Nouvelle courte 1 : Histoire de loup

Résumé : Nolan et Aurélien sont mariés depuis quelques années. Leur fils, Eli apprend qu’il va être grand frère et il ne l’accepte pas. Nolan discutera avec lui puis, petit à petit, cela lui rappellera une histoire de loup.

Note : Cette histoire a été publiée sur le magazine de MM reader dans sa version fanfiction.

 

Histoire de loup

 

— Eli ?

Nolan poussa la porte de la chambre de son petit garçon de six ans et l’aperçut assis au bord du lit, la tête tournée à son opposé. Il leva quelques secondes son regard vers le plafond. Eli était peut-être génétiquement son fils, mais il devait bien admettre qu’il ressemblait de plus en plus à son mari Aurélien.

Il prit place à côté d’Eli qui serrait deux peluches contre le torse. Il profita du silence pour lui caresser les cheveux bruns. Cette année, avec Aurélien, ils avaient décidé d’agrandir la famille. Noémie, leur meilleure amie, qui avait porté Eli avait accepté de renouveler l’expérience en portant, cette fois-ci,  le bébé issu du sperme de son mari.

Ce matin, jour de congé de son compagnon, Aurélien était si excité à l’idée d’avoir un autre enfant à la maison qu’il l’avait maladroitement annoncé à leur garçon. Évidemment, depuis, Eli boudait dans sa chambre.

— Papa m’a dit que tu ne voulais pas de petit frère ? demanda-t-il.

Eli redressa son buste et posa ses peluches sur l’oreiller. Il se mit debout devant lui, croisa les bras sur sa poitrine et leva son visage rond vers le sien, lui dévoilant des yeux bleus et brillants.

— Non ! lui répondit-il d’un air catégorique. De toute façon, je ne l’aimerai pas. Je ne l’aimerai jamais !

Nolan le dévisagea, inquiet que la nouvelle le mette dans cet état.

— Pourquoi es-tu fâché après lui ? Le bébé n’est pas encore là et…

— Parce que, l’interrompit le petit en se renfrognant davantage tout en fixant maintenant le plancher, je n’aime pas les petits frères !

— Hé ? Trésor, murmura Nolan, de quoi as-tu peur ?

Il l’entendit renifler avant de baisser les bras le long du corps et marmonna d’une voix tremblante :

— Je ne serais plus votre trésor…

Le cœur de Nolan fondit devant ces quelques mots d’enfant. Il tenta de l’attirer tout contre lui, mais la résistance que mit son fils l’obligea à lui répondre.

— Tu seras toujours notre trésor, papa Aurélien et moi t’aimerons quoi qui puisse se passer. Tu es notre fils.

— Mais, bredouilla Eli en levant son regard humide vers lui, ça veut dire que vous allez m’aimer moins pour aimer le bébé !

— Viens là, lui intima-t-il en le faisant assoir sur ses genoux, nous n’allons pas t’aimer moins ou à moitié, au contraire, nous avons tellement d’amour à donner qu’il ne fera que grandir, tu comprends ?

— Papa et toi, vous m’aimerez toujours pareil ?

— Oui.

— Même si je fais des bêtises ?

— Oui.

Nolan sourit quand son fils sauta sur ses pieds et se tourna vers lui en semblant réfléchir à ce qu’il venait de dire.

— D’accord, chuchota Eli comme s’il donnait enfin sa permission de partager ses pères.

Nolan se leva, ravi de la petite conversation puis se dirigea vers la porte en lui rappelant qu’ils allaient bientôt passer à table.

*

Le soir, dans son lit, après un repas rempli de questions d’enfants, Nolan regarda son mari s’allonger en boxer à ses côtés. Il se cala contre le torse d’Aurélien et l’embrassa passionnément.

— J’espère que le prochain sera moins caractériel, murmura-t-il en s’écartant un de peu de lui. Eli te ressemble de plus en plus à ce niveau-là.

— Oh, tout de même, je n’étais pas comme ça enfant ?

Nolan le scruta un moment puis éclata soudainement de rire.

— Rappelle-toi de notre première rencontre, le défia-t-il d’un regard amusé, tu te souviens de ce qui nous a rapproché ?

— Mouais, grogna son mari en resserrant le bras autour de sa taille.

— Je devrais peut-être raconter cette histoire de loup à Eli…

— Nolan ! grommela Aurélien en le roulant sur le dos, les lèvres effleurant les siennes. Pour l’instant, mon loup intérieur a très faim de toi…

Nolan n’eut pas le temps de rire que son mari l’embrassa tout en plaquant son corps contre le sien. Il gémit un « traître » et s’abandonna aux joies de la chair en laissant derrière lui le souvenir de leur première rencontre.

C’était il y a bien des années…

 

☆☆☆

Vingt-trois ans plus tôt…

 

Aurélien, le regard renfrogné, descendait de la voiture en grommelant des mots tels que « Merde ! Crotte ! Fait chier ! Je n’aime pas la colo ! ». En suivant son père, le PDG de l’industrie des baskets Delsol, il soupirait fortement pour lui faire comprendre qu’il n’avait aucune envie d’être ici.

— Aurélien ! grinça son père au pas de sa nouvelle chambre, peux-tu arrêter ? Ce n’est que pour le mois de Juillet !

— Non ! bouda-t-il en croisant des bras.

— Aurélien, lui souffla-t-il plus calmement en s’agenouillant à sa hauteur, je sais que ce n’est pas facile mais je suis certain que tu te feras des amis.

Il détourna son visage quand ce dernier tenta de déposer un baiser sur son front et qui se plaqua sur ses cheveux blonds.

— Je vais rejoindre la directrice pendant que tu t’installes.

À ces mots, Aurélien tira sur sa grosse valise. Les mains sur la poignée, il percuta de dos le corps d’une personne.

— Salut ! murmura la voix d’un garçon, moi c’est Nolan Astier et toi ?

Il pivota sans s’excuser et le toisa froidement en se permettant de le détailler de haut en bas : c’était un petit brun aux yeux bleu. Il était tout maigre et pas mignon du tout. Nolan portait un short bleu foncé qui paraissait bien trop grand pour lui. Le tee-shirt rouge, quant à ce bout de chiffon, devait sûrement appartenir à une fille car il descendait presque au niveau de ses cuisses.

— Pousse-toi ! railla-t-il.

Sans remarquer qu’il venait de faire perdre le sourire à son camarade de chambre, il posa sa valise sur le lit de droite où se trouvait déjà un vieux sac de voyage. Il le saisit et le jeta par terre.

— Je prends ce coin !

— D’accord, marmonna Nolan en traînant son sac jusqu’à l’opposé de la chambre.

Aurélien n’avait pas envie de se faire des copains. Il voulait rentrer chez lui. Il sortit rageusement toutes ses affaires et, en se dirigeant vers la seule grande armoire, il fronça les sourcils.

— Oh, euh, bredouilla son voisin de lit, j’ai pris le côté droit mais comme…

Droite, gauche, quelle différence cela faisait-il pour lui ?

— C’est bon ! Je prends l’autre côté !

Il ne fit pas attention à l’autre gosse et passa une bonne demi-heure à vider sa valise.

*

Quand il eut fini, il réalisa qu’il était seul. Il tendit l’oreille vers la porte et reconnut la voix du petit brun.

— Moi, c’est Nolan Astier et j’ai sept ans !

Aurélien secoua la tête en se demandant si ce gamin allait se présenter comme ça à chaque fois.

— Moi, c’est Camille.

— Cool !

— Mon petit frère est parti aux toilettes, expliqua le grand châtain, il a le même âge que toi !

— Et toi Camille, t’as quel âge ? demanda timidement Nolan en souriant.

— J’ai dix ans !

Camille se tut avant de faire un signe de la main en direction d’un autre garçon qui avait une ressemblance avec ce dernier.

— Bastien ! Viens que je te présente Nolan !

Aurélien, les dents serrées, les regardait se parler alors qu’il trouvait cela stupide. À la fin de la colonie, personne ne garderait contact. Ce n’était que de la fausse amitié. Il le savait pour y avoir déjà passé deux étés consécutifs. Aucun camarade ne lui avait écrit ou même appelé.

*

Le soir, après le départ des parents, il se forçait à sourire au petit monde. Il en avait tellement marre de tout ce blabla qu’il ne fut heureux qu’en regagnant sa chambre. En pyjama et sous sa légère couverture, il espéra que son voisin de lit se couchât rapidement. Il soupira bruyamment en le regardant serrer dans ses bras deux peluches. Cette image l’énerva tant qu’il lui cingla :

— C’est bon ! Tu vas arrêter de pleurnicher sur tes nounours ! J’ai envie de dormir !

— Pardon, marmonna Nolan qui éteignit la lumière.

*

Nolan étreignait ses deux petites peluches en se demandant pourquoi Aurélien était méchant avec lui. C’était la première fois qu’il était loin de chez lui et, sa grande sœur, Lucile lui avait offert une licorne pour lui tenir compagnie. L’autre était un dragon qui avait appartenu à sa mère. Il sourit tout de même en sachant qu’il n’était pas tout seul : Coco et Gogoone, ses peluches veilleraient sur son sommeil.

*

La première semaine fut assez riche en émotion. Il adorait les frères Chevalier, Camille et Bastien. Il faisait pratiquement tout avec le second, mais le plus difficile avait été de supporter le caractère de son voisin de lit. Nolan ne lui parlait plus parce qu’il était vraiment méchant avec lui. Par exemple, Aurélien le bousculait comme s’il n’était pas là, il éteignait la lumière pendant qu’il se mettait en pyjama et il faisait du bruit en poussant violemment la porte de leur chambre.

Il avait beau le dire à la directrice Sandrine, Aurélien n’avait pas changé de comportement après avoir reçu un avertissement. Au contraire, cela avait empiré.

*

Ce soir, son voisin de lit avait été très loin : ses peluches Coco et Gogoone avaient disparu.

— Oh ! C’est bon ! Tu ne vas pas faire le bébé ! lui asséna-t-il froidement.

— Où tu les as cachés ? demanda-t-il d’une voix tremblante.

— Ce n’est pas moi !

Il renifla et effaça rapidement ses larmes quand Laurent le surveillant les appela du rez-de-chaussée. Cette nuit, tous les enfants étaient conviés à écouter une histoire que leur directrice allait leur conter.

— Nolan, qu’est-ce qui y a ? l’interrogea Bastien en le voyant s’essuyer le visage.

— Ce n’est rien.

— C’est Aurélien ?

Il baissa honteusement son regard rougi vers le plancher.

— Quel emmerdeur celui-là !

— S’il vous plaît ! tonna soudainement Sandrine, j’aimerais que les retardataires nous rejoignent et s’assoient autour du feu de camps.

Nolan courut dehors et se dirigea vers le cercle. Ce fut à contrecœur qu’il se posa là où il restait un peu de place : à côté d’Aurélien.

— Bien, reprit la directrice en ayant l’attention de tout le monde, Laurent va vous distribuer un petit cocktail féerique pour vous aider à faire de beau rêve quand j’aurai fini l’histoire.

Pendant que le surveillant leur offrait à tous un gobelet rempli de la fameuse boisson, Nolan fixa quelques secondes le liquide puis, incapable d’oublier Coco et Gogoone, il releva ses yeux brillants sur la vingtaine d’enfants que formait la colonie. Il n’osa pas se tourner vers Aurélien, car il était sûr que ce dernier les lui avait cachés.

— Parfait ! Tout le monde est servi ! Alors, pendant que je vais vous raconter la légende Cherokee des deux loups, je vous invite à le boire…

Nolan soupira en affaissant ses épaules et se résigna tristement à l’écouter.

« Un soir d’hiver, un vieil homme de la nation Cherokee se réchauffe doucement au coin du feu alors qu’entre brusquement son petit-fils : Tempête-de-vent. Ce dernier est de nouveau très en colère parce que son voisin s’est montré encore injuste envers lui. À cela, le grand-père lui raconte :

— Il m’arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et surtout ceux qui n’expriment aucun remord. Mais, tu sais, la haine m’épuise… et, à bien y penser, elle ne blesse pas celui qui s’est mal conduit envers moi. C’est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J’ai souvent combattu ce sentiment car j’ai appris que la bataille entre deux garçons, comme à l’intérieur d’un même village, est toujours une bataille entre deux loups à l’intérieur de soi. Le premier est bon et ne fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l’entoure et ne s’offense pas lorsqu’il n’y a pas lieu de l’être. Il combat uniquement lorsqu’il doit le faire et il le fait de manière juste. Mais l’autre loup, hum…. celui-là est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n’importe qui, tout le temps et sans raison. Il est incapable de penser parce que sa colère prend toute la place. Il est désespérément en colère… pourtant elle ne change rien… Et je peux t’avouer, Tempête-de-vent, qu’il m’est encore parfois difficile de vivre avec ces deux loups à l’intérieur de moi parce que tous les deux veulent avoir le dessus.

Le petit-fils regarde attentivement et longuement son grand-père dans les yeux et demande :

— Et lequel des deux loups va gagner, grand-père ?

Le vieux cherokee sourit et répond simplement :

— Celui que je nourris. »

 

Tout au long de cette magnifique histoire, Nolan avait senti son cœur battre à toute allure. Son regard pétillait de mille étoiles. Il réalisa que cette légende reflétait parfaitement la colère inexpliquée d’Aurélien contre lui.

Lorsque les enfants regagnèrent leur chambre, il se dépêcha de souhaiter bonne nuit aux frères Chevalier avant qu’Aurélien n’éteigne la lampe. Que ne fut sa surprise en découvrant Coco et Gogoone sur son oreiller. Ses lèvres s’étirèrent inconsciemment en un sourire heureux. Jetant un rapide coup d’œil à Aurélien, il le remercia d’un simple hochement de tête. Cette nuit, il allait faire de merveilleux rêves…

Aurélien, troublé, roula immédiatement sur le côté après avoir reçu un magnifique sourire de Nolan. Le vieil homme Cherokee avait raison : il ne devait pas nourrir le méchant loup au fond de lui. Son camarade n’y était pour rien s’il était en colère. À cette pensée, il sourit en fermant les yeux. Demain, il nourrirait le bon loup de toute la gentillesse qu’il avait pour les yeux océans de son nouvel ami.

 

FIN

[1] LES DEUX LOUPS est une fable amérindienne d’un auteur inconnu qu’on raconte encore aujourd’hui le soir autour du Feu sacré. Légende transcrite par Gilles-Claude Thériault à partir de diverses versions orales et écrites, en langue française et anglaise.

***

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