lui. La respiration courte et lente, des lèvres se déposèrent contre les siennes, l’emportant dans un baiser des plus bouleversants.

Chaque coup de reins le poussait à hurler de plaisir, laissant son don amadouer le loup qui scellait à tout jamais leur lien. En se sentant prêt à rendre les armes, il planta son regard dans le bleu saphir qui, le temps d’une seconde, s’illumina de mille étincelles argentées. Une chaleur fulgurante le saisit brusquement au bas du dos, libérant les centaines de papillons qui tournoyaient au bas de son ventre. Hyden le suivit aussitôt, lâchant un cri rauque mêlé au sien…

Ce dernier, comblé, s’avachit à côté de son chaman et le tira tout contre lui. Il savait que demain, il ne craindrait pas d’annoncer sa liaison au roi puisque ce dernier semblait être au courant.

— Je t’aime Hyden…

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Le couple s’endormit l’un contre l’autre. Demain, le peuple saurait enfin que le fils cadet du roi s’était uni avec l’élu des sages. 

Cette nuit, Cohan se voyait courir à travers une terre lointaine et inconnue accompagné d’un grand loup au pelage argenté. La végétation verdoyante n’appartenait pas à leur royaume.

— Mon cœur ?

Cohan tourna son visage vers Hyden qui avait repris sa forme humaine.

— Oui ?

— Et si nous rentrons chez nous.

Cohan, le cœur battant, suivit le regard du prince et ses membres se figèrent quand il aperçut la cité d’Anthéra. Il ne la connaissait que de nom et pourtant, en la voyant, il savait que c’était elle. C’était celle que son peuple apprenait dans les livres… celle qui avait été bâti par leur première chamane et qui avait été par la suite abandonnée lors d’une guerre entre les clans.

Si Anthéra était devenue une légende, se pouvait-il qu’elle existe encore après toutes ces siècles ? Pourra-t-il envisager une expédition pour la retrouver ?

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Alors que Cohan rêvait, Hyden avait un sommeil légèrement agité. Quand il faisait appel à son esprit animal, il voyait ses yeux passer d’un saphir à une couleur améthyste identique à celle de son amant. 

Cela était le premier signe d’une vieille prophétie qui annonçait l’arrivée de leur pire ennemi : les hybrides. Ceux-là même qui auraient poussé leur propre peuple à se rebeller contre les lois d’Anthéra. 

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Le prince sortait de la chambre lorsqu’il tomba sur son père. Les joues empourprées, il eut la désagréable sensation que celui-ci avait attendue toute la nuit devant sa porte. Etait-ce possible ?

— Père ?

— Cohan t’a-t-il mis au courant ?

Hyden, soudainement paniqué par sa voix sérieuse, fronça ses sourcils et se rappela des mots de son amant « Ton père sait tout. »

— Je sais que tu viens à peine de rentrer, mais nous avons une affaire urgente à régler. Ton frère nous attend dans la salle du trône.

— À voir votre tête, j’ai l’impression que vous avez une très mauvaise nouvelle à me dire.

Hyden ne voulait pas penser à la prophétie. C’était trop vieux pour que cela se produise maintenant…

— La race qui veillait sur notre peuple vient de s’éteindre. Il n’y a plus de Firstlane.

— Comment est-ce possible ? demanda-t-il en pensant à l’autel des lumières éternelles où chaque bougie encore allumée indiquait le nombre de vivant.

— Evriane a vu la dernière flamme s’éteindre.

— Impossible ! s’écria-t-il. Ils étaient… 

— Hyden, le coupa son père. La dernière s’est éteinte hier.

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Parallèlement dans l’autre pièce, Cohan venait d’ouvrir ses paupières. Une voix féminine s’était infiltré dans sa tête pour ne cesser de répéter un seul nom : « Messan ».

— Anthéra ?

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L’univers est en constante évolution, les races le sont aussi parce qu’elles ne sont pas seules.

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Fin

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Nous retrouverons (un jour) Cohan & Hyden pour leur aventure dans la seconde trilogie de Messan.

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Le mot « Thérianthropie » est issu du grec ancien therion qui signifie « bête », et d’anthrōpos qui signifie « homme » d’où j’ai décidé d’appeler ce peuple : les Thérions.

Thérianthropie : métamorphe ayant la possibilité de se transformer d’une forme humaine en animal de façon complète

* Race connu de Messan T1 Les Oubliés

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