Mathias P4

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Mathias passa son début d’après-midi au petit parc accolé à l’orphelinat. Debout près du seul grand chêne où autrefois, il aimait s’y adosser, il se laissa emporter par la douceur de la brise. Le vent frais se levant doucement, il ferma ses paupières et soupira en se souvenant du temps qu’il avait passé à se confier à cet endroit. Il ouvrit ensuite son regard vers le ciel comme si sa meilleure amie Marianne était près de lui.

Il sourit. Elle ne lui avait jamais caché qu’elle aurait aimé être un ange. C’était étrange comme, au cours de sa vie, il avait rencontré des gens qui semblaient y croire. Il ne faisait pas partie de ceux qui avaient autant l’esprit ouvert… pourtant, il se souvenait qu’Adrien les adorait.

 

*

 

Automne 2011 (Mathias 14 et Adrien 16)

 

Mathias et Adrien s’étaient retrouvés enfermés dans les toilettes du bar. Rayan leur avait hurlé « maintenant débrouillez-vous ! ». Cela faisait quelques jours qu’ils ne se parlaient plus. Ils étaient malheureux mais trop fiers pour faire la paix, ils avaient préféré s’éloigner l’un de l’autre. C’était Adrien qui avait commencé à lui demander s’il allait bien. Il avait seulement hoché la tête.

― Pardon Mathias…

― Pourquoi ?

Il s’était avancé timidement de quelques pas.

― Je t’ai menti… je crois aux anges…

― Oh…

Il ne savait plus comment le sujet était venu dans leur conversation. Il se rappelait qu’il avait passé l’après-midi avec une fille de sa classe. Il lui avait promis de l’aider pour du français. Elle était gentille et il l’aimait beaucoup. Toutefois, il ne s’amusait pas autant qu’avec son meilleur ami. C’était diffèrent.

Même s’ils ne restaient qu’à regarder l’étang qui longeait l’orphelinat, il appréciait sa présence. C’était ce soir-là qu’Adrien lui avait demandé s’il était amoureux de la fille. Mathias n’en savait rien alors il avait haussé des épaules… Ensuite, comme si de rien n’était, il lui avait posé la question sur les anges mais, son ami était parti en vrille…

― Moi aussi je t’ai menti, avait-il répondu à son tour, je n’aime personne, mais j’aime rester avec toi.

Mathias, le cœur soulagé, se souvenait de s’être jeté dans ses bras, effaçant de sa mémoire ces derniers jours de séparation.

― Moi aussi, j’aime quand tu es avec moi Mathias.

― Oui… toujours… avait-il confirmé en sentant l’étreinte d’Adrien autour de sa taille.

― Je crois aux anges… parce qu’ils ont réalisé mon vœu. J’ai prié un soir qu’on m’envoie un ami rien que pour moi… et tu es arrivé le lendemain Mathias… et depuis, je crois en eux…

Touché par son aveu, il lui avait chuchoté :

― Alors merci, merci d’avoir accepté d’être mon ami…

 

*

 

Un vent frais vint caresser son cou, le poussant à resserrer son écharpe. Il avait presque oublié ce souvenir. C’était comme si sa vie avait vraiment commencé ici, auprès de son ami. Malgré le mal qu’ils s’étaient fait, il sourit parce qu’il se rappelait du pendentif qu’il avait offert trois années plus tard. C’était fou comme certains endroits avaient le pouvoir de le ramener à un moment précis de son passé.

― Mathias ! l’appela une femme qu’il ne reconnut rien qu’au timbre.

Il se leva et croisa le regard pétillant de son ami Rayan. Ce dernier ne lui laissa pas le temps de répondre que celui-ci l’informa, le sourire aux lèvres :

― C’est un petit mec !

― Tu vois dans quel état ça le met, gloussa la jeune femme.

― Bonjour Nina ! Je vois que tu te portes bien en tout cas ?

Mathias lui fit la bise, le cœur en alerte. C’était toujours le corps frissonnant d’une panique incroyable qu’il craignait de la rencontrer. Ce n’était pas qu’il la détestait, elle avait juste quelque chose qui arrivait tout le temps à l’effrayer. Devant Rayan, il parvenait à rester maître de lui, mais aujourd’hui, le regard profondément bleu de Nina semblait l’obliger à regarder en arrière.

― Tu parles, lui chuchota cette dernière, Rayan se fait plus de soucis que moi et… Mathias ?

― Je… bredouilla-t-il en sentant la terre se dérober sous ses pieds, je ne sais pas ce que j’ai…

Son ami le retint par les bras et l’aida à s’asseoir quelques secondes sur un banc gelé.

― Tu as mangé ce midi ? lui demanda celui-ci.

― Oui, oui, ce n’est rien…

Pourquoi, à chaque fois qu’il se trouvait près de Nina, voyait-il des images défiler dans sa tête ? Seulement cette fois-ci, c’était plus fort que lui et que son envie de les combattre. Il gémit de douleur, une main tremblante posée sur son front et plissa ses yeux en tentant de visualiser le parc mais tout devint flou…

 

*

 

Eté 2010 (Mathias 13 et Adrien 15)

 

Adrien l’avait supplié de rentrer dans la boutique des « Anges bleus » mais, lui, il ne voulait pas y entrer. D’une, parce qu’il ne croyait pas aux médiums et de deux parce qu’il sentait une peur inconnue lui tirailler l’estomac. C’était comme si, inconsciemment, il sentait que cela allait bouleverser sa vie.

― Allez, Mathias ! Vient !

Il l’avait suivi à contrecœur, une main dans la sienne, incapable d’avancer sans un soutien.

― Aïe ! Mathias ! Tu me broies les doigts !

― Tu as voulu que je rentre, à toi d’en subir les conséquences.

― Tu as peur ?

― Meuh noooon…

Il se souvenait qu’il ne voulait pas se montrer faible et, pour toute réponse, Adrien avait déposé un baiser sur sa joue en lui chuchotant :

― Allez, ça te portera bonheur…

Mathias s’était mis à rougir quand une jeune femme apparut en les regardant, le sourire aux lèvres.

― Bonjour, les garçons…

Il avait planté son regard dans les yeux de la propriétaire. Elle dégageait un je-ne-sais-quoi d’étrange qui lui avait donné la chair de poule. Après quelques secondes de silence, elle les avait invités à s’asseoir sur un banc et leur avait demandé de tendre leur main droite, paume face au plafond.

Mathias avait nerveusement dégluti, la peur encore aux creux de son ventre. Il ne voulait pas qu’Adrien le lâchât. Malheureusement, rester dans la pièce était au-dessus de ses moyens. Il s’était penché vers l’oreille de son ami et lui avait demandé :

― Je veux qu’on sorte, s’il te plaît…

― D’accord…

À peine, s’était-il levé en même temps qu’Adrien, que la femme leur avait chuchoté :

― C’est d’une prière que vous vous êtes retrouvés.

Mathias s’était figé, le cœur affolé. Il se rappelait d’avoir eu le sentiment qu’il avait fait quelque chose de terrible et cela l’avait poussé à hurler :

― Je veux sortir ! Je veux sortir !

Quand il avait atteint le trottoir, il s’était jeté dans les bras d’Adrien, pleurant le corps tremblant de panique. Son cœur avait battu si violemment qu’il avait cru mourir de peur. Il s’était accroché à son ami parce qu’une petite part de lui savait qu’il n’était pas à sa place.

 

*

 

Mathias se retrouva étrangement dans les profondeurs d’un nuage opalin. Il flottait au milieu d’un paradis cotonneux. Il n’y avait pas âme qui vive. Il jeta un coup d’œil aux alentours, mais tout était calme. Des bruits, tels que des cris et des rires attirèrent son attention vers le bas.

Une légère brise balaya le voile feutré qui se dissipa lentement autour de lui et son cœur se mit à palpiter avec tant de frénésie que sa respiration se saccada : un monde s’étendit à ses pieds…

« Les anges, c’est nous ».

 

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