Mathias P3

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Rayan rentra chez lui, le cœur un peu lourd. Il avait essayé par tous les moyens de comprendre ce qui s’était passé entre ses amis, mais aucun des deux n’avaient voulu lui cracher le morceau. Il se déchaussa, enleva son blouson et alla rejoindre sa femme qui déjeunait devant la télé.

— Tu n’es pas resté longtemps ! lui fit-elle remarquer pendant qu’il s’allongeait sur le canapé pour poser sa tête sur les cuisses de son épouse.

— Non, mais je crois que ça le mine…

— Je suis certaine que ça s’arrangera.

— Je te crois, mon cœur. C’est juste que je trouve ça idiot.

— De quoi ?

— Bah, cette distance ! Je les ai vus grandir et, vraiment, j’ai toujours cru que leur amour surpasserait leur dispute…

— Ils étaient trop jeunes ou aveugle pour comprendre ce qu’ils ressentaient et puis, je crois que cela leur aura fait du bien…

— Oh, toi, mon cœur, je suis sûr que tu sais quelque chose…

Pour toute réponse, elle éclata de rire. Rayan fit mine de bouder et tourna son visage vers le ventre à peine arrondi de sa femme :

— T’as vu Angel, ta mère se moque de moi !

— Hé ! s’indigna-t-elle, on ne sait pas encore si c’est un petit mec !

— Dans une heure, madame Fèvre tu verras que j’aurais raison !

Il releva légèrement sa tête et déposa un rapide baiser sur les lèvres de la femme qui avait conquis son cœur. Il resta allongé et ferma quelques instants ses yeux, heureux de devenir bientôt papa.

 

 

 

 

Automne 2009 (Mathias 12 et Adrian 14)

 

Rayan se souvenait d’avoir surpris, un jour, Adrien partir de l’orphelinat sans Mathias. Cela aurait pu passer inaperçu, mais il était très rare que ces deux garçons ne se séparent surtout quand ils n’étaient pas au collège. Sur le coup, il avait haussé les épaules parce qu’ils étaient jeunes et avaient aussi leurs propres camarades. En fin d’après-midi, alors qu’il allait en direction d’une salle pour réviser ses cours de chimie, il se souvenait d’avoir aperçu Mathias, tout seul aux marches des escaliers.

— Ça va ? lui avait-il demandé.

— Adrien, il a un rendez-vous avec son amoureuse.

— Ah,… et ça t’embête ?

— S’il a une amoureuse, ça veut dire qu’il ne sera plus avec moi.

Rayan avait senti son cœur se serrer en écoutant sa réponse. Il se rappelait de lui avoir expliqué qu’à l’âge d’Adrien, il était normal de vouloir plaire et d’avoir une chérie.

— Il en aura combien ?

Il n’avait pas du tout pensé à ce genre de questions, pourtant il avait fait l’effort de lui trouver des réponses :

— Oh, tu sais, il en aura plein avant de trouver la bonne…

— Hein ! avait-il éclaté en sanglots

Il avait réussi à lui faire comprendre que leur amitié était tellement forte que jamais personne ne l’éloignerait de lui, mais cela n’avait pas suffi à consoler le cœur du tout jeune adolescent. Le soir même, il avait voulu voir Adrien et, avant de se présenter, il avait entendu une petite dispute entre ces deux amis.

— Pourquoi t’es parti sans moi ? ! T’avais dit qu’on ferait tout ensemble !

— Mathias, je suis juste allé voir un copain.

Rayan avait secoué la tête en se disant mentalement que c’était une mauvaise réponse.

— Non ! Tu mens !

— Oui, c’est vrai, j’avais un rendez-vous… mais, ce n’est pas ce que tu crois.

— Tu m’as menti !

— Non !

— Si ! C’était qui ? Amélie ?

Il y avait eu un blanc avant qu’il n’entende la voix d’Adrien murmurer :

— Ce n’était pas une fille.

— Tu… tu en as marre de moi ? s’était mis à pleurer Mathias qui était parvenu à fendre son âme de ces mots encore enfantins, c’est pour ça… que tu cherches un autre meilleur copain ?

Rayan s’était avancé en silence et avait été soulagé de les voir s’enlacer l’un contre l’autre. À cette époque, il aurait dû se rendre compte que les gestes d’Adrien n’était pas anodins… au contraire, il tenait déjà à Mathias.

 

*

 

Sa femme le sortit de ses souvenirs en lui indiquant l’heure. Il étira ses membres et marmonna d’un air résolu :

— Allons voir si ton cher mari a raison ! Je suis sûr que ce sera un petit homme !

Il se foutait de savoir si elle attendait un garçon ou une fille. Tout ce qu’il souhaitait était que son bébé soit en bonne santé. Il la regarda éclater de rire en secouant la tête. Elle était merveilleuse. Depuis qu’il l’avait rencontré, il avait été envoûté par son charme et ses yeux intensément bleus. C’était un peu grâce à Adrien qu’il avait fait sa connaissance. Quelque part au fond de lui, il voulait lui rendre la pareille. Lorsqu’il arriva dans la salle d’attente, il ne put s’empêcher de se rappeler du jour où Mathias lui avait demandé une faveur.

 

 

 

 

Eté 2013 (Mathias 16 et Adrien 18)

 

Rayan qui vivait sa dernière année à l’orphelinat allait bientôt fêter ses vingt ans. Il avait pu rester le temps de finir son contrat par alternance pour devenir éducateur et, c’était dans cette enceinte qu’il avait pu avoir un poste grâce à M. Lafarge. Il était certain d’avoir son diplôme et, ayant mis assez d’argent de côté, il avait signé pour deux pièces, au-dessus du bar qu’il aimait fréquenter avec ses amis.

Ce mois de juin, il l’avait passé avec eux avant de finir de s’installer dans son petit appartement. Mathias qui s’était pris très tard pour trouver le cadeau d’anniversaire d’Adrien lui avait demandé s’il pouvait se rendre à la boutique en face du bar pour acheter un pendentif à sa place. L’adolescent avait un match de basket et, évidemment, il savait que le blond ne le lâcherait pas d’une semelle.

Mathias n’avait jamais été doué pour planifier les choses. Il avait accepté d’y aller. Lorsqu’il se trouva devant la vitrine, il avait pesté parce qu’il ne retrouvait pas l’objet que voulait absolument son ami. Si ce dernier n’avait pas hésité ou attendu, il aurait pu l’acheter.

— Hé ! Rayan !

— Salut Maxence, murmura-t-il au vendeur tout en restant les yeux plantés sur les bijoux, dis-moi, tu n’avais pas une étoile en argent en stock ?

Il releva son visage vers l’interlocuteur qui grimaçait en balayant ses cheveux bruns d’un air désolé.

— Je l’ai vendue ce matin… Ces pendentifs sont tous faits à la main et je ne te garantis pas d’en recevoir à l’identique sauf si j’en fais la demande au créateur.

Rayan savait que l’étoile avait une signification importante pour Adrien mais, là, à cette seconde, il imaginait la peine de Mathias s’il devait encore patienter pour l’offrir à son meilleur ami. Soudain, il eut une idée :

— Est-ce que tu aurais quelque chose qui rappellerait le ciel ?

— Un peu comme l’étoile ?

— Ouais…

Il regarda le brun partir à l’arrière-boutique et revint avec un petit catalogue où il lui montra un ange en argent.

— J’ai celui-ci. On reste dans le domaine du ciel, non ?

— Je n’aurai pas dit mieux, allez, je le prends !

Il n’avait rien dit à son ami car il était certain que cela serait aussi un beau cadeau et cela avait été le cas. Mathias avait sauté sur son dos, enlaçant ses bras autour de son cou pour lui chuchoter à l’oreille :

— Merci, je ne l’avais pas vu l’ange,… merci,… il est vraiment beau…

 

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