Mathias P8 & fin

8

 

Adrien se retrouva au milieu de la grande salle où, autrefois enfant, il avait passé des après-midi et des soirées avec ses amis. Il fut surpris de découvrir la cheminée allumée qui devait réchauffer la salle depuis plusieurs minutes. Lorsqu’il s’approcha du seul grand tapis en laine épais qui faisait face aux braises, il questionna Mathias de son regard interrogateur.

― Rayan m’a aidé.

Il aurait voulu lui parler mais l’idée de passer juste une nuit à ses côtés avait laissé grossir une boule en travers de la gorge. La peur que tout cela ne soit qu’un rêve et que demain, celui qu’il chérissait depuis le premier jour, lui brisait le cœur.

― Viens, l’intima le brun en lui prenant la main.

Il était persuadé d’être plus grand que lui et remarqua qu’ils avaient la même taille. Au moins, cela lui permettait de pouvoir détailler chaque trait de son visage. Cela faisait un  an qu’il n’avait pas vraiment pu le faire et, aujourd’hui, il avait le loisir de le regarder sans craindre de recevoir un regard noir. Il sursauta subitement en le voyant approcher son visage du sien.

― Adrien ?

Il avait envie de le toucher, de le caresser mais,… pas pour réparer ou égaliser quelque chose. C’était blessant et rabaissant d’en arriver là. Même s’il avait sa fierté, qu’est-ce que cela lui rapporterait ? Rien que de la souffrance supplémentaire. Mathias le tentait, sans réaliser que lui, il avait des sentiments…

Sa gorge se resserra davantage autour d’une boule imaginaire, comprimant sa poitrine. Ce n’était pas comme ça que les choses auraient dû se passer. Il recula instinctivement et fit demi-tour, incapable de dire un mot…

― Adrien !

Il se figea, le corps tremblant et réussit à murmurer d’une voix vibrante de déception :

― Tu peux t’en aller, je ne te retiens pas,… si c’est pour te venger, tu as… t’as bien réussi ton coup…

Il se sentait minable de réagir aussi stupidement alors que Mathias lui offrait une nuit… mais une nuit de quoi ? De baise et c’était tout ? Un gigolo ou un sex-friend aurait mieux fait l’affaire ! Il allait reprendre sa marche quand, tout à coup, il fut tiré en arrière manquant de tomber et se retrouva blotti dans les bras de Mathias. Le souffle coupé et le cœur palpitant, des lèvres humides vinrent se presser sans douceur contre les siennes.

Il avait rêvé de ce moment tellement de fois dans sa tête qu’il ne savait plus où se trouvait la limite. S’il écoutait son cœur, il l’embrasserait comme un damné, et si c’était celui de la raison, il partirait sans attendre de réponse… Mais, il ne fit rien de ces deux choix. Il resta immobile, laissant ses larmes inonder ses joues. Il ne comprenait pas ce que lui infligeait Mathias… Même les bras du brun autour de sa taille n’empêchèrent pas ses pleurs de se calmer.

― Adrien ? Parle-moi…

― Une nuit, bredouilla-t-il la poitrine enserrée d’un étau invisible, je ne veux pas… que d’une nuit…

Il n’arrivait pas à lui dire ce qu’il souhaitait le plus au monde. Son trésor ne lui appartenait plus depuis longtemps. Ce dernier venait et allait repartir en le laissant derrière lui. Il enlaça enfin le corps fin de son brun et poursuivit en se raclant la gorge :

― Je ne te veux pas qu’une nuit, mais toutes celles qui sont à venir, toute ma vie, mais juste une nuit ? Je ne peux pas, je préfère en rester-là.

Adrien se sentait épuisé par toutes les émotions qui l’assaillaient. C’était fini. Il l’avait compris. Il s’éloigna de Mathias et, les yeux rivés sur le vieux parquet, il murmura en essuyant ses larmes :

― Tu veux une égalité ? Ma vie, elle t’appartenait depuis… la nuit où tu es venu dans ma chambre… ma vie…

Il se tut, incapable de respirer correctement. Sa gorge le tirailla tellement qu’une crampe vint tordre son estomac, l’obligeant à se cambrer en avant. Il cala instinctivement une main sur son ventre et la seconde contre sa bouche, il étouffa ses quelques cris de douleurs. La blessure était là depuis des années. Elle épiait chacun de ses battements de son cœur qui allaient sûrement rendre l’âme s’il ne se lâchait pas.

― Je ne veux pas que tu t’en ailles, je veux que tu restes, reste avec moi, ne les rejoint pas… je n’ai rien dit sur toi, je ne comprends pas…

Les bras de Mathias l’enlacèrent subitement, l’obligeant à caler son visage contre l’épaule du brun. La voix qui lui avait tant manqué lui chuchota à l’oreille :

― Ne te souviens-tu pas de ce que je t’ai avoué cette nuit-là ?

Adrien, un regain d’espoir naissant aux creux de son cœur, plongea son regard dans celui de son ami. Un ange n’aimait-il pas tous les humains ? Ou bien, son cœur d’enfant avait-il oublié ce passage lorsque la voix céleste le lui avait chuchoté ?

― Je t’aime, lui confirma Mathias.

Les lèvres serrées l’une contre l’autre, il ne put les empêcher de se déformer, libérant enfin les larmes de peurs. Peu importait dans quel état il se trouvait. C’était blotti tout contre Mathias que sa vie avait un sens et, pour toujours, il serait avec lui.

 

*

 

Quelques minutes plus tard, les deux hommes étaient allongés sur le tapis, devant la cheminée. Mathias, le dos collé au torse d’Adrien, n’avait rien ajouté à leur conversation. Il profita de ce moment calme pour apprécier sa chaleur. Les yeux fermés, il réalisait que c’était tout ce qui avait manqué à sa vie.

Il lui devait des explications. Il avait conscience que, sans Nina, il l’aurait sûrement perdu. Il roula et fit face au visage de son ami. Il se sentit horriblement bête d’avoir été si loin…

― Adrien, murmura-t-il en roulant pour lui faire face, on devrait discuter de… nous.

Il le regarda caler un bras sous la tête et posa une main posée sur sa hanche droite en lui souriant.

― J’aurai dû te pardonner, quand je repense à la manière que j’ai osé te rejeter, j’ai honte de t’avoir autant fait souffrir, j’avais tellement été déçu que j’ai agi comme le pire des imbéciles.

― Non, le rassura Adrien, tu as agi comme un humain.

― Après tout ça, murmura-t-il d’une voix incertaine, tu voulais encore de moi ?

― Après tout ça, je t’aurais accepté même si tu ne m’aimais pas…

Il ferma ses paupières quelques secondes avant de le fixer à nouveau.

― Laisse-moi te raconter comment tu as donné vie à mon cœur.

Mathias désirait tout lui dire avant de ne plus en avoir le courage.

― Tu n’es pas obligé.

― Si, je le veux Adrien.

Il y avait soudainement dans l’air ambiant de la pièce un parfum frais et fleuri qui l’encouragea à poursuivre.

― Les anges n’ont pas de cœur, je veux dire, ils n’ont pas cet organe qui vous permette de vivre… De toute ma vie angélique, je n’ai jamais été touché par un être humain quand certains de mes frères ont succombé à l’envie de chuter, et lorsque cela m’est arrivé, j’ai eu peur. Adrien, je ne sais pas ce que tu m’as fait, mais ta voix m’a touché. Chaque fois que tu priais, il se produisait des choses à l’intérieur de moi, c’était comme si tu étais parvenu à briser plusieurs fibres célestes jusqu’à ce que… mon cœur se mette à battre pour la première fois…

Un silence s’invita, laissant le temps à Adrien de comprendre que Mathias était en train de lui faire la plus belle déclaration. Il ne s’attendait pas à ces mots et, bien qu’il n’en demandâ pas davantage, comment ne pouvait-il pas l’aimer encore plus ?

― J’ai chuté pour être auprès de toi parce que je suis tombé amoureux de toi…

Adrien, les larmes au bord des yeux, glissa son bras et l’attira tout contre lui. S’il avait fallu passer par ces douloureux moments pour mieux se retrouver, alors il ne regrettait plus d’avoir patienté une année quand celui qu’il aimait avait laissé derrière lui l’éternité.

― Est-ce que tu m’aimes ? lui demanda Mathias la voix enrouée.

Comment pouvait-il ignorer ses sentiments après tout ce qu’ils venaient de vivre ensemble ? Son brun avait quand même abandonné son statut angélique pour lui…

― Oui, répondit-il à son oreille, je t’aime… je t’ai toujours aimé…

Mathias lui offrit un sourire puis, le cœur papillonnant dans tous les sens, Adrien déposa ses lèvres contre les siennes. Le souffle court et lent, ce baiser au goût de paradis suffit à effacer tous les maux de la Terre. Lorsque sa langue s’enroula amoureusement à sa jumelle, des milliers de battements d’ailes battirent à travers sa peau, réanimant chaque cellule de son corps meurtrie par son absence. Il approfondit son baiser, se collant tendrement contre son ami, son amant, son ange…

Mathias, bouleversé, savoura cet instant magique comme un rêve éveillé. Le corps parcouru de multitudes de frissons, il avait eu raison de se brûler les ailes car la chaleur et l’affection d’Adrien en valaient la peine. Toutes les émotions humaines liées à son comportement n’avaient eu d’autres buts que de le retrouver plus amoureux… et peut-être, que de là-haut, une amie lui avait mis sur la route, une nouvelle famille.

Cette nuit où le froid de l’hiver ne semblait pas les atteindre, ils se découvrirent en douceur. Les caresses et les baisers, tendres et profonds, les transportaient dans un autre univers. Pour Mathias, c’était tout nouveau. Son corps ne paraissait plus lui appartenir. Il gémissait et lâchait des râles entre ses souffles erratiques. Personne ne l’avait touché comme son amant le faisait et, personne n’avait été capable de lui faire autant d’effet.

L’amour, il le découvrait à travers son corps d’homme : bouillant et pantelant. Il était prisonnier dans un tourbillon de sensations nouvelles. À l’image d’une rafale, une explosion d’émotions qui, inconnue jusque-là, semblait lui dicter sa conduite. Il n’était plus maître de ses gestes. Il se laissait totalement soumis à Adrien, plus sensuel que jamais. Il avait beau retenir ses cris, cela était au-dessus de ses moyens. Il se cambrait, s’offrant entièrement à la vue de son blond.

Adrien prit le temps de goûter chaque parcelle de peau, enchantant ses lèvres et ses mains qui pinçaient ce corps comme un fruit défendu. Il en trembla de peur que tout ne s’évapore mais, Mathias était bien devant lui, érotiquement sensuel. Il voulait lui offrir le meilleur pour sa première fois. Il faisait durer le plaisir, malmenant le corps de Mathias qui s’arquait sous le sien.

C’était une nuit magique. Les deux hommes le ressentirent tout autour d’eux. L’atmosphère semblait chargée de poussières de rêves d’autrefois et, dans leur bas-ventre, des milliers de papillons tournoyaient avec violence. L’instant unique où leurs corps s’imbriquèrent en un seul déclencha au plus profond de leur âme, une révélation divine. Le son d’une mélodie angélique les berça dans une perdition sans nom, les emportant dans un monde cotonneux et opalin.

Le bruissement des ailes dansait aux creux de leurs oreilles quand, dans l’air du temps imaginaire, leurs chaleurs corporelles semblèrent y insérer toute la promesse d’un avenir certain. Il y avait tellement de volupté et d’érotisme que le souffle d’une brise séraphique vint bénir leur union…

Le moment tant attendu, Adrien et Mathias, les corps brûlants d’excitation et en parfaite harmonie, n’étaient plus que gémissements. De leurs respirations rauques et erratiques, plus rien ne contrôlèrent leur envie de s’abandonner l’un à l’autre. Les claquements de peaux nues ne recouvrirent pas leurs cris de jouissance.

 

*

 

Tard, au milieu de la nuit, un être les regardait s’entrelacer sous une couverture avant de sombrer dans un sommeil profond. Elle n’avait jamais oublié son ami Haël et avait toujours été là, le veillant depuis sa chute. Elle contemplait le résultat d’un amour qui avait mis du temps à se concrétiser puis, en tournant la tête vers sa nouvelle amie, elle murmura d’un air empli de mystère :

― Tu vois, il y avait bien un plan, parce que…

― Les anges, c’est nous.

― Tu apprends vite Marianne.

Elles saupoudrèrent de leurs ailes les rêves du tout nouveau couple d’une traînée de poussières d’étoiles et, elles se volatilisèrent.

 

Mathias, les yeux clos, se lova tout contre le torse d’Adrien qui, instinctivement, resserrait son étreinte quand un léger souffle effleura la peau de leur visage.

☆☆☆

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