Messan T1 : Chp 1 – Terra One

Note : Le prologue est centré sur Victor parce qu’il est important, toutefois l’histoire est sur celle de la génération suivante.

Ce premier tome sera le plus long (contrairement au prochain) puisque j’installe l’univers. Je vous souhaite bonne découverte pour les nouveaux lecteurs, on se retrouve à la fin de ce long chapitre.


Partie 1

Timothy Berthal faisait partie de ceux qui avaient eu la chance de quitter la Terre. En fin de l’an 2369, il avait accepté de rejoindre la navette Seconde Chance. Construite pour une capacité d’une centaine de personnes, elle emmenait l’expédition sur leur nouvelle planète d’accueil : Terra One. Ce transport avait pour but d’établir définitivement la première colonie terrienne.

Une première navette « Premier Départ » avait été envoyé un an plus tôt, alors qu’il y avait peu d’espoir à ce qu’elle échappe aux androïdes. Ce qui ne fut pas le cas. Elle avait pu passer parce que cherchait leur ennemis ne se trouvait que sur Terre.

Terra One avait toutes les caractéristiques identiques à la leur depuis plusieurs siècles. Selon les dernières données reçues par la sonde en 2186, l’Union Terrienne avait décidé à la fin de la guerre d’envoyer des hommes supplémentaires pour pouvoir quadriller leur nouveau campement.

Timothy sortait d’un long sommeil sans rêves. La navette s’était stationnée pour quelques heures, laissant aux passagers le temps de récupérer avant l’atterrissage. Il fléchit ses genoux rouillés et étira ses bras en avant. Des flashs de la guerre en profitèrent pour remonter à la surface.

Si les hommes n’avaient pas créé la grande base souterraine de Russie, il était certain que leur monde n’existerait plus. Son grand-père lui avait raconté comment les survivants étaient parvenus à édifier l’enceinte nommée aujourd’hui, Base de l’Union terrienne. Les continents Nord et Sud de l’Amérique ayant été détruits après une longue offensive des androïdes, il avait fallu trouver un terrain où rassembler les humains.

La Russie avait été touchée, mais n’avait pas été rayée de la carte. Le territoire, totalement calciné par leur frappe, avait été considéré comme inhabitable. Pourtant, des ingénieurs orientaux avaient décidé d’installer un complexe souterrain sur ce continent. Il leur suffisait d’être bien isolé et faire en sorte qu’aucun signe vital ne puisse leur donner leur situation.

Malgré les tensions qui régnaient entre plusieurs nations, cette guerre avait renforcé des liens encore jusque-là inexplorée. La technologie n’était pas morte, elle avait survécu grâce à cette union presque irréaliste. Les humains devaient mettre de côté leurs différents et protéger ce qui restait du monde des hommes.

Certains disaient que les ferrailles leur avaient lancé un avertissement en anéantissant deux continents, mais ce qu’elles désiraient avant tout étaient de récupérer les minerais extraits sur Mars.

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Timothy redressa son corps et fixa un instant son serviteur en ferraille. Son humanoïde n’était pas comme ceux qui les avaient décimés. Aussi grand que lui, un mètre quatre-vingt-cinq, il était fier de l’apparence humaine qu’il était parvenu à lui donner. Il avait préféré en fabriquer un de ses propres mains pour le connaître sur le bout des doigts et voulait démontrer que cette machine dotée de mémoire était capable de protéger un groupe. Contrairement à l’un des anciens pairs de la robotisation qui avait inconsciemment engendré la naissance de leur pire ennemi, Timothy Berthal avait ajouté un système de déprogrammation en cas de risque. Chose qu’il espérait ne jamais faire.

Les hommes avaient haïs ces androïdes, mais leur soif de découvertes les avait poussées à commettre la plus terrible des erreurs. Les savants de cette génération s’étaient crus plus intelligents et leur obsession à vouloir tout manipuler avait fini par entraîner avec eux la déchéance de toutes les espèces. Alors, Timothy, loin d’être prétentieux, avait tout calculé pour maintenir en laisse son humanoïde. À ses yeux, il était temps pour les hommes de tourner la page et de se reconstruire.

Ce n’était pas sa conception qui avait été difficile, mais la réalisation de tous les matériaux nécessaires à son élaboration. Il désirait la perfection et, grâce à son père qui avait côtoyé Victor Messan, il avait pu récupérer assez de métaux en nanonium pour l’achever. Les hauts dirigeants avaient posé leur véto, mais la chance avait été de son côté. Il avait été l’un des rares personnes à avoir détourné un androïde, devenu par la suite l’un des gardiens de sa base à Berlin.

Victor Messan était un scientifique mondialement reconnu. Il avait réussi à créer un portail temporel, instable mais ouvert, qui avait pu envoyer certains des leurs – des civils et des enfants –dans le passé. Cette guerre avait non seulement anéanti une grande partie de leur peuple, mais elle leur avait aussi enlevé l’homme qui avait trouvé la faiblesse des machines.

Timothy s’efforça de respirer profondément, il devait se préparer avant la descente de la navette. Il se tourna vers son miroir et se contempla. En apparence toujours âgé de vingt-huit ans, il avait été sélectionné pour sa capacité à comprendre rapidement des systèmes élaborés dont peu d’hommes pouvaient de nos saisir. La vérité était qu’il souhaité retrouver son petit frère, Yohan, parti un an plus tôt à bord de la première navette « Premier départ ».

Ses cheveux blonds en épis lui valurent un rictus moqueur aux coins des lèvres. Il aurait beau essayer de les remettre en place, rien ne les disciplinerait. Comme tout le reste de l’équipage, il se vêtit d’un pantalon de combat noir et d’un pull de la même couleur.

— Donne-moi mes rangers de terrain, demanda-t-il en tendant une main vers son humanoïde.

Pendant qu’il les enfilait, sa ferraille l’informa d’une voix métallisée la situation actuelle :

— Seconde Chance commence à se positionner pour son atterrissage terrestre. J’ai suivi vos instructions et j’ai pu récupérer les données concernant l’équipe à laquelle vous serez affiliée.

— Très bien.

— Vous serez affiliée à l’unité 4, composée du docteur Antoine Perles, de l’archéologue Andréa McBeth, du géologue Liang Lee et du Capitaine Cyril Mayet.

« Mayet » un nom qu’il ne pouvait pas oublier. Leurs pères respectifs étaient des amis de Victor Messan. Il savait que la perte de ce dernier avait bouleversé beaucoup d’entre eux, mais pour Cyril, cela avait été la goutte en trop. Cet homme était connu de tous les Européens pour avoir vaillamment repoussé les dernier androïdes martiens de leur secteur, mais ce jour-là, il avait beaucoup perdu : Guillaume, son compagnon et son beau-père, Victor, décédé dans ses bras.

Pour chasser le passé de sa tête, Timothy sortit quelques minutes de sa cabine et se posta face à un hublot pour observer Terra One. Il n’aurait jamais imaginé qu’elle serait aussi belle que leur Terre. Elle contenait beaucoup plus de territoires gorgés d’océan et un continent aussi grand que celui de l’Asie.

« Les passagers de Seconde Chance sont priés de rester dans leur cabine, la manœuvre d’atterrissage est en cours » prévint la voix de la navette dans les haut-parleurs.


Partie 2

Tout se déroula sans encombre. Les membres prirent leurs matériels et leurs affaires personnelles. L’atmosphère semblait chargée d’appréhension. Ils avaient conscience que, sur Terra One, ils n’auraient sûrement pas la possibilité de communiquer avec la Terre et encore moins de la revoir. Quant à la navette, s’ils souhaitaient s’en servir pour repartir, il était peu sûr qu’elle tienne un autre parcours. Elle avait souffert des poussières stellaires qui s’étaient introduites dans la carlingue, donc cette idée n’était pas envisageable.

☆☆☆

« 06 novembre 2411, date terrienne.

Je n’aurais jamais imaginé voir autant de verdure ici, même si, vu de l’espace, cette planète contenait bien plus d’océans que notre belle planète. Enfant, j’ai souvent regardé les holographies. Notre Terre avait ressemblé à cette planète. La beauté de Terra One m’époustoufle. L’air est frais, mais il fait chaud.

Nous avons atterri il y a environ quatre heures et je pense que nous ne sommes pas loin de midi. Bref, nous ne sommes qu’au début de toute cette fabuleuse aventure et pour le moment, le commandant de cette expédition (Lionel Parker) a donné ses instructions à chaque équipe déjà formée. Là, en ayant pris nos affaires, nous ne tardons pas à y aller. J’ai hâte de retrouver mon petit-frère… Je t’en dirai plus ce soir, lorsque nous serons arrivés à la colonie. Thy »

☆☆☆

Quelques minutes avant d’abandonner la navette en la camouflant, Cyril, le Capitaine de l’unité 4, dévisagea son équipe. Il soupira de lassitude parce qu’il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait manquer à l’appel : Antoine ! Comment la base de l’Union terrienne avait-elle pu l’obliger à le suivre ? Il était peut-être son médecin, mais il aurait pu s’en passer parce que ce dernier n’était vraiment pas un homme de terrain. Le visage impassible, il émit un grognement lorsqu’il distingua la tête brune dudit Antoine courir dans sa direction et… posa rapidement une main sur ses yeux, dépité de le voir s’effondrer sur le sol.

— Regardez un peu où vous mettez les pieds ! hurla-t-il en secouant la tête.

Le Capitaine Mayet releva son regard gris sur son équipe au complet en attendant que le maladroit se redresse. À l’image d’un leader, sa carrure imposante savait impressionner ses hommes. Ancien soldat d’élite, il avait été formé, comme tant de jeunes de sa génération, par le Capitaine Gabriel Callins. Avec les voltigeurs du corps aérien, ils représentaient la dernière puissance de la race humaine. Ils avaient été éduqués de manière à protéger et à respecter le peu de civils qui restait, mais ils étaient avant tout entrainés pour devenir des soldats qui devaient comprendre qu’ils étaient condamnés à se battre et à mourir. Cyril, lui, aurait voulu ne pas survivre à cette guerre.

— Bien ! s’exclama-t-il au milieu du brouhaha que faisaient les autres équipes en attendant que le commandant de l’expédition leur dise de commencer à marcher, je serai celui qui donnera les ordres ! Toutes les demandes devront se faire par mon biais ! Vous avez besoin d’aller au petit coin ? Vous me le demandez ! Vous avez besoin de vous reposer ? Vous me le demandez ! Comprenez que je suis responsable de vous ! Dorénavant, nous formons une famille ! Nous veillerons les uns sur les autres ! Est-ce que c’est bien clair ?

Tout en énonçant ses derniers mots, ses yeux n’avaient pas lâché un instant le médecin. Il trouvait cela vraiment pitoyable : Antoine n’était pas dans son élément. Il se crispa en le voyant afficher un sourire béat sur les lèvres. C’était toujours le même sourire qui ne cessait de l’énerver depuis le jour où ce gamin avait dû le prendre en charge à la suite de la disparition de son jeune amant, Guillaume Messan. Il se reprit quelques secondes puis, en respirant profondément, il désigna l’humanoïde.

— Je vous présente la ferraille de notre ingénieur informaticien et astrophysicien, Timothy Berthal, reprit-il en désignant la création. Il a été spécialement conçu de ses propres mains et il est totalement inoffensif. Sa première fonction est de nous protéger.

— Mais, bien sûr ! railla soudainement la seule femme de l’équipe.

Mesurant un mètre soixante-cinq, cette Australienne à la peau hâlée était une professionnelle des langues vivantes et mortes et connaissait une grande partie des patrimoines et des vestiges laissés par les humains. Elle avait été affectée à cette équipe pour ses connaissances et parce qu’elle avait aussi combattu aux côtés de la résistance de sa nation.

— McBeth ! tonna Cyril en se plantant face à elle, à la prochaine remarque de ce genre, je vous assignerais à la tâche de porter vous-même votre matériel ! Ou, commencez à abandonner l’idée de les prendre !

Elle déglutit devant son ton cinglant et garda la bouche close.

— Lee ! Vous ouvrez la marche de l’équipe !

— Bien Capitaine ! répondit l’interpellé en activant leur transporteur qui n’était autre qu’un véhicule solidement travaillé pour supporter un poids conséquent.

Les premiers pas commencèrent dans le silence. Cyril porta son arme à impulsion, aussi appelée arme Messan, contre sa poitrine. Elle portait le nom de son créateur, dernier souvenir du scientifique. Il ferma la marche en compagnie d’Antoine qu’il préférait surveiller de près. Son médecin avait tendance à s’empêtrer dans les pires situations, d’ailleurs, il se demandait encore comment ce gamin avait pu survivre au milieu du chaos. Il pensait l’éviter en venant ici, mais comble de la malchance pour lui, cela n’avait pas été le cas. Il préféra taire ses questions en tentant de découvrir ce que la nature de Terra One avait à offrir. Bien qu’il n’attendît plus rien de la vie et qu’il n’ait connu que la guerre, il se laissa porter quelques secondes par ses vieux rêves.

Il se souvenait des conversations qu’il avait eues avec son meilleur ami Éric Messan. Lorsqu’il était jeune et le cœur encore malade, son aîné lui montrait des holographies d’un ancien temps : celles d’avant-guerre. La Terre était si belle qu’il avait peiné à croire que ce qu’il voyait d’elle était dû à toutes les attaques. Aujourd’hui, en balayant de ses yeux gris les alentours, il connaissait sa chance d’être sur un nouveau monde. Les arbres étaient très hauts, camouflant un ciel qui semblait bleu et orangé. L’air, combiné à la chaleur ambiante, était lourd. Même le vent ne parvenait pas à la faire oublier.

— Cyril, marmonna Antoine en levant ses yeux vairons vers son visage, ai-je fait quelque chose de mal pour que tu me regardes comme si on ne se connaissait pas ?

Le capitaine se permit de grogner en faisant signe à son équipe qu’il les rejoindrait avec le médecin. En recevant l’aval de Lee, il planta son regard sombre dans celui d’Antoine. Ses yeux étaient d’un bleu tantôt océan et tantôt azur, seul l’œil droit avait une tache émeraude en son centre, cela lui donnait un peu plus de profondeur. Cyril détourna son visage, agacé par le fait que ce gamin lui rappelait constamment Guillaume. Aussi jeune que ce dernier, il existait en outre en Antoine une certaine ressemblance tant dans sa manière de le regarder que de lui parler.

— Antoine, dit-il sur un ton détendu, écoute, lorsque nous sommes en équipe, je ne fais de différence avec personne, toi y compris, restons professionnels. Et puis, tu n’es que mon médecin attitré…

— Bien, Capitaine ! lui répondit d’une voix glaciale le médecin pour faire comprendre qu’il avait bien saisi le message.

Cyril n’avait jamais été doué avec les gestes et encore moins dans les paroles, sauf au temps où il avait Guillaume. Il l’avait perdu et impossible aux ingénieurs survivants de remettre la main sur les détails de la machine de Victor. Il avait gardé l’espoir de le retrouver dans le passé, mais sans aucun moyen d’y aller, il devait se résoudre à se séparer de lui et à briser son lien sensitif. Seulement, son cœur n’y parvenait pas. Guillaume avait été sa raison de survivre. Sa raison de se battre… et maintenant ? Que lui restait-il ? Rien. Rien qu’une équipe qu’il allait devoir superviser et dont il détestait son rôle.

☆☆☆

Antoine, les yeux piteusement baissés sur la terre molle, entendit la voix métallique de ferraille lui demander :

— Votre pouls s’accélère, monsieur Perles, avez-vous des problèmes cardiaque ?

À cette question, il décocha un regard assassin sur le créateur de cet humanoïde.

— Non, je vais bien… je suis juste essoufflé…

— Ferraille, stop ! intervint Timothy, le faisant immédiatement taire.

— Merci, murmura Antoine.

— Vous le connaissez bien ? lui demanda l’ingénieur Berthal en parlant de Cyril.

— Je suis juste son médecin traitant, rien de plus. Personne n’arrivait à le supporter à la base alors j’ai été désigné pour le suivre.

Timothy n’était pas stupide. Il sentait bien la déception du jeune homme. Tout en jetant un œil sur le Capitaine Mayet, il posa une main sur l’épaule de son coéquipier, mais celui-ci disparut, s’étalant de tout son long sur le sol.

— Doc-teur-Per-les ! s’écria le capitaine en le relevant d’un coup sec par le col. Vous allez rester à mes côtés ! Et,bon sang ! Regardez un peu où vous mettez les pieds !


Partie 3

Le commandant Parker, entouré de soldats d’élite, marchait d’un pas lent. Il avait été désigné pour mener à bien cette expédition, laissant derrière lui son père (George Parker, éminent ingénieur en reconstruction cellulaire et génétique) et son plus jeune frère adoptif, Jayce. Il avait accepté cette place parce qu’il avait besoin de changer d’air et aussi parce que Antoine Perles était là. Ce dernier avait aussi été pris en charge par son père. La guerre avait fait énormément d’orphelins, mais quelque part, cela avait rapproché les hommes.

Il fronça soudainement les sourcils et leva son poing droit en l’air pour stopper ses hommes. Quelque chose autour de ses équipes l’inquiéta. La nature était bien trop silencieuse. Si la précédente expédition avait été ici, il aurait remarqué des traces.

— Commandant, murmura l’un de ses hommes, je ne détecte aucune signature énergétique ou vitale.

— Soldat Callins, rangez votre carte à détection. Partez avec les soldats Grant et Clay. Vérifiez si la Colonie est sécurisée et revenez au rapport.

Le commandant Parker et le reste de l’expédition attendirent en silence un retour de communication. Au moment où la voix dudit soldat parvint à son oreillette, il comprit que, malgré les grésillements et les mots émis, la planète était habitée par une autre race. Extraterrestre ou humain, il n’était pas bon pour eux de rester grouper.

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Pendant ce temps, Cyril, aux aguets, écouta à son oreille la voix du commandant crier : « Que chaque capitaine arme son équipe et me rejoigne le plus rapidement ! Ceci n’est pas un exercice ! »

Plusieurs cliquetis aigus indiquèrent l’activation des armes Messan.

— Ça sent mauvais… Très mauvais… maugréa Liang en saisissant l’arme à impulsion.

— Pas de précipitation ! se justifia le Capitaine Mayet en croisant le regard inquiet de Timothy, ceci fait partie du protocole. Au moindre bruit suspect, allongez-vous !

— D’accord capitaine, lui répondit l’ingénieur.

— Donnez une oreillette à l’équipe et activez votre ferraille, j’aurais besoin qu’elle voie si elle peut détecter des signes de vie autre que les nôtres.

— Bien, capitaine.

Timothy ordonna à son humanoïde de suivre Cyril et de lui obéir.

— Oui, Thy, répondit la ferraille.

— Et… c’est tout ? s’étonna le capitaine.

— Oui, à quoi vous attendiez-vous ? À ce que j’appuie sur un bouton On/Off ?

— C’est une machine…

— C’est MA création ! chuchota-t-il indigné, elle m’obéit, si je lui dis stop, elle s’arrête. Si je lui dis…

— Okay, l’interrompit-il, c’est parfait…

Cyril s’éloigna et rejoignit Parker, le dirigeant de l’expédition. À plusieurs pas de l’unité 4, lorsque tous les capitaines se retrouvèrent auprès du commandant, l’inquiétude était lisible dans son regard. Ce dernier les avertit qu’ils devraient rester sur place, car ses trois soldats venaient de lui dire que la colonie était déserte.

— Tout a été saccagé, les informa-t-il. Et comme il ne tardera pas à faire nuit, je veux que chaque capitaine veille sur son équipe quoi qu’il arrive.

Cyril avait le sentiment d’être à nouveau replonger dans une guerre qui allait à nouveau lui reprendre des vies…

☆☆☆

Comme la plupart des capitaines ne se connaissaient que de réputation, ils avaient décidé avant la marche qu’ils feraient plus ample connaissance à la colonie. Cependant, au vu des événements, ils allaient le faire ici et rapidement.

Le commandant Parker jeta un œil sur les membres de l’expédition. Les présentations furent brèves, car il était certain qu’il n’aurait pas assez de temps. Il sortit une feuille transparente qui devint une carte des alentours lorsqu’il apposa son pouce sur le cercle blanc prévu à cet effet. Il leur expliqua que les éclaireurs avaient découvert une colonie partiellement installée.

— D’après la cartographie de l’environnement, nous ne sommes pas loin des montagnes. Des grottes se trouvent sur ces points de repère, si nous sommes amenés à être séparés, rassemblement ici, expliqua-t-il en désignant d’un index des points rouges. Nous allons attendre le retour de mes hommes, à ce moment-là, nous aviserons.


Partie 4

Alors que les capitaines faisaient leur réunion, un jeune homme au regard vairon levait ses yeux vers le ciel bleu et orangé. Qui aurait pu croire que dès le premier jour sur Terra, ils se retrouveraient tous à dormir à la belle étoile ? Le soleil de ce système donnait un resplendissant coucher de soleil. Combien de fois ce genre de paysage avait-il émerveillé Antoine ? Assis en tailleur sur de l’herbe verte et éclatante, il jeta un œil sur l’équipe dont il faisait partie.

Le chinois râlait beaucoup, mais il n’était pas méchant. L’Australienne était une sorte de boule de nerfs, frustrée et enquiquineuse. L’ingénieur était plutôt réservé et son robot qui avait suivi le capitaine Mayet semblait très à l’écoute. L’humanoïde avait une apparence humaine et seule sa voix métallique indiquait le contraire.

Il ferma quelques secondes ses yeux et apprécia ce petit moment de solitude. Une légère brise balaya ses cheveux bruns, le poussant à sourire. Bien que les autres équipes fissent du bruit, il découvrait la nature, chose qu’il n’avait pas vraiment pu faire auparavant, ayant vécu sous terre comme tout le monde ici présent. Les mains sur les genoux, il se laissa bercer par le souffle du vent, et se remémora le visage des gens qu’il avait connu.

La Terre, dévastée après plus d’un siècle de guerre, était enfin libre. Cela, tout le monde le savait : c’était grâce à Victor Messan. Ce brillant scientifique avait réussi à faire parvenir des schémas pour créer les armes à impulsion qui avaient la capacité de neutraliser et de détériorer les cartes mémoires des androïdes.

Il sentait la douceur des caresses d’une brise magique. Elle semblait avoir le pouvoir d’apaiser son cœur, comme si des bras imaginaires l’enlacer et le consoler. Ici, il avait la certitude qu’un nouvel avenir était à sa portée.

— Bon, le coupa l’ingénieur qui l’obligea à ouvrir ses paupières, si nous faisions connaissance en attendant le capitaine ?

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Les membres de l’unité s’assirent en cercle et se fixèrent en invitant Timothy à commencer.

— Okay, je suis Timothy Berthal, j’ai eu un apprentissage auprès de mon père en tant qu’astrophysicien et informaticien, ainsi que tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’électronique. J’ai intégré l’équipe parce que mon frère Yohan fait partie de la première expédition, voilà…

— Eh ! s’amusa l’Australienne, pourquoi avoir créé ta machine ?

— J’ai voulu prouver que selon le concepteur, il était possible qu’un robot soit fidèle à son créateur. D’ailleurs, notre poste à Berlin était vaillamment gardé par des androïdes martiens que j’avais rééquilibrés.

— Oh mon Dieu, tu es « le ferrailleur » ? s’exclama-t-elle soudainement.

— Tout à fait !

Ce que Timothy n’ajouta pas, c’était qu’il regrettait de ne pas avoir pu le faire bien plus tôt. Cela aurait pu aider d’autres postes à se défendre.

— Alors, mille excuses pour tout à l’heure, lui chuchota celle-ci, je n’ai jamais su ton vrai nom…

— Pas de souci, répondit-il sans rancune.

— Bien, reprit la jeune femme. À mon tour, moi, c’est Andréa McBeth, je viens d’Australie, j’ai longuement étudié auprès de professeurs qui se fascinaient pour les vieilles langues, bon je dirais plus morte que vivante… bref, entre deux attaques, pour me relaxer, je restais avec eux pour m’instruire. L’Union terrienne m’a contacté parce qu’ils avaient eu vent de mes compétences et que j’ai participé à la libération de notre base, mais il faut avouer qu’on n’y serait jamais arrivé sans l’aide des armes Messan.

— Okay, mais un conseil, murmura l’ingénieur en dévisageant chaque personne du groupe, n’utilisez jamais ce nom de famille devant le Capitaine Mayet.

— Pourquoi ? l’interrogea Liang qui ne devait pas vraiment connaitre l’histoire de Cyril.

Timothy planta ses yeux bleus dans ceux du médecin qui, en soupirant, comprit que c’était à son tour de parler.

— Bien, commença Antoine d’une voix tremblante. Cyril défendait notre poste en Auvergne, nous comptions deux cents soldats d’élite dont il faisait lui-même partie. Comme vous le savez, les androïdes ont su que Victor Messan était dans notre base souterraine. Le jour attendu, nous avons été sauvagement attaqués. Victor a pu ouvrir un portail temporel et envoyer une centaine de femmes, d’adolescents et d’enfants en sécurité. Parmi eux se trouvait Guillaume, le fils cadet de Messan et pour ceux qui ne savaient pas, il était le compagnon de Cyril. Pour finir, Victor est mort dans ses bras.

Un silence lourd de souvenirs pesa soudainement entre ces hommes qui avaient tous vécu à leur manière la plus terrifiante des guerres. Ils avaient perdu des êtres chers et certains connaissaient la douleur de ces disparus. En ce qui concernait ceux qui avaient traversé le temps, le deuil se vivait-il la même façon ? Personne n’aurait su le dire.

— Hey, poursuivit Liang en posant une main amicale sur l’épaule d’Antoine, ce qu’il faut se dire, c’est que tout ça, c’est derrière nous.

Tous les quatre se contemplèrent en hochant tristement de la tête. Ils étaient réunis pour un objectif précis : construire un nouveau monde sans oublier ceux qui étaient restés sur Terre.

— Quel est l’idiot qui sait si bien casser l’ambiance, murmura piteusement Timothy en glissant une main nerveuse dans ses cheveux blonds avant de la lever en l’air, je suis désolé les gars.

— Ne t’en fais pas, lui chuchota le jeune médecin en souriant, je pense que nous avons tous besoin d’en parler. Et puis, il faut bien que nous apprenions à nous connaitre si nous devons veiller les uns sur les autres.

— Bien dit mon petit ! s’écria Andréa en couvrant le benjamin de l’équipe d’un regard maternel.

— Okay, moi, je suis le médecin du groupe, se présenta Antoine. J’ai appris tout ce que je sais avec des gens passionnés tels que George Parker, mon père adoptif et parce que, bon, nous manquions de main-d’œuvre alors, je me suis lancé dans cette voie…

— C’est le père du commandant ? l’interrogea McBeth.

— Oui, mais je ne connais pas vraiment Lionel, il était affecté à la base de l’Union terrienne.

— J’en ai entendu que du bien, lui révéla-t-elle, même George, il parait que c’est un homme de grand cœur.

— C’est vrai, admit le médecin.

— Pour ma part, intervint timidement Liang après un court silence, je suis chinois et j’ai beaucoup étudié les différents types de sols qui nous entouraient, tout ça pour pouvoir nous déplacer facilement sans être repéré. J’ai mis mon nez dans les vieux bouquins de géologie et j’ai préféré rester dans cette discipline pour agrandir nos souterrains. Je sais aussi me battre, mais comme vous le savez, ça ne me servait à rien. J’aurai été suicidaire, je serais certainement fait piétiner comme un vulgaire moustique…

— J’ai beaucoup aimé les mini drones d’agrandissement, parla l’australienne.

— Oui. Pratique et facile, ça vérifie le terrain et si tout est bon, ça te creuse des tunnels en un rien de temps.

— C’est encore un outil utile.


Partie 5

Ils continuèrent à discuter en attendant les directives de leur capitaine. Chacun émettait plusieurs hypothèses sur l’environnement de cette planète, lorsque l’humanoïde de Timothy les rejoignit et chuchota :

— Selon les données, il y a 97% de chance qu’une forme d’intelligence vive ici.

— Tss, Tss, marmonna l’ingénieur en secouant son index, ces données sont vieilles de quarante-deux ans.

— Non, Thy, reprit la machine, c’est selon mes données actuelles.

— QUOI ? s’écria-t-il en se faisant remarquer par les autres groupes qui discutaient à voix basse, et ce n’est que maintenant que tu me le dis ?

— Vous m’avez expressément dit, et je répète vos mots, « tu la fermes ou je n’hésiterais pas à te mettre en pièces ».

L’ingénieur Berthal fit la moue en évitant de regarder ses coéquipiers.

— Okay, d’accord, t’as raison. Quand tu détiens des informations capitales, là, tu peux me le dire. Alors, comme ça, depuis nos dernières données, il y a eu des changements ? Comment cela est-il possible ?

— D’après mes capteurs sensoriels, il y a dans l’air des particules infimes de chairs cuites, de peaux mortes, de parfums frais et inconnus, des mélanges de braises et de…

À cette seconde, toute l’équipe entendit à leur oreillette le cri de leur capitaine :

— À terre !

Paniqués, ils se jetèrent à plat ventre et purent voir à leur hauteur, l’expédition s’agiter. Le soleil allait bientôt disparaitre et cela n’avait rien d’encourageant.

— On est mal, on est mal, maugréa Liang.

☆☆☆

De l’autre côté, Cyril venait d’apprendre par le soldat Gabe Callins, que le camp était recouvert d’ossements humains. Des trois éclaireurs, celui-ci était le seul à en être revenu. Son regard horrifié les avaient tous fait tressaillir. Cyril demanda à Gabe de retrouver son unité en attendant les dernières directives.

— Écoutez-moi bien, les gars, leur intima le commandant, quoi qu’il puisse se passer, restez avec votre unité ! Sur les dix équipes, j’espère que nous arriverons à nous retrouver, car…

De multiples tirs aigus sifflèrent à leur niveau, les interrompant brusquement.

— Suivez le protocole de niveau maximum ! Bonne chance à tous !

Le capitaine Mayet courut vers son équipe, arme activée. Au milieu de tout ce monde, il n’arrivait pas à voir d’où les tirs provenaient. Certains parmi les soldats tombèrent à terre. La respiration entrecoupée, il avertit ses coéquipiers par oreillette de ne prendre que ce qu’ils jugeaient nécessaire et de se tenir prêts à le suivre.

Soudain, une chaleur intense le saisit brutalement au niveau de son cou. Ses jambes flageolèrent et s’immobilisèrent. Tout autour de lui parut soudainement tournoyer. Les couleurs de la nature s’estompèrent pour laisser place à l’obscurité.

☆☆☆

Alors que Cyril s’effondra, Gabe rejoignit l’unité 4. L’équipe vidait le transporteur pour ne conserver que ce qui était utile. Il commença à les guider quand il écouta Timothy demander à son humanoïde de cerner la signature vitale de leur capitaine.

— Il est exactement à quatre mètres, à dix heures, l’informa celui-ci en fixant la direction.

Gabe le chercha rapidement d’un regard. Lorsqu’il le distingua, il prévint les autres qu’il allait le rejoindre.

— Capitaine ! l’appela-t-il en s’agenouillant près du corps et hurla le prénom du médecin. Antoine !

Le jeune homme arriva et l’ausculta. Les pupilles du capitaine étaient dilatées. L’état de désorientation de ce dernier lui fit comprendre qu’il était drogué. Il chercha rapidement d’où cela pouvait provenir quand il vit une petite tige métallique. Sans attendre, il l’ôta.

— Capitaine ! cria le médecin en tapotant une joue, mais il ne réagit pas. Tim ! J’ai besoin de ferraille, notre capitaine est touché !

L’ingénieur se dépêcha d’envoyer son humanoïde. La ferraille souleva facilement le corps sur son épaule. Lorsqu’il atteignit le transporteur en compagnie d’Antoine et de Gabe, il y déposa le capitaine. Chacun prit son gros sac à dos et ils quittèrent l’endroit en laissant derrière eux le brouhaha de pas de course.

Le soldat Gabe, en surveillant leurs arrières, constata que certaines équipes étaient déjà parties. Le visage impassible et la mâchoire serrée, il se demandait dans quel guêpier ils s’étaient tous fourrés.

☆☆☆

Plongé dans ses vieux regrets, Cyril revoyait Victor allongé et ensanglanté au milieu du laboratoire.

Le centre de la pièce avait été pulvérisé après le passage d’un androïde. Cette vision lui était insupportable. Pourtant, il prit dans ses bras le corps meurtri du vieil homme qui respirait encore. L’horrible mare de sang lui indiqua que c’était la fin de son beau-père…

— Guillaume est parti, lui chuchota difficilement Victor.

À ces mots, sa poitrine se comprima douloureusement. Ses larmes longtemps contenues finirent par couler, mais en bon soldat, il les effaça en secouant violemment la tête.

— Vos armes, murmura-t-il en lui faisant honneur d’un sourire, elles marchent…

— Mon garçon, ton destin ne fait que commencer…

Qu’avait-il voulu lui dire ? Cyril désirait en comprendre le sens, mais en écoutant le dernier souffle de cet homme qu’il estimait tant, il déversa subitement toute sa colère. Un effroyable cri, issu du plus profond de lui, franchit inéluctablement de sa gorge et retentit à travers toute la pièce.

Son visage se ferma et son regard afficha une douleur empreinte de folie. Il avait tout perdu. Les armes Messan étaient efficaces, mais il se retrouvait seul. Le calme soudain qui régna autour le mit hors de lui. Comment un tel silence pouvait-il exister ? Jamais cela ne s’était produit ! Alors, le corps ravagé de fureur, il déambula jusqu’à la première sortie et courut vers ses satanés androïdes inertes. Il se jeta sur l’un d’eux et donna des coups de poing sur leurs taules rigides, encore et encore, en hurlant les larmes aux yeux :

— Vous nous avez tout pris ! Vous nous avez tout pris ! Rendez-le-moi ! Rendez-moi mon petit prince ! Rendez-moi Guillaume !

Cyril avait déjà perdu Éric, son ancien supérieur et aussi fils de Victor. En le perdant, il avait vu à travers les regards des enfants la peur qu’avaient instillée ces décès : un désenchantement total. Lorsqu’il avait croisé les yeux de Guillaume, il s’était autorisé quelques années plus tard à l’aimer parce que l’espoir était tout ce qui lui restait : celui de survivre pour une bonne raison. Mais quand cette raison lui avait repris de force, que lui restait-il aujourd’hui ?

☆☆☆

— Qu’allons-nous faire ? demanda Antoine qui s’accroupit dans la grotte où l’unité s’était réfugié.

— Je ne sais pas, lui répondit Gabe en passant une main nerveuse dans ses cheveux noirs. Pour le moment, restons silencieux, nous ne devons pas nous faire repérer. Comment va-t-il ?

— Je ne pense pas que ce soit mortel, je n’ai rien détecté dans son sang qui puisse me l’indiquer.

— Okay, éteignez vos émetteurs pour le moment, poursuivit Gabe, le protocole exige une extrême vigilance donc, nous l’activerons demain matin quand on aura vérifié les alentours.

.

Timothy obtempéra tout en faisant les cent pas, bras croisés et sur les nerfs. Quelques minutes plus tôt, son humanoïde était entré seul dans cette grotte pour trouver le son qu’émettrait la femelle de la bête qui y vivait. Bien qu’il lui ait fallu vingt longues minutes pour identifier l’intonation de l’étrange animal, sa ferraille avait réussi à la déloger de l’endroit et maintenant il était parti. Merde ! Voilà qu’il s’inquiétait pour sa création qui, jusqu’alors, ne comptait pas du tout…

— Tu devrais le baptiser, lui suggéra Lee.

— Ce n’est qu’une machine.

— Ça se voit que tu as peur qu’il se fasse mettre en pièces, chuchota Andréa qui s’agenouillait près d’un tas de bois à quelques pas du transporteur où gisait Cyril. Ce serait bien mieux pour l’appeler.

— Ce n’est qu’une machine, réitéra-t-il en la regardant allumer un feu.

— Ouais, mais, insista le chinois avec un sourire moqueur, comme tu le dis c’est ta création…

— Et alors ? maugréa-t-il, ce n’est pas pour ça que je vais lui donner un nom.

— Non, mais… c’est ton bébé ! renchérit Andréa.

Timothy bougonna quelques mots incompréhensibles. Bien sûr qu’il s’inquiétait pour cette chose, mais il ne voulait pas l’admettre. Au départ, il désirait démontrer qu’une machine dotée d’intelligence n’avait qu’un maître, pas qu’il se prenait pour un père ou, pire, un Dieu.

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L’objet de ses pensées revint deux minutes plus tard. Timothy dissimula sa joie en ronchonnant sur un ton froid :

— T’en as mis du temps !

— Désolé, Thy, lui répondit son humanoïde en se postant à ses côtés, mais j’ai dû faire un long détour pour qu’elle ne revienne pas avant demain midi.

L’ingénieur fit une moue qui semblait dire combien il était fier de lui, mais au lieu de le féliciter, il ajouta seulement de mettre ses capteurs en veille pour éviter de signaler leur position.

Andréa et Liang continuèrent de l’embêter avec l’humanoïde pendant que le médecin et Gabe restaient près du corps du capitaine.

— Dis-moi ? demanda Antoine en levant son regard sur le soldat.

— Oui…

— Qu’as-tu vu à la colonie ?

— Il n’y avait rien, lui répondit le soldat d’une voix hésitante. Aucune trace de vie.

Cette réponse semblait déjà tout dire. Antoine, gagné par la peur, sentit l’anxiété l’envahir.

— Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir soldat d’élite ? le questionna-t-il en changeant de sujet.

— Je pourrais te retourner la question, jeune homme, lui rétorqua Gabe.

Antoine voulait juste combler ce silence, juste se dire qu’il n’était pas là pour rien, car finalement, Cyril n’avait pas l’air d’avoir besoin de lui. Il était peut-être son médecin et, hormis le traiter pour ses problèmes d’insomnie et de l’écouter, Antoine ne lui était d’aucune utilité. Depuis qu’il était descendu de la navette, il remettait en question sa présence. Il aurait dû refuser cette place, mais les autorités de l’Union terrienne ne lui donnèrent pas le choix, car aucun autre médecin n’avait pu supporter le caractère de Cyril.

— Quand j’avais quinze ans, se confia-t-il en se sentant à l’aise avec son interlocuteur, je connaissais un gars, Mathieu Lens, il était aussi soldat d’élite.

Tout le monde avait souffert alors, à quoi bon ressasser le passé, car chaque fois qu’il y pensait, cela le faisait souffrir.

— Tu sais, lui dit Gabe en posant une main sur son épaule comme s’il l’avait compris, je sais écouter et je peux te comprendre…

Antoine lui sourit timidement puis, en secouant la tête, il chuchota que cela lui passerait.

— En as-tu déjà parlé à quelqu’un ? l’interrogea tout de même le soldat Callins d’un air inquiet, parce que, du haut de mes trente ans, je suis assez grand pour tout entendre.

— Non, c’était il y a longtemps.

— Nous avons tous nos blessures. Il faut laisser le temps au temps, lui conseilla son aîné.

Ils levèrent subitement leur tête quand Liang arriva pour leur donner des barres à grignoter puis les autres les rejoignirent.

— Eh ! Les gars, murmura Andréa, on fait bande à part ? Ce n’est pas cool.

—Tim, tu lui as trouvé un nom ? le taquina Antoine en désignant l’humanoïde.

— Rhaa, mais arrêtez avec ça, ronchonna l’ingénieur, je n’en ai aucune envie !

Gabe ouvrit sa barre chocolatée et se permit d’émettre un son de contentement qui fit sourire ses coéquipiers.

— Hé bah, chuchota Timothy, te faut pas grand-chose pour te faire plaisir !

— Ecoute, depuis que la guerre est finie et qu’ils ont ressorti ces putains de barres, je suis tout fou, j’adore !

— Ah ! Nous saurons comment te faire parler alors ? s’amusa McBeth qui jetait un regard triste sur le corps du capitaine.

.

Andréa tentait de penser à autre chose qu’à ce que son équipe venait de vivre. Elle qui avait cru vivre une aventure palpitante et enrichissante, allait être servie. Néanmoins, elle appréciait ces hommes. Elle sourit et dégusta sa friandise en essayant de dissimuler ses tremblements de peurs. Soudain, elle éclata de rire en regardant Liang narguer le soldat Callins avec une autre barre de chocolat.

La nourriture ne posait pas de problème durant la guerre. Leur avancée technologique était arrivée à un point qu’ils avaient réussi à créer une machine qui produisait les nutriments nécessaires à leur organisme. La différence avec la vie d’avant-guerre était que tout était un leurre. Une cuisse de poulet ressemblait à une cuisse de poulet, mais la leur était une pâle copie qui malgré tout ça détenait soi-disant le même goût et n’offrait que la quantité journalière d’énergie qu’avait besoin un corps humain.

— Personne n’a du café ? demanda-t-elle en les dévisageant. Du vrai de vrai. Pas une synthétisée…

— Non, désolé, lui répondirent-ils.

— Moi, je m’en fous, j’ai mes barres !

☆☆☆

Cyril les entendait, mais ne parvenait pas à bouger. Il les écoutait et se demandait depuis quand il n’avait pas entendu des rires aussi vrais. Pour la plupart, ils ne se connaissaient pas et son équipe semblait déjà veiller les uns les autres. Il prenait conscience que la guerre avait rapprochés les hommes et bien que le danger les guettât au-dehors, il savourait pleinement ce moment de détente.

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Cyril avait dû s’endormir, car il entendit Andréa chuchoter qu’il y avait des écritures circulaires combinées à des chiffres au fond de la grotte. Elle fit bien comprendre qu’elle n’était pas tranquille, car le pan de la paroi avait été dissimulé de plusieurs couches de ce qui ressemblaient à de gros feuillages. Sa voix tremblante ne le rassura pas. Elle était nerveuse et vibrante d’angoisse, de quoi lui donner la chair de poule.

— De ce que j’ai pu comprendre, murmura la jeune femme, cela représenterait deux systèmes solaires et, le plus troublant serait qu’il y ait quelque chose en lien avec notre Terre, je ne comprends pas tout, mais imaginez un instant qu’il y ait des humains, ici ?


Partie 6

« 6 novembre 2411 (soir, nuit) date terrienne

Deux mots : longue journée ! Que dire à part ma déception ? Nous sommes à peine arrivés que nous avons été attaqués. Si venir ici est encore pire que ce que nous avons vécu sur Terre, pourquoi devrions-nous continuer à nous battre ? Je ne pense qu’à Yoan et à ce Nouveau Monde qui me semblait d’en haut si accueillant que j’aurais tout donné pour croire en un avenir possible. Mais la réalité sait frapper là où ça fait mal. Enfin, arrêtons de rêver comme des gosses… À l’heure actuelle, impossible de savoir où se trouvent les autres équipes. J’espère que nous les retrouverons. Thy. »

☆☆☆

Antoine n’arrivait pas à dormir après le stress de cette fin de soirée et puis, il y avait toujours ces vieux hurlements qui le hantaient, l’empêchant de trouver le sommeil. Les yeux tout de même fatigués, il se retint de bâiller et décida à se lever. Il dégourdit ses jambes et alluma la petite lampe intégrée à sa veste noire du côté de son cœur. Son regard se perdit quelques instants sur le jet de lumière qui lui rappela Victor.

Cet homme était tellement doué dans son domaine qu’il se demandait comment les scientifiques n’avaient pas pu se rendre compte que toutes les armes à base de nanonium nourrissaient les androïdes. Les bombes étaient les pires. À chaque explosion, tout le monde avait cru les anéantir, mais la vérité était que ces saletés de machines avaient su dissimuler leur secret : un point fort que seul Messan était parvenu à comprendre.

.

Il soupira en secouant la tête et jeta un œil vers l’entrée de la grotte : Gabe faisait le premier tour de garde. Rassuré que le groupe soit veillé, il partit au fond de la grotte. Il voulait absolument voir les dessins. Il prit le temps de regarder où il posait les pieds, puis une fois arrivé, ses yeux s’écarquillèrent.

Comme un enfant, il découvrit un pan de mur rempli de symboles et d’écritures qu’il ne connaissait pas. Quelle civilisation aurait pu faire autant de motifs sur de telles pierres ? Quels humains, si c’était d’eux dont il était question, auraient pu prendre le temps de laisser derrière eux une énigme aussi gigantesque ? Antoine, fasciné, prit son appareil holographique et enregistra les moindres parcelles.

Il sursauta lorsqu’il entendit un bruissement caïeux derrière lui.

— Andréa, marmonna-t-il la main sur l’estomac, tu m’as fichu une trouille.

— Antoine, murmura-t-elle en posant une main sur son épaule, tu devrais aller te coucher.

Il aimait son regard, doux et maternel. Elle avait beau donner l’impression d’être forte et amusée, ses yeux noisette ne mentaient pas. Ils laissaient apparaître une lueur d’inquiétude que lui-même ressentait.

— Je voulais voir les dessins, bredouilla-t-il en se tournant sur le mur, et tu as remarqué qu’il y a un troisième système plus haut, dit-il en lui montrant un autre soleil plus grand que les deux derniers qu’il regardait.

Tout en parlant, Antoine le lui montra du doigt. Un autre soleil plus grand que les deux premiers semblaient dessiner un triangle. C’était peut-être une coïncidence ou pas.

— Non, je ne l’avais pas vu tout à l’heure, lui répondit-elle en s’approchant.

Antoine alluma une sphère de lumière. C’était une boule d’une vingtaine de diamètre qui flottait à un mètre du sol. Il la regarda comme si elle venait de découvrir un secret. Les yeux de McBeth pétillaient au fur et à mesure qu’elle détaillait chaque dessin.

— Pourquoi est-il exposé plus haut ? se demanda-t-elle pour elle-même. C’est soit à cause de la distance ou, soit parce que cela forme une pyramide, comme pour signifier leur supériorité aux deux autres systèmes.

— Tu crois ? s’enquit-il.

— Non, lui répondit-elle, je ne fais que supposer, je n’ai rien d’autre pour confirmer ce que je dis, mais c’est ce qui me vient à l’esprit.

Elle s’approcha encore davantage de la paroi pour mieux distinguer les formes.

— L’écriture me parait…

— Quoi ?

— Je distingue deux écritures différentes et, dit-elle en faisant une pause, c’est étrange parce que ce genre de symboles ressemble beaucoup à ceux qu’utilisaient les Mayas…

— Les Mayas ? Mais, coupa d’une voix étonnée Antoine, ça fait des siècles que cette civilisation n’existe plus sur Terre.

— La seconde écriture, reprit-elle complètement absorbée par ces dessins, ne me dit rien…

Elle se tut pour tenter de réfléchir. Le regard planté sur ces étranges glyphes, elle devait absolument retrouver ses données dans sa tablette.

— Regarde, murmura-t-il en désignant un autre schéma qu’il repéra, il y a douze petits cercles et un treizième au centre.

Elle fit quelques pas dans sa direction lorsqu’elle tressaillit en apercevant l’image d’un crâne au-dessus de ce que le médecin décrivait.

— Ce n’est pas possible… c’est… oh mon Dieu, as-tu déjà entendu parler du berceau de l’humanité ? lui demanda-t-elle sans lâcher le pan de la paroi de ses yeux étincelants et écarquillés.

— Vaguement, reconnut-il, tu parles du lieu où Lucy a été découverte ?

— Oui et non. Lucy a été découverte en Éthiopie donc les archéologues de l’époque ont jugé bon de penser que c’était à cet endroit que se trouvait le berceau de l’humanité, mais, dit-elle en haussant le ton tout en gardant un œil sur les symboles, la civilisation des Mayas remonterait seulement à trois mille ans avant notre ère sur Terre, et selon certains codex maintenant disparus, des anthropologues avaient suggéré que ce peuple aurait existé bien avant Lucy. Ou qu’elle soit encore plus ancienne que Lucy… enfin, ça c’est sur Terre. Là, c’est ce qui est déroutant, est que nous sommes en présence de ceux qui ont instauré cette civilisation ! D’après ces glyphes, ce sont bien des mayas qu’il est question, poursuivit-elle en pointant son index sur le troisième système, mais ça me parait étrange parce qu’ici…

Andréa se permit une pause et remua son index au-dessus des crânes avant de tenter de traduire.

— Il s’agit de la représentation des douze crânes de cristal et en son centre celui qui devrait apporter la connaissance des…

Elle grogna après le dernier symbole qu’elle n’arrivait pas à déchiffrer.

— J’ai une mémoire photographique d’habitude et ce glyphe ne me dit rien, reprit-elle sans faire attention à lui, c’est comme si Lucy n’était qu’un leurre pour éviter aux hommes de découvrir qu’une civilisation avancée existait déjà et…

Antoine ne l’écoutait plus. Il était attiré par deux orbes bleus dont la taille laissait supposer être des yeux ancrés dans la paroi. Pourtant, il n’y avait aucun visage. Il les effleura instinctivement du bout des doigts comme s’il devait absolument le faire. Il vit un flux bleu électrique passer à travers sa peau et avant de s’en éloigner, il s’évanouit sous le coup de cet effet.

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Andréa tourna rapidement la tête en le voyant étendu et inconscient au sol. Inquiète, elle regarda vivement l’objet que le jeune homme avait dû toucher. Un frisson glacial la cloua sur place lorsqu’elle aperçut le visage dessiné autour des pierres. Sans attendre, elle appuya rapidement sur son oreillette :

— Gabe ! J’ai un problème, je suis au fond de la grotte !

L’interpellé arriva, son arme activée entre les mains. Les yeux sévères et plantés sur le corps d’Antoine, il la désactiva et la passa en bandoulière par-dessus son épaule.

— Que s’est-il passé ?

Elle lui expliqua brièvement ce qui venait de se produire et trembla en ajoutant d’une voix nerveuse :

— Je… je n’aime pas cette planète, j’ai l’impression que nous ne sommes pas seuls… enfin, dit-elle en déglutissant, nous nous sommes fait attaquer, ça prouve déjà que nous ne le sommes pas, mais c’est de savoir qu’ici, autrefois, comme sur Terre, la même civilisation ait pu existé, ça me fout encore plus les jetons…

Le soldat d’élite écouta Andréa tout en portant Antoine jusqu’au corps allongé du capitaine Mayet. Il avait bien compris que la planète était habitée et qu’ils étaient loin d’être seuls.

— Tu ne m’as pas écouté ! lui hurla-t-elle en réveillant les autres membres de l’unité.

— Houlà ! grommela Timothy en s’étirant comme un chat, qu’est-ce qui se passe ?

Merveilleux ! Maintenant tout le monde était réveillé sauf Antoine et Cyril. Andréa, paniquée et stressée, se remit donc à raconter tout ce qu’elle avait compris ainsi que le moment où le médecin avait touché deux pierres.

L’éducation et l’apprentissage des connaissances humaines n’étant pas une priorité durant la longue et pénible guerre contre les androïdes martiens, très peu avaient étudié la civilisation des mayas. Elle prit donc le temps de leur révéler que sur Terre, cette civilisation avait connu une importante période de règne allant de 2600 av. J.-C à 1050 après J.-C, mais rien n’interdisait de penser que le début de leur existence avait commencé encore plus tôt.

Elle souligna même qu’il existait des archives mayas : des codex recelant des données inestimables concernant l’histoire et la science de leur civilisation, mais qu’ils avaient été détruits. Cependant, la cause du dépeuplement quasi total des puissantes cités mayas restait encore inconnue, voire un mystère total aux yeux des chercheurs. Leur chute n’avait pas été violente : les ruines retrouvées sur Terre, à l’époque d’avant-guerre martienne, étaient loin d’être des villes détruites, mais des cités abandonnées.

— Sur ces restes de cités, marmonna-t-elle le corps frissonnant, il n’y a jamais eu de trace d’hécatombes ou de fosses communes. C’était comme si cette civilisation avait tout bonnement décidé de partir. Envolée. Disparue.


Partie 7

Un silence presque flippant parut s’inviter après cette annonce. Chacun se regardait dans le blanc des yeux puis, confus, ils sursautèrent lorsque Antoine gémit de douleur. Andréa, très inquiète, s’agenouilla à côté de ce dernier en lui demandant ce qu’il ressentait :

— J’ai juste mal au crâne, bredouilla-t-il.

Gabe l’aida à se redresser et à s’assoir.

— Quoi ? questionna le soldat d’une voix rauque en croisant le regard livide d’Andréa.

— Antoine a touché deux pierres saphir et… son visage s’est inscrit autour d’elles.

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Antoine, paniqué à son tour, passa ses mains tremblantes sur ses joues et maudit sa curiosité. Très vite, en se rappelant l’étrange phénomène bleuté et électrique qu’il avait vu et ressenti à travers son corps, il saisit son micro-stylo d’analyse. Cet objet avait la possibilité de trouver la moindre anomalie dans ses cellules. Il appuya d’un coup sec la pointe fine sur sa peau et le clignotement rouge fut sans appel.

— Je… il y a quelque chose qui est passé en moi… ce n’est pas bon…

Timothy qui jusque-là écoutait, se tourna vers son humanoïde :

— Fais un scan complet d’Antoine, s’il te plait.

— Bien, Thy, répondit la ferraille en faisant glisser une lumière verte sur tout le corps du médecin.

Après quelques minutes, Liang interrompit le silence :

— Bon, il faut relativiser : si cette civilisation voulait détruire la race humaine, tu serais peut-être déjà mort ?

— Ah ! Ah ! Merci, Lee, bougonna Antoine un brin apeuré, tu viens de me rassurer…

Si la pointe d’humour de Lee avait un peu calmé les esprits, Timothy glissait nerveusement une main dans ses cheveux blonds indisciplinés en attendant patiemment les résultats d’analyse de sa création.

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Soudain, le bruit lourd d’un corps les fit tous sursauter : Cyril, les yeux ouverts, venait de tomber du transporteur. Gabe le releva en le soutenant sous une épaule, mais les jambes du capitaine semblaient avoir du mal à le garder debout. Il réussit néanmoins à le faire assoir à côté d’Antoine qui détourna ses yeux.

— Berthal ! tonna le capitaine.

— Oui ?

— Où en est ta machine ?

Antoine déglutit en comprenant que le capitaine avait tout entendu. Il ferma quelques secondes ses paupières, car il savait qu’il allait passer un mauvais quart d’heure. La respiration courte, il osa enfin poser son regard sur lui : la colère était lisible.

— Capitaine, tenta de le défendre Andréa, ce n’est pas de sa fau-

— Vous ai-je adressé la parole ? s’écria celui-ci en la dévisageant furieusement avant de reposer son regard sur lui. N’avez-vous pas lu le protocole ? Tout objet inconnu ne doit en aucun cas être touché ! À moins d’avoir quadrillé l’emplacement et d’être habilité à le faire ! Et L’étiez-vous ?

— Non…

— Nous ne savons même pas où nous sommes et vous ! lui cingla le capitaine en claquant des doigts lorsqu’il baissa les yeux au sol pour les relever face aux siens. Vous vous permettez d’outrepasser les ordres ! D’outrepasser le protocole ! Aviez-vous pensé une seconde à la protection de l’unité ?

Antoine écouta en sachant qu’il avait commis une faute. Il ne pouvait pas se défiler. Il était en équipe et devait en subir les conséquences.

— Non ! Vous vous évertuez à n’en faire qu’à votre tête ! Nous ne sommes plus sur Terre ! Vous ne vous posez pas la question de ce que vous faites à votre équipe en agissant de la sorte ! Vous ne devriez même pas vous trouver parmi nous ! Vous n’êtes qu’un maladroit incapable d’être parmi les meilleurs ! Qu’ai-je fait pour vous avoir eu dans mon équipe ? Vous ne me servez strictement à rien !

— CYRIL ! coupa la voix de Gabe qui essayait depuis quelques secondes de l’appeler.

Énervé et emporté, le capitaine se releva, dégourdit ses jambes et les fléchit en se disant qu’il n’admettrait pas d’avoir été aussi loin. Tout ce que venait de faire Antoine avait peut-être alerté les peuples qui vivaient sûrement sur ce territoire.

— Et maintenant ? Que va-t-il arriver ? s’écria-t-il en reprenant de plus belle.

— Thy, commença l’humanoïde, d’après mon analyse, il n’y a aucune trace inconnue dans l’organisme de monsieur Perles qui devrait nous inquiéter, mais son cerveau doit être suivi.

— Comment ça ? demanda l’ingénieur.

— Je détecte une activité supérieure au mortel. Pour l’instant rien de concret, je devrais avoir plus d’informations dans quelques jours.

— PARFAIT ! brailla Cyril, espérons que vous ne retourniez pas à l’état des hommes primitifs !

Antoine, les dents serrées, accueillait dignement les reproches de celui-ci, mais il n’acceptait pas que sa place soit remise en question, et cela, devant l’équipe entière. Pendant qu’il réfléchissait, les membres sortirent prendre l’air, le laissant seul avec son supérieur. Il se mit difficilement à sa hauteur et toussota avant de prendre la parole :

— Pour ma défense…

— Pour VOTRE DÉFENSE ! coupa rageusement son interlocuteur en plantant un regard empli de fureur dans le sien, vous vous rendez compte de l’énormité de votre erreur ! Nous ne savons même pas ce qui peut vous arriver ! Et, vous ! Vous amusez à faire le gamin en touchant à tout ! Avez-vous au moins une cervelle capable de réfléchir ?

— Je ne suis pas UN gamin ! rétorqua-t-il en haussant d’une voix tremblante, je suis peut-être le plus jeune, mais si la base de l’union terrienne a jugé utile que je fasse partie de votre unité alors, c’est que je l’ai mérité !

Un rire sarcastique franchit subitement les lèvres de Cyril. Ce dernier savait qu’il devait se taire, mais il n’y parvenait pas. Le visage innocent d’Antoine lui rappelait trop souvent celui de Guillaume et, comme une sangsue, ce maudit môme semblait ne plus le lâcher d’une semelle.

— S’ils ont voulu de vous sur cette expédition, c’est seulement parce que j’y allais et non pour vos compétences ! Regardez-vous ! Vous vous croyez immortel à votre âge, mais la vie, jeune homme, elle ne l’est pas !

Cyril vit les larmes dévaler sur les joues d’Antoine et cela augmenta sa colère. Guillaume l’avait supplié de rester à la base. Il ne voulait pas franchir le portail, mais en tant que soldat, la protection des civils étaient primordiales.

— Oh, s’il vous plaît, arrêtez de pleurer, venant de vous, c’est encore plus affligeant ! Vous avez commis une erreur et, maintenant, nous pouvons nous attendre à tout !

Antoine subissait naïvement les mots blessant en serrant ses poings. Cyril venait de lui prouver qu’il n’était rien et qu’il n’avait pas sa place. Alors, dent pour dent et œil pour œil, supérieur ou non, il ouvrit la bouche :

— Je sais… que ma jeunesse vous énerve… je sais que… je vous rappelle Guillaume… je…

— Ne me parlez surtout pas de lui ! le coupa-t-il.

— Je sais… que vous ne m’aimez pas… je sais que… la vie n’est pas éternelle…

— Antoine ! aboya le capitaine en l’empoignant pour le forcer à le regarder.

— Quoi ! s’écria-t-il en plantant ses yeux sur lui, vous passez tellement de temps à rejouer la scène, que vous vous demandez ce que vous auriez pu faire si vous étiez arrivé quelques minutes avant la mort de Victor !

Antoine, relâché, eut un mouvement recul quand il crut que le capitaine allait lui coller une claque. Il avait vu juste. Cyril ne se remettait pas de ses dernières pertes, surtout de la famille Messan. Ces blessures, Antoine les connaissait. Il puisait en elles, la force de vivre.

— Vous savez, reprit-il plus posément. Souffrir me fait avancer. La douleur, quelle qu’elle soit, m’interdit de me retourner sur mon passé et le fait que je puisse éprouver le moindre sentiment envers une seule personne me suffit amplement pour faire un pas en avant, mais vous ! Qu’est-ce qui vous donne cette envie de faire ce pas ?

Antoine devait se résoudre à taire ses sentiments. L’amour rendait aveugle et le cas de Cyril rendait les choses plus compliquées. Il n’avait pas choisi d’être attiré par cet homme. C’était arrivé. Point.

Sa respiration redevint lentement régulière et le silence envahit la grotte. Antoine saisit son sac à dos, déglutit avant de se racler la gorge et reprit la parole en lui expliquant comme si de rien ne venait de se passer, ce qui lui était arrivé. Il en profita pour sortir de sa poche le bout d’une tige métallique qu’il avait retiré de son cou :

— Il devait y avoir une sorte de produit paralysant dans l’objet et…

— Antoine, le coupa Cyril.

Ce dernier regrettait amèrement ses mots. Il n’arrivait pas à dissocier son amant d’Antoine Perles. Il n’aurait jamais dû, en tant que capitaine, se laisser emporter par ses émotions. C’était contraire aux soldats de son rang. Il était vrai qu’il ne le supportait pas et, bien qu’il cherchât vainement à s’éloigner de lui, Antoine ne méritait pas la colère qu’il ne digérait pas.

— Non, capitaine, lui répondit le benjamin sans aucune larme, vous aviez raison de me remettre à ma place, après tout, je ne suis là seulement parce que vous êtes venu ici, donc, la conversation est close.


Partie 8

À l’extérieur, le soleil commençait à se lever. Personne n’osait dire quoi que ce soit en ce qui concernait l’état d’Antoine. L’équipe redoutait une mort certaine pour celui-ci et s’inquiétait de ce qui allait aussi leur arriver.

Andréa avait beau tenter de retrouver la traduction du glyphe, elle était certaine qu’il lui était inconnu. Rien sur les pans de murs rocheux ne lui permettait réellement de saisir le sens des données inscrites et bien que Liang et Timothy émettent des hypothèses, aucune idée ne leur semblait cohérente.

Ils soupirèrent encore davantage lorsque l’humanoïde proposa ses propres suggestions à son tour :

— Ferraille ! Tais-toi ! grommela l’ingénieur.

— Tim ! râla McBeth, donne-lui un nom à ta chose ! C’est gavant tous ces surnoms !

— Non ! Lui en donner un, ce serait accepter qu’il est unique !

— Justement ! s’écria Liang, il l’est parce que tu l’as créé !

Pendant qu’une partie de l’équipe discutait, Gabe réfléchit en balayant les alentours d’un regard circulaire. Il n’appréciait pas du tout la manière dont le capitaine s’adressait au médecin. Cyril Mayet, autant que le reste de l’unité, avait peut-être vécu de terribles expériences, mais cela ne lui donnait pas le droit à celui-ci de remettre en doute ses compétences.

Il connaissait assez Cyril pour qu’il ne les mette pas en danger. Pour avoir été entraîné à ses côtés, il avait confiance en cet homme. Gabe sentait qu’il y avait autre chose, le départ du fils Messan l’avait rendu hostile et insociable.

Gabe sortit de ses pensées lorsqu’un bruit attira son attention.

— Vous avez entendu ? s’exclama vivement Gabe lorsqu’un bruit attira son attention.

— Je détecte plusieurs sources de chaleur à plusieurs mètres de nous, prévint l’humanoïde. Elles n’appartiennent à aucun membre de l’expédition. Je ne reconnais aucune de ces signatures vitales.

— Ça sent mauvais ! maugréa Liang en se positionnant de façon à se défendre.

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Cyril comprit en les voyant revenir que du monde approchait de leur secteur. Il les fixa tour à tour et leur intima à voix basse de ne prendre que le strict minimum pour mieux se déplacer. Lorsqu’il se tourna pour regarder Antoine, il jura entre ses dents en le voyant partir au fond de la grotte. Il allait le suivre, mais Andréa l’informa qu’il était parti récupérer son appareil holographique et que cela lui serait d’une grande aide pour comprendre ce qui risquerait de lui arriver.

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Antoine, le visage impassible, s’était remis de ses émotions. En retournant auprès de son équipe, il fit signe à son supérieur que tout était bon. Ils quittèrent leur grotte et l’unité se fraya un chemin en amont de la montagne. Ce ne fut qu’en arrivant sur les hauteurs qu’ils entendirent des sifflements aigus. Chacun des membres de l’équipe regarda leurs collègues avant de sentir les effets de la drogue s’emparer de leurs corps.

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.

Il y avait des souvenirs que seule la mémoire était capable de faire ressurgir en cas de stress ou de situation de mise en danger.

Antoine revivait l’un de ces instants. À l’âge de huit ans, sa seule famille était Thomas : son frère jumeau. Lors d’un transfert de sa base, après une attaque des androïdes, il avait été séparé de lui. Les adultes lui répétaient sans cesse qu’ils le retrouveraient, mais leur devoir était de protéger et de déplacer les civils. Passant de la base d’Orléans à celle d’une petite ville de ce qui restait de Tours, son groupe avait été accueilli à bras ouverts et personne n’avait revu son frère.

La première nuit, dans leur nouvelle cachette, le temps de créer d’autres passages souterrains, il s’était endormi contre d’autres enfants qu’il ne connaissait pas. Il était terrifié et Thomas lui manquait terriblement. Couvert d’un simple drap, ses songes l’avaient emmené dans un endroit où il avait longtemps rêvé d’aller un jour avec Thomas, quand la guerre serait finie : une plage. Ils l’avaient vue autrefois par le biais d’une vieille holographie.

Tout était brumeux et c’était le regard planté vers un horizon opalin qu’il le vit : son frère était là, au bord de la mer, pataugeant les pieds dans l’eau. Lorsque ce dernier l’aperçut, Antoine le suivit de ses yeux brillant de larmes. Thomas courut jusqu’à lui pour le serrer très fort dans ses bras.

— Pardon Antoine…

— Pourquoi ? demanda-t-il en essayant de s’écarter de lui, mais Thomas ne relâcha pas l’étreinte.

— Je dois te laisser… je suis…

Antoine ferma ses yeux en comprenant ses mots : Thomas était mort. Ce dernier ne reviendrait plus et, pris d’une horrible peur d’être abandonné, il sanglota en lui hurlant qu’il ne le voulait pas… qu’ils s’étaient mutuellement promis de veiller l’un sur l’autre, qu’ils devaient rester ensemble et qu’il devait l’emmener avec lui. Ses cris redoublèrent quand Thomas s’éloigna de lui.

— Je t’aime Antoine…

Il courut, encore et encore derrière son frère en essayant de le rattraper, mais en vain… Le paysage avait soudainement disparu.

Ses cris avaient alerté le docteur Parker. C’était le médecin de la nouvelle base qui l’avait mis dans une pièce servant d’infirmerie. Antoine se rappelait d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps. Pourtant, son cœur d’enfant était tenté de croire que tout cela n’était qu’un cauchemar et que bientôt, les hommes retrouveraient Thomas… Mais la réalité était plus difficile à supporter. Durant plus d’une semaine, personne n’avait réussi à le faire parler. Recroquevillé sur lui-même, le docteur Parker avait passé du temps à le veiller.

— Papa ! J’aimerais que tu dises à Ronnie que je veux aussi faire partie des soldats d’élite.

Un adolescent débarqua un jour en attirant quelques secondes son attention.

— Mathieu, murmura le médecin en levant les yeux vers le plafond, nous verrons ça ce soir si tu le veux bien, j’ai des blessés à aller voir…

Antoine, assis les bras autour de ses genoux, détourna ses yeux lorsque le jeune homme prit place à ses côtés.

— Salut, moi, c’est Mathieu Lens.

Il préféra rester dans son mutisme. Il n’avait aucune envie de parler.

Ce ne fut que, quelques jours plus tard, une conversation entre le jeune homme et le médecin le sortit de sa solitude. Mathieu interrogeait son père adoptif sur la « télépathie sensitive ». L’adulte le fit assoir, car son fils était en âge de comprendre.

— C’est une capacité qui se développe si et seulement si, tu es lié amoureusement avec la personne que tu aimes, tu peux la voir dans un monde virtuel que vous aurez créé ensemble, vous pourrez vous parler, vous toucher et, plus tard, vous pourrez lire les pensées de l’un et de l’autre en vous touchant lorsque vous êtes éveillé…

Antoine réalisa à ces paroles que, peut-être, Thomas était réellement mort. Les larmes aux yeux, il hurla avec rage des « Non ! Vous mentez ! ». Il avait déjà perdu sa mère et ne plus avoir son frère auprès de lui, c’était comme mourir à petit feu. La vie lui paraissait tellement injuste qu’il se maudissait d’être en vie.

Puis, un jour…

— Thomas… est mort…

Le dire à voix haute fut douloureux. À onze ans, lorsque la vie n’offrait que très peu de rêves et d’imaginations au milieu d’un chaos, Antoine comprit que Thomas lui avait offert un aDieu quand d’autres ne pourraient jamais en avoir. Le docteur écouta attentivement son rêve.

— J’avais entendu parler d’une autre forme de télépathie, as-tu entendu ma conversation avec mon fils ?

Antoine hocha tristement de la tête.

— Thomas et toi aviez un lien très fort parce qu’il était ton jumeau, c’est pour ça que tu as développé très tôt la télépathie sensitive, mais dans ton cas, c’est différent parce que tu as la capacité d’être lié à une autre personne qui te sera aussi chère que ton frère, c’est la télépathie unilatérale.

Ainsi, au fil du temps, Antoine se lia avec Mathieu, sans être amoureux. Leur lien était aussi fraternel que celui qu’il avait avec Thomas. À quatorze ans, il posa tout de même une question au médecin :

— Depuis quand les hommes ont cette capacité ?

L’homme sourit avant de lui répondre :

— Depuis qu’ils sont partis à la conquête de Mars. Quand les couples étaient longuement séparés et qu’ils désiraient revoir leur moitié, il y a eu une telle volonté de leur part que cette capacité est apparue. Cela leur permettait de se voir dans un monde qu’ils se créaient de toutes pièces et l’avantage, c’est que quelques années plus tard, lorsque les liens se renforçaient, ils acquéraient la possibilité d’entendre les pensées de leur conjoint. Certains disent que ce sixième sens est apparu bien avant, mais personne ne sait vraiment à quelle époque cela ce serait produit. Et toi, Antoine, le fait d’être jumeau, cela te permet un autre regard sur cette télépathie… tu es unique…

Antoine avait un lien identique à ceux qui s’aimaient mais le sien était unique parce que l’amour fraternel qu’il avait pour Mathieu était encore plus fort que les autres. Ce fut pourquoi, à l’âge de quinze ans, en dormant, il se retrouva virtuellement près d’une plage. Le regard planté sur le décor, la première chose qu’il discerna en voyant son ami arriver fut une tache rouge qui se répandait sur tout le torse de Mathieu. La seconde qui suivit, son aîné était devant lui, affichant des yeux extrêmement brillants.

La violence de ses hoquets poussa ses larmes à dévaler si rapidement sur ses joues qu’il sut que cela était un au revoir. La main tendue de son frère d’adoption lui noua la gorge. Antoine, blotti dans les bras de Mathieu, ferma les yeux lorsqu’il se rendit compte que les battements de cœur de ce dernier cessèrent à son oreille.

— Je m’en vais Antoine…

— Non, pas toi…

Mathieu, dans un dernier geste, encadra son visage de ses mains et déposa un baiser sur le front.

— N’oublie jamais petit frère, souris toujours, parce que ce sera la seule chose que tu pourras offrir quand tout va mal… Pardonne-moi de te laisser…

— Non, c’est moi qui te remercie… d’avoir été là pour moi… merci…

— Fais attention à toi petit homme… je t’aime.

☆☆☆

Timothy s’était réveillé, les muscles tiraillés, en entendant la voix de son humanoïde. Ce dernier lui expliquait que l’unité avait été attaquée et, étant une machine, il ne craignait rien des paralysants. La seule chose qu’il avait faite sur le moment avait été de saisir son maître d’un bras et le membre qui était le plus proche de lui. Il l’informa ensuite que cela faisait plus d’une journée qu’ils étaient tous les deux endormis et engourdis.

— Tu as dû carburer en courant, alors ? s’inquiéta-t-il en examinant les jambes de sa ferraille.

— Pour vous écarter d’un danger, oui, confirma-t-il.

Timothy passa ses doigts sur la peau humaine qui recouvrait le corps métallisé de ce dernier.

— Ta peau s’est détendue et je n’ai pas de méca-cellulaire sur moi pour la réparer…

Cet objet avait été une révolution dans le domaine de la médecine. Elle restructurait la peau, les blessures et les muscles. En ce qui concernait les organes vitaux, ce n’était pas au point.

— Ce n’est pas grave, Thy.

— Si ! Ça l’est ! s’écria-t-il en relevant son regard bleu sur lui, parce que sinon ça risque de s’infecter et…

— Je n’aurais plus de peau pour ressentir les changements de température, mais j’ai toujours mes capteurs sensoriels…

— Ouais, grinça-t-il en reposant ses yeux sur cette peau fatiguée, mais je ne veux pas que tu te retrouves nu au milieu de la nature !

— Serait-ce de l’inquiétude que je note dans votre voix, Thy ?

L’ingénieur releva subitement son visage empourpré et maugréa un « non » presque inaudible. Pour la première fois, il vit un léger sourire sur les lèvres de sa ferraille qui lui répondit un merci. Timothy ronchonna en se disant qu’il devrait arrêter de lui parler ou, admit-il, peut-être lui donner un nom. Il soupira lorsque ce fut à cet instant que le médecin commença à bouger sans ouvrir les paupières.

— Il a dit Lionel, le prévint l’humanoïde.

— Lionel ? s’interrogea Timothy en secouant l’endormi doucement par les épaules.

Il sortit une gourde de son sac à dos et fit couler un peu d’eau sur la bouche du jeune médecin.

☆☆☆

Antoine, les yeux clos, essaya de bouger lorsque des doigts écartèrent ses lèvres. Quelques gouttes d’eau parvinrent à se frayer un chemin jusqu’au fond de sa gorge et le firent toussoter. Il roula ensuite sur son épaule droite tout en passant sa main gauche sur sa bouche. Il cligna plusieurs fois des cils avant de s’habituer à la lumière du soleil. À travers son regard flou, il distingua une forme humaine.

— Mathieu ? bafouilla-t-il en refermant les yeux.

Antoine se retrouva curieusement propulsé devant la grotte qu’il avait quittée. Intrigué par l’ombre qui s’éloignait de lui, il pensa curieusement à son frère de cœur.

— Mathieu ?


Partie 9

Pendant que l’ingénieur tentait de réveiller le médecin d’un rêve où il marmonnait le prénom du commandant, la seconde partie de l’équipe avait été capturé. Cyril avait ouvert les yeux à cause de l’odeur pestilentielle qui flottait dans l’air. Il s’était ensuite adossé contre des barres métalliques et avait compris qu’il était enfermé dans une cellule étroite entièrement exposée en pleine nature : il s’était fait prisonnier avec Andréa McBeth, le soldat d’élite Gabe Callins et Liang Lee. Des hommes musclés et armés d’armes inconnues semblaient discuter à quelques mètres de lui.

L’enceinte qui avait des traces de sang séchés au sol avait dû servir précédemment et cela n’était pas de bon augure. D’autres membres de son unité étaient là, sauf trois personnes s’il comptait la chose de Timothy comme telle. À l’extérieur des barreaux, la faune était verdoyante. L’air était lourd et la chaleur était quant à elle étouffante.

— Capitaine Mayet ! l’appela la voix du commandant Parker qui se trouvait derrière lui.

Il tourna légèrement son visage et le découvrit dans la cellule voisine. Cyril parut ne plus le reconnaître. Ses vêtements étaient déchirés de part en part, sa peau était couverte d’ecchymoses et son œil droit était gonflé.

— Mais qu’est-ce que ces hommes nous veulent ? demanda-t-il.

Il parla tout en réalisant que celui-ci était seul. Où était son équipe ?

— Que s’est-il passé ? s’enquit-il en l’écoutant gémir de douleur.

— Capitaine, geignit son interlocuteur, ces hommes, ils sont comme nous, mais ils ont évolué différemment…

— Parlez doucement commandant.

— Ils peuvent lire dans les pensées… et, s’interrompit celui-ci en recrachant du sang qui s’échappa de sa bouche. Ils ont un sixième sens, la télépathie, mais ils ne peuvent lire que des pensées dites « échappées ou captées ».

Cyril eut soudainement peur qu’un membre de l’expédition ait pu dévoiler l’objectif de leur mission. Lorsqu’il écouta le commandant lui expliquer que la première expédition avait été torturée sur la télépathie sensitive, alors il y avait peu de chance que, dans leur situation actuelle, ils soient libérés.

— Si ces hommes ne savent pas se lier, ils ne la comprendront jamais ! répliqua-t-il avec une once d’espoir.

— Mais, ils recherchent quelqu’un, poursuivit le commandant qui respirait de plus en plus difficilement.

— Qui ? Et pourquoi ?

En disant cela, son estomac lui retourna les tripes. Nul doute que leur télépathie deviendrait un obstacle et, surement, ces hommes avaient-ils déjà eues des informations sur leur monde ?

— Il recherche Messan.

Le pouls de Cyril s’accéléra à ce nom, lui rappelant ses pertes.

— Je ne comprends pas ? Il est mort.

— C’est ce que mon équipe leur a dit, lui révéla le commandant en jetant tristement un œil dans sa cellule vide.

— D’ailleurs, où sont-ils ?

Cyril contracta sa mâchoire en le voyant fermer les yeux tout en secouant la tête d’un air navré.

— Ils exécutent depuis notre captivité deux membres de l’expédition toutes les 4 heures.

Cyril suivit son regard et prit conscience qu’il y avait une autre cage vide à côté de celle du commandant Parker. Le sentiment de peur qu’il connaissait pour l’avoir côtoyé de longues années ne ressemblait en rien à ce qu’il avait connu jusqu’à aujourd’hui.

Des hommes contre des machines, ça, il savait gérer. Leurs anciens ennemis ne faisaient pas de prisonniers et tiraient sur tout ce qui bougeait. Or, sur cette planète, c’était contre des humains qu’il allait devoir se battre !

— Qu’est-ce qu’ils attendent de nous ? le questionna-t-il inquiet.

Le commandant eut un moment d’égarement et marmonna d’une voix éteinte que ces barbares avaient exterminé la colonie.

— Ils sont sous la régence d’un homme appelé Ithan, deuxième du nom.

Cyril vit une étincelle reprendre vie dans ses yeux à peine ouvert et eut la sensation que l’abandon était sa seule échappatoire.

— Si, je ne survis pas, lui chuchota son supérieur, prenez la tête de l’expédition…

— Non, je…

En commençant à répondre, le commandant décala son torse et lui dévoila le reste de son corps où ses jambes avaient été amputées. Des bandages de fortune et au couleur de sang pansaient à peine ses moignons. Cyril, écœuré par le barbarisme de ces hommes, eut une envie soudaine de hurler. Ses lèvres déformées par la colère et ses yeux sombres soudainement braqués vers celui-ci, il agrippa une épaule et la serra très fort entre ses doigts comme si cela pouvait retenir son cri de colère.

— De tous mes capitaines, lui murmura Lionel Parker, vous êtes le plus qualifié. Vous avez mené à bien la dernière bataille contre les androïdes martiens et vous êtes un homme à la fois bon et autoritaire. Vous devez juste apprendre à laisser derrière vous le passé…

— Je…

— Mon père avait raison sur une chose vous concernant, votre destin commence ici.

— Quoi ?

— Vous n’ignorez pas que mon père, George Parker était un des meilleurs amis du vôtre ?

— Non, je le sais.

— Je veux que vous m’écoutiez attentivement. Il y a un but à cette expédition. Pour l’union terrienne, c’est d’installer une colonie et d’y développer notre société, mais pour Victor Messan et ses amis, ils leur étaient importants que certains d’entre vous soient envoyés ici. Votre unité n’a pas été composée aux hasards.

— J’ai du mal à vous suivre commandant.

— N’avez-vous pas fait attention aux membres qui la composent ? Timothy Berthal ? Antoine Perles ? Gabe Callins à qui vous avez demandé de vous rejoindre à la dernière minute ?

Cyril connaissait le point commun entre ces personnes et lui : leurs pères respectifs (Benoît, Evan, George et Gabriel) avaient grandi ensemble auprès de Victor Messan. Ils étaient amis depuis l’enfance et, pour ceux qui avaient survécu à la guerre, ils l’étaient encore.

— Je connais leur amitié, murmura Cyril sans comprendre où son interlocuteur voulait en venir, mais qu’est-ce nous venons faire dans cette histoire ? Nous sommes peut-être leurs enfants, mais nous ne nous connaissons pas.

— Honnêtement, je n’en sais rien. Ils m’ont juste dit qu’Antoine faisait partie de la réponse.

— Antoine ? bredouilla-t-il presque ahuri. Non, ce n’est pas possible. C’est… une erreur…

— Je vous ai observé avant de quitter la Terre, l’interrompit le commandant qui trouva le temps de rire dans ce merdier. Vous me dites ça, mais vous l’appréciez à votre manière.

Antoine était un jeune homme de 21 ans qui avait suivi le père de Lionel Parker durant plusieurs années. George était un bon médecin, un homme qui comprenait les valeurs d’une vie et qui avait la main sur le cœur. Des simples soldats aux plus hauts gradés ou des rebelles aux vagabonds sans communautés, il voyait en chaque personne le meilleur de soi et une raison suffisante pour que la vie continue.

— Antoine fait partie des gens qui ont la télépathie unilatérale, lui avoua le commandant.

— Beaucoup de personnes m’en avaient parlé, mais ça ne marche que sur des jumeaux et si ma mémoire est bonne, ils n’atteignent jamais l’âge adulte.

— D’où, insista celui-ci, Antoine est unique parce qu’il a survécu à l’adolescence.

— Mais…

— Sa faculté est étonnante… Antoine peut communiquer avec les personnes qui comptent énormément pour lui et, je sais que vous en faites partie…


Partie 10

La porte de la cellule de Lionel Parker s’ouvrit violemment sur un homme qui les interrompit. Son commandant en profita pour lui murmurer à l’abri des oreilles indiscrètes qu’Antoine n’était pas et ne sera jamais Guillaume.

— Laissez-le ! supplia Cyril en voyant l’individu trainé le corps de son supérieur au dehors.

Il fixa avec impuissance ce dernier se faire attacher solidement les poignets, pour ensuite être surélevé à quelques centimètres du sol, bras écartés et face à sa cellule. La gorge sèche et les yeux colériques, il observa le meneur du groupe taillader d’un coup net et profond le bas du ventre de Lionel. Le sang coula de l’épaisse blessure qui, avec le poids du corps, l’agrandit en dévoilant un bout de l’intestin qui tomba à terre.

— Qui est prêt à le soulager d’une balle dans la tête ? hurla cet être barbare en couvrant les gémissements de Lionel.

Cyril s’étonna de voir une vieille arme terrienne dans ces mains. Se pouvait-il que cet homme soit l’un des siens ?

— Moi ! répondit-il instantanément.

— Capitaine… bredouilla soudainement la voix enrouée d’Andréa, que nous veulent-ils ?

Il réalisa qu’il n’avait pas fait attention aux membres de son équipe qui avaient dû se réveiller au cri du commandant. Ce qui le rassura était de voir que son unité ne semblait pas avoir subi de coup.

Avant qu’il n’ait pu lui répondre, deux hommes pénétrèrent dans la cellule et l’en extirpèrent en le maintenant avec force. Jeté comme un malpropre devant celui qui devait être le chef du groupe, Cyril se retrouva à genoux.

— Mayet, émit son interlocuteur en lui décochant un coup de pied en pleine figure. J’aurai dû me douter que vous feriez partie du voyage !

Il se redressa à mi-hauteur en se disant que cela ne pouvait pas être possible, car il n’y avait plus aucun doute : cet homme était l’un des leurs.

— Qui êtes-vous ? osa-t-il demander.

Pour toute réponse, l’homme lui asséna un coup de poing au menton qui le projeta brutalement sur le dos. Malgré la douleur, Cyril se remit en place et releva immédiatement son visage vers ce traître qui s’accroupit en face de lui. L’homme prit un malin plaisir à manipuler l’arme à feu comme s’il souhaitait lui faire comprendre que sa fin était proche.

Cyril serra sa mâchoire en se promettant de ne pas oublier ce visage ! Une balafre couvrait une grande partie de sa joue droite et ses yeux étaient régulièrement barrés par une longue frange blonde.

— Bienvenue en enfer ! lui cingla celui-ci en le tirant par les cheveux d’une poigne ferme. Oyez ! Oyez ! Braves amis ! Je vous présente le soldat d’élite Cyril Mayet !

« Soldat d’élite ? » Si cette personne venait de la première expédition, il n’était pas au courant de tout puisque la première navette était partie un an avant la fin de la guerre.

— J’ai appris que Victor était mort, lui cingla le barbare en le lâchant. Mais ce que veut mon maître, c’est Guillaume ! Guillaume Messan !

Cyril comprit que ce dernier avait lu dans ses pensées. Et c’était ce qui le sauvait. Lui non plus n’en savait rien.

— Tenez ! lui brailla le balafré en déposant l’arme devant lui. Attention, il n’y a qu’une balle dans le chargeur.

Cyril l’aurait bien abattu, mais les gémissements de Lionel l’en empêchèrent.

— Ce que j’aime chez les hommes comme vous, c’est le sens de vos principes. Seriez-vous capable de vivre en tuant l’un des vôtres ?

Cyril qui ne l’écoutait plus s’était levé et pointa le canon en direction de son commandant. Celui-ci le regarda, les yeux suppliants, puis cligna une fois des paupières comme pour lui donner son aval. Le coup de feu retentit et le corps de son supérieur s’immobilisa net, poignardant son cœur de mille tortures.

— Jolie tir ! s’exclama l’homme en lui donnant un coup derrière la tête.

Ses oreilles bourdonnèrent et ses yeux se fermèrent, l’emmenant à un moment crucial de sa vie de soldat : quelques années plus tôt, à la mort d’Éric Messan.

☆☆☆

Lors d’un transfert de base, leurs chasseurs respectifs avaient été pris en grippe par un androïde. Celui de son ami avait été touché, l’obligeant à atterrir en urgence. Le temps de le rejoindre pour le mettre à l’abri dans son cockpit, Éric était déjà en mauvaise posture : deux barres de fer clouées au sol avaient traversé partiellement son dos et entièrement sa cuisse gauche.

Éric était lieutenant et, en tant que supérieur, il lui avait demandé d’atteindre au plus vite la base où se trouvait son père Victor et de l’évacuer en lieu sûr. Cyril avait refusé de l’abandonner. Son ami avait alors tendu sa main pour s’en dégager. Au moment où celui-ci était parvenu à approcher son visage de lui, la poitrine d’Éric s’était redressé un instant avant de glisser de force sur la barre, le tuant instantanément sur le coup.

Éric avait fait ce qu’il jugeait bon de faire. Cyril n’aurait pas pu le ramener à temps pour le faire soigner et aurait mis en danger l’évacuation de la base. Ce geste lui avait appris beaucoup sur le sens du devoir, mais aussi dans celui du sacrifice. Éric savait que les travaux de son père étaient vitaux pour les hommes.

Perdre son ami avait été douloureux. Pendant des jours et des mois, Cyril avait été hanté par les derniers mots que lui avait murmurés Éric avant de se sacrifier : « Tu ne peux pas sauver tout le monde ».


Partie 11

Alors que le commandant Parker venait de mourir, Antoine était prêt à se réveiller, mais il fut soudainement happé en arrière comme si quelque chose tentait de le retenir dans sa bulle télépathique.

— Mathieu ? murmura-t-il en pensant à son frère de cœur.

Son cœur augmenta sa cadence quand il reconnut l’homme qui s’avança vers lui. Ce n’était pas possible ! Celui-ci ne pouvait pas mourir ! Antoine secoua la tête et refusait d’y croire !

— Commandant ? marmonna-t-il tristement les lèvres tremblantes.

— Bonjour Antoine, lui répondit celui-ci en affichant un sourire surpris. Je ne savais pas que je comptais pour toi.

— Pourquoi es-tu là ? se permit-il de le tutoyer. Tu es…

— Mort, lui répondit-il dans un soupir.

Antoine, les larmes au bord des yeux, se contenta de le contempler en silence. C’était ça, après tout la guerre, voir petit à petit les personnes qui tenaient tant de place dans sa vie disparaître, mais cela n’empêchait pas son cœur de saigner, parce qu’une fois de plus, la faucheuse lui arrachait quelqu’un.

— Où sont les autres ? demanda-t-il en tentant de se raisonner.

— En vie, mais pas pour longtemps.

— Alors je…

— Antoine, le coupa Lionel en posant étrangement les mains sur ses épaules. C’est l’occasion pour moi de te révéler quelque chose dont tu as le droit de savoir.

— Quoi ?

Il y avait dans son regard une lueur qui sembla capable de lui redonner de l’espoir. Le plus troublant fut de le voir lever ses yeux au-dessus de ses épaules comme si quelqu’un l’appelait.

— Tu vas me quitter ? marmonna-t-il en laissant ses larmes couler.

À cet instant, Lionel ressemblait à son père adoptif. Ses traits parurent reposés et il était prêt à s’en aller.

— J’avais dit à papa qu’on profitera de ce voyage pour mieux se connaître, c’était pour ça qu’il m’a dit que je y devais participer, chuchota-t-il en montant dans les aigus tant il était peiné.

Antoine voyait que Lionel se retenait, sa gorge déglutissait et ses yeux étaient extrêmement brillants.

— J’avais une mission, lui révéla Lionel entre deux souffles coupés d’émotions.

— Je sais, la colonie.

— Non, pas celle-là. Toi.

— Je ne comprends pas ? Tu devais me protéger ? Me surveiller ?

Le commandant prit une profonde respiration et le regarda quelques secondes en silence.

— Tu sais que mon père t’a toujours considéré comme son fils.

— Oui, bien sûr…

— Et moi, comme un frère.

— Oui, mais je ne comprends pas ce que tu veux me dire…

— Quand tu n’étais pas encore là, ton vrai père avait vu un futur différent de celui que nous vivons aujourd’hui, mais dès l’instant où tu as poussé ton premier cri, tout avait changé…

— Tu as connu mon père ?

— Oui.

— Et ?

— Tu sauras bientôt qui il était et ce qu’il a été capable de faire…

— Dis m’en plus, le supplia-t-il.

Antoine sentit sa télépathie se défaire.

— Je dois te laisser ! lui lâcha Lionel. Pars en aval de la grotte. En chemin, tu feras une rencontre surprenante.

— Mais…

— Des alliés, c’est tout ce que je peux te dire.

Lionel ôta ses mains et commença à le dépasser en fixant quelqu’un qu’Antoine ne paraissait pas voir.

— Dis à Cyril qu’il a fait le bon choix. Je suis libre grâce à lui.

☆☆☆

Timothy dégaina son arme quand Antoine se mit à hurler tout en se réveillant :

— Non ! Reviens !

— J’ai raté quelque chose ? demanda-t-il en écarquillant les yeux. À qui parlais-tu ? Avec Cyril ?

Cela l’étonnerait, car au vu des dernières conversations, rien ne lui indiquait qu’ils étaient amants.

— Ôtes-toi ça de la tête, ronchonna son coéquipier. Je fais partie de ceux qui peuvent communiquer sans être lié par… enfin, tu sais…

— Oh, merde… tu avais un jumeau, mais comment as-tu pu survivre ?

— C’est une longue histoire, marmonna le médecin.

— Okay, si on survit, tu me raconteras ça.

— Ouais…

.

Antoine fouilla son sac à dos et disposa ses armes sur lui : deux poignards dans ses bottines de combats, un sur chacune de ses cuisses accompagnées d’une arme à feu automatique et son arme Messan en bandoulière.

— Ce sont des hommes, donc il ne faut pas le régler sur les ondes électromagnétiques, mais, dit-il en entendant le cliquetis aigu, sur les ondes séquentielles électriques et de niveau max !

.

L’ingénieur le regardait avec des yeux ronds tout en se demandant qui il avait devant lui. Il n’aurait jamais cru qu’Antoine serait un homme de terrain. Ce dernier avait un corps trop mince pour aller se battre et il n’avait pas du tout la carrure de… Et si ce n’était pas le capitaine Mayet avec qui son coéquipier avait discuté ?

— Antoine, es-tu certain que le capitaine t’a ordonné de les secourir ?

En croisant son regard noir, Timothy secoua piteusement la tête.

— Il est hors de question que je les laisse mourir ! lui tonna le médecin. Et non, ce n’est pas le capitaine Mayet, mais le commandant Parker ! Alors, au lieu de fuir et d’attendre sagement la mort, je préfère tenter quelque chose !

— Il est mort ? bafouilla-t-il d’une voix blanche.

— On sera les suivants si on ne se bouge pas !

Timothy, les mains dans sa chevelure blonde, soupira en balayant les alentours d’un regard inquiet. Antoine n’avait pas tort. Seuls et, sans aucune aide extérieure, il préférait aussi tenter l’impossible que de les abandonner à leur triste sort.

Il se prépara à son tour puis, une fois prêt et que son coéquipier se mit à lui donner la direction, Timothy n’était pas certains qu’ils survivent à une autre guerre.

— Attends une minute, je sais que le commandant était le fils de George, ton père adoptif. Une chose m’étonne. Comment pourrait-il t’envoyer à la mort s’il tenait à toi ? C’est bizarre quand même ?

— Lionel était peut-être mon commandant, mais il était avant tout un frère que j’ai beaucoup admiré et que je ne pourrais plus apprendre à connaître…

Timothy tapota une épaule du médecin sans rien ajouter, car dans ces moment-là, il n’y avait pas de mots pour soulager les douleurs du cœur.

— Ferraille ! ordonna Antoine en marchant à ses côtés, ouvre la marche.

.

.

À travers la densité de la faune, Antoine se rendit compte de l’absence des animaux. L’atmosphère était pesante. La température ambiante augmentait au fil des minutes, alourdissant ses épaules de tout ce qu’il portait dans son sac à dos. Puis il y avait cet inquiétant silence qui semblait régner en maître sur ce territoire.

Soudain, l’humanoïde détecta une source de chaleur. Antoine s’arrêta et demanda à l’ingénieur de le couvrir pendant qu’il irait voir ce que c’était.

— Ferraille aurait pu le faire à ta place ! lui assena Timothy alors qu’il s’éloigna de quelques pas.

Le temps d’y aller, Antoine s’entrava et s’étendit de tout son corps contre la terre. En relevant son buste à mi-hauteur, il croisa un jeune inconnu qui se mit immédiatement à hurler, alertant leur position.

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Timothy, après une frayeur passagère en écoutant ce cri, réalisa qu’Antoine venait d’échapper de justesse à une flèche métallique. Coup de chance ou pas, ils devaient courir et fuir d’ici.

Toutefois, après avoir aidé Antoine à se remettre debout, tous les deux levèrent les mains en l’air quand des hommes vêtus de cuir marron les dévisagèrent. Ils étaient imposant, avaient une peau mate, des cheveux longs et des perles de multiples couleurs ornaient leur cou et leurs poignets.

Une jeune femme aux longs cheveux d’or s’avança vers eux et posa ses yeux bleus sur Antoine. Elle saisit la main droite du médecin, la détailla attentivement et dessina des lignes sur la paume.

— Nous vous attendions, leur chuchota-t-elle en inclinant légèrement la tête en avant.

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Alors qu’Antoine pensa trouver les alliés dont lui avait parlé Lionel, Cyril était en mauvaise posture.

Mal en point après avoir reçu des coups de bâtons, tant qu’il respirait, il continuerait à se dresser contre le balafré.

— Debout ! lui cracha l’homme qui l’attachait par les poignets. Tu ne veux rien me dire. Peu importe. L’un de vous sera prêt à tout pour vivre ! Et pour ça, il devra me dire où se trouve le Messan !

Cyril, à genoux et bras subitement écartés, le défia d’un regard sombre avant de lui demander :

— Qu’est-ce que tu as donné à ce soi-disant maître ? Hein, dis-moi ?

— Ta gueule ! lui hurla son bourreau en le cognant.

— Tu es en vie et bien nourri à ce que je constate, insista-t-il. Ma question est la suivante : as-tu vendu les nôtres ?

Le barbare le saisit par le col et colla son front contre le sien :

— Je vendrais père et mère, n’importe qui ferait l’affaire. Et toi, tu vas mourir dans une souffrance que je veillerai à prolonger…

Il n’y avait plus d’humanité dans les yeux de cet homme, que de la haine. Les heures à venir allaient être longues.

FIN du chapitre


Vous avez fait la connaissance de l’équipe que nous suivrons tout au long de ce premier tome.

Certains personnages vous plairont plus que d’autres et vous aurez surement aussi votre couple préféré !

En attendant de découvrir la suite actuellement publiée sur => wattpad  pensez-vous que Cyril sera-t-il sauvé ?

Etant une histoire qui me tient énormément à cœur, tout avis est le bienvenu, merci.

N'hésitez pas à laisser un commentaire à l'auteur, merci.

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