Nouvelle courte 3 : 24H en enfer

Résumé : Alexy Forge ne fait pas partie de ces hommes qui admettent facilement les sentiments pour un autre. Pour lui, l’amour n’existe que dans les contes de fée. Alors, quand son amant Paul Marelle désire qu’il soit un peu plus attentionné, Alexy ne voit aucun inconvénient à ce qu’il se casse de sa vie. Mais, il aura suffi que d’une maudite phrase pour qu’il se retrouve dans un univers alternatif où Paul et lui n’ont jamais eu de relation.

Note : Je l’ai écris en 2015… un peu de paranormal…

 

24H en enfer

Partie 1 : Alexy

Samedi 13h22

 

Alexy qui écoutait le claquement de peaux résonner dans toute la pièce regardait le dos de son amant s’arquer sous ses assauts brutaux, quand la voix emplie de désir de Paul lâcha ses cris de jouissance. Les mains fortement ancrées contre la chair de son amant, il donna ses derniers coups de reins et grogna à son tour de plaisir.

C’était, comme toujours, aussi incroyable de le baiser. Il s’effondra en sueur sur le corps de Paul puis, le souffle erratique, roula sur le côté. Le temps de récupérer, il jeta un coup d’œil à son réveil, 13h22.

— Allez, la pause est finie, dit-il en sentant un bras de son amant se caler autour son torse.

— Encore quelques minutes, le supplia celui-ci.

Alexy s’extirpa de son emprise, quitta le lit et se dirigea vers sa salle de bains en l’écoutant râlé.

— Ça te tuerait d’être un peu démonstratif ! J’ai l’impression d’être là que pour la baise !

Il ne répondit pas, retirant le préservatif de son sexe maintenant moue.

— Alex ! l’appela son amant, est-ce que je ne suis qu’un coup pour toi ?

— Paul, grogna-t-il, on en a déjà discuté.

— Ouais, tu parles, comme si ça avait changé quelque chose depuis !

Il glissa sous la douche et continua à l’écouter déblatérer sur leur couple qui n’en n’était pas vraiment un officiellement.

— Alex, ça fait combien de temps qu’on baise exclusivement ensemble ? Un an ? Tu ne penses pas que je mériterai un peu d’attention ? Genre, euh, je ne sais pas, un petit nom, un… « je tiens à toi ».

— Paul ! Qu’est-ce qu’on s’était dit ? Pas d’attache de ce genre ! Et, si ça ne te convient plus, va voir ailleurs !

— Je rentre chez moi !

— C’est bon, se calma-t-il, viens te laver !

— Non, je suis trop bon, trop con !

— Paul !

— Va te faire voir ! Je regrette vraiment de t’avoir accepté comme partenaire ! Ça m’aurait évité de te rencontrer et de me faire baiser dans tous les sens du terme !

— PAUL !

— De toute façon, tu ne sauras jamais vivre l’instant présent !

Le bruit d’un objet tombant sur le carrelage retentit contre le lavabo avant qu’il n’entende la porte d’entrée claquée.

Paul ne vivait qu’à l’étage d’en dessous et était son coéquipier depuis deux ans. Ils avaient commencé à coucher ensemble, après avoir fêté l’arrestation de Pi Cortèse et de sa bande, un gros revendeur d’arme. Il devait bien avouer que sexuellement, c’était le pied.

Au début, ce n’était rien de sérieux, juste de la baise, de quoi passer le temps sans chercher dans un bar gay, un mec pour une nuit.

Chacun avait continué à flirter et à coucher de leur côté jusqu’à ce que son amant, Paul, en décide autrement : de l’exclusivité. Alexy avait accepté ce côté sexfriend parce qu’au fond de lui, cela lui convenait. Plus besoin de savoir qui dominait l’autre et Alexy aimait que les choses soient bien claires dès le début.

Il n’était pas du genre à se soumettre tandis que Paul appréciait largement de l’être. Leurs parties de jambes en l’air étaient devenues plus torrides et très excitantes.

Paul était un mec bandant, pour ça, il n’y avait pas à dire. C’était un homme de trente ans et blond aux yeux gris. Il faisait la même taille que lui, avait une musculature raisonnable et était muni d’une paire de fesses qui ne demandait qu’à être pris sauvagement par sa queue. Autant dire que leurs séances de sexes étaient supers chaudes.

Mais… depuis quelque temps, Paul avait commencé à parler d’un avenir commun : une maison, un chien et des enfants.

Alexy, pas du tout affolé, ne voulait rien de cela et, encore moins avec leur métier à risque. Il se refusait d’être manipulé par un amant amouraché et tant mieux si ce dernier se cassait de sa vie sexuelle. À lui la liberté !

Alexy finit de shampouiner ses cheveux bruns d’un geste rapide puis ferma ses yeux bleus en levant son visage vers le pommeau. Sous le jet d’eau, il se convainquait qu’il n’était pas amoureux. À cette pensée, il grimaça en se disant que Paul pouvait se taper qui il voulait, il n’en ferait rien.

Il coupa le robinet, prit sa serviette posée sur le bord du lavabo et ronchonna en sentant son cœur palpiter avec violence.

— Enfoiré ! gronda-t-il pour lui-même, j’aurai mieux fait de mater le cul d’un autre ce jour-là !

Il enjamba le bac à douche et geignit de douleur quand son pied se posa sur quelque chose de coupant. Il tenta instinctivement de le relever, mais il dérapa et bascula son corps en avant puis sombra dans l’obscurité.

***

14h48

 

— Alexy ! Alexy ! s’écria une voix masculine et inconnue à ses oreilles.

Il ouvrit ses yeux qui découvrirent le visage d’un étranger. Il se redressa et le dévisagea de la tête aux pieds. Le jeune homme était châtain aux yeux noisette. C’était étrange comme celui-ci avait un je-ne-sais-quoi de familier. Pourtant, il ne le connaissait pas. Il était trop jeune et pas à son goût.

— Qui êtes-vous ? hurla-t-il en se redressant sur son lit.

Un grognement échappa de sa gorge. Il avait si mal à la tête qu’il avait l’impression d’avoir été violemment plaqué contre un mur ou qu’un mur lui avait atterri dessus.

— Arrête de faire ta chochotte ! Alex !

— Qui êtes-vous ? Et que faites-vous chez moi ? !

Le visage du jeune homme blêmit, écarquillant les yeux comme s’il était fou.

— T’es sérieux quand tu me dis ça ? C’est moi, Antoine, ton coéquipier…

— Qu’est-ce que c’est que cette blague ! brailla-t-il en lui décochant un regard mauvais. D’un, j’ai déjà un coéquipier, Paul Marelle et de deux, je ne te connais pas !

Il observa ledit Antoine glisser une main nerveuse à travers des cheveux châtains et mi-longs.

— T’as vraiment dû recevoir un sacré coup mon vieux. Paul Marelle a quitté son poste il y a déjà un an et il va se marier.

Alexy, loin de se douter ce qui était en train de se passer, ne se laissa pas abattre. Paul, sûrement par vengeance, avait dû employer les grands moyens pour y parvenir.

— Okay Antoine, murmura-t-il comme si tout cela semblait évidemment n’être qu’une supercherie, tu peux lui dire qu’on aura notre petite discussion. Où se cache-t-il ?

Il fronça ses sourcils lorsqu’il vit son interlocuteur saisir un portable.

— Qu’est-ce que tu fous ? grogna-t-il.

— J’appelle le médecin de service…

Alexy ne lui laissa pas le temps de rechercher le numéro qu’il se jeta sur lui et attrapa le cellulaire.

— Merde ! s’écria-t-il en s’écartant du jeune homme, avec tes conneries, j’en ai mal au crâne ! Et ne me prends pas pour un con ! Où est Paul ?

— Habille-toi avant de sortir ! cingla Antoine en claquant la porte.

Alexy, nu comme un ver, ouvrit son armoire et saisit un jean noir, un T-shirt à col roulé blanc et des sous-vêtements. Lorsqu’il fut enfin présentable, il retrouva l’inconnu dans sa cuisine, une bière à la main.

— Bon, dit-il en se servant une tasse à café, admettons que ma tête est déglinguée. Raconte-moi tout.

— Tout ? C’est plutôt à moi de te demander où toi, tu en es de tes souvenirs !

Alexy ignora la colère dans sa voix. Il s’assit en face d’Antoine et réfléchit à ce qu’il allait dire. Il devait être bref. Ce passé avait tendance à le rendre hargneux.

— Okay. Ce que moi, je me rappelle est que Paul Marelle est mon coéquipier depuis deux ans. Il m’a été assigné quand Pi Cortèse a fait exploser une station de métro.

Il ferma quelques secondes ses paupières avant de poursuivre d’une voix tremblante de souvenirs :

— L’année qui a suivi, Cortèse a été arrêté après avoir détruit un entrepôt.

— Si cela pouvait être vrai, lâcha d’un air sarcastique Antoine qui buvait sa blonde.

Alexy se leva d’un bond, énervé par ce jeu.

— Bon, maintenant, tu vas me dire qui tu es !

Le jeune homme se contenta de contempler tristement sa bouteille, augmentant une étrange angoisse en lui.

— Si ton rêve pouvait être vrai, lui marmonna ce dernier, je ne serais pas là avec toi. Paul t’a bien été assigné, mais comme il s’en voulait d’avoir foiré l’arrestation de Cortèse, il a quitté son poste et a accepté de diriger l’entreprise familiale bien plus tôt que prévu. Maintenant, il va se marier.

— Avec qui ? s’étonna-t-il seulement de retenir de cette conversation.

— Lucien Vouane. Un mec que son père lui a présenté. Il est gentil. Très attentionné et aussi très amoureux. De toute façon, reprit Antoine en prenant le temps de boire une autre gorgée de sa bière, Paul dirait oui à n’importe qui tant qu’il ne te croisait plus.

— Pourquoi ?

— Ce n’est pas à moi de te le dire ! lui cingla-t-il froidement. Pourquoi, tout à coup, t’inquiètes-tu pour lui ? Pendant des mois tu n’as pas arrêté de cracher sur lui ! Il sait qu’il avait merdé ! Mais alors que les autres le soutenaient, toi, tu continuais à le rabaisser comme une merde ! Au point qu’il en vomissait ses tripes ! Il fallait que cela cesse !

Bien qu’Alexy n’y crût pas une seconde, la colère qu’il lisait dans le regard ne pouvait pas être feinte et cela piqua sa curiosité.

— Pourquoi ça te pose un problème ? demanda-t-il.

— Tu le fais vraiment exprès ! Je suis son demi-frère ducon ! Je n’ai peut-être que vingt-sept ans, mais je sais quand il ne va pas bien ! À cause de toi, sa vie est un mensonge !

— Okay ! coupa-t-il en levant les mains, j’en ai assez entendu. Toi, je ne te connais pas et…

— Merde ! Tu me fais chier ! Va voir un médecin ! On se verra lundi… j’aurai mieux fait de te laisser allongé sur le sol de la salle de bains.

— Attends ! s’écria-t-il en repensant à ce qu’il venait de lui raconter, quand tu m’as dit que Paul regrettait d’avoir merdé ? Ça veut dire que Cortèse est toujours dans la nature ?

— Ouais, lui répondit-il en prenant sa veste. Ça fait des mois que nos collègues sont sur le coup et…

— Et nous ?

— Nous, ça fait trois semaines qu’on essaie de chopper quelques-uns de ses contacts. Pour ta pauvre mémoire, oui, on a coffré Clive Detto. En ce moment, il est entre les mains de nos supérieurs parce que, nous, on a besoin de repos après ces dernières nuits d’insomnie. D’ailleurs, j’ai cru que c’était à cause de la fatigue accumulée que tu t’étais effondré…

— Mais, Cortèse est toujours dans la nature ? réitéra-t-il.

— Ouais, mais laissons ça aux autres, moi, je suis claqué et tu devrais en faire de même.

Alexy le salua d’un geste de la main et la première chose qu’il fit fut de trouver l’adresse de Paul Marelle.

***

18h35

 

Alexy attendait devant l’immeuble où bossait maintenant Paul. Il avait évidemment fait un tour au commissariat pour être certain de tout ce que cet « Antoine » lui avait appris. Il s’était fait gronder par son supérieur qui lui avait rappelé qu’il aurait besoin de lui en pleine forme.

Il était reparti contrarié, mais il avait pu apercevoir son bureau et celui que Paul était censé avoir. Ce qui l’avait frappé avait été le bordel qui s’y était trouvé. Son coéquipier était un maniaque du rangement, jamais Paul ne serait parti avec un tel désordre sur son plan de travail.

Il devait bien admettre que quelque chose n’allait pas. Était-il en train de rêver ? Où devenait-il cinglé ? Il soupira et leva son regard vers le ciel déjà sombre. L’hiver était doux, mais le vent était glacial, chose qui devait lui prouver qu’il était bel et bien en vie.

— Alexy ? bégaya une voix qu’il reconnut.

Il posa son regard sur Paul et s’étonna de le voir un peu plus rondouillet. C’était comme si son amant s’était laissé aller, abandonnant toute trace de joie dans ses beaux yeux habituellement pétillants.

— Pourquoi es-tu là ? reprit celui-ci subitement d’une voix plus sèche. Un problème avec Antoine ?

— Non, je…

— Je dois y aller, mon fiancé m’attend avec ses parents.

— Tu vas sérieusement te marier ?

— Je ne pense pas que ça te regarde. D’ailleurs, si j’ai bonne mémoire, il y a un an, tu m’as dit des milliers de fois d’aller me faire voir et, c’est ce que j’ai fait.

Alexy l’empoigna lorsque son interlocuteur commença à lui tourner le dos.

— Est-ce qu’on peut se parler ? demanda-t-il.

— Je ne crois pas, non.

— Okay. Si c’est comme ça, je t’accompagne dîner avec ton mec, je t’attendrai dehors jusqu’à ce que tu acceptes de me parler !

— C’est non !

— C’est ce qu’on va voir ! rétorqua-t-il en le suivant de près.

— Mais qu’est-ce que tu veux ? s’écria Paul qui s’arrêta pour le toiser.

— Ça ne te va pas ce regard.

— Va te faire foutre !

— Je te l’ai dit, je veux discuter.

— Et de quoi voudrais-tu discuter avec moi ?

Alexy n’en avait aucune idée. Le simple fait de savoir que Paul allait se marier le mettait hors de lui. Pourtant, cela ne devrait pas le toucher. Au diable son cœur !

Après quelques minutes à tenter de le convaincre, Paul accepta à la condition que cela soit dans un lieu public.

— Demain matin, neuf heures trente, au bar, en face du commissariat.

Alexy le regarda s’en aller puis retourna chez lui.

 

Il passa le début de la soirée devant sa télé sans réellement la suivre. Une bière à la main, il se demandait vraiment s’il ne rêvait pas. Pourtant, il respirait et sentait les choses qu’il touchait. Il en deviendrait dingue à force de réfléchir. Et s’il était ici pour une raison ? Après tout, il s’était cassé la gueule parce que son ami avait décidé que c’était fini.

Il ronchonna à cette pensée. Certes, il adorait ces heures à passer au lit avec lui, mais de là, à vivre en couple… Il éclata subitement de rire. Il n’était pas de ce genre-là. Il ne se voyait pas du tout avec une maison, des enfants et un chien. Il aurait dû voir le coup du sexfriend. Quelle idée avait-il eu d’accepter ça ? Il se coucha en espérant qu’il se réveillerait finalement dans son monde, car ici, c’était un bordel monstre. Pas de Paul en coéquipier. Pi Cortèse était dans la nature.

 

***

Dimanche 08h38

Alexy se réveilla en grognant. Sa douleur à la tête était bien réelle. Il se leva et se servit un doliprane. Pendant qu’il le but, il alla dans le salon et fut déçu de voir que la pièce était dans le même état qu’il l’avait laissé la veille. Il ramassa la bouteille vide et la jeta à la poubelle. Il traîna vingt minutes dans la salle de bains pour se préparer. Il finit par mettre de l’ordre dans sa coiffure et se parfuma. Il se dirigea ensuite dans sa chambre dans l’intention d’en mettre plein la vue à Paul.

Il s’étonna de mettre énormément de temps à choisir une tenue vestimentaire. Habituellement, il s’en tapait, mais ce matin, il avait envie de plaire, chose qui ne lui était pas arrivée depuis son adolescence. Il finit par choisir un jean noir et un pull à col roulé bleu foncé. Il savait que Paul avait toujours aimé ce haut. Ce dernier lui disait toujours qu’il mettait son regard en valeur et il comptait bien en jouer.

 

Lorsqu’il arriva au point de rendez-vous, il jeta un œil au commissariat juste en face puis entra dans le café en se demandant comment, dans ce monde pourri, Pi Cortèse avait pu leur échapper ? Il ne pouvait que donnait ce nom à cet univers, car ce bâtard avait assassiné des centaines de personnes y compris sa petite sœur, Carine. Il s’assit à une table du fond et se remémora de ce jour fatidique.

 

Il se rappelait que Carine lui avait envoyé un texto, tôt un matin de printemps. Il était tellement pris par son boulot qu’il avait à peine répondu un « ok ». Ce jour-là, à midi, elle devait lui présenter son petit ami ainsi que le frère de ce dernier « qui devrait te plaire » lui avait-elle ajouté au message suivant.

Il avait dû rester de toute urgence au commissariat. Un homme, poings liés et bandé d’un scotch sur la bouche, avait été jeté d’une voiture devant leur poste. L’un de ses collègues avait pris l’enveloppe que tenait l’individu et l’avait lu à voix haute : « Tic-tac, aujourd’hui, le lapin a déjà posé son œuf. Tic-tac, tendez l’oreille et boum. »

Il ferma ses paupières en se souvenant de l’intonation qui avait résonné jusqu’à ses oreilles. Une fumée noire avait recouvert une partie du centre-ville, alertant la position de l’explosion. C’était la station de métro que sa sœur avait l’habitude de prendre et lorsqu’il avait regardé sa montre, il savait indéniablement qu’elle faisait partie des victimes.

 

— Bonjour, le sortit de ses pensées la voix de Paul.

Il respira profondément en le voyant s’installer en face de lui. Malgré les quelques kilos que son ami avait pris, il s’étonna de sentir son cœur battre à toute allure. Paul avait un charme qu’il ne pouvait plus nier… et, il se demandait encore ce qu’il foutait ici.

— Tu voulais qu’on parle, lui dit Paul en faisant signe à une serveuse, parlons.

Alexy commanda un grand café crème tandis que son ami prit un chocolat chaud. Il commença à ouvrir la bouche quand son portable sonna.

— Viens au commissariat ! écouta-t-il de la voix paniquée d’Antoine. Un gars vient d’être jeté d’une bagnole ! Magne ! Cortèse recommence !

— Merde ! hurla-t-il en se levant de sa chaise pour tenter de visualiser le devant du commissariat.

— Tu dois y aller ? lui demanda Paul d’une voix étrangement éteinte.

— Ouais, bafouilla-t-il inquiet, reste ici, je me dépêche !

— J’ai jusqu’à midi, je ne pourrais pas davantage.

Alexy prit sa veste, tapota l’épaule de son ami et courut jusque en face.

 

Il poussa à peine la porte du commissariat qu’il fut immédiatement repoussé par ses collègues. Les secondes qui suivirent parurent soudainement ralentir, laissant à son cœur le temps de comprendre ce qui allait se passer. Il suivit leurs regards mortifiés en direction du bar. Pendant que certains hurlaient le nom de ses collègues, Alexy aperçut Paul sortir du lieu avant qu’une déflagration ne détruise l’établissement.

Un vent de poussières l’obligea à poser un bras sur son visage. Lorsqu’il le retira de sa vue, il découvrit avec horreur que la bâtisse s’était effondrée. Pendant qu’il peinait de réaliser ce qu’il venait de se produire, un silence mortuaire parut prendre possession de sa tête. Ses oreilles ne captaient plus aucun bruit environnant.

Cela semblait tellement sortir tout droit d’un film qu’il ne voulait pas y croire. Il marcha, pas à pas vers le café. Ses jambes tremblaient et ses yeux avaient du mal à cerner les gens. Il y avait encore tant de poussières que cela était difficile d’avancer.

Soudain, comme si les secondes avaient repris ses droits, il entendit enfin les cris des gens qui hurlaient tout autour de lui. Ses collègues se mirent à courir dans tous les sens, les uns à l’intérieur du commissariat et les autres vers les survivants. Ce fut au milieu du vacarme et du chaos qu’une seule voix parvint à le faire réagir. Le cœur palpitant de panique, il se dirigea vers la personne qui l’appelait.

Il aurait voulu courir, mais ses pieds tremblaient et son corps frissonnait de frayeurs. C’était Paul qui hurlait son nom. Chaque fois qu’il l’appela, il ressentit une vibration qui saignât son cœur.

— Non ! s’écria-t-il en le reconnaissant sous un tas de débris.

Il ne voyait que son torse, tout le bas avait été piégé. Alexy refusait de croire que cela puisse arriver. Cortèse était condamné. Il ne pouvait pas faire ça !

— Alex…

Il s’agenouilla, ôta rapidement sa veste qu’il mit en boule et la cala sous la tête de son ami.

— Tiens, ne dis rien, les secours vont arriver.

Il ne voulait pas regarder l’état du corps qui était coincé sous une tonne de morceau de pierre. Il s’obligea à ne fixer que le regard brillant de Paul.

— Alex… je vais…

— Chut, ne dit rien, s’il te plaît, réussit-il à répondre sans trahir son émotion.

— Je vais… je vais mourir…

Alexy sentit son cœur lâcher. Il secoua la tête tout en passant rapidement son index et le pouce sur le coin de chacun de ses yeux. Il ne devait pas pleurer pour un cauchemar, si toutefois, cela en était un.

Il se redressa quand Paul toussa violemment, recrachant du sang qui s’écoula du coin de ses lèvres vers le goudron. Il remarqua que la respiration de celui-ci était lente et saccadée. Elle raclait la gorge comme si elle lui indiquait que Paul n’allait pas tarder à rendre son dernier souffle.

La peur envahissant son corps, il leva ses yeux, à la recherche de ses collègues. Ce qu’il vit tout autour retourna ses tripes. La poussière semblait stagner entre les airs. Certains de ses camarades cherchaient d’autres survivants. D’où il était, il put entendre les sirènes des pompiers et des ambulances. Il baissa son regard dans l’intention de prévenir son ami que les secours allaient bientôt être là, mais il ne croisa que des yeux clos.

— Paul ! Paul ! hurla-t-il en le secouant par le menton.

— Alex ?

Il se courba et l’écouta lui murmurer d’une voix fébrile :

— J’aurai dû te dire…

Alexy serra sa mâchoire, tentant au maximum de garder ses larmes au bord des yeux.

— Je sais Paul…

— Non, lui murmura-t-il. Je te voulais toi.

Paul eut un sursaut au niveau du torse. Il semblait déglutir et son regard gris ne cessait de le fixer. Alexy se sentit fautif. S’il ne lui avait pas donné rendez-vous au bar, il n’aurait pas été une des victimes.

— Je te demande pardon Paul, gémit-il subitement.

— Je. T’aime, lui dit-il entre deux secousses de son corps.

Alexy eut soudainement le souffle coupé. Les yeux de Paul ne brillèrent plus et sa main tomba nette à ses côtés.

— Non ! hurla-t-il, les larmes dévalant ses joues.

Quelqu’un essayait-il de lui ouvrir les yeux ? Ou bien était-ce une punition ? Penché sur le corps de Paul, il pleura tout en lui fermant les paupières.

— Je te demande pardon, marmonna-t-il la respiration entrecoupée. Je…

— Lieutenant Forge !

Il ne se retourna pas en reconnaissant la voix d’Antoine. S’il découvrait l’identité de celui qui venait de mourir, son nouveau coéquipier aurait le droit de lui en vouloir. Les mains tremblantes et les lèvres vibrantes l’une contre l’autre, il ne parvint pas à faire taire l’innommable douleur.

— Alexy ? bafouilla son collègue qui s’agenouilla à côté de lui.

— Antoine, hoqueta-t-il les paupières closes,… je…

Incapable d’en dire plus, une main se posa sur son épaule et la voix du jeune homme chuchota à son oreille :

— Te rappelles-tu, qui ta sœur devait te présenter le jour où elle est morte ?

Il tourna immédiatement son regard embué vers son interlocuteur. Comment pouvait-il savoir cela ?

— C’était moi, lui répondit-il.

Alexy, le cœur déchiré et la respiration saccadée, regarda le sourire qui se dessina sur les lèvres d’Antoine.

— Je suis mort ? demanda-t-il d’une voix blanche.

— Non, gloussa son ami.

— Je rêve ? sanglota-t-il comme un enfant, épuisé de subir cette situation.

— Paul aussi m’a perdu dans cette explosion. Je sais qu’il ne te l’a jamais dit. Il fallait bien que j’agisse.

— Mais…

— Je suis bien le petit ami de ta sœur et, elle n’était pas seule quand elle est morte à mes côtés.

— Mon Dieu…

— Tu dois alléger ton fardeau, réapprendre à vivre et à aimer. Mon frère mérite mieux que ce que tu lui donnes.

***

11h22

 

Alexy se réveilla en hurlant. Le souffle court et le regard hagard, il aperçut très vite son amant en vie. Ce n’était qu’un cauchemar. Un horrible cauchemar.

— Paul ? marmonna-t-il la voix étrangement brisée.

— T’es réveillé ! lui cingla ce dernier, je te prépare quelque chose de consistant et je me casse !

Paul quitta aussitôt la pièce, le laissant seul avec ses tremblements. Alexy se leva et chancela jusqu’à son armoire. Il enfila de ses gestes paniqués tout ce qu’il trouva sous sa main et rejoignit son ami dans la cuisine américaine.

— Paul !

Alexy savait qu’il méritait son indifférence, mais il devait absolument lui dire ce qu’il éprouvait.

— Paul ?

— Bye Alexy, le salua-t-il en prenant son manteau vers l’entrée.

— Tu es revenu, pourquoi ? demanda-t-il.

— Ouais, tu parles, railla Paul en fixant le sol, t’as glissé sur un savon, je n’allais pas te laisser étendu dans le froid.

— Attends !

— Alexy ! Je ne veux plus discuter ! Tu l’as dit toi-même ! Pas d’attache !

Pouvait-il accepter sa décision ? Ne pouvait-il pas avoir de seconde chance ?

— Ce soir, poursuivit Paul en ouvrant la porte d’entrée, il y a mon pot de départ au commissariat. Sois à l’heure.

— Quoi ? marmonna-t-il avec désespoir.

— J’ai donné ma démission il y a un mois.

— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

— Je m’en vais.

— Paul ! J’ai réfléchi à ce que tu m’as dit hier et…

— Ah ouais ? ironisa son amant, c’est arrivé à quel moment ? Entre ta chute et ton réveil ? Je ne suis pas sûr d’appeler ça « réfléchir » mais plutôt « comater » !

— Paul !

— Tu as été clair hier. Je ne vois pas ce qui aurait pu te faire changer d’avis. Je savais que je perdais du temps avec toi et que tout ce qui t’intéressait été mon cul. J’ai essayé et je me suis pris un mur. Je dois avancer. À ce soir.

***

12h45

 

Alexy devenait fou. Il ne devait pas y avoir d’autres réponses. Quand Paul lui avait dit qu’il avait glissé sur un savon, son cerveau avait quelque peu buggé. Il se rappelait très bien avoir senti un morceau coupant sous son pied droit. Il était allé dans la salle à la recherche de l’objet de son malheur.

Il avait cru à une seconde blague de l’univers : le manéki-neko  que lui avait offert sa petite sœur, des années plus tôt était intact. Le chat en porcelaine n’avait même pas une égratignure.

Il avait ensuite tourné en rond, incapable d’accepter le départ de son coéquipier. C’était pourquoi, après un repas vite consommé, il était là, planté devant la porte de Paul. Rêve ou cauchemar, il devait démêler le vrai du faux… ou, tenter de comprendre pourquoi il avait rêvé d’Antoine ou d’eux… en fait, il n’en savait rien. Sa tête était à deux doigts d’exploser.

Lorsqu’elle s’ouvrit, il ne s’attendit pas à voir un autre homme. Il avait des cheveux aussi noirs que lui, un regard noisette et un sourire qui l’aurait sûrement fait fondre s’il l’avait connu ailleurs.

— Bonjour, le salua celui-ci.

— Qui est-ce ? demanda la voix de Paul.

Alexy ne se fit pas prier, il entra en marmonnant un bonjour et entra directement dans le salon. La première chose qui le frappa fut de découvrir des cartons. Son cœur palpita de panique. Paul lui disait la vérité, il quittait son poste.

— Alexy, je te présente Lucien. Lucien, mon voisin du dessus, Alexy.

Il dévisagea d’un regard mauvais le nouveau qui n’était pas vraiment vilain.

— C’est qui ce mec ? grogna-t-il en le désignant d’un index.

— Mon associé.

— Ton quoi ?

Paul se posta devant lui, les yeux assassins et sombres.

— Je te l’ai dit, je reprends la succession de mon père.

Il se retint de décocher une droite à Lucien qui posait une main sur l’épaule de son ami.

— Je vais vous laisser, prévint le jeune homme, je repasserai plus tard, mon cœur.

Alexy sentit ses poils se hérisser à ce petit nom. Il se permit de le fusiller d’un regard noir avant qu’il ne disparaisse de sa vue.

— Peux-tu me dire à quoi tu joues, Alexy ? le coupa Paul. Depuis hier, je t’ai rendu ta liberté. Va baiser n’importe qui tant que je ne fais plus partie de ton tableau de chasse.

— Je ne joue pas, murmura-t-il en essayant de lui prendre ses mains, je veux essayer.

— C’est trop tard, lui chuchota Paul en reculant d’un pas.

— Non. Je sais que j’ai déconné…

Il observa Paul sourire et secouer la tête d’un air désabusé, pas convaincu de sa franchise.

— C’est trop tard, j’avais un ultimatum, lui révéla Paul. Mon père m’avait laissé un an pour trouver la personne qui partagerait ma vie. Hier, tu m’as dit que tu ne voulais rien de tout ça. Ce n’était pas comme si je t’avais caché mes sentiments. Je savais très bien que je perdais mon temps, mais, dit-il en haussant piteusement des épaules, j’avais juste espéré.

— Qu’as-tu fait ? demanda-t-il, les yeux médusés.

— Lucien est venu m’apporter notre contrat de mariage et je viens de le signer.

— Mais, hein ? Tu ne l’aimes pas ?

— Lui, il m’aime depuis qu’on est ado. Nos deux familles, même si elles ne sont pas parfaites, avaient fini par accepter ce deal.

— Tu peux te rétracter ?

— Non. Maintenant, j’aimerais que tu t’en ailles.

Le regard de Paul était si soudainement brillant qu’il sut à cette seconde qu’il venait de le perdre. Son cœur flancha et ses lèvres vibrèrent l’une contre l’autre, comprimant son cœur au fond de sa poitrine.

Connard de fierté, il venait de tout foutre en l’air.

— Tu… parvint-il seulement à murmurer la gorge nouée.

Paul soupira et posa ses yeux gris remplis d’eau sur les siens. Alexy suivit les larmes le long de ses joues et regretta amèrement de s’être menti.

— Tu n’es pas du genre à faire des déclarations, lui rapella tristement Paul en lui indiquant la sortie, à dire « Je t’aime » ou des mots tendres. Tu détestes les câlins après le sexe. Tu ronchonnes aussi. Je crois que tu n’aurais pas tenu longtemps avec moi. Et, Lucien m’apportera tout ça… parce qu’il m’aime.

Il voulait lui répondre, mais tout devint flou. Perdu dans une brume opaline, il entendit le rire d’Antoine lui chuchoter « Tu dois alléger ton fardeau, réapprendre à vivre et à aimer. Mon frère mérite mieux que ce que tu lui donnes ».


Partie 2 : Paul & Alexy

13h12

 

Paul se demandait pourquoi il était revenu. Alexy n’en valait pas la peine, mais son traître de cœur semblait trop tenir à lui. « Connard ! ».

Quand il ne l’avait pas vu descendre après être rapidement passé à la douche, il s’en était inquiété. Il avait jeté un dernier coup d’œil à ses cartons et avait ensuite repoussé son déménagement à mardi. Il n’était plus à un jour près.

Instinct ou pas, il avait bien fait de repasser chez son voisin.

— Quel con, il a glissé ! avait-il maugréé même si cela le faisait souffrir de le voir étendu nu sur le sol.

Il avait passé la nuit, assis sur une chaise. Il avait eu peur qu’Alexy ne se soit fait bien plus de mal, mais quand celui-ci s’était mis à marmonner, il avait réalisé qu’il dormait profondément.

Maintenant, il le veillait comme un gosse. En même temps, il se sentait responsable. S’il n’était pas parti furieux, rien de tout cela ne se serait produit. Il avait appelé son supérieur pour prendre l’après-midi et le dimanche avec Alexy. Il avait dû mentir en espérant que ce soir, son ami serait réveillé pour venir à son pot de départ.

Ce matin, il s’était servi un chocolat chaud. Alexy n’avait pas semblé vouloir sortir de son rêve. Ce n’était pas plus mal. Il ne savait toujours pas comment lui annoncer qu’il avait donné sa démission un mois plus tôt.

Paul savait aujourd’hui qu’il n’y avait plus d’issue. Son père le souhaitait à ses côtés et Alexy ne le voulait pas dans sa vie.

Il attendit que onze heures passe et retourna dans la chambre pour contempler tristement le visage endormi d’Alexy. Il se devait d’être fort lorsque celui-ci se réveillerait. C’était fini entre eux. Il avait perdu deux années à espérer quoi que ce soit de cet homme.

Il fronça ses sourcils : Alexy paraissait pleurer dans son sommeil. Son ami, hanté par la mort de Carine, devait certainement rêvé d’elle. Il allait repartir dans la cuisine quand il tressaillit en l’entendant soudainement lâcher un cri désespéré.

C’était la première fois qu’il le voyait ainsi.

***

13h22

Alexy hurla en se redressant sur son lit. Les yeux médusés, il découvrit un Paul effrayé à ses côtés. Il balaya rapidement la pièce d’un regard circulaire puis son radioréveil : 13h22.

— Merde ! s’écria-t-il, j’ai fait un rêve dans un autre rêve ! Ça fait 24h que…

— Super ! le coupa froidement Paul. Maintenant que je sais que tu es en vie, je me casse !

Alexy, le corps encore tremblant, puisa dans ses maigre ressources pour se jeter sur lui. Plaquant son corps nu contre celui de son amant, il y mit tout son poids pour qu’il ne s’enfuie pas comme… un voleur.

— Alexy ! s’écria la voix de Paul. Qu’est-ce que…

— Tais-toi ! Je me fous de savoir si tout ça est réel ou pas, mais je sais une chose.

Il se tut quelques secondes. Il y avait dans les yeux de son amant une lueur qu’il n’avait jamais vue. Son regard gris passa rapidement à une obscurité qui ne l’ébranla pas. Si cet Antoine était intervenu DEUX fois, Alexy devait abandonner ses défenses et s’ouvrir…

— Je sais que je ne suis pas du genre à faire des déclarations, murmura-t-il en apercevant au fur et à mesure de ses mots des larmes au bord de ses beaux yeux gris. Je sais que je ne dis jamais des mots doux et que je déteste les câlins après le sexe… mais, Paul, je sais que.

Pouvait-il le lui dire ? Il se mordit la lèvre inférieure, la peur au ventre.

— Que ? souffla timidement la voix enrouée de son amant.

Alexy le relâcha et s’assit confortablement sur les cuisses de Paul pendant que celui-ci se redressa, les mains en appui contre le sol. Il glissa nerveusement ses doigts tremblants dans la chevelure brune de celui qui avait réussi à lui voler son cœur.

— Je sais que, reprit-il en calant sa main contre la nuque, tu es devenu ma faiblesse. Je t’aime.

Il se pencha et déposa ses lèvres contre celles de son compagnon. Mais, celui-ci, les larmes dévalant les joues, les déforma en éclatant en sanglots.

— Tu te moques de moi…

— Non, répondit-il en déposant des baisers papillons sur les traînées d’eau salée. J’avais besoin d’un sacré coup de poing.

C’était plus un coup de pouce et, sans cette étrange intervention, il aurait perdu Paul.

— Tu ne vas pas me jeter, lui demanda-t-il entre deux hoquets.

— Jamais.

Alexy l’étreignit le cœur battant et le sourire au bord des lèvres.

— C’est vrai ?

— Oui, souffla-t-il à son oreille.

— Même si je pleure comme une fille ?

Il recula son buste, passa ses mains sur les joues humides de Paul et sourit en lui susurrant d’une voix mielleuse :

— Oui, mais je t’avouerai que je préférerai t’entendre gémir comme une fille.

Paul, les joues empourprées, pleura tout contre son torse, l’enlaçant comme le plus des trésors. Alexy qui retenait ses larmes de joie sentit soudainement dans l’atmosphère un parfum qui bouleversa son cœur.

Il ferma ses yeux et, comme un vieux souvenir, un vent imaginaire libéra à ses oreilles le rire de sa sœur qui transperça son cœur longtemps meurtri par son décès. L’odeur des fleurs exotiques eut raison de lui…

Ses mains aplaties contre le dos de son amant, il chuchota d’une voix tremblante d’émotions :

— Carine me manque…

Il resserra davantage son étreinte quand il ajouta doucement :

— Comme je sais qu’Antoine te manque…

C’était un étrange après-midi. Alexy avait pris conscience que la vie continuait. Pi Cortèse ne pouvait plus assassiner et Paul devait dorénavant faire partie de son existence.

Si Paul avait imaginé une seconde qu’Alexy aurait changée d’avis, jamais il n’en aurait espéré autant. Il avait haï ces paroles de la veille et, aujourd’hui, il détestait ce que cet homme était capable de soutirer de lui et parce qu’il l’aimait, il serait prêt à tout lui pardonner.

 

 

15h34

Alexy, vêtu seulement de sa robe de chambre, avait mangé une part de pizza pendant que Paul avait passé les trente dernières minutes à l’écouter lui raconter son cauchemar.

Maintenant qu’il était rassasié, son compagnon approcha sa chaise et se plaça à ses côtés. Il regarda ses mains prendre doucement les siennes. Il sourit nerveusement. Il avait l’impression que tout cela était nouveau. La seule fois où il avait été aussi familier avec un mec, c’était à l’adolescence, à l’âge de la découverte et des premiers émois.

— Verdict ? demanda-t-il le cœur battant.

— Tu t’attends à ce que je te traite de cinglé ?

— Peut-être.

— Prends-le comme tu le veux, mais je n’avais jamais parlé du contrat de mariage à qui que ce soit. Antoine était le seul à le savoir.

— Et, déglutit-il en fixant leurs mains superposées les unes sur les autres, Lucien, tu…

— Non ! s’écria Paul. Je n’ai jamais éprouvé que de l’amitié.

— Il va être déçu.

— Il connaissait les risques, mais ne parlons pas de lui. Alors, bafouilla son amant, tu es partant pour essayer un bout de chemin avec moi ?

— Non.

Alexy rattrapa les mains de son compagnon qui tentèrent de se dérober.

— Regarde-moi Paul.

— Mais tu…

— Tu ne m’as pas compris, le coupa-t-il. Je ne veux pas essayer. Je te veux. Toi.

Alexy leva quelques secondes son regard vers le plafond avant de le voir à nouveau fondre comme une madeleine.

— Pardon, c’est juste que… merde ! s’écria Paul en essuyant ses larmes. Je dois rêver ! Tu veux vraiment qu’on vive ensemble ?

 

Les mots n’avaient plus vraiment d’importance. Alexy, sans lui lâcher les mains, l’emmena jusque dans la chambre, là où il avait couché des centaines de fois avec Paul. Aujourd’hui, il désirait lui montrer ce qu’il était capable de lui offrir. Si la vie pouvait être lourde à supporter, il devait accepter de laisser au passée des morceaux de lui, des souvenirs et ses douleurs.

Le temps ne lui demandait pas d’oublier, mais de respirer. Peu importait les souffrances qui avaient meurtri son cœur. Peu importait les blessures qui l’avaient marqué. Perdre de vue que les sentiments avaient la possibilité de l’aider à avancer aurait été la plus grosse de toutes. Aurait-il été capable de poursuivre son chemin si Antoine ne lui avait pas ouvert les yeux ? Alexy ne voulait pas connaitre cette version de sa vie.

Ce qui comptait était que Paul soit à ses côtés… parce que l’amour n’était pas seulement dédié au rêve féminin. Être un homme et en aimer un ne devaient pas signifier qu’il était faible, mais seulement humain.

 

Lorsqu’il finit de déshabiller son amant, il laissa son regard amoureux détailler l’homme qu’il aimait. Paul, avec ses cheveux bruns en épis et ses yeux gris, méritait bien plus que des nuits sans lendemain. Il ne devait plus avoir de frontière entre son cœur et le sien. Il devait se lâcher et abandonner toutes ses peurs…

Il sourit et s’allongea enfin au-dessus de lui, calant son corps sur le côté de droit. Les jambes amoureusement intercalées avec les siennes, la respiration de son compagnon s’accéléra au rythme de ses battements de cœur. Il l’embrassa, emmenant leur langue à danser tendrement entre elles et sa main libre caressa la peau chaude qui s’offrait à lui.

 

Paul gémit. Les gestes d’Alexy étaient différents. Il le ressentait. Chacune de ses caresses paraissait lui promettre d’autres nouveaux horizons. Les yeux mi-clos et les lèvres abandonnées, il savoura la trainée de baisers sur son torse. Il râla de contentement quand l’humidité de la langue de son amant lécha son membre dur. Il gémit encore davantage lorsque celui-ci le prit en bouche.

Il posa instinctivement ses mains dans la chevelure blonde d’Alexy et ouvrit quelques secondes ses yeux, contractant ses abdominaux pour mieux le visualiser. Il le trouvait si existant, la langue goûtant et suçant son sexe, qu’il murmura à travers ses souffles entrecoupés :

— Doucement… sinon je vais venir…

Le visage de son amant se releva, lâchant son membre douloureux. Il l’observa glisser son corps contre le sien et saisir le tube de lubrifiant sur le chevet.

— Je suis clean, lui susurra-t-il à l’oreille, pas de préservatif… et toi ?

— Pareil, souffla-t-il le cœur palpitant, en le voyant s’asseoir sur ses cuisses et enduire sa main du produit.

La chaleur qui envahissait son corps était plus brûlante que tout ce qu’il avait connu avec lui. Alexy l’obligea d’un geste à rouler sur son épaule droite pendant qu’il emprisonnait sa jambe gauche entre les siennes, la seconde formant un H inversé.

 

Après cela, Paul ne fut plus que gémissement. Perdu dans les limbes d’un plaisir époustouflant, il se soumettait au désir de son amant. Chaque coup de reins qu’il recevait l’emportait petit à petit au paradis.

Il soupçonna Alexy de vouloir l’entendre hurler car ce fut au milieu de mots indécents et aux claquements de peau qu’il atteignit son paroxysme, le poussant à crier sa jouissance.

Quand son amant le suivit de près, celui-ci se laissa tomber derrière lui. Paul, le cœur emballé par autant d’émotions, se roula vers lui et, la respiration aussi courte que la sienne, l’enlaça sans parvenir à le lâcher. Alexy ne lui avait jamais fait l’amour avec une telle passion, ses membres ne cessaient de frissonner et son corps était encore sous l’effet de l’excitation.

Décidément, la vie allait être prometteuse avec cet homme-là.

— Alors, chaton ?

Lové contre son compagnon, Paul, pour toute réponse, déposa ses lèvres sur les siennes.

— Je t’aime.

FIN

Si vous avez aimé, pensez à laisser un commentaire, ce n’est pas grand chose, mais ça fait toujours plaisir.

Un commentaire sur “Nouvelle courte 3 : 24H en enfer

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