Mise en page d’un ebook

=> Onglet des titres à paraître ou paru dans autoédition


Nous avons vu comment faire => une mise en page du contenu qui est prêt à être préparé  pour une mise en page papier & ebook. 

Nous allons donc voir pour le format ebook. Nous ne toucherons pas au format papier word car cela n’aura aucun impact sur la version ebook !

Faite une copie de la version – mise en page du contenu (un qui servira pour l’ebook et l’autre pour le papier) Pensez toujours à conserver une version originale (dans le cas où vous ne savez plus à quel moment vous auriez oublier de faire une manipulation !)


I – La table des Titres 

Si vous le publiez sur amazon, la table des titres est depuis un certain temps obligatoire au début de l’ebook !

Allez dans Références => Table des matières => Insérer une table des matières

Résultat après avoir mis le Titre (Table des titres) que j’ai centré. Pas besoin de numéroter puisque nous sommes sur un format ebook.

II – Police

Je rappelle que pour la mise en page du contenu, nous n’y avons pas touché. Il faut savoir que pour le format Ebook, on peut se permettre plus de choix au niveau de la police contrairement au papier où il est conseillé de rester sur le New time Roman à 12 ou 12,5. Pourquoi ? Parce que le papier, une fois édité reste un objet fini. Tandis que le format ebook, les liseuses permettent à son propriétaire de modifier la police, la taille, la couleur de fond etc… (calibre ne permet de modifier la police à la lecture d’un ebook)

Pour ma part, quand j’écris sur un doc, j’utilise Calibri et préfère cette police pour la lecture. Toutefois, il y a aussi  Garamond et Georgia qui conviennent. Pour ce faire : => Sélectionner tout => Police Calibri => Taille 12 (c’est la moyenne conseillée)

Modifier la taille des titres (vous pouvez proposer une autre police, il faut juste éviter d’avoir plusieurs polices différentes dans un même document) 

Pour aller vite, cliquez sur vos titres dans la colonne de vérifications (2) => Sélectionnez votre titre puis modifiez.

=> Vérifier votre page de garde ou de Titre (1)  que j’ai mis en Time New Roman 22 pour le nom d’auteur (en format Titre 2 si vous souhaitez qu’il apparaisse dans les titres sinon, mettez-le en format normalisé) et 20 pour le Titre du livre en format normalisé (comme pour le nom d’auteur, si vous le mettez en format titre, il s’affichera sur la colonne donc, la table des matières de l’ebook) 

III – Vérifier le doc une dernière fois

=> 1 en mode  chaque fin de chapitres ou parties (copyrigth, remerciement etc…) doivent être séparé par un saut de page !

=> 2 Tous vos titres doivent s’afficher sur la colonne de vérifications

Votre document est terminé. 

Passons à la vérification de votre document via Calibre en créant l’ebook puis pour le vérifier. Cela permettra de voir si on a rien oublié et surtout de prendre le temps d’effectuer les modifications nécessaires. 

Aucune obligation puisque vous pouvez  vérifier la prévisualisation sur amazon.

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Mise en page du contenu

=> Onglet des titres de l’autoédition


La correction est terminée. La dernière relecture est faite. Vous avez fait vos pages de copyright, de présentations, de remerciement etc…

Passons à la mise en page intérieure du roman.

Comme je publie mes versions papiers sur le site Lulu.com, pensez à télécharger le gabarit que vous pourrez conserver (peu importe le nombre de pages, il se mettra automatiquement sur la longueur de votre contenu)

Nous allons partir sur le format lulu pour la simple raison qu’une fois cette étape effectuée, on dupliquera le document final pour une version papier et une version ebook ! La taille de la page (‘A4 ou A5) n’aura aucun impact pour l’ebook.


Etape 1

Ne tenez pas compte du 1 et du 3 pour l’instant qui sert pour la création du livre papier.

1 – Une fois télécharger, copiez-le ou glissez-le dans un dossier spéciale Lulu (par exemple)

Suivez les instructions pour l’ouvrir et ainsi récupérer le modèle A5_Template que je prends en fichier Docx car mes textes sont enregistrés sous ce format, mais si les vôtres sont sous Doc, c’est le précédent qu’il faut prendre. Après, je ne sais pas si ça pose problème si on n’y fait pas attention.  

Copier ce modèle dans votre fichier (là où se trouve votre roman par exemple) et conservez l’originale dans le dossier Spéciale Lulu qui vous servira pour vos prochain roman.

2 – Ouvrez le modèle et activez la modification

3Avant de poursuivre, sachez qu’il existe deux façons de copier/coller un texte.

Comme on veut faire une mise en page soignée, il vaut mieux :

=> Sélectionner votre texte puis copier ensuite avec la souris. (Vous pouvez sélectionner comme suit ou en utilisant les touchesCtrl+a)

 

Pourquoi ?

Pour avoir le texte brut sinon, en poursuivant, on risquerait de se tromper ou d’oublier une étape qu’on ne pourra pas forcément voir à l’œil. Si vous désirez le mettre en format ebook, il faut respecter ces étapes !

Ex : Cliquez sur l’outil  vous verrez alors apparaître le code secret du formatage de votre texte avec des points qui sont les espaces, des ronds qu’on nomme les espaces insécables et ¶ qui indique un saut de ligne ou une fin de phrase. Les espaces insécables sont important dans la mise du contenu car ils évitent de vous retrouver avec des ? ! : en début de ligne.

J’ai sélectionné [— Amaury ?] dans mon texte. Dans l’image ci-dessous, vous comprendrez pourquoi il faut copier le contenu avec la souris et non les touches Ctrl + V

La souris permet de remplacer ces espaces insécables par des espaces, car même si vous pensez que votre contenu n’en a pas besoin, il faut savoir qu’à force de modifier, supprimer, réécrire… les espaces insécables ne s’y remettent pas automatiquement. Alors pour éviter de mauvaise surprise (surtout avec un long document), Copiez/Collez votre contenu à l’aide de la souris.

Si vous avez écris votre roman en respectant les formats des titres, cela les effacera aussi, mais on est là pour tout revoir !

Voilà pour la petite parenthèse…

4 – Collez votre contenu sélectionné dans le modèle de Lulu A5 qui s’affichera comme suit :

Votre ancienne mise en page créé lors de l’écriture est supprimé. Plus de saut de page, de titre en format titre etc…

Si vous n’avez pas votre colonne de navigation qui est important, faites les manipulations suivantes :

=> Cliquez sur Affichage puis  sur volet de navigation et votre colonne apparaîtra.


Etape 2

I – Maintenant, passons aux choses sérieuses !

Avant de continuer, je vous conseille de refermer votre document que vous aurez nommé par son titre suivi d’un mot pour dire que c’est la version brut du texte ou version Etape 1… enfin, à vous de choisir. Pourquoi ? Parce que vous pouvez vous planter quelques parts et de devoir tout recommencer peut rendre chèvre. (sisi, je confirme…) 

A chaque étape, n’hésitez pas à enregistrer et de copier le document pour travailler sur la copie (et ainsi de suite). Au début, c’est ce que je faisais, mais maintenant, je peux m’en passer.

II – On travaille sur une copie A5 du Roman que j’aurai nommé MEP étape 1 et vous allez justifier votre contenu  en sélectionnant tout et cliquez sur le bouton « justifier » ou les touches Ctrl+j

Cela permet de mettre votre texte sur toute la largeur de la page.

III – Nous allons passer sur les espaces insécables, cliquez sur  (ce n’est pas une obligation, mais plus facile pour voir les résultats)

Ces espaces se situent avant les signes de ponctuations sous forme d’un rond comme celui-ci °

=> ? ; : ! »                                                          =>÷ – = % ‰

=> les sigles monétaires (£, ¥, €, $…)         => toutes les unités(°C, Kg, g, cm…) 

Le seul espace insécable qui se trouve après un signe de ponctuation est «

Mettons à jours les espaces insécables => :

Allez sur le bouton Remplacer

Un cadre apparaît (j’ai mis en évidence l’un de mes : pour mieux vous faire voir

Dans le premier cadre rechercher => touche [espace] suivi de la touche [ : ]

Dans le second => touche simultané de [Ctrl]+[shift]+[espace] suivi de la touche [ : ]

Vous pouvez tester sur une page word sous le format  ces trois touches => [Ctrl]+[shift]+[espace], vous verrez alors apparaître le fameux ° qui représente l’espace insécable.

Une fois la manipulation effectuée, cliquez sur Remplacer tout et cela donne :

Le ° qui précède mes : est bien mis à jour et après vérification, cette tâche m’a permis de le modifier sur les 18 : de mon contenu. 

Cliquez sur ok et on recommence la même chose avec les ? et ! (les autres cités précédemment si vous les avez mis dans votre texte !)

Pour les guillemets, word ne différencie pas l’ouverture et la fermeture donc… je le fais manuellement. (sauf si vous avez une astuce parce que je ne l’ai pas trouvé pour celle-là ^^)

Allez dans votre barre de navigation et mettez  » dans la recherche et validez. Word vous les enveloppe d’une couleur jaune.

Pour n’en rater aucun, cliquez sur troisième onglet de votre colonne de navigation 

Le premier s’affiche alors, supprimez le guillemet et son point d’espace et remettez le guillemet d’ouverture et de fermeture qui fera apparaître l’espace insécable. 

Une fois fait, placez votre souris sur la barre de recherche de votre navigation et revalider => word vous affichera automatiquement le prochain guillemet à modifier. Quand vous aurez fini, refaite un passage pour vérifier.

IV – Tiret cadratin

Je fais les même manipulations que précédemment pour éviter de trouver un mot à plusieurs millimètres du tiret :

dans le premier cadre rechercher en sélectionnant  [— suivi d’un espace] puis collez-y

dans le second => — suivi [Ctrl]+[shift]+[espace] (comme les espace ne se voit pas, vérifiez bien les résultats !)

Une fois effectué, on voit bien les ° après le tiret.

Il n’y a pas d’obligation mais je préfère comme ça.

V – Supprimons les doubles espaces.

Dis comme ça, vous vous demandez de quoi je parle. Il faut savoir que quand on réécrit et modifie des passages… on a parfois tendance à placer par inadvertance un espace supplémentaire. Pour le vérifier, mettez dans votre barre de recherche de navigation => ^32^32 puis validez. Dans le 3 eme onglet de navigation, vous verrez toutes les phrases qui en contiennent.

Pas de panique, on va faire la même méthode que pour les espaces insécables comme suit et remplacez tout.

VI – Mettons les titres dans leur format approprié

Reprenez votre texte depuis le début / sélectionnez votre premier titre du document

Mettez-le sous le format qu’il vous convient, moi j’ai mis Titre 2

On va en profiter pour placer les saut de page et ainsi décaler le chapitre sur une nouvelle page. On pourrait juste sauter des lignes jusqu’à arriver à la page suivante, mais pour un contenu qu’on réutilisera pour la version ebook, il est plus que conseillé de le faire.

Placez votre curseur devant le titre du chapitre (en l’occurrence devant le C sur mon texte) puis appuyez sur les touches [Ctrl]+ [entré]

Résultat => Il décale mon titre et le reste du contenu à la page suivante. On voit bien le saut de page et sur votre colonne de navigation, votre titre s’y affiche. 

Faite la même chose avec tous vos titres et vous devriez les découvrir au fur et à mesure en train de s’afficher sur la navigation.

Nous arrivons à la fin.

Nous allons aussi faire cela avec les titres de présentations du début du livre.

Je ne le mets qu’ici parce que chaque personne le fait à sa manière et je vous donne la mienne :

Aperçu brut du début de mon doc : 

Je ne mets pas la première page sous un format titre, je reste en format normal et j’agrandis mon nom d’Auteur et le titre.

Ce n’est qu’au Titre La folie d’un cœur 1 et Copyright que je vais mettre en format titre 2 tout en pensant à faire le saut de ligne pour le mettre à la page suivante. Tous mes titres apparaissent dans ma colonne au même niveau. Si vous essayez de mettre un titre sous le Titre 1 par ex, il sera décaler aux autres.

La mise en page du contenu est terminée ! 

Nous pourrons l’utiliser pour la mise en page du papier et de l’ebook si tout a été respecté !

On ne touche pas à la police, ni à la taille et je n’ai pas oublié la table des matières, puisque nous verrons ça pour chacun des formats dans Mise en page d’un livre papier et Mise en page d’un ebook.

Retour à la liste des article ici

Si vous avez des questions n’hésitez pas et si vous avez des astuces, je suis aussi preneuse 🙂

Créer un livre papier sur le site Lulu.com

Je pars du principe que le roman est terminé, qu’il a subi ses corrections /relectures, que la couverture est créé et que tout est prêt à être publié avec une mise en page déjà finie.

=> Onglet de l’autoédition qui contient le listing des titres à venir

Mon exemple :

La folie d’un cœur 1 que je prépare au format papier A5 en livre souple et intérieur blanc. C’est ce qui se fait le plus généralement, mais vous pourrez par la suite le faire à votre manière.


S’inscrire sur le site 


 

Etape 1

=> Allez sur Créer puis cliquez sur commencer un livre papier

 

=> Choisissez  puis 


Ne touchez à rien dans cette partie qui met automatiquement la reliure et l’impression de l’intérieur

(sauf si vous optez pour un autre format et une autre impression)


ATTENTION : à l’image suivante !

=> (1) notez le nombre de pages et (2) télécharger le calibre qui vous donnera la Mise en page intérieur du livre (que vous aurez au préalable effectuer lors de la mise en page du roman) ainsi que le gabarit pour la couverture.

=> (3) cliquez sur Créer ce livre

☆☆☆☆☆☆☆☆☆

Etape 2

1 – Titre / Nom et Prénom d’Auteur / Validez

2 – Téléchargez l’image du Code barre puis Validez (Noter que vous aurez mis l’ISBN dans votre mise en page du roman)

3 – Choisissez votre fichier (le mien est enregistré sous docx, je ne sais pas pourquoi, mais ça ne marche pas quand c’est en PDF) – Téléchargez et vous le verrez s’afficher en bas de votre écran ensuite, validez

4 – (1)Téléchargez => Vous pourrez visualiser le rendu final en PDF pour vérifier une dernière fois votre mise en page / Cliquez sur (2) ou V revient au même donc cela validera cette page

5 – Téléchargez votre couverture une pièce créé préalablement (voir prochainement mon article) et validez

6 – Télécharger pour visualiser comme pour votre texte et validez

7 – Remplissez les champs ! Si cela concerne une réédition (après avoir quitter une ME – à la suite d’une nouvelle correction avec des modifications ou une nouvelle couverture) indiquez-le comme une seconde édition (ou plus si c’est le cas).

8 – Fixez votre prix de vente HT puisque Lulu ne les ajoute qu’à la fin du panier ! (vous apercevrez le montant de vos recettes pour un livre) et validez sur Récapituler le Projet

9 – Vous vérifiez d’un coup d’oeil votre couverture, les informations et le prix.

IMPORTANT : Mettez toujours sur accès privé dès que vous avez terminé ! Car vous faite tout cela qu’une fois votre roman finalisé. Là, ça vous permet d’avoir votre ISBN à mettre dans le livre, de récupérer la taille de la tranche du livre pour terminer votre couverture une pièce et aussi, par la suite, le temps de commander vos livres (surtout pour l’envoyer à la BNF car c’est obligatoire ! et je rappelle que c’est gratuit) et ainsi fixer une date de sortie ! 

Vous pourrez mettre en accès générale, une fois que vous avez décidé du jour de sa sortie.

10 – Vous tomberez à nouveau sur cette page qui confirme vos choix (surtout les accès !)

11 – C’est terminé pour le format papier ! Vous pouvez ensuite passer commande de vos propre livres en sachant qu’il y a des codes de remises à découvrir sur leur page d’accueil. Pour le format Ebook, je ne l’ai tenté qu’une fois car je préfère passer par amazon.

Des questions ? J’espère que ça vous aura aidé 😀

 

 

 

Messan

=> Tout sur la Saga, cliquez ici !

Note :

On va dire que c’est la dernière version non bêta corrigée. Il y a eu beaucoup de modification depuis la toute première, j’espère que cette version vous plaira.

C’est aussi mon tout premier SFFF (space opera) MM.

Cette version n’est pas corrigée par mes bêtas !

La romance a son importance, mais l’histoire l’est davantage donc ne pas s’attendre à des scènes explicites à chaque chapitre.

☆☆☆

Résumé complet :

2411 – Une date qui restera ancrée dans les mémoires des hommes parce que cette année-là marquera le début des premiers bouleversements, autant sur Terre que sur Terra One, leur planète d’accueil. C’est l’histoire de deux mondes humains différents et de quatre races alliées : ensemble, ils verront naître la cinquième race !

Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong marchait sur la lune. Le 8 décembre 2186, Paul Ténara sur Mars. L’homme n’était pas prêt à découvrir les secrets de Mars. Leurs ambitions à créer des androïdes à partir d’un minerai inconnu se sont retournées contre eux. Ces machines avaient décidé d’exterminer toutes les espèces terriennes. Leur buts : se réappropriés le minerai que les hommes avaient envoyé sur Terre, laissant des ruines aux humains.

Durant près de deux siècles, des hommes se sont battus pour la survie de la race humaine et un seul parmi eux est parvenu à trouver leur faiblesse : Victor Messan.

L’univers est en constante évolution,

la race humaine l’est aussi parce qu’elle n’est pas seule.

☆☆☆

T1 : Les Oubliés (Sur Terra One)

Résumé :

Quatre décennies plus tôt, après une guerre qui a coûté la vie à des milliards d’humains, une expédition est envoyée sur Terra One, leur planète d’accueil. Ces hommes et ces femmes qui ont vécu dans la peur du lendemain ne s’attendent pas à ce qu’elle soit habitée par un peuple disparu de la Terre. Il semble que ces derniers les attendaient, car l’un des terriens est prédestiné à devenir le prophète : le Messan.

Ceci est un extrait qui restera sur le blog, même après le retrait sur wattpad (site sur lequel l’histoire est déjà en cours)

Prologue

Chapitre 1

Etant une histoire qui me tient énormément à cœur, tout avis est le bienvenu, merci.

 

Messan T1 : Chp 1 – Terra One

Note : Le prologue est centré sur Victor parce qu’il est important, toutefois l’histoire est sur celle de la génération suivante.

Ce premier tome sera le plus long (contrairement au prochain) puisque j’installe l’univers. Je vous souhaite bonne découverte pour les nouveaux lecteurs, on se retrouve à la fin de ce long chapitre.


Partie 1

Timothy Berthal faisait partie de ceux qui avaient eu la chance de quitter la Terre. En fin de l’an 2369, il avait accepté de rejoindre la navette Seconde Chance. Construite pour une capacité d’une centaine de personnes, elle emmenait l’expédition sur leur nouvelle planète d’accueil : Terra One. Ce transport avait pour but d’établir définitivement la première colonie terrienne.

Une première navette « Premier Départ » avait été envoyé un an plus tôt, alors qu’il y avait peu d’espoir à ce qu’elle échappe aux androïdes. Ce qui ne fut pas le cas. Elle avait pu passer parce que cherchait leur ennemis ne se trouvait que sur Terre.

Terra One avait toutes les caractéristiques identiques à la leur depuis plusieurs siècles. Selon les dernières données reçues par la sonde en 2186, l’Union Terrienne avait décidé à la fin de la guerre d’envoyer des hommes supplémentaires pour pouvoir quadriller leur nouveau campement.

Timothy sortait d’un long sommeil sans rêves. La navette s’était stationnée pour quelques heures, laissant aux passagers le temps de récupérer avant l’atterrissage. Il fléchit ses genoux rouillés et étira ses bras en avant. Des flashs de la guerre en profitèrent pour remonter à la surface.

Si les hommes n’avaient pas créé la grande base souterraine de Russie, il était certain que leur monde n’existerait plus. Son grand-père lui avait raconté comment les survivants étaient parvenus à édifier l’enceinte nommée aujourd’hui, Base de l’Union terrienne. Les continents Nord et Sud de l’Amérique ayant été détruits après une longue offensive des androïdes, il avait fallu trouver un terrain où rassembler les humains.

La Russie avait été touchée, mais n’avait pas été rayée de la carte. Le territoire, totalement calciné par leur frappe, avait été considéré comme inhabitable. Pourtant, des ingénieurs orientaux avaient décidé d’installer un complexe souterrain sur ce continent. Il leur suffisait d’être bien isolé et faire en sorte qu’aucun signe vital ne puisse leur donner leur situation.

Malgré les tensions qui régnaient entre plusieurs nations, cette guerre avait renforcé des liens encore jusque-là inexplorée. La technologie n’était pas morte, elle avait survécu grâce à cette union presque irréaliste. Les humains devaient mettre de côté leurs différents et protéger ce qui restait du monde des hommes.

Certains disaient que les ferrailles leur avaient lancé un avertissement en anéantissant deux continents, mais ce qu’elles désiraient avant tout étaient de récupérer les minerais extraits sur Mars.

.

Timothy redressa son corps et fixa un instant son serviteur en ferraille. Son humanoïde n’était pas comme ceux qui les avaient décimés. Aussi grand que lui, un mètre quatre-vingt-cinq, il était fier de l’apparence humaine qu’il était parvenu à lui donner. Il avait préféré en fabriquer un de ses propres mains pour le connaître sur le bout des doigts et voulait démontrer que cette machine dotée de mémoire était capable de protéger un groupe. Contrairement à l’un des anciens pairs de la robotisation qui avait inconsciemment engendré la naissance de leur pire ennemi, Timothy Berthal avait ajouté un système de déprogrammation en cas de risque. Chose qu’il espérait ne jamais faire.

Les hommes avaient haïs ces androïdes, mais leur soif de découvertes les avait poussées à commettre la plus terrible des erreurs. Les savants de cette génération s’étaient crus plus intelligents et leur obsession à vouloir tout manipuler avait fini par entraîner avec eux la déchéance de toutes les espèces. Alors, Timothy, loin d’être prétentieux, avait tout calculé pour maintenir en laisse son humanoïde. À ses yeux, il était temps pour les hommes de tourner la page et de se reconstruire.

Ce n’était pas sa conception qui avait été difficile, mais la réalisation de tous les matériaux nécessaires à son élaboration. Il désirait la perfection et, grâce à son père qui avait côtoyé Victor Messan, il avait pu récupérer assez de métaux en nanonium pour l’achever. Les hauts dirigeants avaient posé leur véto, mais la chance avait été de son côté. Il avait été l’un des rares personnes à avoir détourné un androïde, devenu par la suite l’un des gardiens de sa base à Berlin.

Victor Messan était un scientifique mondialement reconnu. Il avait réussi à créer un portail temporel, instable mais ouvert, qui avait pu envoyer certains des leurs – des civils et des enfants –dans le passé. Cette guerre avait non seulement anéanti une grande partie de leur peuple, mais elle leur avait aussi enlevé l’homme qui avait trouvé la faiblesse des machines.

Timothy s’efforça de respirer profondément, il devait se préparer avant la descente de la navette. Il se tourna vers son miroir et se contempla. En apparence toujours âgé de vingt-huit ans, il avait été sélectionné pour sa capacité à comprendre rapidement des systèmes élaborés dont peu d’hommes pouvaient de nos saisir. La vérité était qu’il souhaité retrouver son petit frère, Yohan, parti un an plus tôt à bord de la première navette « Premier départ ».

Ses cheveux blonds en épis lui valurent un rictus moqueur aux coins des lèvres. Il aurait beau essayer de les remettre en place, rien ne les disciplinerait. Comme tout le reste de l’équipage, il se vêtit d’un pantalon de combat noir et d’un pull de la même couleur.

— Donne-moi mes rangers de terrain, demanda-t-il en tendant une main vers son humanoïde.

Pendant qu’il les enfilait, sa ferraille l’informa d’une voix métallisée la situation actuelle :

— Seconde Chance commence à se positionner pour son atterrissage terrestre. J’ai suivi vos instructions et j’ai pu récupérer les données concernant l’équipe à laquelle vous serez affiliée.

— Très bien.

— Vous serez affiliée à l’unité 4, composée du docteur Antoine Perles, de l’archéologue Andréa McBeth, du géologue Liang Lee et du Capitaine Cyril Mayet.

« Mayet » un nom qu’il ne pouvait pas oublier. Leurs pères respectifs étaient des amis de Victor Messan. Il savait que la perte de ce dernier avait bouleversé beaucoup d’entre eux, mais pour Cyril, cela avait été la goutte en trop. Cet homme était connu de tous les Européens pour avoir vaillamment repoussé les dernier androïdes martiens de leur secteur, mais ce jour-là, il avait beaucoup perdu : Guillaume, son compagnon et son beau-père, Victor, décédé dans ses bras.

Pour chasser le passé de sa tête, Timothy sortit quelques minutes de sa cabine et se posta face à un hublot pour observer Terra One. Il n’aurait jamais imaginé qu’elle serait aussi belle que leur Terre. Elle contenait beaucoup plus de territoires gorgés d’océan et un continent aussi grand que celui de l’Asie.

« Les passagers de Seconde Chance sont priés de rester dans leur cabine, la manœuvre d’atterrissage est en cours » prévint la voix de la navette dans les haut-parleurs.


Partie 2

Tout se déroula sans encombre. Les membres prirent leurs matériels et leurs affaires personnelles. L’atmosphère semblait chargée d’appréhension. Ils avaient conscience que, sur Terra One, ils n’auraient sûrement pas la possibilité de communiquer avec la Terre et encore moins de la revoir. Quant à la navette, s’ils souhaitaient s’en servir pour repartir, il était peu sûr qu’elle tienne un autre parcours. Elle avait souffert des poussières stellaires qui s’étaient introduites dans la carlingue, donc cette idée n’était pas envisageable.

☆☆☆

« 06 novembre 2411, date terrienne.

Je n’aurais jamais imaginé voir autant de verdure ici, même si, vu de l’espace, cette planète contenait bien plus d’océans que notre belle planète. Enfant, j’ai souvent regardé les holographies. Notre Terre avait ressemblé à cette planète. La beauté de Terra One m’époustoufle. L’air est frais, mais il fait chaud.

Nous avons atterri il y a environ quatre heures et je pense que nous ne sommes pas loin de midi. Bref, nous ne sommes qu’au début de toute cette fabuleuse aventure et pour le moment, le commandant de cette expédition (Lionel Parker) a donné ses instructions à chaque équipe déjà formée. Là, en ayant pris nos affaires, nous ne tardons pas à y aller. J’ai hâte de retrouver mon petit-frère… Je t’en dirai plus ce soir, lorsque nous serons arrivés à la colonie. Thy »

☆☆☆

Quelques minutes avant d’abandonner la navette en la camouflant, Cyril, le Capitaine de l’unité 4, dévisagea son équipe. Il soupira de lassitude parce qu’il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait manquer à l’appel : Antoine ! Comment la base de l’Union terrienne avait-elle pu l’obliger à le suivre ? Il était peut-être son médecin, mais il aurait pu s’en passer parce que ce dernier n’était vraiment pas un homme de terrain. Le visage impassible, il émit un grognement lorsqu’il distingua la tête brune dudit Antoine courir dans sa direction et… posa rapidement une main sur ses yeux, dépité de le voir s’effondrer sur le sol.

— Regardez un peu où vous mettez les pieds ! hurla-t-il en secouant la tête.

Le Capitaine Mayet releva son regard gris sur son équipe au complet en attendant que le maladroit se redresse. À l’image d’un leader, sa carrure imposante savait impressionner ses hommes. Ancien soldat d’élite, il avait été formé, comme tant de jeunes de sa génération, par le Capitaine Gabriel Callins. Avec les voltigeurs du corps aérien, ils représentaient la dernière puissance de la race humaine. Ils avaient été éduqués de manière à protéger et à respecter le peu de civils qui restait, mais ils étaient avant tout entrainés pour devenir des soldats qui devaient comprendre qu’ils étaient condamnés à se battre et à mourir. Cyril, lui, aurait voulu ne pas survivre à cette guerre.

— Bien ! s’exclama-t-il au milieu du brouhaha que faisaient les autres équipes en attendant que le commandant de l’expédition leur dise de commencer à marcher, je serai celui qui donnera les ordres ! Toutes les demandes devront se faire par mon biais ! Vous avez besoin d’aller au petit coin ? Vous me le demandez ! Vous avez besoin de vous reposer ? Vous me le demandez ! Comprenez que je suis responsable de vous ! Dorénavant, nous formons une famille ! Nous veillerons les uns sur les autres ! Est-ce que c’est bien clair ?

Tout en énonçant ses derniers mots, ses yeux n’avaient pas lâché un instant le médecin. Il trouvait cela vraiment pitoyable : Antoine n’était pas dans son élément. Il se crispa en le voyant afficher un sourire béat sur les lèvres. C’était toujours le même sourire qui ne cessait de l’énerver depuis le jour où ce gamin avait dû le prendre en charge à la suite de la disparition de son jeune amant, Guillaume Messan. Il se reprit quelques secondes puis, en respirant profondément, il désigna l’humanoïde.

— Je vous présente la ferraille de notre ingénieur informaticien et astrophysicien, Timothy Berthal, reprit-il en désignant la création. Il a été spécialement conçu de ses propres mains et il est totalement inoffensif. Sa première fonction est de nous protéger.

— Mais, bien sûr ! railla soudainement la seule femme de l’équipe.

Mesurant un mètre soixante-cinq, cette Australienne à la peau hâlée était une professionnelle des langues vivantes et mortes et connaissait une grande partie des patrimoines et des vestiges laissés par les humains. Elle avait été affectée à cette équipe pour ses connaissances et parce qu’elle avait aussi combattu aux côtés de la résistance de sa nation.

— McBeth ! tonna Cyril en se plantant face à elle, à la prochaine remarque de ce genre, je vous assignerais à la tâche de porter vous-même votre matériel ! Ou, commencez à abandonner l’idée de les prendre !

Elle déglutit devant son ton cinglant et garda la bouche close.

— Lee ! Vous ouvrez la marche de l’équipe !

— Bien Capitaine ! répondit l’interpellé en activant leur transporteur qui n’était autre qu’un véhicule solidement travaillé pour supporter un poids conséquent.

Les premiers pas commencèrent dans le silence. Cyril porta son arme à impulsion, aussi appelée arme Messan, contre sa poitrine. Elle portait le nom de son créateur, dernier souvenir du scientifique. Il ferma la marche en compagnie d’Antoine qu’il préférait surveiller de près. Son médecin avait tendance à s’empêtrer dans les pires situations, d’ailleurs, il se demandait encore comment ce gamin avait pu survivre au milieu du chaos. Il pensait l’éviter en venant ici, mais comble de la malchance pour lui, cela n’avait pas été le cas. Il préféra taire ses questions en tentant de découvrir ce que la nature de Terra One avait à offrir. Bien qu’il n’attendît plus rien de la vie et qu’il n’ait connu que la guerre, il se laissa porter quelques secondes par ses vieux rêves.

Il se souvenait des conversations qu’il avait eues avec son meilleur ami Éric Messan. Lorsqu’il était jeune et le cœur encore malade, son aîné lui montrait des holographies d’un ancien temps : celles d’avant-guerre. La Terre était si belle qu’il avait peiné à croire que ce qu’il voyait d’elle était dû à toutes les attaques. Aujourd’hui, en balayant de ses yeux gris les alentours, il connaissait sa chance d’être sur un nouveau monde. Les arbres étaient très hauts, camouflant un ciel qui semblait bleu et orangé. L’air, combiné à la chaleur ambiante, était lourd. Même le vent ne parvenait pas à la faire oublier.

— Cyril, marmonna Antoine en levant ses yeux vairons vers son visage, ai-je fait quelque chose de mal pour que tu me regardes comme si on ne se connaissait pas ?

Le capitaine se permit de grogner en faisant signe à son équipe qu’il les rejoindrait avec le médecin. En recevant l’aval de Lee, il planta son regard sombre dans celui d’Antoine. Ses yeux étaient d’un bleu tantôt océan et tantôt azur, seul l’œil droit avait une tache émeraude en son centre, cela lui donnait un peu plus de profondeur. Cyril détourna son visage, agacé par le fait que ce gamin lui rappelait constamment Guillaume. Aussi jeune que ce dernier, il existait en outre en Antoine une certaine ressemblance tant dans sa manière de le regarder que de lui parler.

— Antoine, dit-il sur un ton détendu, écoute, lorsque nous sommes en équipe, je ne fais de différence avec personne, toi y compris, restons professionnels. Et puis, tu n’es que mon médecin attitré…

— Bien, Capitaine ! lui répondit d’une voix glaciale le médecin pour faire comprendre qu’il avait bien saisi le message.

Cyril n’avait jamais été doué avec les gestes et encore moins dans les paroles, sauf au temps où il avait Guillaume. Il l’avait perdu et impossible aux ingénieurs survivants de remettre la main sur les détails de la machine de Victor. Il avait gardé l’espoir de le retrouver dans le passé, mais sans aucun moyen d’y aller, il devait se résoudre à se séparer de lui et à briser son lien sensitif. Seulement, son cœur n’y parvenait pas. Guillaume avait été sa raison de survivre. Sa raison de se battre… et maintenant ? Que lui restait-il ? Rien. Rien qu’une équipe qu’il allait devoir superviser et dont il détestait son rôle.

☆☆☆

Antoine, les yeux piteusement baissés sur la terre molle, entendit la voix métallique de ferraille lui demander :

— Votre pouls s’accélère, monsieur Perles, avez-vous des problèmes cardiaque ?

À cette question, il décocha un regard assassin sur le créateur de cet humanoïde.

— Non, je vais bien… je suis juste essoufflé…

— Ferraille, stop ! intervint Timothy, le faisant immédiatement taire.

— Merci, murmura Antoine.

— Vous le connaissez bien ? lui demanda l’ingénieur Berthal en parlant de Cyril.

— Je suis juste son médecin traitant, rien de plus. Personne n’arrivait à le supporter à la base alors j’ai été désigné pour le suivre.

Timothy n’était pas stupide. Il sentait bien la déception du jeune homme. Tout en jetant un œil sur le Capitaine Mayet, il posa une main sur l’épaule de son coéquipier, mais celui-ci disparut, s’étalant de tout son long sur le sol.

— Doc-teur-Per-les ! s’écria le capitaine en le relevant d’un coup sec par le col. Vous allez rester à mes côtés ! Et,bon sang ! Regardez un peu où vous mettez les pieds !


Partie 3

Le commandant Parker, entouré de soldats d’élite, marchait d’un pas lent. Il avait été désigné pour mener à bien cette expédition, laissant derrière lui son père (George Parker, éminent ingénieur en reconstruction cellulaire et génétique) et son plus jeune frère adoptif, Jayce. Il avait accepté cette place parce qu’il avait besoin de changer d’air et aussi parce que Antoine Perles était là. Ce dernier avait aussi été pris en charge par son père. La guerre avait fait énormément d’orphelins, mais quelque part, cela avait rapproché les hommes.

Il fronça soudainement les sourcils et leva son poing droit en l’air pour stopper ses hommes. Quelque chose autour de ses équipes l’inquiéta. La nature était bien trop silencieuse. Si la précédente expédition avait été ici, il aurait remarqué des traces.

— Commandant, murmura l’un de ses hommes, je ne détecte aucune signature énergétique ou vitale.

— Soldat Callins, rangez votre carte à détection. Partez avec les soldats Grant et Clay. Vérifiez si la Colonie est sécurisée et revenez au rapport.

Le commandant Parker et le reste de l’expédition attendirent en silence un retour de communication. Au moment où la voix dudit soldat parvint à son oreillette, il comprit que, malgré les grésillements et les mots émis, la planète était habitée par une autre race. Extraterrestre ou humain, il n’était pas bon pour eux de rester grouper.

☆☆☆

Pendant ce temps, Cyril, aux aguets, écouta à son oreille la voix du commandant crier : « Que chaque capitaine arme son équipe et me rejoigne le plus rapidement ! Ceci n’est pas un exercice ! »

Plusieurs cliquetis aigus indiquèrent l’activation des armes Messan.

— Ça sent mauvais… Très mauvais… maugréa Liang en saisissant l’arme à impulsion.

— Pas de précipitation ! se justifia le Capitaine Mayet en croisant le regard inquiet de Timothy, ceci fait partie du protocole. Au moindre bruit suspect, allongez-vous !

— D’accord capitaine, lui répondit l’ingénieur.

— Donnez une oreillette à l’équipe et activez votre ferraille, j’aurais besoin qu’elle voie si elle peut détecter des signes de vie autre que les nôtres.

— Bien, capitaine.

Timothy ordonna à son humanoïde de suivre Cyril et de lui obéir.

— Oui, Thy, répondit la ferraille.

— Et… c’est tout ? s’étonna le capitaine.

— Oui, à quoi vous attendiez-vous ? À ce que j’appuie sur un bouton On/Off ?

— C’est une machine…

— C’est MA création ! chuchota-t-il indigné, elle m’obéit, si je lui dis stop, elle s’arrête. Si je lui dis…

— Okay, l’interrompit-il, c’est parfait…

Cyril s’éloigna et rejoignit Parker, le dirigeant de l’expédition. À plusieurs pas de l’unité 4, lorsque tous les capitaines se retrouvèrent auprès du commandant, l’inquiétude était lisible dans son regard. Ce dernier les avertit qu’ils devraient rester sur place, car ses trois soldats venaient de lui dire que la colonie était déserte.

— Tout a été saccagé, les informa-t-il. Et comme il ne tardera pas à faire nuit, je veux que chaque capitaine veille sur son équipe quoi qu’il arrive.

Cyril avait le sentiment d’être à nouveau replonger dans une guerre qui allait à nouveau lui reprendre des vies…

☆☆☆

Comme la plupart des capitaines ne se connaissaient que de réputation, ils avaient décidé avant la marche qu’ils feraient plus ample connaissance à la colonie. Cependant, au vu des événements, ils allaient le faire ici et rapidement.

Le commandant Parker jeta un œil sur les membres de l’expédition. Les présentations furent brèves, car il était certain qu’il n’aurait pas assez de temps. Il sortit une feuille transparente qui devint une carte des alentours lorsqu’il apposa son pouce sur le cercle blanc prévu à cet effet. Il leur expliqua que les éclaireurs avaient découvert une colonie partiellement installée.

— D’après la cartographie de l’environnement, nous ne sommes pas loin des montagnes. Des grottes se trouvent sur ces points de repère, si nous sommes amenés à être séparés, rassemblement ici, expliqua-t-il en désignant d’un index des points rouges. Nous allons attendre le retour de mes hommes, à ce moment-là, nous aviserons.


Partie 4

Alors que les capitaines faisaient leur réunion, un jeune homme au regard vairon levait ses yeux vers le ciel bleu et orangé. Qui aurait pu croire que dès le premier jour sur Terra, ils se retrouveraient tous à dormir à la belle étoile ? Le soleil de ce système donnait un resplendissant coucher de soleil. Combien de fois ce genre de paysage avait-il émerveillé Antoine ? Assis en tailleur sur de l’herbe verte et éclatante, il jeta un œil sur l’équipe dont il faisait partie.

Le chinois râlait beaucoup, mais il n’était pas méchant. L’Australienne était une sorte de boule de nerfs, frustrée et enquiquineuse. L’ingénieur était plutôt réservé et son robot qui avait suivi le capitaine Mayet semblait très à l’écoute. L’humanoïde avait une apparence humaine et seule sa voix métallique indiquait le contraire.

Il ferma quelques secondes ses yeux et apprécia ce petit moment de solitude. Une légère brise balaya ses cheveux bruns, le poussant à sourire. Bien que les autres équipes fissent du bruit, il découvrait la nature, chose qu’il n’avait pas vraiment pu faire auparavant, ayant vécu sous terre comme tout le monde ici présent. Les mains sur les genoux, il se laissa bercer par le souffle du vent, et se remémora le visage des gens qu’il avait connu.

La Terre, dévastée après plus d’un siècle de guerre, était enfin libre. Cela, tout le monde le savait : c’était grâce à Victor Messan. Ce brillant scientifique avait réussi à faire parvenir des schémas pour créer les armes à impulsion qui avaient la capacité de neutraliser et de détériorer les cartes mémoires des androïdes.

Il sentait la douceur des caresses d’une brise magique. Elle semblait avoir le pouvoir d’apaiser son cœur, comme si des bras imaginaires l’enlacer et le consoler. Ici, il avait la certitude qu’un nouvel avenir était à sa portée.

— Bon, le coupa l’ingénieur qui l’obligea à ouvrir ses paupières, si nous faisions connaissance en attendant le capitaine ?

.

Les membres de l’unité s’assirent en cercle et se fixèrent en invitant Timothy à commencer.

— Okay, je suis Timothy Berthal, j’ai eu un apprentissage auprès de mon père en tant qu’astrophysicien et informaticien, ainsi que tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’électronique. J’ai intégré l’équipe parce que mon frère Yohan fait partie de la première expédition, voilà…

— Eh ! s’amusa l’Australienne, pourquoi avoir créé ta machine ?

— J’ai voulu prouver que selon le concepteur, il était possible qu’un robot soit fidèle à son créateur. D’ailleurs, notre poste à Berlin était vaillamment gardé par des androïdes martiens que j’avais rééquilibrés.

— Oh mon Dieu, tu es « le ferrailleur » ? s’exclama-t-elle soudainement.

— Tout à fait !

Ce que Timothy n’ajouta pas, c’était qu’il regrettait de ne pas avoir pu le faire bien plus tôt. Cela aurait pu aider d’autres postes à se défendre.

— Alors, mille excuses pour tout à l’heure, lui chuchota celle-ci, je n’ai jamais su ton vrai nom…

— Pas de souci, répondit-il sans rancune.

— Bien, reprit la jeune femme. À mon tour, moi, c’est Andréa McBeth, je viens d’Australie, j’ai longuement étudié auprès de professeurs qui se fascinaient pour les vieilles langues, bon je dirais plus morte que vivante… bref, entre deux attaques, pour me relaxer, je restais avec eux pour m’instruire. L’Union terrienne m’a contacté parce qu’ils avaient eu vent de mes compétences et que j’ai participé à la libération de notre base, mais il faut avouer qu’on n’y serait jamais arrivé sans l’aide des armes Messan.

— Okay, mais un conseil, murmura l’ingénieur en dévisageant chaque personne du groupe, n’utilisez jamais ce nom de famille devant le Capitaine Mayet.

— Pourquoi ? l’interrogea Liang qui ne devait pas vraiment connaitre l’histoire de Cyril.

Timothy planta ses yeux bleus dans ceux du médecin qui, en soupirant, comprit que c’était à son tour de parler.

— Bien, commença Antoine d’une voix tremblante. Cyril défendait notre poste en Auvergne, nous comptions deux cents soldats d’élite dont il faisait lui-même partie. Comme vous le savez, les androïdes ont su que Victor Messan était dans notre base souterraine. Le jour attendu, nous avons été sauvagement attaqués. Victor a pu ouvrir un portail temporel et envoyer une centaine de femmes, d’adolescents et d’enfants en sécurité. Parmi eux se trouvait Guillaume, le fils cadet de Messan et pour ceux qui ne savaient pas, il était le compagnon de Cyril. Pour finir, Victor est mort dans ses bras.

Un silence lourd de souvenirs pesa soudainement entre ces hommes qui avaient tous vécu à leur manière la plus terrifiante des guerres. Ils avaient perdu des êtres chers et certains connaissaient la douleur de ces disparus. En ce qui concernait ceux qui avaient traversé le temps, le deuil se vivait-il la même façon ? Personne n’aurait su le dire.

— Hey, poursuivit Liang en posant une main amicale sur l’épaule d’Antoine, ce qu’il faut se dire, c’est que tout ça, c’est derrière nous.

Tous les quatre se contemplèrent en hochant tristement de la tête. Ils étaient réunis pour un objectif précis : construire un nouveau monde sans oublier ceux qui étaient restés sur Terre.

— Quel est l’idiot qui sait si bien casser l’ambiance, murmura piteusement Timothy en glissant une main nerveuse dans ses cheveux blonds avant de la lever en l’air, je suis désolé les gars.

— Ne t’en fais pas, lui chuchota le jeune médecin en souriant, je pense que nous avons tous besoin d’en parler. Et puis, il faut bien que nous apprenions à nous connaitre si nous devons veiller les uns sur les autres.

— Bien dit mon petit ! s’écria Andréa en couvrant le benjamin de l’équipe d’un regard maternel.

— Okay, moi, je suis le médecin du groupe, se présenta Antoine. J’ai appris tout ce que je sais avec des gens passionnés tels que George Parker, mon père adoptif et parce que, bon, nous manquions de main-d’œuvre alors, je me suis lancé dans cette voie…

— C’est le père du commandant ? l’interrogea McBeth.

— Oui, mais je ne connais pas vraiment Lionel, il était affecté à la base de l’Union terrienne.

— J’en ai entendu que du bien, lui révéla-t-elle, même George, il parait que c’est un homme de grand cœur.

— C’est vrai, admit le médecin.

— Pour ma part, intervint timidement Liang après un court silence, je suis chinois et j’ai beaucoup étudié les différents types de sols qui nous entouraient, tout ça pour pouvoir nous déplacer facilement sans être repéré. J’ai mis mon nez dans les vieux bouquins de géologie et j’ai préféré rester dans cette discipline pour agrandir nos souterrains. Je sais aussi me battre, mais comme vous le savez, ça ne me servait à rien. J’aurai été suicidaire, je serais certainement fait piétiner comme un vulgaire moustique…

— J’ai beaucoup aimé les mini drones d’agrandissement, parla l’australienne.

— Oui. Pratique et facile, ça vérifie le terrain et si tout est bon, ça te creuse des tunnels en un rien de temps.

— C’est encore un outil utile.


Partie 5

Ils continuèrent à discuter en attendant les directives de leur capitaine. Chacun émettait plusieurs hypothèses sur l’environnement de cette planète, lorsque l’humanoïde de Timothy les rejoignit et chuchota :

— Selon les données, il y a 97% de chance qu’une forme d’intelligence vive ici.

— Tss, Tss, marmonna l’ingénieur en secouant son index, ces données sont vieilles de quarante-deux ans.

— Non, Thy, reprit la machine, c’est selon mes données actuelles.

— QUOI ? s’écria-t-il en se faisant remarquer par les autres groupes qui discutaient à voix basse, et ce n’est que maintenant que tu me le dis ?

— Vous m’avez expressément dit, et je répète vos mots, « tu la fermes ou je n’hésiterais pas à te mettre en pièces ».

L’ingénieur Berthal fit la moue en évitant de regarder ses coéquipiers.

— Okay, d’accord, t’as raison. Quand tu détiens des informations capitales, là, tu peux me le dire. Alors, comme ça, depuis nos dernières données, il y a eu des changements ? Comment cela est-il possible ?

— D’après mes capteurs sensoriels, il y a dans l’air des particules infimes de chairs cuites, de peaux mortes, de parfums frais et inconnus, des mélanges de braises et de…

À cette seconde, toute l’équipe entendit à leur oreillette le cri de leur capitaine :

— À terre !

Paniqués, ils se jetèrent à plat ventre et purent voir à leur hauteur, l’expédition s’agiter. Le soleil allait bientôt disparaitre et cela n’avait rien d’encourageant.

— On est mal, on est mal, maugréa Liang.

☆☆☆

De l’autre côté, Cyril venait d’apprendre par le soldat Gabe Callins, que le camp était recouvert d’ossements humains. Des trois éclaireurs, celui-ci était le seul à en être revenu. Son regard horrifié les avaient tous fait tressaillir. Cyril demanda à Gabe de retrouver son unité en attendant les dernières directives.

— Écoutez-moi bien, les gars, leur intima le commandant, quoi qu’il puisse se passer, restez avec votre unité ! Sur les dix équipes, j’espère que nous arriverons à nous retrouver, car…

De multiples tirs aigus sifflèrent à leur niveau, les interrompant brusquement.

— Suivez le protocole de niveau maximum ! Bonne chance à tous !

Le capitaine Mayet courut vers son équipe, arme activée. Au milieu de tout ce monde, il n’arrivait pas à voir d’où les tirs provenaient. Certains parmi les soldats tombèrent à terre. La respiration entrecoupée, il avertit ses coéquipiers par oreillette de ne prendre que ce qu’ils jugeaient nécessaire et de se tenir prêts à le suivre.

Soudain, une chaleur intense le saisit brutalement au niveau de son cou. Ses jambes flageolèrent et s’immobilisèrent. Tout autour de lui parut soudainement tournoyer. Les couleurs de la nature s’estompèrent pour laisser place à l’obscurité.

☆☆☆

Alors que Cyril s’effondra, Gabe rejoignit l’unité 4. L’équipe vidait le transporteur pour ne conserver que ce qui était utile. Il commença à les guider quand il écouta Timothy demander à son humanoïde de cerner la signature vitale de leur capitaine.

— Il est exactement à quatre mètres, à dix heures, l’informa celui-ci en fixant la direction.

Gabe le chercha rapidement d’un regard. Lorsqu’il le distingua, il prévint les autres qu’il allait le rejoindre.

— Capitaine ! l’appela-t-il en s’agenouillant près du corps et hurla le prénom du médecin. Antoine !

Le jeune homme arriva et l’ausculta. Les pupilles du capitaine étaient dilatées. L’état de désorientation de ce dernier lui fit comprendre qu’il était drogué. Il chercha rapidement d’où cela pouvait provenir quand il vit une petite tige métallique. Sans attendre, il l’ôta.

— Capitaine ! cria le médecin en tapotant une joue, mais il ne réagit pas. Tim ! J’ai besoin de ferraille, notre capitaine est touché !

L’ingénieur se dépêcha d’envoyer son humanoïde. La ferraille souleva facilement le corps sur son épaule. Lorsqu’il atteignit le transporteur en compagnie d’Antoine et de Gabe, il y déposa le capitaine. Chacun prit son gros sac à dos et ils quittèrent l’endroit en laissant derrière eux le brouhaha de pas de course.

Le soldat Gabe, en surveillant leurs arrières, constata que certaines équipes étaient déjà parties. Le visage impassible et la mâchoire serrée, il se demandait dans quel guêpier ils s’étaient tous fourrés.

☆☆☆

Plongé dans ses vieux regrets, Cyril revoyait Victor allongé et ensanglanté au milieu du laboratoire.

Le centre de la pièce avait été pulvérisé après le passage d’un androïde. Cette vision lui était insupportable. Pourtant, il prit dans ses bras le corps meurtri du vieil homme qui respirait encore. L’horrible mare de sang lui indiqua que c’était la fin de son beau-père…

— Guillaume est parti, lui chuchota difficilement Victor.

À ces mots, sa poitrine se comprima douloureusement. Ses larmes longtemps contenues finirent par couler, mais en bon soldat, il les effaça en secouant violemment la tête.

— Vos armes, murmura-t-il en lui faisant honneur d’un sourire, elles marchent…

— Mon garçon, ton destin ne fait que commencer…

Qu’avait-il voulu lui dire ? Cyril désirait en comprendre le sens, mais en écoutant le dernier souffle de cet homme qu’il estimait tant, il déversa subitement toute sa colère. Un effroyable cri, issu du plus profond de lui, franchit inéluctablement de sa gorge et retentit à travers toute la pièce.

Son visage se ferma et son regard afficha une douleur empreinte de folie. Il avait tout perdu. Les armes Messan étaient efficaces, mais il se retrouvait seul. Le calme soudain qui régna autour le mit hors de lui. Comment un tel silence pouvait-il exister ? Jamais cela ne s’était produit ! Alors, le corps ravagé de fureur, il déambula jusqu’à la première sortie et courut vers ses satanés androïdes inertes. Il se jeta sur l’un d’eux et donna des coups de poing sur leurs taules rigides, encore et encore, en hurlant les larmes aux yeux :

— Vous nous avez tout pris ! Vous nous avez tout pris ! Rendez-le-moi ! Rendez-moi mon petit prince ! Rendez-moi Guillaume !

Cyril avait déjà perdu Éric, son ancien supérieur et aussi fils de Victor. En le perdant, il avait vu à travers les regards des enfants la peur qu’avaient instillée ces décès : un désenchantement total. Lorsqu’il avait croisé les yeux de Guillaume, il s’était autorisé quelques années plus tard à l’aimer parce que l’espoir était tout ce qui lui restait : celui de survivre pour une bonne raison. Mais quand cette raison lui avait repris de force, que lui restait-il aujourd’hui ?

☆☆☆

— Qu’allons-nous faire ? demanda Antoine qui s’accroupit dans la grotte où l’unité s’était réfugié.

— Je ne sais pas, lui répondit Gabe en passant une main nerveuse dans ses cheveux noirs. Pour le moment, restons silencieux, nous ne devons pas nous faire repérer. Comment va-t-il ?

— Je ne pense pas que ce soit mortel, je n’ai rien détecté dans son sang qui puisse me l’indiquer.

— Okay, éteignez vos émetteurs pour le moment, poursuivit Gabe, le protocole exige une extrême vigilance donc, nous l’activerons demain matin quand on aura vérifié les alentours.

.

Timothy obtempéra tout en faisant les cent pas, bras croisés et sur les nerfs. Quelques minutes plus tôt, son humanoïde était entré seul dans cette grotte pour trouver le son qu’émettrait la femelle de la bête qui y vivait. Bien qu’il lui ait fallu vingt longues minutes pour identifier l’intonation de l’étrange animal, sa ferraille avait réussi à la déloger de l’endroit et maintenant il était parti. Merde ! Voilà qu’il s’inquiétait pour sa création qui, jusqu’alors, ne comptait pas du tout…

— Tu devrais le baptiser, lui suggéra Lee.

— Ce n’est qu’une machine.

— Ça se voit que tu as peur qu’il se fasse mettre en pièces, chuchota Andréa qui s’agenouillait près d’un tas de bois à quelques pas du transporteur où gisait Cyril. Ce serait bien mieux pour l’appeler.

— Ce n’est qu’une machine, réitéra-t-il en la regardant allumer un feu.

— Ouais, mais, insista le chinois avec un sourire moqueur, comme tu le dis c’est ta création…

— Et alors ? maugréa-t-il, ce n’est pas pour ça que je vais lui donner un nom.

— Non, mais… c’est ton bébé ! renchérit Andréa.

Timothy bougonna quelques mots incompréhensibles. Bien sûr qu’il s’inquiétait pour cette chose, mais il ne voulait pas l’admettre. Au départ, il désirait démontrer qu’une machine dotée d’intelligence n’avait qu’un maître, pas qu’il se prenait pour un père ou, pire, un Dieu.

.

L’objet de ses pensées revint deux minutes plus tard. Timothy dissimula sa joie en ronchonnant sur un ton froid :

— T’en as mis du temps !

— Désolé, Thy, lui répondit son humanoïde en se postant à ses côtés, mais j’ai dû faire un long détour pour qu’elle ne revienne pas avant demain midi.

L’ingénieur fit une moue qui semblait dire combien il était fier de lui, mais au lieu de le féliciter, il ajouta seulement de mettre ses capteurs en veille pour éviter de signaler leur position.

Andréa et Liang continuèrent de l’embêter avec l’humanoïde pendant que le médecin et Gabe restaient près du corps du capitaine.

— Dis-moi ? demanda Antoine en levant son regard sur le soldat.

— Oui…

— Qu’as-tu vu à la colonie ?

— Il n’y avait rien, lui répondit le soldat d’une voix hésitante. Aucune trace de vie.

Cette réponse semblait déjà tout dire. Antoine, gagné par la peur, sentit l’anxiété l’envahir.

— Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir soldat d’élite ? le questionna-t-il en changeant de sujet.

— Je pourrais te retourner la question, jeune homme, lui rétorqua Gabe.

Antoine voulait juste combler ce silence, juste se dire qu’il n’était pas là pour rien, car finalement, Cyril n’avait pas l’air d’avoir besoin de lui. Il était peut-être son médecin et, hormis le traiter pour ses problèmes d’insomnie et de l’écouter, Antoine ne lui était d’aucune utilité. Depuis qu’il était descendu de la navette, il remettait en question sa présence. Il aurait dû refuser cette place, mais les autorités de l’Union terrienne ne lui donnèrent pas le choix, car aucun autre médecin n’avait pu supporter le caractère de Cyril.

— Quand j’avais quinze ans, se confia-t-il en se sentant à l’aise avec son interlocuteur, je connaissais un gars, Mathieu Lens, il était aussi soldat d’élite.

Tout le monde avait souffert alors, à quoi bon ressasser le passé, car chaque fois qu’il y pensait, cela le faisait souffrir.

— Tu sais, lui dit Gabe en posant une main sur son épaule comme s’il l’avait compris, je sais écouter et je peux te comprendre…

Antoine lui sourit timidement puis, en secouant la tête, il chuchota que cela lui passerait.

— En as-tu déjà parlé à quelqu’un ? l’interrogea tout de même le soldat Callins d’un air inquiet, parce que, du haut de mes trente ans, je suis assez grand pour tout entendre.

— Non, c’était il y a longtemps.

— Nous avons tous nos blessures. Il faut laisser le temps au temps, lui conseilla son aîné.

Ils levèrent subitement leur tête quand Liang arriva pour leur donner des barres à grignoter puis les autres les rejoignirent.

— Eh ! Les gars, murmura Andréa, on fait bande à part ? Ce n’est pas cool.

—Tim, tu lui as trouvé un nom ? le taquina Antoine en désignant l’humanoïde.

— Rhaa, mais arrêtez avec ça, ronchonna l’ingénieur, je n’en ai aucune envie !

Gabe ouvrit sa barre chocolatée et se permit d’émettre un son de contentement qui fit sourire ses coéquipiers.

— Hé bah, chuchota Timothy, te faut pas grand-chose pour te faire plaisir !

— Ecoute, depuis que la guerre est finie et qu’ils ont ressorti ces putains de barres, je suis tout fou, j’adore !

— Ah ! Nous saurons comment te faire parler alors ? s’amusa McBeth qui jetait un regard triste sur le corps du capitaine.

.

Andréa tentait de penser à autre chose qu’à ce que son équipe venait de vivre. Elle qui avait cru vivre une aventure palpitante et enrichissante, allait être servie. Néanmoins, elle appréciait ces hommes. Elle sourit et dégusta sa friandise en essayant de dissimuler ses tremblements de peurs. Soudain, elle éclata de rire en regardant Liang narguer le soldat Callins avec une autre barre de chocolat.

La nourriture ne posait pas de problème durant la guerre. Leur avancée technologique était arrivée à un point qu’ils avaient réussi à créer une machine qui produisait les nutriments nécessaires à leur organisme. La différence avec la vie d’avant-guerre était que tout était un leurre. Une cuisse de poulet ressemblait à une cuisse de poulet, mais la leur était une pâle copie qui malgré tout ça détenait soi-disant le même goût et n’offrait que la quantité journalière d’énergie qu’avait besoin un corps humain.

— Personne n’a du café ? demanda-t-elle en les dévisageant. Du vrai de vrai. Pas une synthétisée…

— Non, désolé, lui répondirent-ils.

— Moi, je m’en fous, j’ai mes barres !

☆☆☆

Cyril les entendait, mais ne parvenait pas à bouger. Il les écoutait et se demandait depuis quand il n’avait pas entendu des rires aussi vrais. Pour la plupart, ils ne se connaissaient pas et son équipe semblait déjà veiller les uns les autres. Il prenait conscience que la guerre avait rapprochés les hommes et bien que le danger les guettât au-dehors, il savourait pleinement ce moment de détente.

.

Cyril avait dû s’endormir, car il entendit Andréa chuchoter qu’il y avait des écritures circulaires combinées à des chiffres au fond de la grotte. Elle fit bien comprendre qu’elle n’était pas tranquille, car le pan de la paroi avait été dissimulé de plusieurs couches de ce qui ressemblaient à de gros feuillages. Sa voix tremblante ne le rassura pas. Elle était nerveuse et vibrante d’angoisse, de quoi lui donner la chair de poule.

— De ce que j’ai pu comprendre, murmura la jeune femme, cela représenterait deux systèmes solaires et, le plus troublant serait qu’il y ait quelque chose en lien avec notre Terre, je ne comprends pas tout, mais imaginez un instant qu’il y ait des humains, ici ?


Partie 6

« 6 novembre 2411 (soir, nuit) date terrienne

Deux mots : longue journée ! Que dire à part ma déception ? Nous sommes à peine arrivés que nous avons été attaqués. Si venir ici est encore pire que ce que nous avons vécu sur Terre, pourquoi devrions-nous continuer à nous battre ? Je ne pense qu’à Yoan et à ce Nouveau Monde qui me semblait d’en haut si accueillant que j’aurais tout donné pour croire en un avenir possible. Mais la réalité sait frapper là où ça fait mal. Enfin, arrêtons de rêver comme des gosses… À l’heure actuelle, impossible de savoir où se trouvent les autres équipes. J’espère que nous les retrouverons. Thy. »

☆☆☆

Antoine n’arrivait pas à dormir après le stress de cette fin de soirée et puis, il y avait toujours ces vieux hurlements qui le hantaient, l’empêchant de trouver le sommeil. Les yeux tout de même fatigués, il se retint de bâiller et décida à se lever. Il dégourdit ses jambes et alluma la petite lampe intégrée à sa veste noire du côté de son cœur. Son regard se perdit quelques instants sur le jet de lumière qui lui rappela Victor.

Cet homme était tellement doué dans son domaine qu’il se demandait comment les scientifiques n’avaient pas pu se rendre compte que toutes les armes à base de nanonium nourrissaient les androïdes. Les bombes étaient les pires. À chaque explosion, tout le monde avait cru les anéantir, mais la vérité était que ces saletés de machines avaient su dissimuler leur secret : un point fort que seul Messan était parvenu à comprendre.

.

Il soupira en secouant la tête et jeta un œil vers l’entrée de la grotte : Gabe faisait le premier tour de garde. Rassuré que le groupe soit veillé, il partit au fond de la grotte. Il voulait absolument voir les dessins. Il prit le temps de regarder où il posait les pieds, puis une fois arrivé, ses yeux s’écarquillèrent.

Comme un enfant, il découvrit un pan de mur rempli de symboles et d’écritures qu’il ne connaissait pas. Quelle civilisation aurait pu faire autant de motifs sur de telles pierres ? Quels humains, si c’était d’eux dont il était question, auraient pu prendre le temps de laisser derrière eux une énigme aussi gigantesque ? Antoine, fasciné, prit son appareil holographique et enregistra les moindres parcelles.

Il sursauta lorsqu’il entendit un bruissement caïeux derrière lui.

— Andréa, marmonna-t-il la main sur l’estomac, tu m’as fichu une trouille.

— Antoine, murmura-t-elle en posant une main sur son épaule, tu devrais aller te coucher.

Il aimait son regard, doux et maternel. Elle avait beau donner l’impression d’être forte et amusée, ses yeux noisette ne mentaient pas. Ils laissaient apparaître une lueur d’inquiétude que lui-même ressentait.

— Je voulais voir les dessins, bredouilla-t-il en se tournant sur le mur, et tu as remarqué qu’il y a un troisième système plus haut, dit-il en lui montrant un autre soleil plus grand que les deux derniers qu’il regardait.

Tout en parlant, Antoine le lui montra du doigt. Un autre soleil plus grand que les deux premiers semblaient dessiner un triangle. C’était peut-être une coïncidence ou pas.

— Non, je ne l’avais pas vu tout à l’heure, lui répondit-elle en s’approchant.

Antoine alluma une sphère de lumière. C’était une boule d’une vingtaine de diamètre qui flottait à un mètre du sol. Il la regarda comme si elle venait de découvrir un secret. Les yeux de McBeth pétillaient au fur et à mesure qu’elle détaillait chaque dessin.

— Pourquoi est-il exposé plus haut ? se demanda-t-elle pour elle-même. C’est soit à cause de la distance ou, soit parce que cela forme une pyramide, comme pour signifier leur supériorité aux deux autres systèmes.

— Tu crois ? s’enquit-il.

— Non, lui répondit-elle, je ne fais que supposer, je n’ai rien d’autre pour confirmer ce que je dis, mais c’est ce qui me vient à l’esprit.

Elle s’approcha encore davantage de la paroi pour mieux distinguer les formes.

— L’écriture me parait…

— Quoi ?

— Je distingue deux écritures différentes et, dit-elle en faisant une pause, c’est étrange parce que ce genre de symboles ressemble beaucoup à ceux qu’utilisaient les Mayas…

— Les Mayas ? Mais, coupa d’une voix étonnée Antoine, ça fait des siècles que cette civilisation n’existe plus sur Terre.

— La seconde écriture, reprit-elle complètement absorbée par ces dessins, ne me dit rien…

Elle se tut pour tenter de réfléchir. Le regard planté sur ces étranges glyphes, elle devait absolument retrouver ses données dans sa tablette.

— Regarde, murmura-t-il en désignant un autre schéma qu’il repéra, il y a douze petits cercles et un treizième au centre.

Elle fit quelques pas dans sa direction lorsqu’elle tressaillit en apercevant l’image d’un crâne au-dessus de ce que le médecin décrivait.

— Ce n’est pas possible… c’est… oh mon Dieu, as-tu déjà entendu parler du berceau de l’humanité ? lui demanda-t-elle sans lâcher le pan de la paroi de ses yeux étincelants et écarquillés.

— Vaguement, reconnut-il, tu parles du lieu où Lucy a été découverte ?

— Oui et non. Lucy a été découverte en Éthiopie donc les archéologues de l’époque ont jugé bon de penser que c’était à cet endroit que se trouvait le berceau de l’humanité, mais, dit-elle en haussant le ton tout en gardant un œil sur les symboles, la civilisation des Mayas remonterait seulement à trois mille ans avant notre ère sur Terre, et selon certains codex maintenant disparus, des anthropologues avaient suggéré que ce peuple aurait existé bien avant Lucy. Ou qu’elle soit encore plus ancienne que Lucy… enfin, ça c’est sur Terre. Là, c’est ce qui est déroutant, est que nous sommes en présence de ceux qui ont instauré cette civilisation ! D’après ces glyphes, ce sont bien des mayas qu’il est question, poursuivit-elle en pointant son index sur le troisième système, mais ça me parait étrange parce qu’ici…

Andréa se permit une pause et remua son index au-dessus des crânes avant de tenter de traduire.

— Il s’agit de la représentation des douze crânes de cristal et en son centre celui qui devrait apporter la connaissance des…

Elle grogna après le dernier symbole qu’elle n’arrivait pas à déchiffrer.

— J’ai une mémoire photographique d’habitude et ce glyphe ne me dit rien, reprit-elle sans faire attention à lui, c’est comme si Lucy n’était qu’un leurre pour éviter aux hommes de découvrir qu’une civilisation avancée existait déjà et…

Antoine ne l’écoutait plus. Il était attiré par deux orbes bleus dont la taille laissait supposer être des yeux ancrés dans la paroi. Pourtant, il n’y avait aucun visage. Il les effleura instinctivement du bout des doigts comme s’il devait absolument le faire. Il vit un flux bleu électrique passer à travers sa peau et avant de s’en éloigner, il s’évanouit sous le coup de cet effet.

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Andréa tourna rapidement la tête en le voyant étendu et inconscient au sol. Inquiète, elle regarda vivement l’objet que le jeune homme avait dû toucher. Un frisson glacial la cloua sur place lorsqu’elle aperçut le visage dessiné autour des pierres. Sans attendre, elle appuya rapidement sur son oreillette :

— Gabe ! J’ai un problème, je suis au fond de la grotte !

L’interpellé arriva, son arme activée entre les mains. Les yeux sévères et plantés sur le corps d’Antoine, il la désactiva et la passa en bandoulière par-dessus son épaule.

— Que s’est-il passé ?

Elle lui expliqua brièvement ce qui venait de se produire et trembla en ajoutant d’une voix nerveuse :

— Je… je n’aime pas cette planète, j’ai l’impression que nous ne sommes pas seuls… enfin, dit-elle en déglutissant, nous nous sommes fait attaquer, ça prouve déjà que nous ne le sommes pas, mais c’est de savoir qu’ici, autrefois, comme sur Terre, la même civilisation ait pu existé, ça me fout encore plus les jetons…

Le soldat d’élite écouta Andréa tout en portant Antoine jusqu’au corps allongé du capitaine Mayet. Il avait bien compris que la planète était habitée et qu’ils étaient loin d’être seuls.

— Tu ne m’as pas écouté ! lui hurla-t-elle en réveillant les autres membres de l’unité.

— Houlà ! grommela Timothy en s’étirant comme un chat, qu’est-ce qui se passe ?

Merveilleux ! Maintenant tout le monde était réveillé sauf Antoine et Cyril. Andréa, paniquée et stressée, se remit donc à raconter tout ce qu’elle avait compris ainsi que le moment où le médecin avait touché deux pierres.

L’éducation et l’apprentissage des connaissances humaines n’étant pas une priorité durant la longue et pénible guerre contre les androïdes martiens, très peu avaient étudié la civilisation des mayas. Elle prit donc le temps de leur révéler que sur Terre, cette civilisation avait connu une importante période de règne allant de 2600 av. J.-C à 1050 après J.-C, mais rien n’interdisait de penser que le début de leur existence avait commencé encore plus tôt.

Elle souligna même qu’il existait des archives mayas : des codex recelant des données inestimables concernant l’histoire et la science de leur civilisation, mais qu’ils avaient été détruits. Cependant, la cause du dépeuplement quasi total des puissantes cités mayas restait encore inconnue, voire un mystère total aux yeux des chercheurs. Leur chute n’avait pas été violente : les ruines retrouvées sur Terre, à l’époque d’avant-guerre martienne, étaient loin d’être des villes détruites, mais des cités abandonnées.

— Sur ces restes de cités, marmonna-t-elle le corps frissonnant, il n’y a jamais eu de trace d’hécatombes ou de fosses communes. C’était comme si cette civilisation avait tout bonnement décidé de partir. Envolée. Disparue.


Partie 7

Un silence presque flippant parut s’inviter après cette annonce. Chacun se regardait dans le blanc des yeux puis, confus, ils sursautèrent lorsque Antoine gémit de douleur. Andréa, très inquiète, s’agenouilla à côté de ce dernier en lui demandant ce qu’il ressentait :

— J’ai juste mal au crâne, bredouilla-t-il.

Gabe l’aida à se redresser et à s’assoir.

— Quoi ? questionna le soldat d’une voix rauque en croisant le regard livide d’Andréa.

— Antoine a touché deux pierres saphir et… son visage s’est inscrit autour d’elles.

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Antoine, paniqué à son tour, passa ses mains tremblantes sur ses joues et maudit sa curiosité. Très vite, en se rappelant l’étrange phénomène bleuté et électrique qu’il avait vu et ressenti à travers son corps, il saisit son micro-stylo d’analyse. Cet objet avait la possibilité de trouver la moindre anomalie dans ses cellules. Il appuya d’un coup sec la pointe fine sur sa peau et le clignotement rouge fut sans appel.

— Je… il y a quelque chose qui est passé en moi… ce n’est pas bon…

Timothy qui jusque-là écoutait, se tourna vers son humanoïde :

— Fais un scan complet d’Antoine, s’il te plait.

— Bien, Thy, répondit la ferraille en faisant glisser une lumière verte sur tout le corps du médecin.

Après quelques minutes, Liang interrompit le silence :

— Bon, il faut relativiser : si cette civilisation voulait détruire la race humaine, tu serais peut-être déjà mort ?

— Ah ! Ah ! Merci, Lee, bougonna Antoine un brin apeuré, tu viens de me rassurer…

Si la pointe d’humour de Lee avait un peu calmé les esprits, Timothy glissait nerveusement une main dans ses cheveux blonds indisciplinés en attendant patiemment les résultats d’analyse de sa création.

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Soudain, le bruit lourd d’un corps les fit tous sursauter : Cyril, les yeux ouverts, venait de tomber du transporteur. Gabe le releva en le soutenant sous une épaule, mais les jambes du capitaine semblaient avoir du mal à le garder debout. Il réussit néanmoins à le faire assoir à côté d’Antoine qui détourna ses yeux.

— Berthal ! tonna le capitaine.

— Oui ?

— Où en est ta machine ?

Antoine déglutit en comprenant que le capitaine avait tout entendu. Il ferma quelques secondes ses paupières, car il savait qu’il allait passer un mauvais quart d’heure. La respiration courte, il osa enfin poser son regard sur lui : la colère était lisible.

— Capitaine, tenta de le défendre Andréa, ce n’est pas de sa fau-

— Vous ai-je adressé la parole ? s’écria celui-ci en la dévisageant furieusement avant de reposer son regard sur lui. N’avez-vous pas lu le protocole ? Tout objet inconnu ne doit en aucun cas être touché ! À moins d’avoir quadrillé l’emplacement et d’être habilité à le faire ! Et L’étiez-vous ?

— Non…

— Nous ne savons même pas où nous sommes et vous ! lui cingla le capitaine en claquant des doigts lorsqu’il baissa les yeux au sol pour les relever face aux siens. Vous vous permettez d’outrepasser les ordres ! D’outrepasser le protocole ! Aviez-vous pensé une seconde à la protection de l’unité ?

Antoine écouta en sachant qu’il avait commis une faute. Il ne pouvait pas se défiler. Il était en équipe et devait en subir les conséquences.

— Non ! Vous vous évertuez à n’en faire qu’à votre tête ! Nous ne sommes plus sur Terre ! Vous ne vous posez pas la question de ce que vous faites à votre équipe en agissant de la sorte ! Vous ne devriez même pas vous trouver parmi nous ! Vous n’êtes qu’un maladroit incapable d’être parmi les meilleurs ! Qu’ai-je fait pour vous avoir eu dans mon équipe ? Vous ne me servez strictement à rien !

— CYRIL ! coupa la voix de Gabe qui essayait depuis quelques secondes de l’appeler.

Énervé et emporté, le capitaine se releva, dégourdit ses jambes et les fléchit en se disant qu’il n’admettrait pas d’avoir été aussi loin. Tout ce que venait de faire Antoine avait peut-être alerté les peuples qui vivaient sûrement sur ce territoire.

— Et maintenant ? Que va-t-il arriver ? s’écria-t-il en reprenant de plus belle.

— Thy, commença l’humanoïde, d’après mon analyse, il n’y a aucune trace inconnue dans l’organisme de monsieur Perles qui devrait nous inquiéter, mais son cerveau doit être suivi.

— Comment ça ? demanda l’ingénieur.

— Je détecte une activité supérieure au mortel. Pour l’instant rien de concret, je devrais avoir plus d’informations dans quelques jours.

— PARFAIT ! brailla Cyril, espérons que vous ne retourniez pas à l’état des hommes primitifs !

Antoine, les dents serrées, accueillait dignement les reproches de celui-ci, mais il n’acceptait pas que sa place soit remise en question, et cela, devant l’équipe entière. Pendant qu’il réfléchissait, les membres sortirent prendre l’air, le laissant seul avec son supérieur. Il se mit difficilement à sa hauteur et toussota avant de prendre la parole :

— Pour ma défense…

— Pour VOTRE DÉFENSE ! coupa rageusement son interlocuteur en plantant un regard empli de fureur dans le sien, vous vous rendez compte de l’énormité de votre erreur ! Nous ne savons même pas ce qui peut vous arriver ! Et, vous ! Vous amusez à faire le gamin en touchant à tout ! Avez-vous au moins une cervelle capable de réfléchir ?

— Je ne suis pas UN gamin ! rétorqua-t-il en haussant d’une voix tremblante, je suis peut-être le plus jeune, mais si la base de l’union terrienne a jugé utile que je fasse partie de votre unité alors, c’est que je l’ai mérité !

Un rire sarcastique franchit subitement les lèvres de Cyril. Ce dernier savait qu’il devait se taire, mais il n’y parvenait pas. Le visage innocent d’Antoine lui rappelait trop souvent celui de Guillaume et, comme une sangsue, ce maudit môme semblait ne plus le lâcher d’une semelle.

— S’ils ont voulu de vous sur cette expédition, c’est seulement parce que j’y allais et non pour vos compétences ! Regardez-vous ! Vous vous croyez immortel à votre âge, mais la vie, jeune homme, elle ne l’est pas !

Cyril vit les larmes dévaler sur les joues d’Antoine et cela augmenta sa colère. Guillaume l’avait supplié de rester à la base. Il ne voulait pas franchir le portail, mais en tant que soldat, la protection des civils étaient primordiales.

— Oh, s’il vous plaît, arrêtez de pleurer, venant de vous, c’est encore plus affligeant ! Vous avez commis une erreur et, maintenant, nous pouvons nous attendre à tout !

Antoine subissait naïvement les mots blessant en serrant ses poings. Cyril venait de lui prouver qu’il n’était rien et qu’il n’avait pas sa place. Alors, dent pour dent et œil pour œil, supérieur ou non, il ouvrit la bouche :

— Je sais… que ma jeunesse vous énerve… je sais que… je vous rappelle Guillaume… je…

— Ne me parlez surtout pas de lui ! le coupa-t-il.

— Je sais… que vous ne m’aimez pas… je sais que… la vie n’est pas éternelle…

— Antoine ! aboya le capitaine en l’empoignant pour le forcer à le regarder.

— Quoi ! s’écria-t-il en plantant ses yeux sur lui, vous passez tellement de temps à rejouer la scène, que vous vous demandez ce que vous auriez pu faire si vous étiez arrivé quelques minutes avant la mort de Victor !

Antoine, relâché, eut un mouvement recul quand il crut que le capitaine allait lui coller une claque. Il avait vu juste. Cyril ne se remettait pas de ses dernières pertes, surtout de la famille Messan. Ces blessures, Antoine les connaissait. Il puisait en elles, la force de vivre.

— Vous savez, reprit-il plus posément. Souffrir me fait avancer. La douleur, quelle qu’elle soit, m’interdit de me retourner sur mon passé et le fait que je puisse éprouver le moindre sentiment envers une seule personne me suffit amplement pour faire un pas en avant, mais vous ! Qu’est-ce qui vous donne cette envie de faire ce pas ?

Antoine devait se résoudre à taire ses sentiments. L’amour rendait aveugle et le cas de Cyril rendait les choses plus compliquées. Il n’avait pas choisi d’être attiré par cet homme. C’était arrivé. Point.

Sa respiration redevint lentement régulière et le silence envahit la grotte. Antoine saisit son sac à dos, déglutit avant de se racler la gorge et reprit la parole en lui expliquant comme si de rien ne venait de se passer, ce qui lui était arrivé. Il en profita pour sortir de sa poche le bout d’une tige métallique qu’il avait retiré de son cou :

— Il devait y avoir une sorte de produit paralysant dans l’objet et…

— Antoine, le coupa Cyril.

Ce dernier regrettait amèrement ses mots. Il n’arrivait pas à dissocier son amant d’Antoine Perles. Il n’aurait jamais dû, en tant que capitaine, se laisser emporter par ses émotions. C’était contraire aux soldats de son rang. Il était vrai qu’il ne le supportait pas et, bien qu’il cherchât vainement à s’éloigner de lui, Antoine ne méritait pas la colère qu’il ne digérait pas.

— Non, capitaine, lui répondit le benjamin sans aucune larme, vous aviez raison de me remettre à ma place, après tout, je ne suis là seulement parce que vous êtes venu ici, donc, la conversation est close.


Partie 8

À l’extérieur, le soleil commençait à se lever. Personne n’osait dire quoi que ce soit en ce qui concernait l’état d’Antoine. L’équipe redoutait une mort certaine pour celui-ci et s’inquiétait de ce qui allait aussi leur arriver.

Andréa avait beau tenter de retrouver la traduction du glyphe, elle était certaine qu’il lui était inconnu. Rien sur les pans de murs rocheux ne lui permettait réellement de saisir le sens des données inscrites et bien que Liang et Timothy émettent des hypothèses, aucune idée ne leur semblait cohérente.

Ils soupirèrent encore davantage lorsque l’humanoïde proposa ses propres suggestions à son tour :

— Ferraille ! Tais-toi ! grommela l’ingénieur.

— Tim ! râla McBeth, donne-lui un nom à ta chose ! C’est gavant tous ces surnoms !

— Non ! Lui en donner un, ce serait accepter qu’il est unique !

— Justement ! s’écria Liang, il l’est parce que tu l’as créé !

Pendant qu’une partie de l’équipe discutait, Gabe réfléchit en balayant les alentours d’un regard circulaire. Il n’appréciait pas du tout la manière dont le capitaine s’adressait au médecin. Cyril Mayet, autant que le reste de l’unité, avait peut-être vécu de terribles expériences, mais cela ne lui donnait pas le droit à celui-ci de remettre en doute ses compétences.

Il connaissait assez Cyril pour qu’il ne les mette pas en danger. Pour avoir été entraîné à ses côtés, il avait confiance en cet homme. Gabe sentait qu’il y avait autre chose, le départ du fils Messan l’avait rendu hostile et insociable.

Gabe sortit de ses pensées lorsqu’un bruit attira son attention.

— Vous avez entendu ? s’exclama vivement Gabe lorsqu’un bruit attira son attention.

— Je détecte plusieurs sources de chaleur à plusieurs mètres de nous, prévint l’humanoïde. Elles n’appartiennent à aucun membre de l’expédition. Je ne reconnais aucune de ces signatures vitales.

— Ça sent mauvais ! maugréa Liang en se positionnant de façon à se défendre.

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Cyril comprit en les voyant revenir que du monde approchait de leur secteur. Il les fixa tour à tour et leur intima à voix basse de ne prendre que le strict minimum pour mieux se déplacer. Lorsqu’il se tourna pour regarder Antoine, il jura entre ses dents en le voyant partir au fond de la grotte. Il allait le suivre, mais Andréa l’informa qu’il était parti récupérer son appareil holographique et que cela lui serait d’une grande aide pour comprendre ce qui risquerait de lui arriver.

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Antoine, le visage impassible, s’était remis de ses émotions. En retournant auprès de son équipe, il fit signe à son supérieur que tout était bon. Ils quittèrent leur grotte et l’unité se fraya un chemin en amont de la montagne. Ce ne fut qu’en arrivant sur les hauteurs qu’ils entendirent des sifflements aigus. Chacun des membres de l’équipe regarda leurs collègues avant de sentir les effets de la drogue s’emparer de leurs corps.

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Il y avait des souvenirs que seule la mémoire était capable de faire ressurgir en cas de stress ou de situation de mise en danger.

Antoine revivait l’un de ces instants. À l’âge de huit ans, sa seule famille était Thomas : son frère jumeau. Lors d’un transfert de sa base, après une attaque des androïdes, il avait été séparé de lui. Les adultes lui répétaient sans cesse qu’ils le retrouveraient, mais leur devoir était de protéger et de déplacer les civils. Passant de la base d’Orléans à celle d’une petite ville de ce qui restait de Tours, son groupe avait été accueilli à bras ouverts et personne n’avait revu son frère.

La première nuit, dans leur nouvelle cachette, le temps de créer d’autres passages souterrains, il s’était endormi contre d’autres enfants qu’il ne connaissait pas. Il était terrifié et Thomas lui manquait terriblement. Couvert d’un simple drap, ses songes l’avaient emmené dans un endroit où il avait longtemps rêvé d’aller un jour avec Thomas, quand la guerre serait finie : une plage. Ils l’avaient vue autrefois par le biais d’une vieille holographie.

Tout était brumeux et c’était le regard planté vers un horizon opalin qu’il le vit : son frère était là, au bord de la mer, pataugeant les pieds dans l’eau. Lorsque ce dernier l’aperçut, Antoine le suivit de ses yeux brillant de larmes. Thomas courut jusqu’à lui pour le serrer très fort dans ses bras.

— Pardon Antoine…

— Pourquoi ? demanda-t-il en essayant de s’écarter de lui, mais Thomas ne relâcha pas l’étreinte.

— Je dois te laisser… je suis…

Antoine ferma ses yeux en comprenant ses mots : Thomas était mort. Ce dernier ne reviendrait plus et, pris d’une horrible peur d’être abandonné, il sanglota en lui hurlant qu’il ne le voulait pas… qu’ils s’étaient mutuellement promis de veiller l’un sur l’autre, qu’ils devaient rester ensemble et qu’il devait l’emmener avec lui. Ses cris redoublèrent quand Thomas s’éloigna de lui.

— Je t’aime Antoine…

Il courut, encore et encore derrière son frère en essayant de le rattraper, mais en vain… Le paysage avait soudainement disparu.

Ses cris avaient alerté le docteur Parker. C’était le médecin de la nouvelle base qui l’avait mis dans une pièce servant d’infirmerie. Antoine se rappelait d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps. Pourtant, son cœur d’enfant était tenté de croire que tout cela n’était qu’un cauchemar et que bientôt, les hommes retrouveraient Thomas… Mais la réalité était plus difficile à supporter. Durant plus d’une semaine, personne n’avait réussi à le faire parler. Recroquevillé sur lui-même, le docteur Parker avait passé du temps à le veiller.

— Papa ! J’aimerais que tu dises à Ronnie que je veux aussi faire partie des soldats d’élite.

Un adolescent débarqua un jour en attirant quelques secondes son attention.

— Mathieu, murmura le médecin en levant les yeux vers le plafond, nous verrons ça ce soir si tu le veux bien, j’ai des blessés à aller voir…

Antoine, assis les bras autour de ses genoux, détourna ses yeux lorsque le jeune homme prit place à ses côtés.

— Salut, moi, c’est Mathieu Lens.

Il préféra rester dans son mutisme. Il n’avait aucune envie de parler.

Ce ne fut que, quelques jours plus tard, une conversation entre le jeune homme et le médecin le sortit de sa solitude. Mathieu interrogeait son père adoptif sur la « télépathie sensitive ». L’adulte le fit assoir, car son fils était en âge de comprendre.

— C’est une capacité qui se développe si et seulement si, tu es lié amoureusement avec la personne que tu aimes, tu peux la voir dans un monde virtuel que vous aurez créé ensemble, vous pourrez vous parler, vous toucher et, plus tard, vous pourrez lire les pensées de l’un et de l’autre en vous touchant lorsque vous êtes éveillé…

Antoine réalisa à ces paroles que, peut-être, Thomas était réellement mort. Les larmes aux yeux, il hurla avec rage des « Non ! Vous mentez ! ». Il avait déjà perdu sa mère et ne plus avoir son frère auprès de lui, c’était comme mourir à petit feu. La vie lui paraissait tellement injuste qu’il se maudissait d’être en vie.

Puis, un jour…

— Thomas… est mort…

Le dire à voix haute fut douloureux. À onze ans, lorsque la vie n’offrait que très peu de rêves et d’imaginations au milieu d’un chaos, Antoine comprit que Thomas lui avait offert un aDieu quand d’autres ne pourraient jamais en avoir. Le docteur écouta attentivement son rêve.

— J’avais entendu parler d’une autre forme de télépathie, as-tu entendu ma conversation avec mon fils ?

Antoine hocha tristement de la tête.

— Thomas et toi aviez un lien très fort parce qu’il était ton jumeau, c’est pour ça que tu as développé très tôt la télépathie sensitive, mais dans ton cas, c’est différent parce que tu as la capacité d’être lié à une autre personne qui te sera aussi chère que ton frère, c’est la télépathie unilatérale.

Ainsi, au fil du temps, Antoine se lia avec Mathieu, sans être amoureux. Leur lien était aussi fraternel que celui qu’il avait avec Thomas. À quatorze ans, il posa tout de même une question au médecin :

— Depuis quand les hommes ont cette capacité ?

L’homme sourit avant de lui répondre :

— Depuis qu’ils sont partis à la conquête de Mars. Quand les couples étaient longuement séparés et qu’ils désiraient revoir leur moitié, il y a eu une telle volonté de leur part que cette capacité est apparue. Cela leur permettait de se voir dans un monde qu’ils se créaient de toutes pièces et l’avantage, c’est que quelques années plus tard, lorsque les liens se renforçaient, ils acquéraient la possibilité d’entendre les pensées de leur conjoint. Certains disent que ce sixième sens est apparu bien avant, mais personne ne sait vraiment à quelle époque cela ce serait produit. Et toi, Antoine, le fait d’être jumeau, cela te permet un autre regard sur cette télépathie… tu es unique…

Antoine avait un lien identique à ceux qui s’aimaient mais le sien était unique parce que l’amour fraternel qu’il avait pour Mathieu était encore plus fort que les autres. Ce fut pourquoi, à l’âge de quinze ans, en dormant, il se retrouva virtuellement près d’une plage. Le regard planté sur le décor, la première chose qu’il discerna en voyant son ami arriver fut une tache rouge qui se répandait sur tout le torse de Mathieu. La seconde qui suivit, son aîné était devant lui, affichant des yeux extrêmement brillants.

La violence de ses hoquets poussa ses larmes à dévaler si rapidement sur ses joues qu’il sut que cela était un au revoir. La main tendue de son frère d’adoption lui noua la gorge. Antoine, blotti dans les bras de Mathieu, ferma les yeux lorsqu’il se rendit compte que les battements de cœur de ce dernier cessèrent à son oreille.

— Je m’en vais Antoine…

— Non, pas toi…

Mathieu, dans un dernier geste, encadra son visage de ses mains et déposa un baiser sur le front.

— N’oublie jamais petit frère, souris toujours, parce que ce sera la seule chose que tu pourras offrir quand tout va mal… Pardonne-moi de te laisser…

— Non, c’est moi qui te remercie… d’avoir été là pour moi… merci…

— Fais attention à toi petit homme… je t’aime.

☆☆☆

Timothy s’était réveillé, les muscles tiraillés, en entendant la voix de son humanoïde. Ce dernier lui expliquait que l’unité avait été attaquée et, étant une machine, il ne craignait rien des paralysants. La seule chose qu’il avait faite sur le moment avait été de saisir son maître d’un bras et le membre qui était le plus proche de lui. Il l’informa ensuite que cela faisait plus d’une journée qu’ils étaient tous les deux endormis et engourdis.

— Tu as dû carburer en courant, alors ? s’inquiéta-t-il en examinant les jambes de sa ferraille.

— Pour vous écarter d’un danger, oui, confirma-t-il.

Timothy passa ses doigts sur la peau humaine qui recouvrait le corps métallisé de ce dernier.

— Ta peau s’est détendue et je n’ai pas de méca-cellulaire sur moi pour la réparer…

Cet objet avait été une révolution dans le domaine de la médecine. Elle restructurait la peau, les blessures et les muscles. En ce qui concernait les organes vitaux, ce n’était pas au point.

— Ce n’est pas grave, Thy.

— Si ! Ça l’est ! s’écria-t-il en relevant son regard bleu sur lui, parce que sinon ça risque de s’infecter et…

— Je n’aurais plus de peau pour ressentir les changements de température, mais j’ai toujours mes capteurs sensoriels…

— Ouais, grinça-t-il en reposant ses yeux sur cette peau fatiguée, mais je ne veux pas que tu te retrouves nu au milieu de la nature !

— Serait-ce de l’inquiétude que je note dans votre voix, Thy ?

L’ingénieur releva subitement son visage empourpré et maugréa un « non » presque inaudible. Pour la première fois, il vit un léger sourire sur les lèvres de sa ferraille qui lui répondit un merci. Timothy ronchonna en se disant qu’il devrait arrêter de lui parler ou, admit-il, peut-être lui donner un nom. Il soupira lorsque ce fut à cet instant que le médecin commença à bouger sans ouvrir les paupières.

— Il a dit Lionel, le prévint l’humanoïde.

— Lionel ? s’interrogea Timothy en secouant l’endormi doucement par les épaules.

Il sortit une gourde de son sac à dos et fit couler un peu d’eau sur la bouche du jeune médecin.

☆☆☆

Antoine, les yeux clos, essaya de bouger lorsque des doigts écartèrent ses lèvres. Quelques gouttes d’eau parvinrent à se frayer un chemin jusqu’au fond de sa gorge et le firent toussoter. Il roula ensuite sur son épaule droite tout en passant sa main gauche sur sa bouche. Il cligna plusieurs fois des cils avant de s’habituer à la lumière du soleil. À travers son regard flou, il distingua une forme humaine.

— Mathieu ? bafouilla-t-il en refermant les yeux.

Antoine se retrouva curieusement propulsé devant la grotte qu’il avait quittée. Intrigué par l’ombre qui s’éloignait de lui, il pensa curieusement à son frère de cœur.

— Mathieu ?


Partie 9

Pendant que l’ingénieur tentait de réveiller le médecin d’un rêve où il marmonnait le prénom du commandant, la seconde partie de l’équipe avait été capturé. Cyril avait ouvert les yeux à cause de l’odeur pestilentielle qui flottait dans l’air. Il s’était ensuite adossé contre des barres métalliques et avait compris qu’il était enfermé dans une cellule étroite entièrement exposée en pleine nature : il s’était fait prisonnier avec Andréa McBeth, le soldat d’élite Gabe Callins et Liang Lee. Des hommes musclés et armés d’armes inconnues semblaient discuter à quelques mètres de lui.

L’enceinte qui avait des traces de sang séchés au sol avait dû servir précédemment et cela n’était pas de bon augure. D’autres membres de son unité étaient là, sauf trois personnes s’il comptait la chose de Timothy comme telle. À l’extérieur des barreaux, la faune était verdoyante. L’air était lourd et la chaleur était quant à elle étouffante.

— Capitaine Mayet ! l’appela la voix du commandant Parker qui se trouvait derrière lui.

Il tourna légèrement son visage et le découvrit dans la cellule voisine. Cyril parut ne plus le reconnaître. Ses vêtements étaient déchirés de part en part, sa peau était couverte d’ecchymoses et son œil droit était gonflé.

— Mais qu’est-ce que ces hommes nous veulent ? demanda-t-il.

Il parla tout en réalisant que celui-ci était seul. Où était son équipe ?

— Que s’est-il passé ? s’enquit-il en l’écoutant gémir de douleur.

— Capitaine, geignit son interlocuteur, ces hommes, ils sont comme nous, mais ils ont évolué différemment…

— Parlez doucement commandant.

— Ils peuvent lire dans les pensées… et, s’interrompit celui-ci en recrachant du sang qui s’échappa de sa bouche. Ils ont un sixième sens, la télépathie, mais ils ne peuvent lire que des pensées dites « échappées ou captées ».

Cyril eut soudainement peur qu’un membre de l’expédition ait pu dévoiler l’objectif de leur mission. Lorsqu’il écouta le commandant lui expliquer que la première expédition avait été torturée sur la télépathie sensitive, alors il y avait peu de chance que, dans leur situation actuelle, ils soient libérés.

— Si ces hommes ne savent pas se lier, ils ne la comprendront jamais ! répliqua-t-il avec une once d’espoir.

— Mais, ils recherchent quelqu’un, poursuivit le commandant qui respirait de plus en plus difficilement.

— Qui ? Et pourquoi ?

En disant cela, son estomac lui retourna les tripes. Nul doute que leur télépathie deviendrait un obstacle et, surement, ces hommes avaient-ils déjà eues des informations sur leur monde ?

— Il recherche Messan.

Le pouls de Cyril s’accéléra à ce nom, lui rappelant ses pertes.

— Je ne comprends pas ? Il est mort.

— C’est ce que mon équipe leur a dit, lui révéla le commandant en jetant tristement un œil dans sa cellule vide.

— D’ailleurs, où sont-ils ?

Cyril contracta sa mâchoire en le voyant fermer les yeux tout en secouant la tête d’un air navré.

— Ils exécutent depuis notre captivité deux membres de l’expédition toutes les 4 heures.

Cyril suivit son regard et prit conscience qu’il y avait une autre cage vide à côté de celle du commandant Parker. Le sentiment de peur qu’il connaissait pour l’avoir côtoyé de longues années ne ressemblait en rien à ce qu’il avait connu jusqu’à aujourd’hui.

Des hommes contre des machines, ça, il savait gérer. Leurs anciens ennemis ne faisaient pas de prisonniers et tiraient sur tout ce qui bougeait. Or, sur cette planète, c’était contre des humains qu’il allait devoir se battre !

— Qu’est-ce qu’ils attendent de nous ? le questionna-t-il inquiet.

Le commandant eut un moment d’égarement et marmonna d’une voix éteinte que ces barbares avaient exterminé la colonie.

— Ils sont sous la régence d’un homme appelé Ithan, deuxième du nom.

Cyril vit une étincelle reprendre vie dans ses yeux à peine ouvert et eut la sensation que l’abandon était sa seule échappatoire.

— Si, je ne survis pas, lui chuchota son supérieur, prenez la tête de l’expédition…

— Non, je…

En commençant à répondre, le commandant décala son torse et lui dévoila le reste de son corps où ses jambes avaient été amputées. Des bandages de fortune et au couleur de sang pansaient à peine ses moignons. Cyril, écœuré par le barbarisme de ces hommes, eut une envie soudaine de hurler. Ses lèvres déformées par la colère et ses yeux sombres soudainement braqués vers celui-ci, il agrippa une épaule et la serra très fort entre ses doigts comme si cela pouvait retenir son cri de colère.

— De tous mes capitaines, lui murmura Lionel Parker, vous êtes le plus qualifié. Vous avez mené à bien la dernière bataille contre les androïdes martiens et vous êtes un homme à la fois bon et autoritaire. Vous devez juste apprendre à laisser derrière vous le passé…

— Je…

— Mon père avait raison sur une chose vous concernant, votre destin commence ici.

— Quoi ?

— Vous n’ignorez pas que mon père, George Parker était un des meilleurs amis du vôtre ?

— Non, je le sais.

— Je veux que vous m’écoutiez attentivement. Il y a un but à cette expédition. Pour l’union terrienne, c’est d’installer une colonie et d’y développer notre société, mais pour Victor Messan et ses amis, ils leur étaient importants que certains d’entre vous soient envoyés ici. Votre unité n’a pas été composée aux hasards.

— J’ai du mal à vous suivre commandant.

— N’avez-vous pas fait attention aux membres qui la composent ? Timothy Berthal ? Antoine Perles ? Gabe Callins à qui vous avez demandé de vous rejoindre à la dernière minute ?

Cyril connaissait le point commun entre ces personnes et lui : leurs pères respectifs (Benoît, Evan, George et Gabriel) avaient grandi ensemble auprès de Victor Messan. Ils étaient amis depuis l’enfance et, pour ceux qui avaient survécu à la guerre, ils l’étaient encore.

— Je connais leur amitié, murmura Cyril sans comprendre où son interlocuteur voulait en venir, mais qu’est-ce nous venons faire dans cette histoire ? Nous sommes peut-être leurs enfants, mais nous ne nous connaissons pas.

— Honnêtement, je n’en sais rien. Ils m’ont juste dit qu’Antoine faisait partie de la réponse.

— Antoine ? bredouilla-t-il presque ahuri. Non, ce n’est pas possible. C’est… une erreur…

— Je vous ai observé avant de quitter la Terre, l’interrompit le commandant qui trouva le temps de rire dans ce merdier. Vous me dites ça, mais vous l’appréciez à votre manière.

Antoine était un jeune homme de 21 ans qui avait suivi le père de Lionel Parker durant plusieurs années. George était un bon médecin, un homme qui comprenait les valeurs d’une vie et qui avait la main sur le cœur. Des simples soldats aux plus hauts gradés ou des rebelles aux vagabonds sans communautés, il voyait en chaque personne le meilleur de soi et une raison suffisante pour que la vie continue.

— Antoine fait partie des gens qui ont la télépathie unilatérale, lui avoua le commandant.

— Beaucoup de personnes m’en avaient parlé, mais ça ne marche que sur des jumeaux et si ma mémoire est bonne, ils n’atteignent jamais l’âge adulte.

— D’où, insista celui-ci, Antoine est unique parce qu’il a survécu à l’adolescence.

— Mais…

— Sa faculté est étonnante… Antoine peut communiquer avec les personnes qui comptent énormément pour lui et, je sais que vous en faites partie…


Partie 10

La porte de la cellule de Lionel Parker s’ouvrit violemment sur un homme qui les interrompit. Son commandant en profita pour lui murmurer à l’abri des oreilles indiscrètes qu’Antoine n’était pas et ne sera jamais Guillaume.

— Laissez-le ! supplia Cyril en voyant l’individu trainé le corps de son supérieur au dehors.

Il fixa avec impuissance ce dernier se faire attacher solidement les poignets, pour ensuite être surélevé à quelques centimètres du sol, bras écartés et face à sa cellule. La gorge sèche et les yeux colériques, il observa le meneur du groupe taillader d’un coup net et profond le bas du ventre de Lionel. Le sang coula de l’épaisse blessure qui, avec le poids du corps, l’agrandit en dévoilant un bout de l’intestin qui tomba à terre.

— Qui est prêt à le soulager d’une balle dans la tête ? hurla cet être barbare en couvrant les gémissements de Lionel.

Cyril s’étonna de voir une vieille arme terrienne dans ces mains. Se pouvait-il que cet homme soit l’un des siens ?

— Moi ! répondit-il instantanément.

— Capitaine… bredouilla soudainement la voix enrouée d’Andréa, que nous veulent-ils ?

Il réalisa qu’il n’avait pas fait attention aux membres de son équipe qui avaient dû se réveiller au cri du commandant. Ce qui le rassura était de voir que son unité ne semblait pas avoir subi de coup.

Avant qu’il n’ait pu lui répondre, deux hommes pénétrèrent dans la cellule et l’en extirpèrent en le maintenant avec force. Jeté comme un malpropre devant celui qui devait être le chef du groupe, Cyril se retrouva à genoux.

— Mayet, émit son interlocuteur en lui décochant un coup de pied en pleine figure. J’aurai dû me douter que vous feriez partie du voyage !

Il se redressa à mi-hauteur en se disant que cela ne pouvait pas être possible, car il n’y avait plus aucun doute : cet homme était l’un des leurs.

— Qui êtes-vous ? osa-t-il demander.

Pour toute réponse, l’homme lui asséna un coup de poing au menton qui le projeta brutalement sur le dos. Malgré la douleur, Cyril se remit en place et releva immédiatement son visage vers ce traître qui s’accroupit en face de lui. L’homme prit un malin plaisir à manipuler l’arme à feu comme s’il souhaitait lui faire comprendre que sa fin était proche.

Cyril serra sa mâchoire en se promettant de ne pas oublier ce visage ! Une balafre couvrait une grande partie de sa joue droite et ses yeux étaient régulièrement barrés par une longue frange blonde.

— Bienvenue en enfer ! lui cingla celui-ci en le tirant par les cheveux d’une poigne ferme. Oyez ! Oyez ! Braves amis ! Je vous présente le soldat d’élite Cyril Mayet !

« Soldat d’élite ? » Si cette personne venait de la première expédition, il n’était pas au courant de tout puisque la première navette était partie un an avant la fin de la guerre.

— J’ai appris que Victor était mort, lui cingla le barbare en le lâchant. Mais ce que veut mon maître, c’est Guillaume ! Guillaume Messan !

Cyril comprit que ce dernier avait lu dans ses pensées. Et c’était ce qui le sauvait. Lui non plus n’en savait rien.

— Tenez ! lui brailla le balafré en déposant l’arme devant lui. Attention, il n’y a qu’une balle dans le chargeur.

Cyril l’aurait bien abattu, mais les gémissements de Lionel l’en empêchèrent.

— Ce que j’aime chez les hommes comme vous, c’est le sens de vos principes. Seriez-vous capable de vivre en tuant l’un des vôtres ?

Cyril qui ne l’écoutait plus s’était levé et pointa le canon en direction de son commandant. Celui-ci le regarda, les yeux suppliants, puis cligna une fois des paupières comme pour lui donner son aval. Le coup de feu retentit et le corps de son supérieur s’immobilisa net, poignardant son cœur de mille tortures.

— Jolie tir ! s’exclama l’homme en lui donnant un coup derrière la tête.

Ses oreilles bourdonnèrent et ses yeux se fermèrent, l’emmenant à un moment crucial de sa vie de soldat : quelques années plus tôt, à la mort d’Éric Messan.

☆☆☆

Lors d’un transfert de base, leurs chasseurs respectifs avaient été pris en grippe par un androïde. Celui de son ami avait été touché, l’obligeant à atterrir en urgence. Le temps de le rejoindre pour le mettre à l’abri dans son cockpit, Éric était déjà en mauvaise posture : deux barres de fer clouées au sol avaient traversé partiellement son dos et entièrement sa cuisse gauche.

Éric était lieutenant et, en tant que supérieur, il lui avait demandé d’atteindre au plus vite la base où se trouvait son père Victor et de l’évacuer en lieu sûr. Cyril avait refusé de l’abandonner. Son ami avait alors tendu sa main pour s’en dégager. Au moment où celui-ci était parvenu à approcher son visage de lui, la poitrine d’Éric s’était redressé un instant avant de glisser de force sur la barre, le tuant instantanément sur le coup.

Éric avait fait ce qu’il jugeait bon de faire. Cyril n’aurait pas pu le ramener à temps pour le faire soigner et aurait mis en danger l’évacuation de la base. Ce geste lui avait appris beaucoup sur le sens du devoir, mais aussi dans celui du sacrifice. Éric savait que les travaux de son père étaient vitaux pour les hommes.

Perdre son ami avait été douloureux. Pendant des jours et des mois, Cyril avait été hanté par les derniers mots que lui avait murmurés Éric avant de se sacrifier : « Tu ne peux pas sauver tout le monde ».


Partie 11

Alors que le commandant Parker venait de mourir, Antoine était prêt à se réveiller, mais il fut soudainement happé en arrière comme si quelque chose tentait de le retenir dans sa bulle télépathique.

— Mathieu ? murmura-t-il en pensant à son frère de cœur.

Son cœur augmenta sa cadence quand il reconnut l’homme qui s’avança vers lui. Ce n’était pas possible ! Celui-ci ne pouvait pas mourir ! Antoine secoua la tête et refusait d’y croire !

— Commandant ? marmonna-t-il tristement les lèvres tremblantes.

— Bonjour Antoine, lui répondit celui-ci en affichant un sourire surpris. Je ne savais pas que je comptais pour toi.

— Pourquoi es-tu là ? se permit-il de le tutoyer. Tu es…

— Mort, lui répondit-il dans un soupir.

Antoine, les larmes au bord des yeux, se contenta de le contempler en silence. C’était ça, après tout la guerre, voir petit à petit les personnes qui tenaient tant de place dans sa vie disparaître, mais cela n’empêchait pas son cœur de saigner, parce qu’une fois de plus, la faucheuse lui arrachait quelqu’un.

— Où sont les autres ? demanda-t-il en tentant de se raisonner.

— En vie, mais pas pour longtemps.

— Alors je…

— Antoine, le coupa Lionel en posant étrangement les mains sur ses épaules. C’est l’occasion pour moi de te révéler quelque chose dont tu as le droit de savoir.

— Quoi ?

Il y avait dans son regard une lueur qui sembla capable de lui redonner de l’espoir. Le plus troublant fut de le voir lever ses yeux au-dessus de ses épaules comme si quelqu’un l’appelait.

— Tu vas me quitter ? marmonna-t-il en laissant ses larmes couler.

À cet instant, Lionel ressemblait à son père adoptif. Ses traits parurent reposés et il était prêt à s’en aller.

— J’avais dit à papa qu’on profitera de ce voyage pour mieux se connaître, c’était pour ça qu’il m’a dit que je y devais participer, chuchota-t-il en montant dans les aigus tant il était peiné.

Antoine voyait que Lionel se retenait, sa gorge déglutissait et ses yeux étaient extrêmement brillants.

— J’avais une mission, lui révéla Lionel entre deux souffles coupés d’émotions.

— Je sais, la colonie.

— Non, pas celle-là. Toi.

— Je ne comprends pas ? Tu devais me protéger ? Me surveiller ?

Le commandant prit une profonde respiration et le regarda quelques secondes en silence.

— Tu sais que mon père t’a toujours considéré comme son fils.

— Oui, bien sûr…

— Et moi, comme un frère.

— Oui, mais je ne comprends pas ce que tu veux me dire…

— Quand tu n’étais pas encore là, ton vrai père avait vu un futur différent de celui que nous vivons aujourd’hui, mais dès l’instant où tu as poussé ton premier cri, tout avait changé…

— Tu as connu mon père ?

— Oui.

— Et ?

— Tu sauras bientôt qui il était et ce qu’il a été capable de faire…

— Dis m’en plus, le supplia-t-il.

Antoine sentit sa télépathie se défaire.

— Je dois te laisser ! lui lâcha Lionel. Pars en aval de la grotte. En chemin, tu feras une rencontre surprenante.

— Mais…

— Des alliés, c’est tout ce que je peux te dire.

Lionel ôta ses mains et commença à le dépasser en fixant quelqu’un qu’Antoine ne paraissait pas voir.

— Dis à Cyril qu’il a fait le bon choix. Je suis libre grâce à lui.

☆☆☆

Timothy dégaina son arme quand Antoine se mit à hurler tout en se réveillant :

— Non ! Reviens !

— J’ai raté quelque chose ? demanda-t-il en écarquillant les yeux. À qui parlais-tu ? Avec Cyril ?

Cela l’étonnerait, car au vu des dernières conversations, rien ne lui indiquait qu’ils étaient amants.

— Ôtes-toi ça de la tête, ronchonna son coéquipier. Je fais partie de ceux qui peuvent communiquer sans être lié par… enfin, tu sais…

— Oh, merde… tu avais un jumeau, mais comment as-tu pu survivre ?

— C’est une longue histoire, marmonna le médecin.

— Okay, si on survit, tu me raconteras ça.

— Ouais…

.

Antoine fouilla son sac à dos et disposa ses armes sur lui : deux poignards dans ses bottines de combats, un sur chacune de ses cuisses accompagnées d’une arme à feu automatique et son arme Messan en bandoulière.

— Ce sont des hommes, donc il ne faut pas le régler sur les ondes électromagnétiques, mais, dit-il en entendant le cliquetis aigu, sur les ondes séquentielles électriques et de niveau max !

.

L’ingénieur le regardait avec des yeux ronds tout en se demandant qui il avait devant lui. Il n’aurait jamais cru qu’Antoine serait un homme de terrain. Ce dernier avait un corps trop mince pour aller se battre et il n’avait pas du tout la carrure de… Et si ce n’était pas le capitaine Mayet avec qui son coéquipier avait discuté ?

— Antoine, es-tu certain que le capitaine t’a ordonné de les secourir ?

En croisant son regard noir, Timothy secoua piteusement la tête.

— Il est hors de question que je les laisse mourir ! lui tonna le médecin. Et non, ce n’est pas le capitaine Mayet, mais le commandant Parker ! Alors, au lieu de fuir et d’attendre sagement la mort, je préfère tenter quelque chose !

— Il est mort ? bafouilla-t-il d’une voix blanche.

— On sera les suivants si on ne se bouge pas !

Timothy, les mains dans sa chevelure blonde, soupira en balayant les alentours d’un regard inquiet. Antoine n’avait pas tort. Seuls et, sans aucune aide extérieure, il préférait aussi tenter l’impossible que de les abandonner à leur triste sort.

Il se prépara à son tour puis, une fois prêt et que son coéquipier se mit à lui donner la direction, Timothy n’était pas certains qu’ils survivent à une autre guerre.

— Attends une minute, je sais que le commandant était le fils de George, ton père adoptif. Une chose m’étonne. Comment pourrait-il t’envoyer à la mort s’il tenait à toi ? C’est bizarre quand même ?

— Lionel était peut-être mon commandant, mais il était avant tout un frère que j’ai beaucoup admiré et que je ne pourrais plus apprendre à connaître…

Timothy tapota une épaule du médecin sans rien ajouter, car dans ces moment-là, il n’y avait pas de mots pour soulager les douleurs du cœur.

— Ferraille ! ordonna Antoine en marchant à ses côtés, ouvre la marche.

.

.

À travers la densité de la faune, Antoine se rendit compte de l’absence des animaux. L’atmosphère était pesante. La température ambiante augmentait au fil des minutes, alourdissant ses épaules de tout ce qu’il portait dans son sac à dos. Puis il y avait cet inquiétant silence qui semblait régner en maître sur ce territoire.

Soudain, l’humanoïde détecta une source de chaleur. Antoine s’arrêta et demanda à l’ingénieur de le couvrir pendant qu’il irait voir ce que c’était.

— Ferraille aurait pu le faire à ta place ! lui assena Timothy alors qu’il s’éloigna de quelques pas.

Le temps d’y aller, Antoine s’entrava et s’étendit de tout son corps contre la terre. En relevant son buste à mi-hauteur, il croisa un jeune inconnu qui se mit immédiatement à hurler, alertant leur position.

.

Timothy, après une frayeur passagère en écoutant ce cri, réalisa qu’Antoine venait d’échapper de justesse à une flèche métallique. Coup de chance ou pas, ils devaient courir et fuir d’ici.

Toutefois, après avoir aidé Antoine à se remettre debout, tous les deux levèrent les mains en l’air quand des hommes vêtus de cuir marron les dévisagèrent. Ils étaient imposant, avaient une peau mate, des cheveux longs et des perles de multiples couleurs ornaient leur cou et leurs poignets.

Une jeune femme aux longs cheveux d’or s’avança vers eux et posa ses yeux bleus sur Antoine. Elle saisit la main droite du médecin, la détailla attentivement et dessina des lignes sur la paume.

— Nous vous attendions, leur chuchota-t-elle en inclinant légèrement la tête en avant.

.

.

Alors qu’Antoine pensa trouver les alliés dont lui avait parlé Lionel, Cyril était en mauvaise posture.

Mal en point après avoir reçu des coups de bâtons, tant qu’il respirait, il continuerait à se dresser contre le balafré.

— Debout ! lui cracha l’homme qui l’attachait par les poignets. Tu ne veux rien me dire. Peu importe. L’un de vous sera prêt à tout pour vivre ! Et pour ça, il devra me dire où se trouve le Messan !

Cyril, à genoux et bras subitement écartés, le défia d’un regard sombre avant de lui demander :

— Qu’est-ce que tu as donné à ce soi-disant maître ? Hein, dis-moi ?

— Ta gueule ! lui hurla son bourreau en le cognant.

— Tu es en vie et bien nourri à ce que je constate, insista-t-il. Ma question est la suivante : as-tu vendu les nôtres ?

Le barbare le saisit par le col et colla son front contre le sien :

— Je vendrais père et mère, n’importe qui ferait l’affaire. Et toi, tu vas mourir dans une souffrance que je veillerai à prolonger…

Il n’y avait plus d’humanité dans les yeux de cet homme, que de la haine. Les heures à venir allaient être longues.

FIN du chapitre


Vous avez fait la connaissance de l’équipe que nous suivrons tout au long de ce premier tome.

Certains personnages vous plairont plus que d’autres et vous aurez surement aussi votre couple préféré !

En attendant de découvrir la suite actuellement publiée sur => wattpad  pensez-vous que Cyril sera-t-il sauvé ?

Etant une histoire qui me tient énormément à cœur, tout avis est le bienvenu, merci.

Messan T1 : Prologue

« Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. »

Un présent…

Victor arriva dans la pièce sombre où les soldats s’entrainaient et saisit furieusement une barre de fer sur le tableau des armes. Ignorant les regards qui se posèrent sur lui, ces hommes et ces femmes s’écartèrent et le laissèrent frapper de toutes ses forces contre un poteau.

— C’est terminé ! Comment voulez-vous qu’on survive ? hurla-t-il.

Il avait tant de colère en lui qu’il ne savait plus comment l’évacuer. S’il était vraiment l’homme de la situation, il aurait su comment parer la prochaine attaque, mais la vérité était qu’il avait été pris de court. Les humains avaient mis tellement d’années pour acheminer les minerais stockés dans des bases souterraines disséminées dans plusieurs pays qu’ils commençaient à peine à créer les armes.

— Messan ! le secoua quelques secondes la voix du commandant de la base.

Il resserra ses poings autour de l’objet et frappa furieusement de nouveau, encore et encore.

— Non ! répondit-il les sanglots d’abandons coincés dans la gorge. C’est terminé !

Chaque coup ne fit qu’augmenter sa hargne contre ceux qui avaient donné naissance à ces satanés androïdes. Il avait voulu croire que c’était humain de vouloir perpétuellement créer des choses, mais l’avidité d’en vouloir toujours plus semblait aller de paire ! Le pouvoir était une ruse qui savait rendre les hommes aveugle. À cause de ça, personne n’avait pu prévoir la chute inexorable de leur race.

Quelques jours plus tôt, il s’était entretenu avec le lieutenant Caroline Callins, la fille de Gabriel, l’un de ses vieux amis. Elle lui avait appris que les androïdes avaient réussi à connaître l’emplacement de « l’humain à abattre » et qu’ils allaient arriver dans un mois.

Recherché pour avoir réussi à créer une arme qui les désactiverait pour toujours, il était devenu leur cible prioritaire, faisant de sa base un endroit dangereux. Ces êtres faits de métaux martiens étaient peut-être parvenus à survivre des décennies durant, mais Victor avait après une vie de recherches trouvé leur point faible.

— Messan !

Les traits de son visage se tendirent quand une main se posa sur son épaule et, les muscles crispés par les pressions qu’il mettait sur la barre, Victor dévisagea d’un regard menaçant le commandant.

— Non ! Tout est terminé ! Que tout le monde fasse ses adieux ! hurla-t-il le souffle empreint d’une effroyable folie.

— Victor ! Arrête ! lui ordonna son supérieur.

— Ils arrivent à nos portes et toi ! Toi, tu crois que l’impossible va se réaliser ! Mais réveille-toi Benoît ! On s’est donné le pouvoir d’y croire, mais c’est faux ! On devrait leur facilité la tâche ! Et cesser de se défendre…

Le son d’un claquement résonna entre les murs de la salle d’entrainement où le silence régnait et semblait être supervisé par les regards indécis des soldats.

Stoïque par le geste de son ami, une lueur de lucidité le ramena subitement au présent, mettant de côtés ses pensées les plus sombres. Les hommes et les femmes qui le fixaient à cette seconde avec une foi inébranlable ne le jugeaient pas, mais le désespoir planait au-dessus de leur tête.

— Je suis désolé, lâcha-t-il en même temps que la barre de fer claqua bruyamment le sol. Ça ne change rien. C’est terminé.

Immobile et le visage levé, le grand miroir situé derrière le commandant lui renvoya son reflet. Ses cheveux bruns d’une longueur déraisonnable tombaient raides sur ses épaules. Ses yeux bleus, ternis par la peur et ses pertes, semblaient dénués de vie.

Victor, 63 ans et qui paraissait en avoir une quarantaine, était né au milieu d’une guerre où le monde était déjà plongé dans un chaos. Enfant, il avait voulu croire en quelque chose de plus grand que lui et lorsqu’il fut en âge de se jeter corps et âme dans ses recherches, il s’était promis de tout faire pour protéger les siens.

À la mort de Valérie, sa femme et d’Éric, son fils aîné, sa foi en l’humanité avait failli se perdre dans les méandres d’un désespoir sans nom.

Le temps.

C’était ce qui lui manquait pour finaliser son portail…

Alors, pourquoi tenter l’impossible quand la vie ne leur apportait que peu de répit ?

Et puis, en définitif, la race humaine méritait-elle vraiment d’être sauvée ?

Victor ferma ses paupières et repensa à l’homme qui avait posé le premier pied sur Mars : Paul Ténara.

.

Tout avait commencé en décembre 2186 quand celui-ci et son équipage avaient eu le privilège de faire les premiers pas sur la planète Mars. Une de ses équipes d’astronomes chercheurs était tombée sur un site contenant plusieurs gisements d’un minerai inconnu, nommé par la suite « le nanonium ». Les hommes, attirés par cette découverte, avaient décidé d’établir une cité terrienne protégée d’un dôme.

La colonie avait demandé une génération pour la finaliser et la rendre opérationnelle, car au moment de cette découverte, la Terre avait déjà commencé à manquer de ressources. Les populations n’avaient pas cessé d’augmenter et les denrées étaient devenues de plus en plus coûteuses, engendrant des famines et des guerres civiles à travers plusieurs pays en voie de développements.

Pour les autres, les hommes avaient vu en Mars la possibilité de faire un bond en avant avec la technologie qui, malheureusement, était au point mort depuis des années. Alors dès que la base martienne avait été terminée, elle avait pu accueillir un nombre suffisant d’hommes venant de plusieurs pays composé de militaires, de scientifiques et de mineurs.

Les hommes étaient si enthousiastes et si empressés d’utiliser le minerai qu’ils n’avaient pas au préalable pris le soin de faire toutes les études nécessaires dessus. Le nanonium était une matière complexe et ne ressemblait à aucun métal connu sur Terre. Les scientifiques militaires, avides de connaissances et de pouvoirs, avaient non seulement sautés des étapes, mais ils s’en étaient servis pour créer des choses qui allaient se retourner contre eux : des androïdes.

Ces machines avaient un temps extrait le minerai plus efficacement que les mineurs, mais à trop en vouloir davantage, les scientifiques avaient fini par commettre une erreur en leur offrant une intelligence artificielle. Sur Terre, il n’y avait jamais eu de problèmes et surtout, les robots n’étaient pas faits à base de nanonium. Elle venait de là la différence, car ces androïdes avaient décidé d’exterminer toutes les espèces terriennes.

Leur but : se réapproprier le minerai que les humains avaient envoyé sur leur planète.

Leur première offensive avait été déclarée en 2234 après qu’elles aient anéanti la colonie.

Certains disaient que le début de la descente aux enfers de la race humaine avait commencé le jour où Paul Ténara avait mis un pied sur Mars et seule une poignée d’entre eux avait, plus tard, pensé que cela n’avait pas été le fruit d’un hasard, mais celui d’une présélection.

.

Victor se dirigeait vers son laboratoire et avait refusé de discuter avec le commandant Mayet.

— Allez-vous essayer d’activer le portail ? le questionna un jeune médecin qu’il bouscula sans s’excuser.

Il ne le regarda pas tout en l’ignorant. Victor arrivait à un moment de sa vie où il commençait sérieusement à douter de ses capacités. Pourquoi certains lui donnaient-ils autant de crédits ? Ridiculisé pour ses travaux dans sa jeunesse, cela ne l’avait pas empêché de les poursuivre et de croire que tout était possible, mais aujourd’hui, il regrettait amèrement d’y avoir donné autant d’importance.

Leur position étant compromise à cause de sa présence, la base devait se préparer à se défendre, car il était trop tard pour fuir. Un mois n’était pas suffisant. Une fois qu’ils étaient localisés, les androïdes ne perdaient pas leur cible. Si les personnes de cet endroit tentaient de rejoindre une autre base, elles les mettraient aussi en danger.

De plus, les scientifiques de la Base de l’union Terrienne commençaient juste à produire les armes en masse. Leurs atouts étaient basés sur le minerai trouvé sur Mars, le même qui était à l’origine de la carlingue des corps de leur ennemi.

« Que tous les civils se préparent à traverser le portail temporel dans trente jours ! » La voix du commandant Mayet dans les haut-parleurs le rappela à l’ordre comme si demain la Terre allait disparaître.

Victor augmenta la cadence de ses pas et s’enferma dans son laboratoire. Il y avait passé des années à concevoir ses travaux et maintenant, était-il toujours celui qui sauverait les hommes ? Il s’adossa à la porte et rit nerveusement. Tout ça n’était que des conneries !

— Qu’est-ce qui vous fait rire ? lui demanda la voix du médecin qu’il avait croisé dans le couloir.

— Je te répondrai que ça ne te regarde pas et puis, comment as-tu fait pour être aussi rapide ? Et qu’est-ce que c’est que cet accoutrement ?

Il s’étonna de le voir porter une veste longue en cuir marron remonté d’une large capuche qui dissimulait son regard. Son cerveau eut du mal à comprendre la façon dont celui-ci était parvenu avant lui dans ce lieu.

— Victor, je vous connais. C’est humain de se perdre dans la colère…

— Qu’est-ce que tu en sais, petit ? s’emporta-t-il contrarié de voir que tant de monde comptait sur lui. Tu crois qu’il te suffit d’être médecin pour savoir lire en moi ! Tu te trompes !

— Vous savez, le coupa le jeune homme en faisant quelques pas tout en ôtant sa capuche, je suis devenu médecin pour sauver des vies…

Victor resta bouche-bée en découvrant son visage. Le jeune médecin paraissait plus mature que celui qu’il venait de croiser et quelle était la signification du « M » étrangement brodé sur l’emplacement du cœur.

— Qui êtes-vous ? le questionna-t-il la voix tremblante.

— Je suis là pour comprendre ce qui justifie ma présence.

— C’est-à-dire ?

— Il y a eu une brèche temporelle à mon époque. Le temps s’est stagné comme si une décision du passé était sur le point d’être modifiée.

— Je vois, murmura-t-il dans un souffle. J’imagine que le moi du futur a dû réalisé que tout ça était peine perdu.

— Non, lui répondit-il en secouant la tête.

— Non, quoi ? Tu vas me dire que ça vaut le coup de sauver la race humaine ? As-tu la moindre idée de ce que nous sommes capables ? C’est à cause de nous que tout a commencé !

— Je sais que l’homme n’est pas parfait et qu’il est capable de bontés comme de méchancetés. Et c’est l’humanité que nous détenons que je veux sauver.

— Alors tu ne sais pas ce que c’est que de perdre…

— Je ne vous savais pas aussi fragile, Victor ! l’interrompit-il violemment.

— Je ne le suis pas ! s’écria-t-il en haussant le ton à son tour. Je suis réaliste ! Et quand on l’est, on s’aperçois trop tard que c’est fini avant même d’avoir pu tenter quoi que ce soit !

Victor sentait sa colère revenir. Il n’était pas un espoir, mais un échec. Leur civilisation ne devait pas survivre. Pas après leurs erreurs.

— Je vous ai toujours vu comme un homme respectueux, reprit le médecin. Discret, parfois secret, mais aujourd’hui, en vous regardant, je vois combien je vous ai ressemblé. J’étais comme vous… mais ça, vous le savez déjà…

Victor ferma quelques secondes ses yeux et refoula d’anciennes visions qui le faisaient atrocement souffrir. Il leva une main pour que son interlocuteur se taise, or celui-ci poursuivit :

— Ce que vous êtes parvenu à créer Victor est devenu un don exceptionnel. Pourquoi avez-vous décidé de lui tourner le dos ?

— Si j’ouvre le portail ? Combien d’hommes vais-je sauver ? Une poignée ? maugréa-t-il sur un ton sarcastique. Parce que jusqu’ici, nous n’avons rien fait d’objectif pour notre survie ! Ça ne sert à rien !

— Mais vous avez tenu votre promesse…

— Quelle promesse ?

— Ami pour l’éternité.


A besoin d’un passé

 

2314 – Base de Vichy : Messan, un espoir pour tous

Cinq petits garçons contemplaient depuis plusieurs minutes les images d’un vieil hologramme. Au milieu des décombres de ce qui avaient été une gare, ils vivaient sous terre à cause des attaques incessantes des androïdes martiens. Ils étaient nés durant la guerre sans avoir passé une journée dehors. Ils ne savaient pas vraiment ce qu’étaient de vivre à l’air libre. Ils ne voyaient le que lorsque la base devait migrer ailleurs, chose qui n’était plus arrivé depuis plusieurs années et la seule source de chaleur qu’ils connaissaient était les bras de leurs mères.

Ils étaient dans une petite pièce où ils dormaient ensemble. Ils n’étaient pas nombreux à faire partie de la même génération alors, comme des frères de sang, ils veillaient les uns sur les autres. Vêtus tous d’habits bleu foncé, ces enfants étaient les futurs combattants de demain.

Victor, âgé de huit ans, entendait souvent les adultes s’apitoyer sur leurs sorts. Pourtant son père, le commandant Fabien Messan, lui répétait d’avoir la foi et de croire en un avenir bien meilleur. Il essayait d’imaginer une Terre aussi belle que sur les vieilles holographies mais, de temps en temps, il avait peur. Peur pour les siens… Et si, la race humaine était vouée à s’éteindre ?

— Benoît, murmura-t-il en plantant ses yeux bleus sur son meilleur ami, tu crois qu’un jour, on pourra aller dehors ?

C’était une question idiote, il le savait.

— Vic, répondit son ami, tout ce que papa me dit, c’est qu’il faut continuer à se battre.

Benoît Mayet, fils d’un lieutenant de la base, était celui auprès duquel il avait passé le plus de temps ici.

— Ouais mais, coupa un blondinet aux cheveux courts, toi ? Tu y crois ?

— Evan, reprit Benoît, je voudrais bien mais…

— Moi, intervint un autre garçon aux cheveux châtain foncé, je suis certain qu’on y arrivera !

— Gabriel, marmonna Victor, comment fais-tu pour garder autant de foi alors que nous, on a peur ?

— Parce que c’est un rêveur ! s’amusa le plus grand du groupe.

— George ! s’outra le désigné, je suis sûr que mon rêve de voir la paix se réalisera !

Victor les adorait tellement qu’il ne voudrait jamais les perdre. Grâce à Evan Berthal, ce dernier lui offrait sans arrêt des holographies qui lui donnaient envie d’apprendre les sciences. Il aimait passer son temps libre à en discuter avec son ami.

Il était peut-être jeune mais les hommes faisaient tout pour que chacun trouve un jour leur place. Lui, il désirait connaitre la faiblesse des ferrailles martiennes car jusqu’à aujourd’hui, personne n’avait encore rien trouvé.

Il posa son regard sur le plus jeune : Gabriel Callins. À sept ans, il était inexorablement le plus rêveur des cinq. Il avait une force que Victor n’arrivait pas à acquérir et il l’enviait pour cela. Pourtant, le benjamin avouait que, parfois, les adultes lui fichaient la trouille quand ils hurlaient au massacre… Il n’avait pas tort. Les hommes semblaient attendre beaucoup de la nouvelle génération et c’était George, le plus âgé du groupe qui leur rappelait sans cesse qu’un jour, peut-être, ils seraient tous amené à se séparer pour protéger les survivants.

— Hé les gars ? murmura Gabriel qui le fixa avec des yeux emplis d’étoiles.

— Oui ? répondirent-ils tous en cœur.

— Et si on se faisait la promesse que quoi qui puisse nous arriver, on sera toujours amis ?

— Amis pour l’éternité ? murmura Victor qui fit sourire ses camarades.

— Oui, amis pour l’éternité, répondit Evan d’un air entendu, même si on est vieux, con et séparé des uns et des autres…

— Okay, pour moi ! chuchota George en tendant une main au centre du cercle que formait leurs corps.

— Amis pour la vie ! s’exclama Benoît en posant la sienne sur celle du plus grand.

Ce n’était pas grand-chose, mais pour Victor, cette grande amitié était ce qui allait sauver les hommes. Sa main posée sur celles de ses amis, son cœur palpitait de joie parce que, tout cela, tout ce qu’il vivait auprès d’eux, personne ne pourrait le lui voler.

C’était à travers le regard de ses meilleurs amis qu’il comprenait enfin comment Gabriel puisait autant de force et de volonté. Le lien qui les unissait semblait prendre une importance capitale. Ils étaient l’avenir. Ils représentaient l’espoir. Victor sourit et serra ses doigts autour de ces mains amicales.

Son père avait sûrement raison. Fabien Messan lui avait un jour raconté qu’un étranger avait posé une main sur son front lorsqu’il n’était encore qu’un bébé. Cet être lui aurait murmuré comme un secret : « Il y a dans le ciel des chemins, des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels qui se dévoilent et qui s’entrecroisent parce que les choix ne sont jamais définitifs. Il y a des destinées qui ne viendront que de votre propre lignée. »

Alors, oui, il souhaitait de tout son cœur faire partie de cette grande famille… de celle qui aurait véritablement des choses à accomplir. Ce soir-là, Victor, endormi entre Benoît et Gabriel, souriait en rêvant qu’un jour, ils feraient tous partie de l’histoire…

Quel que soit cet étranger, il avait compris en écoutant la voix vibrante de son père que ce n’était pas… un être humain.

•••

— Nous n’étions que des gosses, grogna Victor en repensant à ce jour.

— Mais cette promesse est bien plus que des mots. Alors pourquoi abandonnez-vous ?

Victor craignait que tous les espoirs qui reposaient sur ses épaules ne soient qu’un simple rêve.

— J’ai peur, avoua-t-il enfin. Peur de ne pas réussir là où d’autres ont échoué.

— Messan !

Il frissonna à la manière dont le médecin du futur prononça son nom. L’intonation ébranla l’enfant qu’il avait été autrefois.

— Vous avez réussi à retourner leur propre source de vie contre eux ! continua le jeune homme. Ne pensez-vous pas que vous vous sous-estimez ?

— La bonne blague, chuchota-il le cœur serré.

— Messan, vos visions…

— M’indiquent nos pertes ! Mes pertes !

— Des pertes Utiles, certes, mais c’est ce qui va nous aider ! Et avant d’en dire plus, je connais ce poids, ce n’est pas vous qui allez me l’apprendre !

— Alors je préfèrerai détruire le portail !

Victor hurla ses mots tout en se dirigeant vers sa création dans l’intention d’y arracher des fils, mais il fut subitement bloqué par une barrière invisible.

— Qu’est-ce que… marmonna-t-il en pivotant vers le jeune homme.

— Comme me l’a dit un homme sage, les sacrifices sont une preuve que l’humanité vaut la peine d’être sauvé ! Vous y serez pour quelque chose, car vous êtes important ! Pour eux, vous devez poursuivre votre destiné et honorer leurs mémoires.

— Tu n’es pas celui que je connais ! Qui es-tu réellement ?

La couleur des yeux du jeune homme s’intensifia jusqu’à ressortir la tâche émeraude de son œil droit. « J’étais comme vous… mais ça, vous le savez déjà… » Ces mots revinrent dans sa mémoire et Victor comprit ce qu’il avait voulu lui dire.

— Tu sais qui je suis par rapport à toi ? demanda-t-il la gorge nouée.

— Je suis là en tant que Messan, le messager porteur d’espoir.

Victor, le cœur battant, grimaça d’incompréhension devant la signification de son nom de famille. Etrangement, son interlocuteur parut aussi étonné de sa réaction.

— Oh mon Dieu, émit celui-ci d’une voix qui parvint à briser une fibre à l’intérieur de lui, vous ne saviez pas ? Votre père ne vous l’a jamais dit ?

— Dit quoi ?

— Victor. Messan n’a jamais été un nom de famille, mais un statut.

— Je ne comprends pas ? bafouilla-t-il devant cette révélation.

— Il a été donné à votre père quelques mois après votre naissance, votre vrai nom est Estier.

— Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ?

— Je suis au bon endroit, marmonna le médecin pour lui-même. Parce que, si vous ne le saviez pas, vous ne me l’auriez jamais avoué dans le futur… ce qui veut dire que nous avons déjà eu cette conversation… ou pas…

Victor essayait de mettre de l’ordre dans sa tête et ne saisissait pas l’importance de porter « Messan » au lieu de « Estier ».

— Attends ! Je suis perdu ! Alors tu es…

— Un Messan, le messager porteur d’espoir.

Victor plissa brusquement ses paupières quand le jeune homme cala une main sur sa nuque. De vieilles visions refirent surface et, comme un éclair avant la tempête, il fut submergé par la souffrance de tout ce qu’il voulait ni voir et ni ressentir.

Il parvint à s’éloigner de son emprise, la respiration saccadée.

— Vos visions ont toujours eu une longueur d’avance, l’informa le jeune homme. Elles font parties de vous.

— Mais j’ai vu mes amis mourir ! s’écria-t-il en souvenant de la mort de chacun d’eux.

— Les pertes sont inévitables.

— Non, dit-il en secouant la tête.

— Je crois que j’ai fait ce qu’il fallait, lui chuchota-t-il tout en levant les yeux vers le plafond comme s’il entendait une voix.

— J’ai besoin d’en savoir plus ! le supplia-t-il subitement, refusant de le voir partir.

— Utilisez la télépathie sensitive.

Un sixième sens que les humains avaient acquis avant que la guerre n’éclate et qui semblait être leur seul moyen de communication. Les couples amoureux avaient la possibilité de se voir dans une bulle télépathique et d’échanger sans être surpris par les androïdes. Il n’y avait ni trace d’émetteur et ni d’onde. Pas de source. Pas de destination. Tout se faisait sur un autre plan que les hommes n’étaient pas encore capables de comprendre.

— Tu sais comment elle marche, répondit Victor avec véhémence. Je ne peux plus le faire depuis que j’ai perdu ma femme.

Le jeune homme lui prit le bras droit et remonta sa manche pour qu’il fixe son poignet.

— Mais le sérum qui coule dans vos veines est la clé.

— Je ne peux pas…

— Tournez-vous vers l’avenir et voyez au-delà de vos visions. Maintenant, je vous en ai trop dit.

— Non…

— Je suis devenu le Messan grâce à toi, j’ai fait mon devoir en tant que tel… mais en tant que…

Son visiteur se tut et Victor sentit l’émotion s’emparer de ce dernier.

— J’ai envie de te dire merci pour tout ce que tu as fait pour moi, reprit le jeune homme d’une voix tremblante. Et si je suis là aujourd’hui, c’est un peu un rêve qui se réalise…

Victor, le cœur palpitant, fut incapable de retenir ses larmes. L’emploi du tutoiement lui enserra la poitrine comme s’il pouvait, pendant quelques secondes, devenir l’homme qu’il n’avait jamais pu être pour lui.

— Si tu as besoin de plus, continua le médecin. Va voir Caroline.

— Le lieutenant Callins, pourquoi ?

— Elle sait des choses qui, peut-être, donneront un sens supplémentaire à tes décisions et à ta vie.

— Mais tes pouvoirs ? le questionna-t-il avant qu’il ne quitte son laboratoire. Viennent-ils de la télépathie sensitive ?

— Non, mais je peux te confirmer une chose, tes amis et toi êtes les piliers de notre histoire parce que nous ne sommes pas seuls dans l’univers.

Le jeune homme s’approcha de lui et déposa un baiser sur son front.

— Quand tu la verras, dis-lui ceci « Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. Nous serons bientôt à vos côtés »

— Qu’est-ce que…

— La fin du message.

— Je…

— Fais le bon choix. Ouvre le portail. Suis tes visions. Au revoir.

Le médecin remit sa capuche et disparut de la pièce comme un fantôme.

Deux semaines plus tard, Victor avait soigneusement évité le commandant Mayet. Il était encore bouleversé par son étrange visite et hésitait à activer son portail temporel. Il n’y avait pas du tout travaillé. À ses yeux, les révélations du médecin n’étaient qu’une petite goutte dans un océan. Ses visions n’avaient pas changé. Le sang et les corps entassés par millier l’écœuraient.

La race humaine était seule fautive de son destin. La Terre mourrait à cause de leurs erreurs et, malgré leurs foyers souterrains qui respiraient la technologie actuelle, cela ne durerait pas. Il n’y avait aucune échappatoire. La mort des hommes devaient prendre fins avec cette génération.

•••

Il tressaillit quand la porte s’ouvrit sur le lieutenant Callins. Caroline semblait porter dans son regard la même lueur d’espoir que Victor avait vu des milliers de fois dans celui de Gabriel, son ami et père de cette femme.

Cette famille avait décidément quelque chose qui lui échappait, mais il refusait de la questionner comme s’il sentait un lien inexplicable les unissait.

— Lieutenant Callins, que me vaut votre visite ? Des nouvelles de votre père ?

— Messan, mon grade n’a aucune importance. Je dois vous parler.

Victor recula d’un pas et détourna subitement ses yeux. Caroline qui était une belle femme venait d’ôter sa veste et son T-shirt d’un seul mouvement.

— Rhabillez-vous, je…

— Victor, regardez !

— Non, bredouilla-t-il perplexe par ce revirement de situation. Vous êtes la fille de mon meilleur ami et…

— Et moi, je suis mariée à James Destrino, alors regardez s’il vous plaît !

— Non, rhabillez-vous avant que quelqu’un n’entre.

En disant cela, son corps se pétrifia en apercevant Gabe, le frère de cette dernière, suivi d’une dizaine de personnes.

— Ce n’est pas ce que vous croyez Gabe, commença-t-il en tentant de recouvrir les épaules de la jeune femme d’un drap. Je…

Victor, rouge de honte, tourna le dos à son interlocuteur et l’écouta s’approcher de lui.

— Regardez sa poitrine, insista celui-ci derrière lui.

— Mais, mais regarder quoi ? s’écria-t-il en tremblotant. C’est un beau soutien-gorge…

— Victor ! s’énerva le soldat. Soyez coopératif !

Il y avait deux semaines, il était sur le point de craquer et de tout abandonner, et après la visite du soi-disant Messan d’un futur encore inexistant, c’était les mains du soldat qui l’obligèrent à planter ses yeux sur la poitrine de Caroline. Il se demanda ce qu’il devoir voir jusqu’à ce qu’il découvre un tatouage au-dessus de l’emplacement du cœur.

Victor pencha son visage et fronça les sourcils en pensant au dessin brodé sur la tenue du médecin du « futur ».

— Gabriel a le même, chuchota-t-il en se rappelant qu’un jour son ami l’avait rapidement caché.

— Toute la famille le possède, lui expliqua Caroline en désignant le groupe. Mon frère Gabe, mon fils Flavien et mon père l’ont sur leur torse. Et, eux aussi.

— Et en quoi c’est utile de me le montrer ?

— Pour vous redonner un peu d’espoir.

Victor secoua la tête et s’éloigna du groupe. Comme revenu à la réalité, l’espoir n’était qu’un petit mot pour faire oublier le monde de terreur qui existait en dehors de leur base.

— Votre machine a marché, lui avoua-t-elle après quelques secondes de silence.

— Non, elle est instable et je ne compte pas l’activer !

Victor se tut en réalisant qu’elle venait d’utiliser le passé.

— Comment ça, ça « a marché » ?

Le lieutenant Callins intima d’un regard les autres à retirer leurs hauts. Victor y découvrit le même symbole pendant qu’elle lui révéla :

— L’une de mes arrière-arrière-grand-mère s’appelle Mélodie Ténara, née Messan. Nous sommes ses descendants, soit aussi les vôtres.

Victor, la respiration coupée, les regarda tour à tour.

— Oh mon Dieu, marmonna-t-il en comprenant certaines choses, ma fille a pris le portail ?

— Oui, lui répondit Caroline.

— Et…

— Nous sommes une seconde lignée de votre famille. Mélodie nous a transmis toute votre histoire jusqu’au jour où elle a voyagé dans le temps avec Guillaume. Ce « M » est notre héritage. Un passé qui relie celui du futur. Mais pour que ce futur existe, ce présent ne doit pas se défaire.

Caroline murmura des mots aux membres de sa famille et Victor se retrouva seul avec elle.

— Tu dois accepter tes visions, te laisser guider parce que ce sont elles qui donneront naissance au vrai messager.

— Mais l’avenir est incertain, il…

— Chaque Messan de ta famille a une place primordiale dans ce schéma. Toi, nos enfants, les tiens, Gabe, moi…

— Ce que je vois Caroline, c’est la mort, tenta-t-il d’expliquer. Je ne vois rien d’autre que le sang versé, un monde anéanti…

— Parce que l’espoir ne fait pas tout. Tu dois renouer avec ce que tu as cru perdre.

— Ce n’est plus de mon âge…

— Tu dois t’ouvrir sinon les visions ne se poursuivront pas.

Caroline remit ses vêtements et commença à partir.

— Attends, je dois te dire que…

— Je le sais, lui chuchota-t-elle. « Il y a dans le ciel des chemins et des astres qui dissimulent des codes, des avenirs potentiels et des lignes qui se dévoilent. Nous serons bientôt à vos côtés »

— Tu l’as vu ?

— Il te ressemble en bien des points.

— Qu’a-t-il voulu dire par là ?

— Je n’en sais rien, mais Gabriel me murmurait souvent la première phrase. Aujourd’hui, je vais pouvoir la dire entièrement à mon fils. Tout comme Gabriel, je crois en toi, à tout ce que tu vas faire.

Il y avait dans ses yeux une lueur qui frappa son cœur.

— Tu n’as jamais été seul Victor, poursuivit-elle la voix tremblante.

Victor le réalisait enfin. Il lui sourit en la prévenant qu’il ferait du mieux qu’il pourrait.

Les quelques révélations qu’il avait eu ces derniers temps lui avait réchauffé le cœur. Les nuits suivantes, lorsque le sommeil devenait une lutte contre lui-même, il se revoyait enfant, la tête emplie d’espoirs et de rêves.

Il avait aimé la mère de ses enfants et n’avait jamais voulu la remplacer. L’amour était un luxe qui le désorientait. Caroline et le « Messan » avaient raison sur un point : il devait s’ouvrir à nouveau s’il désirait avoir le fin mot de ses visions.

Si elles lui révélaient une partie du futur, il devait accepter que son cœur puisse à nouveau aimer.

— Victor ?

Il sursauta en entendant la voix du commandant derrière lui.

— Tu es là depuis longtemps ? demanda-t-il en le remarquant dans sa tenue de civil.

Benoît Mayet avait un regard sombre et ses cheveux noirs accentuaient sa couleur foncé comme s’il était capable de le sonder.

— Assez pour savoir que tu étais plongé dans… d’horribles pensées, je présume ?

— Je devais manquer de sommeil. Le stress, la prochaine attaque…

— Et tu vas… mieux ? Parce que si tu penses m’esquiver jusqu’à ce que ces ferrailles arrivent, tu te trompes !

— Oui, je vais mieux.

— Donc tu activeras le portail ?

— Oui, je pourrais rediriger toute l’énergie dont j’aurai besoin, mais cela ne durera que trentaine de minutes, murmura-t-il en contemplant la structure.

— D’accord. Maintenant, j’aimerai que tu t’asseyes. Je dois te parler.

— Écoute Benoît, dit-il en prenant place sur un tabouret, je sais comment tu bosses. Tes hommes sont au point, je suis sûr que les chasseurs sont prêts à décoller et que les armes sont chargées à blocs.

Il savait qu’elles ne les tueraient pas, mais elles les freineraient un moment.

— Non, je ne te parle pas de ça, mais de toi.

— Quoi, moi ? s’étonna Victor.

— D’après les calculs de nos astro-ingénieurs, les androïdes seront là dans une semaine. Si jamais l’un d’entre eux parvient jusqu’à ton laboratoire, promets-moi que tu traverseras le portail ?

Victor fronça les sourcils en le dévisageant.

— Non, je ne peux pas faire ça !

— Je veux te savoir en sécurité !

— Jamais ! hurla-t-il en se levant. Je ne suis pas un lâche !

— Victor !

— Ma vie ! Je l’ai dévoué pour la survie de notre espèce ! Pas pour un pouvoir quelconque !

— Ah parce que tu crois que quand la guerre sera terminée, personne ne remarquera à quel point on n’a pas vraiment vieilli ! Tu sais que ça nous tombera dessus !

Victor le savait. Lui, Benoît et ses amis paraissaient avoir vingt années de moins. C’était pourquoi il avait détruit tous ses travaux, surtout celui qui concernait le sérum. À travers ses anciennes visions, il avait appris que les erreurs du passé n’empêcheraient pas certains hommes à désirer plus de pouvoir. Devenir un être immortel serait le summum que les humains pourraient atteindre et Victor ne pouvait pas laisser ça se produire un jour.

— Vic ! Tu m’écoutes !

— La discussion est Close !

— Très bien ! Attends-toi à ce que je sois présent devant ta porte quand ça arrivera !

— Pourquoi insistes-tu ?

— Tu oses me demander ça ! On s’est promis de veiller l’un sur l’autre !

— Non ! Notre promesse est de…

Victor, interrompu par un baiser, le repoussa violemment, or le contact manquant à sa peau, il agrippa le col de Benoît et l’attira tout contre lui.

Si s’ouvrir à un autre devait débloquer ses visions, il le ferait uniquement parce qu’il ne voulait pas continuer sa vie sans avoir avoué ses sentiments à l’homme qu’il s’était jusque-là refuser d’aimer.


Pour se construire un futur

Depuis le levé du jour, Benoît attendait le soutient aérien de la base de L’Union Terrienne dissimulée sur l’ancienne Russie. Elle était devenue la plus importante depuis plus d’un siècle. Territoire décimé au tout début de la guerre, les survivants étaient parvenus à cacher des milliers d’hommes.

Benoît, les yeux braqués vers le ciel, observait depuis un moment des chasseurs volés au-dessus de leur base souterraine. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus entendu pareil vacarme. L’espoir qui l’avait tenu debout des années semblait s’éteindre au fur et à mesure que ses voltigeurs se faisaient abattre les uns après les autres.

Il balaya les alentours d’un regard navrant. Les derniers vestiges de la ville se recouvrirent d’une pluie de feu, accompagnée de débris des chasseurs dans un bruit aigus et explosif. Etait-ce leur fin ? Pour une erreur commise des siècles plus tôt, des hommes et des femmes s’étaient vaillamment battue pour leur survie.

Benoît, la mâchoire serrée et le cœur palpitant de peur, se ressaisit. « Victor ! » hurla-t-il dans son oreillette. « Activation du portail ! »

« C’est lancé depuis le début des hostilités mon ami » lui répondit immédiatement celui-ci, mais sa voix était étrangement calme comme si Victor avait abandonné toute idée de vivre ou était-ce dû au fait qu’ils aient passé leurs dernières nuits ensemble ?

Benoît ordonna aux derniers civils de se présenter rapidement au laboratoire avec le stricte nécessaire. Le plan de secours ayant été longtemps prévu à l’avance, chacun avait un bracelet encodé qui leur permettrait une mise à jour dans les systèmes d’autrefois.

Le portail temporel de Victor étant instable, tout le monde le savait et était conscient du risque qu’il encourait. Mais si cela leur permettait une chance de survivre, il l’acceptait tous.

« Commandant ! Regardez qui vient nous aider ! » s’écria la voix d’un de ses voltigeurs après une dizaine de minutes de silence. Benoît leva son visage et écarquilla ses yeux : un soutien aérien venait d’abattre d’une nouvelle arme leur ennemi.

— Ils ont réussi, marmonna-t-il en respirant de soulagement.

« Messan ! » l’appela-t-il tout en pénétrant dans l’entrée qu’il surveillait avec quelques soldats. « Victor ! » insista-t-il. Pas de réponse. Les battements de son cœur s’accélérèrent de frayeur à l’idée que son ami ne soit déjà mort.

Commandant de la base de Clermont-Ferrand, il avait veillé sur un groupe composé de chercheurs, de soldats et de civils. Pendant plus d’une trentaine d’années, la communauté était restée à l’écart des radars des androïdes martiens et ce fut bien plus que ce qu’avait espéré son ami Victor.

« Commandant ! cria l’un de ses hommes. Deux androïdes ont atteint le secteur du laboratoire ! »

Benoît ne répondit pas. Sa plus grande peur était en train de se produire. Victor ne pouvait pas mourir aujourd’hui ! Courant à travers les couloirs éclairés, sa poitrine se comprima au fur et à mesure qu’il s’approcha du lieu. Il glissa et tomba plusieurs fois. Les deux androïdes avaient dû emprunter une partie de ce chemin, des corps démembrés et des flaques écarlates s’étendaient sur toute la surface.

Soudain, des cris inattendus, loin de ressembler à des plaintes, résonnèrent jusqu’à ses oreilles. « Oh mon Dieu ! Commandant ! Les ferrailles se replient ! »

Il arriva au détour d’un couloir et ses pieds patinèrent à nouveaux lorsque ses yeux se posèrent sur l’une de ces machines. Celle-ci braqua immédiatement un canon dans sa direction et il sut en tombant sur les fesses que c’était trop tard : il allait mourir.

Les secondes parurent devenir des minutes. Sa respiration se saccada au rythme de ses battements de cœur puis, sortie de nulle part, une voix familière hurla à ses côtés en même temps qu’une lumière bleutée enveloppa l’androïde qui se désactiva instantanément.

— Commandant ! Commandant Mayet !

L’homme portait la tenue foncée des soldats d’élite de l’Union Terrienne. Celui-ci l’aida à se relever et Benoît le regarda ôter son casque à écran.

— Gabriel, murmura-t-il heureux de revoir son ami.

— Capitaine Callins à ton service ! Pendant que mon escadron termine avec les androïdes à l’extérieur, va retrouver notre petit génie, je m’occupe du reste.

— Merci Gabriel !

— Amis pour l’éternité ! lui cria son ami pendant qu’il partait rejoindre Victor.

Mais, en franchissant la porte du laboratoire, ses lèvres se déformèrent subitement de colère et de déception.

— Non ! Non ! Non ! hurla-t-il en rejoignant son ami allongé sur le sol. Vic ?

Son regard s’accrocha aux yeux bleus de celui-ci, évitant de voir ce qui restait du corps. Sa vue se brouilla et des larmes coulèrent le long de ses joues.

— Tu entends ces cris, pleura-t-il en prenant le buste de Victor. C’est grâce à toi, tes armes fonctionnent. Ils ont réussis.

— Benoît… murmura Victor.

Le commandant l’écarta un peu de lui et son ami posa une main sur sa nuque. Ce geste le propulsa dans une bulle télépathique où les secondes pouvaient devenir des minutes. Le paysage lui révéla la pièce où, enfant, Benoît et ses amis avaient aimé créer leur monde. Dans cet univers virtuel et mémoriel, Victor se tenait devant lui, un sourire sur les lèvres.

— Je ne peux pas maintenir cette télépathie très longtemps, lui confia son ami. Prends ce que je tiens dans ma main, tu comprendras certaines choses.

— Non ! s’insurgea-t-il. Tu vas mourir !

— Oui et, lui dit-il en grimaçant, je t’assure que je ne l’ai pas vu venir celle-là.

Comment Victor pouvait-il en rire ? Benoît secoua la tête comme si le destin se moquait de lui.

— Je t’en prie, pas d’humour, marmonna-t-il la voix emplie de tristesse.

Victor avait les jambes coupées et son corps baignait sur une mare de sang. Benoît regretta de n’être pas resté cette journée près de lui, mais il était commandant. Il ne pouvait pas privilégier une personne, même s’il l’aimait de tout son cœur.

— J’ai détruit tous mes travaux, lui confia Victor. Même le sérum qui a permis de soigner ton fils.

— Je ne comprends pas ce que tu essaies de me dire.

— Je ne t’ai pas tout raconté, c’est pourquoi j’ai tout laissé sur l’holographie. Tu ne pourras le visionner qu’une seule fois. Fais-le avec les autres.

— Bien, lâcha-t-il une pointe de déception dans la voix. Tu n’avais pas assez confiance en moi pour tout me dire ?

— Non, Benoît. J’avais besoin de toi pour connaître certaines choses et nous sommes loin d’avoir gagné notre liberté.

Benoît qui voulut rétorquer se retrouva expulser de la bulle télépathique de Victor qui était en train de partir.

— Ben, prends-le, lui chuchota péniblement son ami en levant seulement sa main droite. Ton fils va arriver. Il doit me voir mourir.

— Quoi ? balbutia-t-il en effaçant ses larmes. Tu me demandes l’impossible, je ne peux pas laisser Cyril…

— Il le doit. Sinon, il ne deviendra jamais l’homme que j’ai vu. Tout de suite ! tenta de lui hurler Victor qui cracha du sang de sa bouche.

Benoît, terrifié de le perdre, accepta douloureusement de le laisser derrière lui.

— Je dois t’avouer un truc Vic…

— Je sais Ben…

— Je t’aime…

Victor ne put lui répondre, la gorge prise par le sang qui s’en échappait, mais son regard en dit long sur ses sentiments. Il brillait d’une étincelle d’amour que seul le lien sensitif était capable de lui offrir.

Benoît prit le petit cône métallique de la main de son ami, déposa un baiser sur son front et s’en alla à l’opposé des pas qui frappaient lourdement le sol. Dissimulé derrière l’angle du couloir, il ferma ses yeux lorsque la voix de Cyril hurla à en déchirer son cœur de père.


Car tout a un début

La guerre prit fin en 2369, le 22 septembre,

Un mois et demi après la mort de Victor Messan.

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Cyril Mayet, ancien soldat d’élite du corps terrestre et fils du Commandant de la base de Clermont-Ferrand, fut promu Capitaine en décembre 2369 pour diriger une équipe sur leur planète d’accueil : Terra One. Cet homme de trente ans n’avait plus aucune attache. Il avait vu la plupart de ses compatriotes donner leur vie pour un monde dévasté qui ne semblait plus avoir besoin d’eux.

Son meilleur ami, Éric Messan, s’était sacrifié pour la survie de son père : Victor. Cyril avait aussi regardé avec impuissance ce dernier mourir dans ses bras, le jour où son jeune amant, Guillaume, avait franchi le portail temporel. Tout au long de cette terrible guerre, il avait senti la mort autour de lui et l’avait secrètement priée de lui prendre la vie… ainsi, il aurait pu rejoindre ceux qui s’étaient battus à ses côtés.

Personne ne lui avait demandé comment il allait après ça. Personne ne s’était soucié de ses états d’âme parce que, tout comme des milliers d’autres, les survivants étaient aussi démunis que lui. À ses yeux, il n’avait plus aucun avenir ici. Son père, le commandant Mayet, le poussait même à quitter la Terre parce que la vie ne devait pas s’arrêter à cause de tout cela.

.

Benoît avait gardé la tête haute lorsque son meilleur ami, le plus grand des scientifiques Messan était décédé en emportant avec lui ses secrets, mais certains d’entre eux avaient pu être sauvegardés à temps par ses amis. Amis qui, aujourd’hui, accompagnaient leurs fils qui avaient participés à la libération des androïdes martiens.

Benoît sourit en les voyant enlacer une dernière fois leurs enfants. Le Capitaine Gabriel Callins lui jeta un regard de salutation pendant que Gabe, le fils de ce dernier, embrassait sa jeune sœur, Caroline et son neveu Flavien Destrino.

À quelques pas, il distingua le Docteur George Parker qui serrait dans ses bras un jeune homme aux yeux vairons. Le médecin l’avait adopté durant la guerre et considérait Antoine Perles comme son propre enfant.

La gorge nouée devant ses adieux, il reconnut la voix d’Evan Berthal qui chuchota à Timothy, de prendre soin de sa ferraille et de ses compagnons. Il détourna rapidement son regard brillant quand une main se posa sur son épaule puis, soudainement blotti dans les bras de Cyril, il peina à murmurer combien il était fier de lui.

Les pères contemplaient leurs enfants, adulte depuis longtemps, monter dans la navette « Seconde Chance » avant de rejoindre les autres familles sur la passerelle d’observation. Tous les quatre n’osèrent pas se regarder tant cela était important. Ils laissaient leurs fils quitter la Terre pour les laisser vivre une aventure extraordinaire, car les survivants du cercle d’amis de Victor étaient convaincus du bien-fondé de cette mission.

En ligne, les yeux rivés sur l’objet volant à travers le ciel, leurs lèvres s’étirèrent d’un air qui semblait mystérieusement dire « Ce n’est que le commencement d’une nouvelle ère ».

.

Victor avait confié une partie des secrets du minerai à ces quatre hommes. Malgré la distance et le temps qui les avaient séparés, leur amitié était restée soudée. Ils étaient différents mais ils étaient seulement des hommes qui n’avaient pas eu le temps de profiter d’un monde qui devait être, un jour, offert en héritage à leurs enfants.

La durée de leur voyage était programmée pour quarante-deux années. Pendant ce laps de temps, sur Terre, toutes les familles qui regardaient l’un des siens partir à destination de Terra One étaient invitées à se mettre en état de stase. L’objectif de cette offre était de ne les réveiller qu’au moment même où la navette serait en position géostationnaire autour de la nouvelle planète. Lorsque ce jour arriverait, ces familles auraient la chance de vivre en même temps que l’expédition qui aura atteint sa destination.

Le temps n’avait plus aucun impact sur la vie de l’équipage de Seconde Chance. Personne n’aurait pu dire ce qui les attendait sur place. Personne n’aurait pu les avertir… car, aujourd’hui, tous ces hommes et ces femmes allaient découvrir l’origine des humains de la Terre et déclencher, sans le savoir, la naissance d’une nouvelle race.

Histoires courtes d’Eridine – 2016

Pour cette fin d’année 2016, j’avais organisé un concours pour gagner un recueil de nouvelles.

Histoires courtes d’Eridine

PUBLIC AVERTI

Romances courtes M/M – Couple gay

Toutes les histoires sont des œuvres fictives. Les noms, les personnages, les lieux et les situations sont le produit de mon imagination et sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux, des événements ou lieux est purement fortuite.

Regroupement de 3 nouvelles

Histoire de Loup (Aurélien & Nolan)

Une nuit près de toi (Benoît & Nathan)

24H en enfer (Alexy & Paul) retirée, fiction à revoir ^^’

 

Bonne lecture

 

Nouvelle courte 2 : Une nuit près de toi

Résumé : Benoît ne supporte plus Nathan. Ce dernier ne semble pas le traiter comme un amant… alors, il décide de partir.

Note : Cette histoire ne devait pas avoir de suite puisque c’était censée être une nouvelle courte, mais après quelques demandes, une suite a vu le jour (pour l’instant, il ne contient que 4 chapitres)

Une nuit près de toi

Benoît ne réfléchissait plus. Ses gestes étaient seulement dictés par le vide de son couple. Assis dans sa voiture, il voulait juste une dernière fois, revoir celui qu’il avait tant aimé. Ses mains serrèrent durement le volant quand, le cœur meurtri, il l’aperçut à travers son pare-brise. Comme pour imprimer une dernière fois l’image de son amant, il essayait de le détailler mais, ses traîtresses de larmes l’en empêchèrent.

Il baissa la tête et lâcha un gémissement. Devait-il laissé au passé ce qui n’existait plus ? Son cœur, saurait-il oublier l’homme qui avait compté dans sa vie ? La peine, valait-elle ce sacrifice ? Il releva son visage humide et sentit la caresse d’une brise balayer ses cheveux blonds en même temps que ceux de son brun ou, plus précisément, ceux de son ex-amant.

Il ferma quelques secondes son regard humide et massa lentement ses paupières. Il avait pris la décision de le quitter sans rien lui dire et en lui laissant une lettre par lâcheté. Il ouvrit ses yeux et essuya d’une main tremblante ses joues.

— Nathan, murmura-t-il dans un souffle.

C’était un nom qu’il avait tellement de fois prononcé avec amour que cela lui était pénible de ne plus le dire. La douleur serait-elle toujours présente ? Elle savait pénétrer dans chacune de ses cellules, obligeant sa poitrine à se comprimer au rythme de ses sanglots. Pour cette seule fois, il devait laisser parler sa colère s’il désirait parvenir à la faire taire à tout jamais. Mais la mélancolie, en parfaite amie, rendait ce moment encore plus difficile à supporter.

Le souffle saccadé et le cœur déchiré, il souffrait cruellement de cette séparation qu’il s’infligeait. Il n’avait jamais autant aimé une personne. Nathan, qui tenait trop à sa liberté, la retrouverait en l’oubliant. À cette pensée, son estomac se tordit de douleur.

Benoît devait l’effacer de sa vie pour son bien-être. Son amour pour cet homme était tellement indescriptible qu’il pourrait certainement en mourir de chagrin. Mais, Nathan en valait-il le coup ?

En secouant rageusement la tête, les paupières closes, ses larmes redoublèrent… parce que, finalement, Benoît ne comptait pas assez à ces yeux…

Toujours ces putains de sorties, ces putains de potes qui l’entraînaient toujours au-dehors, ces putains de filles qui l’éloignaient inévitablement de lui…

La veille, il avait regardé Nathan et ses amis jouer au tarot. Totalement invisible lorsque son amant se trouvait avec eux, Benoît avait préféré aller se coucher. Il avait pris sur lui la boule qui avait noué sa gorge en s’approchant doucement de Nathan pour lui souhaiter bonne nuit.

— Tu ne vois pas que je suis occupé ? lui avait-il grincé en séparant leur visage d’une main.

Blessé. Juste blessé d’être traité comme un objet. Benoît n’avait rien dit devant les regards qui le détaillaient méchamment de bas en haut. Oh oui, il savait très bien ce que SES copains pensaient de lui. Il n’était peut-être pas aussi séduisant que Nathan, mais il était tout de même fier de son corps potelé. Il n’était pas non plus gros mais il était vrai que, parfois, il se demandait comment son amant avait pu vouloir sortir avec lui.

Il le connaissait assez pour savoir que ce dernier aimait se montrer autoritaire et maître de lui. Alors, il le laissait faire devant ses amis. De toute façon, Benoît ne vivait pas avec eux… mais, hier soir, Nathan avait été trop loin…

— Mais qu’est-ce que tu fous avec un mec comme ça ? avait-il entendu, à peine la porte du salon franchie, d’une jeune femme, tu es trop mignon pour lui !

— Bah, quoi ? avait seulement répliqué son amant.

— Allez, avait-elle poursuivi d’une voix mesquine, tu peux nous le dire ! C’est ta petite pute !

Les éclats de rire lui avaient transpercé le torse. Les larmes rageusement bloquées au bord des yeux, il se souvenait d’avoir plaqué une main contre sa bouche quand un autre avait continué :

— Ah, tiens, dis-moi,… t’as remarqué le nouveau petit cul qui traine dans notre bar ?

— Rho ouai, avait répondu un autre, je me le défoncerais bien celui-là !

— En tout cas, avait repris le premier, il vaut bien mieux que celui que tu tapes ! Non mais sérieux, mec ? Comment fais-tu pour… arghhh, enculer ce gros ?

Il n’avait pas pu en supporter davantage qu’il était parti dans sa chambre. Pleurant en silence dans leur lit, il avait à peine entendu les bruits de fracas qui s’étaient produit dans le salon. Les mains sur les oreilles, il n’en pouvait plus.

Au petit matin, il avait trouvé un mot sur la commode d’entrée : « Ne m’attends pas, je rentrerais tard, je t’aime Nath ». Sans jeter un coup d’œil à la salle de séjour, il s’était dirigé vers ses armoires et avait remplis ses valises.

Y avait-il une once de vérité dans ce court message ? Le mensonge aurait dû être une évidence, Nathan ne lui avait jamais murmuré ces petits mots. Les lèvres déformées par la peine, Benoît avait choisi, à cette seconde, de tout abandonner.

Ils s’étaient tous les deux rencontrés dans une maison de retraite pendant les vacances d’été. Nathan qui y animait les après-midi était, certes, séduisant mais, il était tellement agréable avec sa grand-mère que cette dernière l’avait presque poussé dans ses bras. Déjà dévalorisé par son physique, il n’avait pas beaucoup confiance en lui alors, quand un soir, il avait réussi l’exploit de l’inviter à boire un verre, il se souvenait d’avoir tremblé de tous ses membres en bégayant :

— Est-ce que… tu es libre ?

Pour toute réponse, les lèvres de Nathan s’étaient pressées contre les siennes, faisant exploser un feu d’artifice dans son cœur. Il avait souri en le voyant lui tendre une rose rouge du jardin. Peu importait à ce moment-là si ce geste allait avoir de lendemain, il s’était senti pour la première fois désirable.

Mais, aujourd’hui, il avait un sourire amer. Son amant s’était seulement foutu de sa gueule. L’avait-il trompé ? Sûrement, se disait-il en frappant rageusement le volant.

Il y avait cru et, maintenant, son cœur ne se remettrait jamais de cet homme. Nathan lui avait pris son âme et son amour… mais, que lui avait-il donné en retour ? Une vie seulement vide de sens, juste une illusion. Y avait-il eu au moins de la sincérité dans ses gestes ? Y avait-il eu vraiment de l’amour dans ses yeux quand ils couchaient ensemble ? Faire l’amour ? Pff, à quoi rimer ce mot quand il entendait la manière dont il parlait de lui. C’était un type qui pouvait avoir n’importe qui et Benoît s’était leurré.

Il serra ses dents en réalisant qu’il s’était seulement fait baiser dans tous les sens du terme. Sa lèvre inférieure tremblota lorsqu’il vit que la chemise de son ex était légèrement déchirée. À cette vue, il démarra, le corps tremblant, quand il s’aperçut que Nathan venait d’entrer dans leur appartement.

« Il me trompe,… et moi, je t’attendais tous les jours comme un con… ». Il rit de son imbécillité. Depuis quatre mois qu’ils vivaient ensemble, il avait cru pouvoir le garder pour lui. Benoît l’aimait si fort qu’il faisait l’impasse sur ses sorties nocturnes mais, Nathan tenait trop à sa vie de débauche. Il avait supporté ses soirées de solitude, pour ensuite assouvir ses désirs avec lui… Voilà à quoi se résumait sa vie de couple, un faux-semblant qui avait fini par le détruire. À vingt-trois ans, il avait la vie devant lui. La seule chose à faire était de tourner la page et, ainsi, Nathan retrouverait enfin sa liberté de baiser qui il voudrait.

Tout en conduisant, l’air frais de ce printemps lui rafraîchit le visage. Benoît allait reprendre sa vie en main et l’effacer de sa mémoire. Il oublierait le regard noisette envoûtant de son ex, parce qu’il était certain que Nathan ne viendrait jamais frapper à sa porte.

***

Quand Nathan pénétra dans sa chambre, il la découvrit entièrement vide de la présence de Benoît. Sa gorge se noua subitement en apercevant un mot mis en évidence sur son oreiller : « Ne m’attends plus, je te rends ta liberté, Benoît ». Il jeta la feuille en boule dans la poubelle en grognant de colère.

***

Benoît avait passé la matinée à ranger son appartement. Celui qu’il avait délaissé pour vivre avec son ex. Les larmes aux yeux, il laissait abondamment couler ses perles en se disant que c’était mieux ainsi. Puis, en reniflant, il avait bien fait de conserver son T1… peut-être, l’avait-il toujours su ? Épuisé de se poser autant de questions, il n’avait qu’à se rappeler des mots odieux que Nathan n’avait pas pris la peine de défendre.

Benoît était un jeune homme un peu enrobé. Il savait que son corps n’était pas celui d’un athlète et, sûrement, son amant aurait préféré quelqu’un de plus fin et de plus beau. Sur ses horribles pensées, il s’allongea sur son lit en sachant qu’il ne s’était jamais senti aussi bien avec un homme.

Nathan l’avait mis à l’aise avec son corps. Sa peau se souvenait encore des caresses qui savaient le faire frissonner, mais tout cela n’avait été que des mensonges… alors, en sanglotant encore et encore de chagrin, il s’endormit pour alléger le poids de sa souffrance.

***

Parallèlement, Nathan, devant la porte de Benoît, sentait le stress monter en lui. Il n’avait jamais fait ce genre de chose auparavant. Il n’était pas de ceux qui s’excusaient auprès de son mec, mais ce matin, en lisant mainte et mainte fois le mot, il avait compris que Benoît avait entendu la conversation de la veille.

Pourtant, il avait foutu deux beaux coups de poing à ses connards qui se disaient être ses amis. Il y était allé un peu fort, mais c’était de son homme que ces derniers critiquaient et ça, ça commençait sérieusement à lui taper sur le système. Il admettait qu’il n’était déjà pas très tendre avec Benoît, or cela ne leur donnait pas le droit de le rabaisser.

La présence des amies de ses soi-disant camarades l’avait empêché de déraper. Cependant, il ne supportait plus leurs dires. Joé et Jason s’étaient retrouvés avec le nez cassé. Malgré ce geste, ses deux derniers s’étaient quand même confondus en excuses tout en lui disant qu’ils ne pensaient pas que Benoît l’avait autant rendu accro.

Nathan, ravalant sa colère, avait fini par les accompagner à l’hôpital et, maintenant, il fixait piteusement la porte.

***

Lorsque la sonnette retentit, en début de soirée, Benoît, les yeux encore rougis, ouvrit la porte quelques secondes pour la claquer violemment.

— Benoît ! s’écria son ex qui osa entrer chez lui.

Sans lui répondre, il saisit un carton qui contenait les CD et DVD de Nathan puis les lui remit entre les mains.

— Voilà ce qui t’appartient.

— Ben ?

Il essayait de toutes ses forces de ne pas pleurer devant ce connard.

— On n’a plus rien à se dire, marmona-t-il péniblement en évitant de le regarder.

À peine eut-il dit ses mots que Nathan claqua la porte. Le cœur palpitant, celui-ci l’empoigna fermement et l’emmena dans sa chambre pour le jeter sur le matelas.

— Nath ? paniqua subitement Benoît en le voyant agir de la sorte, qu’est-ce que tu…

Les lèvres de son ex se posèrent sur les siennes. Il tenta de se dérober, mais ce dernier, à califourchon sur son corps, se colla audacieusement contre le sien.

— Nath,… arrête,… tu…

Benoît qui releva son buste en s’accoudant se maudit d’aimer ces baisers contre sa peau. La respiration saccadée, il bascula la tête en arrière, laissant son cou se faire dévorer par les lèvres de Nathan.

— Reste, lui murmura son ex en calant une main contre sa nuque.

Comme revenu à la raison, Benoît détourna son visage sur le côté tout en tentant de s’extirper de son emprise.

— Pour quoi faire ? Te vider les couilles et…

Nathan l’obligea à s’allonger contre le lit et, une main de ce dernier contre sa bouche, il l’écouta lui murmurer doucement :

— Ne me parle pas comme ça, ce n’est pas toi…

Les yeux brillant plantés dans ceux de son interlocuteur, il fronça ses sourcils.

— Tu vaux bien mieux que mes amis, poursuivit son ex, et,… je te demande pardon, je sais, j’ai été nul…

Nathan retira sa main pour l’enlacer tout contre lui. Le corps tremblant, il ne savait plus ce qu’il devait faire. Se sentir blottir ainsi le rendait vulnérable.

— C’est juste que, reprit Nathan,… tu me connais, je suis comme ça et quand je suis avec eux, j’ai tendance à t’oublier et c’est impardonnable, je le sais et… je vais changer ça…

Benoît le dévisagea froidement. Il ne devait pas céder. C’était trop facile.

— Non, répondit-il, tout ce qui t’importe c’est ta personne ! Moi, je ne suis rien que ton jouet !

— Crois-tu vraiment que je t’embrasserais comme ça…

Nathan déposa un baiser contre ses lèvres puis enroula tendrement sa langue à la sienne, les entrainant dans une valse des plus bouleversantes. Le cerveau de Benoît reconnaissait seulement qu’il embrassait bien… vachement bien !

— Crois-tu que ça m’amuse de toucher un corps qui ne me plairait pas ? ajouta-t-il en glissant une main sous son T-shirt. Crois-tu que je pense à quelqu’un d’autre quand nous faisons l’amour ?

La jambe gauche de Benoît fut relevée par un coup de genou, laissant une main de Nathan lui caresser le sexe déjà durci.

— Crois-tu que tu ne me fais pas d’effet ?

Benoît ferma ses paupières en retenant ses gémissements. L’entrejambe de son brun contre sa cuisse droite augmenta l’envie qui le saississait.

— Est-ce qu’au moins, murmura Benoît d’une voix tremblante, tu m’aimes ?

Il avait besoin de savoir. Il pouvait comprendre que Nathan pouvait être fier de sa personne, mais cela ne justifiait pas qu’il ne le lui dise jamais.

Le silence qui suivit lui brisa le cœur, déchirant une petite fibre au fond de lui. En tentant de se dégager, il fut maintenu par les mains de son amant qui le fixait maintenant d’un regard indécis.

 

Nathan observait le regard marin de Benoît qui semblait attendre une réponse positive. Après tout ce que ce dernier avait subi sans une seule fois ronchonné, son blond avait le droit d’entendre ses simples petits mots.

Il n’avait jamais eu de mal à trouver un homme pour combler ses soirées de solitude, mais depuis qu’il avait posé son regard sur Benoît, il n’avait rien compris à la situation. Plus aucun homme ne parvenait à le satisfaire. Il se rappelait encore du jour où, en se dirigeant dans la chambre d’une des pensionnaires qu’il devait rapatrier dans la grande salle commune, ses yeux s’étaient posés sur Benoît.

Celui-ci ne ressemblait à aucun de ses ex. Il était plutôt d’un genre naturel et sans prétention. Au pas de la porte de la grand-mère, il l’avait observé discuter puis rire avec la vieille dame. Ensuite, le temps d’une fraction de seconde, il avait croisé deux beaux yeux bleus azurs qui avaient réussi à le rendre muet. Dans l’incapacité de le saluer correctement, Nathan s’était senti stupide de lui hocher seulement la tête.

Il se rappelait d’avoir été hanté par le visage enfantin et rieur de Benoît. Les jours qui avaient suivi, il avait espéré le revoir puis, ayant l’habitude d’être toujours accosté, il n’avait pas osé l’aborder.

C’était pitoyable de sa part parce que c’était bien la première fois de sa vie qu’il s’était jeté sur les lèvres d’un homme pour répondre à une invitation. Nathan qui aimait bien garder le contrôle de sa vie avait perdu toute sa maîtrise devant Benoît. Il se souvenait encore de ses propres mains qui tremblaient comme un adolescent.

Mais, comme le pire des crétins, il se sentait obliger de rester fidèle à lui-même en présence de ses amis. Parfois, il se disait qu’un jour, Benoît s’en irait et c’était ce qui était en train de se produire.

Il revint au présent et déglutit en tremblant de tous ses membres. Il n’y avait que Benoît pour lui ôter toutes ses forces et il détestait la sensation d’être pris au piège… mais, au fond, il aimait que ce soit son amant qui ait autant de pouvoir sur lui.

 

— Ce n’est pas grave Nath, souffla Benoît en laissant échapper un sanglot, c’était bien nous deux mais je crois que je ne te suffis pas, tu sors en me laissant seul, tu rentres tard quand moi je pars travailler et, de toute façon, on ne se voit presque pas, donc, c’est comme si, on n’a jamais été en couple, et puis, je t’ai vu ce matin, je suis sûr que tu as bien dû t’éclater cette nuit…

— Ben ? Je, non ! Je ne t’ai jamais trompé si c’est ce que tu insinues !

— Ce n’est pas grave, abandonna-t-il en séchant ses larmes.

— Si, ça l’est ! Surtout, si tu ne me crois pas !

— Comment te croire ? lacha-t-il subitement, tu te plais dans ce genre de relation ! Pas moi ! Moi, je te veux en entier ! Pas à mi-temps !

Nathan réalisait sa connerie. Il allait le perdre. Cependant, il n’avait aucune envie de lui donner la raison de sa sortie. À quoi cela lui servirait-il ? Benoît était plus important que ses connards d’amis. Il l’enlaça et murmura à son oreille d’une voix vibrante au rythme de ses battements de coeur :

— Je t’aime.

Benoît, surpris par sa déclaration, plissa ses paupières et se permit de le dévisager en hoquetant. Il y avait dans les yeux noisette de Nathan une lueur de panique qui comprima sa poitrine. En découvrant une nouvelle facette de son aîné, ses lèvres se déformèrent en un rictus de soulagement.

— Répète ? demanda-t-il en tentant de sourire à travers ses autres larmes.

Nathan, les joues violemment empourprées, se racla la gorge :

— Je t’aime, lui réitéra celui-ci, les joues cramoisies.

Benoît sentait que ces quelques mots étaient très difficiles à sortir de sa bouche. Le visage empourpré de son aîné lui embauma même le cœur. Ce n’était pas souvent que ce dernier se mettait à nu et, dans cette situation, il donnait l’air d’un petit garçon intimidé.

— Encore, supplia-t-il en essuyant ses joues.

— Aurais-tu perdu l’usage de l’ouïe ? lui demanda-t-il en déposant un baiser sur ses lèvres.

— C’est vrai, tu m’aimes ? minauda Benoît, totalement retombé sous son charme.

Les joues en feu, Nathan contempla le visage de Benoît en le caressant avec beaucoup d’attention. Ce dernier ne savait pas combien il représentait à ses yeux. Il n’avait jamais murmuré ces mots et jamais, il n’aurait cru un jour parvenir à le dire.

— Oui… et si tu veux, chuchota-t-il à son oreille,… je peux même te le montrer, c’est sûrement la meilleure chose à faire et puis, tu ne m’aides pas…

Benoît sourit en gémissant tout contre son amant.

— Pourquoi ? s’amusa-t-il à dire, le cœur à nouveau heureux.

— Tu m’excites, lui dit Nathan en collant son bassin contre le sien, et il n’y a que toi pour me mettre dans cet état…

Benoît, enivré par ses mots, se cambra sous le poids de son amant qui, une main glissant sous son boxer, faisait déjà des mouvements de va-et-vient sur sa virilité. Nathan le torturait. Ces lèvres parsemaient des baisers chauds et humides sur ses joues, sa bouche et son cou.

Il gémit quand son amant retira ses bas sans prévenir alors que son esprit commençait à se laisser aller. Le corps nu et tremblant, il regarda son aîné qui se déshabilla à son tour. Il ne pouvait pas s’empêcher de le trouver beau.

— Je sais à quoi tu penses, le coupa Nathan qui reprit place au-dessus de lui, mais je te rassure, poursuivit celui-ci en relevant son buste, dans cette position, tu es « waouw » tout ce que j’ai envie de consommer, et pour rattrapper mon erreur de la nuit dernière, je vais te faire hurler de plaisir mon petit cœur…

Benoît, jambes écartées et talons à ces épaules, prêts à s’offrir à Nathan, rougit en l’écoutant. Il voulait encore y croire, à s’en brûler les ailes si jamais tout cela n’était encore que des mensonges. Prisonnier de cet homme, il s’abandonna en gémissant de plaisir. Les baisers étaient plus doux et plus profonds. Les caresses avaient un toucher qui semblait lui garantir une jouissance inoubliable.

Son amant, qui savait le rendre fou de lui, le préparait pendant que ces lèvres humides mangeaient gentiment les siennes. Benoît venait de perdre ses derniers neurones.

Lorsque Nathan s’insinua en lui, un long râle de satisfaction franchit de sa gorge avant d’être étouffé par les lèvres souriant de son aîné. C’était bon. Horriblement bon pour ne pas hurler de plaisir. Il arqua son dos et héla des mots indécents entrecoupés de cris quand les mouvements de va-et-vient se rapprochèrent de plus en plus vite, claquant leurs peaux entre elles.

Il aimait le côté sauvage de Nathan. Il avait l’impression que plus rien n’existait et que durant ces quelques secondes de bonheur, il n’y avait que lui qui comptait. À chacun de ces coups de reins, il le sentait profondément en lui, percutant le point sensible qui le poussait à hurler de plaisir. Des milliers de papillons tourbillonnaient au fond de ses entrailles, non loin d’exploser toute cette envie. Il ancra ses mains sur les épaules de Nathan et ferma ses paupières pour savourer leur union.

Il grogna en écarquillant les yeux quand Nathan se retira soudainement de lui pour le rouler à plat ventre. Il se redressa sur ses avant-bras pendant que son amant releva ses fesses et,… il gémit en le sentant à nouveau en lui.

Ainsi imbriqué, il avait la certitude qu’il était le seul à le compléter.

— Nath, supplia-t-il en sentant son propre sexe devenir douloureux, plus vite !

Les mains de son amant se plaquèrent fortement contre ses hanches et Benoît se délecta des frissons qui parcoururent son corps. Les claquements de peaux résonnèrent dans la pièce, recouvrant à peine leurs gémissements rauques.

C’était agressif et bestial. Les baisers de Nathan étaient plus violents contre sa nuque, presque des morsures. Benoît sentit subitement une fulgurante chaleur envahir ses reins, rompant quelque chose au fond de son être et, le souffle coupé, il jouit en même temps que son amant.

Se laissant choir sur le matelas, Nathan le suivit et roula sur le côté puis, un sourire de béatitude au bord des lèvres, Benoît sentit la chaleur des bras puissants de son homme l’attirer tout contre son corps. C’était, comme toujours, très bon.

— Je t’aime, murmura-t-il en se lovant confortablement face à son aîné.

— Je sais quand tu prends ton pied, le taquina Nathan les yeux clos, c’est quand tu gémis comme une fille…

— Eh !

— Hum,… susceptible en plus…

L’éclat de rire de Benoît embauma dans toute la chambre.

C’était ainsi que Nathan l’aimait : naturel et sincère.

***

La semaine s’écoula comme dans un rêve. Benoît était heureux et Nathan le lui prouvait chaque jour. Un soir, en rentrant d’une longue journée de travail, il entendit des voix dans la cuisine. Il n’eut pas le courage de se présenter lorsqu’il reconnut celle de Jason.

— T’as fondu, quoi ? chuchota ce dernier.

— Ouais, cinglait son amant sur un ton moqueur,… et si tu continues, c’est mon poing qui va fondre sur ta gueule !

— Okay, c’est cool, mec, c’est juste que t’es con de ne nous avoir rien dit, tu sais comment on est entre nous et, avec Joé, on s’était juré de respecter le premier gars qui te rendrait heureux et,… je m’aperçois que c’est chose faite, c’est juste que t’as déconné mec, j’espère que t’as conscience que tu as vraiment quelqu’un de bien…

— Je sais Jason.

— Tu ne vas plus lui briser le cœur ?

— Ce n’est pas son cœur que je vais risquer de briser mais ton nez si tu n’arrêtes pas de parler !

— Je vois que tu as décidé d’être un tendre ?

— Mnh, grognait son amant, laisse ses roses tranquilles !

Benoît sourit en entendant cela. Nathan resterait toujours… Nathan et, c’était son homme : l’homme de sa vie. Finalement, tout semblait bien reparti !

Fin

Si vous avez aimé, pensez à laisser un commentaire, ce n’est pas grand chose, mais ça fait toujours plaisir.

OS2, c’est ici

Nouvelle courte 1 : Histoire de loup

Résumé : Nolan et Aurélien sont mariés depuis quelques années. Leur fils, Eli apprend qu’il va être grand frère et il ne l’accepte pas. Nolan discutera avec lui puis, petit à petit, cela lui rappellera une histoire de loup.

Note : Cette histoire a été publiée sur le magazine de MM reader dans sa version fanfiction.

 

Histoire de loup

 

— Eli ?

Nolan poussa la porte de la chambre de son petit garçon de six ans et l’aperçut assis au bord du lit, la tête tournée à son opposé. Il leva quelques secondes son regard vers le plafond. Eli était peut-être génétiquement son fils, mais il devait bien admettre qu’il ressemblait de plus en plus à son mari Aurélien.

Il prit place à côté d’Eli qui serrait deux peluches contre le torse. Il profita du silence pour lui caresser les cheveux bruns. Cette année, avec Aurélien, ils avaient décidé d’agrandir la famille. Noémie, leur meilleure amie, qui avait porté Eli avait accepté de renouveler l’expérience en portant, cette fois-ci,  le bébé issu du sperme de son mari.

Ce matin, jour de congé de son compagnon, Aurélien était si excité à l’idée d’avoir un autre enfant à la maison qu’il l’avait maladroitement annoncé à leur garçon. Évidemment, depuis, Eli boudait dans sa chambre.

— Papa m’a dit que tu ne voulais pas de petit frère ? demanda-t-il.

Eli redressa son buste et posa ses peluches sur l’oreiller. Il se mit debout devant lui, croisa les bras sur sa poitrine et leva son visage rond vers le sien, lui dévoilant des yeux bleus et brillants.

— Non ! lui répondit-il d’un air catégorique. De toute façon, je ne l’aimerai pas. Je ne l’aimerai jamais !

Nolan le dévisagea, inquiet que la nouvelle le mette dans cet état.

— Pourquoi es-tu fâché après lui ? Le bébé n’est pas encore là et…

— Parce que, l’interrompit le petit en se renfrognant davantage tout en fixant maintenant le plancher, je n’aime pas les petits frères !

— Hé ? Trésor, murmura Nolan, de quoi as-tu peur ?

Il l’entendit renifler avant de baisser les bras le long du corps et marmonna d’une voix tremblante :

— Je ne serais plus votre trésor…

Le cœur de Nolan fondit devant ces quelques mots d’enfant. Il tenta de l’attirer tout contre lui, mais la résistance que mit son fils l’obligea à lui répondre.

— Tu seras toujours notre trésor, papa Aurélien et moi t’aimerons quoi qui puisse se passer. Tu es notre fils.

— Mais, bredouilla Eli en levant son regard humide vers lui, ça veut dire que vous allez m’aimer moins pour aimer le bébé !

— Viens là, lui intima-t-il en le faisant assoir sur ses genoux, nous n’allons pas t’aimer moins ou à moitié, au contraire, nous avons tellement d’amour à donner qu’il ne fera que grandir, tu comprends ?

— Papa et toi, vous m’aimerez toujours pareil ?

— Oui.

— Même si je fais des bêtises ?

— Oui.

Nolan sourit quand son fils sauta sur ses pieds et se tourna vers lui en semblant réfléchir à ce qu’il venait de dire.

— D’accord, chuchota Eli comme s’il donnait enfin sa permission de partager ses pères.

Nolan se leva, ravi de la petite conversation puis se dirigea vers la porte en lui rappelant qu’ils allaient bientôt passer à table.

*

Le soir, dans son lit, après un repas rempli de questions d’enfants, Nolan regarda son mari s’allonger en boxer à ses côtés. Il se cala contre le torse d’Aurélien et l’embrassa passionnément.

— J’espère que le prochain sera moins caractériel, murmura-t-il en s’écartant un de peu de lui. Eli te ressemble de plus en plus à ce niveau-là.

— Oh, tout de même, je n’étais pas comme ça enfant ?

Nolan le scruta un moment puis éclata soudainement de rire.

— Rappelle-toi de notre première rencontre, le défia-t-il d’un regard amusé, tu te souviens de ce qui nous a rapproché ?

— Mouais, grogna son mari en resserrant le bras autour de sa taille.

— Je devrais peut-être raconter cette histoire de loup à Eli…

— Nolan ! grommela Aurélien en le roulant sur le dos, les lèvres effleurant les siennes. Pour l’instant, mon loup intérieur a très faim de toi…

Nolan n’eut pas le temps de rire que son mari l’embrassa tout en plaquant son corps contre le sien. Il gémit un « traître » et s’abandonna aux joies de la chair en laissant derrière lui le souvenir de leur première rencontre.

C’était il y a bien des années…

 

☆☆☆

Vingt-trois ans plus tôt…

 

Aurélien, le regard renfrogné, descendait de la voiture en grommelant des mots tels que « Merde ! Crotte ! Fait chier ! Je n’aime pas la colo ! ». En suivant son père, le PDG de l’industrie des baskets Delsol, il soupirait fortement pour lui faire comprendre qu’il n’avait aucune envie d’être ici.

— Aurélien ! grinça son père au pas de sa nouvelle chambre, peux-tu arrêter ? Ce n’est que pour le mois de Juillet !

— Non ! bouda-t-il en croisant des bras.

— Aurélien, lui souffla-t-il plus calmement en s’agenouillant à sa hauteur, je sais que ce n’est pas facile mais je suis certain que tu te feras des amis.

Il détourna son visage quand ce dernier tenta de déposer un baiser sur son front et qui se plaqua sur ses cheveux blonds.

— Je vais rejoindre la directrice pendant que tu t’installes.

À ces mots, Aurélien tira sur sa grosse valise. Les mains sur la poignée, il percuta de dos le corps d’une personne.

— Salut ! murmura la voix d’un garçon, moi c’est Nolan Astier et toi ?

Il pivota sans s’excuser et le toisa froidement en se permettant de le détailler de haut en bas : c’était un petit brun aux yeux bleu. Il était tout maigre et pas mignon du tout. Nolan portait un short bleu foncé qui paraissait bien trop grand pour lui. Le tee-shirt rouge, quant à ce bout de chiffon, devait sûrement appartenir à une fille car il descendait presque au niveau de ses cuisses.

— Pousse-toi ! railla-t-il.

Sans remarquer qu’il venait de faire perdre le sourire à son camarade de chambre, il posa sa valise sur le lit de droite où se trouvait déjà un vieux sac de voyage. Il le saisit et le jeta par terre.

— Je prends ce coin !

— D’accord, marmonna Nolan en traînant son sac jusqu’à l’opposé de la chambre.

Aurélien n’avait pas envie de se faire des copains. Il voulait rentrer chez lui. Il sortit rageusement toutes ses affaires et, en se dirigeant vers la seule grande armoire, il fronça les sourcils.

— Oh, euh, bredouilla son voisin de lit, j’ai pris le côté droit mais comme…

Droite, gauche, quelle différence cela faisait-il pour lui ?

— C’est bon ! Je prends l’autre côté !

Il ne fit pas attention à l’autre gosse et passa une bonne demi-heure à vider sa valise.

*

Quand il eut fini, il réalisa qu’il était seul. Il tendit l’oreille vers la porte et reconnut la voix du petit brun.

— Moi, c’est Nolan Astier et j’ai sept ans !

Aurélien secoua la tête en se demandant si ce gamin allait se présenter comme ça à chaque fois.

— Moi, c’est Camille.

— Cool !

— Mon petit frère est parti aux toilettes, expliqua le grand châtain, il a le même âge que toi !

— Et toi Camille, t’as quel âge ? demanda timidement Nolan en souriant.

— J’ai dix ans !

Camille se tut avant de faire un signe de la main en direction d’un autre garçon qui avait une ressemblance avec ce dernier.

— Bastien ! Viens que je te présente Nolan !

Aurélien, les dents serrées, les regardait se parler alors qu’il trouvait cela stupide. À la fin de la colonie, personne ne garderait contact. Ce n’était que de la fausse amitié. Il le savait pour y avoir déjà passé deux étés consécutifs. Aucun camarade ne lui avait écrit ou même appelé.

*

Le soir, après le départ des parents, il se forçait à sourire au petit monde. Il en avait tellement marre de tout ce blabla qu’il ne fut heureux qu’en regagnant sa chambre. En pyjama et sous sa légère couverture, il espéra que son voisin de lit se couchât rapidement. Il soupira bruyamment en le regardant serrer dans ses bras deux peluches. Cette image l’énerva tant qu’il lui cingla :

— C’est bon ! Tu vas arrêter de pleurnicher sur tes nounours ! J’ai envie de dormir !

— Pardon, marmonna Nolan qui éteignit la lumière.

*

Nolan étreignait ses deux petites peluches en se demandant pourquoi Aurélien était méchant avec lui. C’était la première fois qu’il était loin de chez lui et, sa grande sœur, Lucile lui avait offert une licorne pour lui tenir compagnie. L’autre était un dragon qui avait appartenu à sa mère. Il sourit tout de même en sachant qu’il n’était pas tout seul : Coco et Gogoone, ses peluches veilleraient sur son sommeil.

*

La première semaine fut assez riche en émotion. Il adorait les frères Chevalier, Camille et Bastien. Il faisait pratiquement tout avec le second, mais le plus difficile avait été de supporter le caractère de son voisin de lit. Nolan ne lui parlait plus parce qu’il était vraiment méchant avec lui. Par exemple, Aurélien le bousculait comme s’il n’était pas là, il éteignait la lumière pendant qu’il se mettait en pyjama et il faisait du bruit en poussant violemment la porte de leur chambre.

Il avait beau le dire à la directrice Sandrine, Aurélien n’avait pas changé de comportement après avoir reçu un avertissement. Au contraire, cela avait empiré.

*

Ce soir, son voisin de lit avait été très loin : ses peluches Coco et Gogoone avaient disparu.

— Oh ! C’est bon ! Tu ne vas pas faire le bébé ! lui asséna-t-il froidement.

— Où tu les as cachés ? demanda-t-il d’une voix tremblante.

— Ce n’est pas moi !

Il renifla et effaça rapidement ses larmes quand Laurent le surveillant les appela du rez-de-chaussée. Cette nuit, tous les enfants étaient conviés à écouter une histoire que leur directrice allait leur conter.

— Nolan, qu’est-ce qui y a ? l’interrogea Bastien en le voyant s’essuyer le visage.

— Ce n’est rien.

— C’est Aurélien ?

Il baissa honteusement son regard rougi vers le plancher.

— Quel emmerdeur celui-là !

— S’il vous plaît ! tonna soudainement Sandrine, j’aimerais que les retardataires nous rejoignent et s’assoient autour du feu de camps.

Nolan courut dehors et se dirigea vers le cercle. Ce fut à contrecœur qu’il se posa là où il restait un peu de place : à côté d’Aurélien.

— Bien, reprit la directrice en ayant l’attention de tout le monde, Laurent va vous distribuer un petit cocktail féerique pour vous aider à faire de beau rêve quand j’aurai fini l’histoire.

Pendant que le surveillant leur offrait à tous un gobelet rempli de la fameuse boisson, Nolan fixa quelques secondes le liquide puis, incapable d’oublier Coco et Gogoone, il releva ses yeux brillants sur la vingtaine d’enfants que formait la colonie. Il n’osa pas se tourner vers Aurélien, car il était sûr que ce dernier les lui avait cachés.

— Parfait ! Tout le monde est servi ! Alors, pendant que je vais vous raconter la légende Cherokee des deux loups, je vous invite à le boire…

Nolan soupira en affaissant ses épaules et se résigna tristement à l’écouter.

« Un soir d’hiver, un vieil homme de la nation Cherokee se réchauffe doucement au coin du feu alors qu’entre brusquement son petit-fils : Tempête-de-vent. Ce dernier est de nouveau très en colère parce que son voisin s’est montré encore injuste envers lui. À cela, le grand-père lui raconte :

— Il m’arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et surtout ceux qui n’expriment aucun remord. Mais, tu sais, la haine m’épuise… et, à bien y penser, elle ne blesse pas celui qui s’est mal conduit envers moi. C’est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J’ai souvent combattu ce sentiment car j’ai appris que la bataille entre deux garçons, comme à l’intérieur d’un même village, est toujours une bataille entre deux loups à l’intérieur de soi. Le premier est bon et ne fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l’entoure et ne s’offense pas lorsqu’il n’y a pas lieu de l’être. Il combat uniquement lorsqu’il doit le faire et il le fait de manière juste. Mais l’autre loup, hum…. celui-là est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage. Il se bat contre n’importe qui, tout le temps et sans raison. Il est incapable de penser parce que sa colère prend toute la place. Il est désespérément en colère… pourtant elle ne change rien… Et je peux t’avouer, Tempête-de-vent, qu’il m’est encore parfois difficile de vivre avec ces deux loups à l’intérieur de moi parce que tous les deux veulent avoir le dessus.

Le petit-fils regarde attentivement et longuement son grand-père dans les yeux et demande :

— Et lequel des deux loups va gagner, grand-père ?

Le vieux cherokee sourit et répond simplement :

— Celui que je nourris. »

 

Tout au long de cette magnifique histoire, Nolan avait senti son cœur battre à toute allure. Son regard pétillait de mille étoiles. Il réalisa que cette légende reflétait parfaitement la colère inexpliquée d’Aurélien contre lui.

Lorsque les enfants regagnèrent leur chambre, il se dépêcha de souhaiter bonne nuit aux frères Chevalier avant qu’Aurélien n’éteigne la lampe. Que ne fut sa surprise en découvrant Coco et Gogoone sur son oreiller. Ses lèvres s’étirèrent inconsciemment en un sourire heureux. Jetant un rapide coup d’œil à Aurélien, il le remercia d’un simple hochement de tête. Cette nuit, il allait faire de merveilleux rêves…

Aurélien, troublé, roula immédiatement sur le côté après avoir reçu un magnifique sourire de Nolan. Le vieil homme Cherokee avait raison : il ne devait pas nourrir le méchant loup au fond de lui. Son camarade n’y était pour rien s’il était en colère. À cette pensée, il sourit en fermant les yeux. Demain, il nourrirait le bon loup de toute la gentillesse qu’il avait pour les yeux océans de son nouvel ami.

 

FIN

[1] LES DEUX LOUPS est une fable amérindienne d’un auteur inconnu qu’on raconte encore aujourd’hui le soir autour du Feu sacré. Légende transcrite par Gilles-Claude Thériault à partir de diverses versions orales et écrites, en langue française et anglaise.

***

Si vous avez aimé, pensez à laisser un commentaire, ce n’est pas grand chose, mais ça fait toujours plaisir.

News du 01 / 07

Hé bonsoir à tous et à toutes !

Si je reprends doucement le blog, il devait avant tout me plaire. Il est donc passé en domaine privé, même si je me suis un peu perdue… dans sa construction. Au final, pour l’instant, il me convient donc, au besoin, je verrais bien au fur et à mesure.

J’ai aussi pris du retard sur pas mal de chose -_- mais j’espère vous en donner des nouvelles bientôt.

Je prépare aussi un/des articles sur la création d’un livre papier via Lulu. (Mise en page/couverture) puisque j’utiliserai La folie d’un cœur 1 pour l’expliquer.

En attendant, j’espère que cette nouvelle visualisation du site est mieux.

 

Eridine