Mathias P2

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Mathias quitta sa chambre d’hôtel pour retrouver un ami de l’orphelinat. Le vent dehors était frais et l’air revigora sa poitrine. Il pensa rester quelques jours et retournerait chez lui. En venant ici, il avait l’intime conviction d’être enfin rentré, mais de mauvais souvenirs continuaient à le faire souffrir.

Il marchait en contemplant les feuilles d’automnes qui valsaient à ses pieds comme pour accompagner sa tristesse. Les mains dans les poches, ses yeux s’attardèrent un peu partout autour de lui. Les murs des immeubles et des magasins lui rappelèrent de bons souvenirs. Il ne pouvait pas nier que c’était dans cette ville qu’il se sentait le mieux.

Il poussa la porte d’un bar où il avait traîné dans sa jeunesse. Il fut immédiatement surpris d’entendre la voix du propriétaire, Paul-Alexy Pray. Mathias sourit en le voyant porter un petit blondinet haut comme trois pommes.

— Bonjour, Paul, salua-t-il.

— Mon fils, Édouard, il a trois ans.

— B’jour ! s’écria l’enfant.

Il avait oublié combien les gens de cette ville étaient agréables et emplis de gentillesses. Il se souvenait d’avoir passé beaucoup de temps ici, entre les cours et ses entraînements, à traîner avec ses potes de l’époque.

— Rayan t’attend au fond du bar, côté vitre.

— Merci Paul.

Il se surprit à sentir sa gorge se nouer. Il n’aurait pas cru que l’endroit lui aurait autant manqué.

— Hé ! Salut Math !

Il serra sa poigne, ôta sa grosse veste d’hiver et prit place en face de son ami. Ce dernier, âgé de vingt-huit ans, avait été comme un grand frère. Malgré son départ, cela n’avait pas empêché Rayan de venir le voir dans sa petite ville du nord. C’était à deux heures de train et c’était là-bas qu’il avait refait sa vie. La seule condition qu’il lui avait soumise était de ne jamais venir avec Adrien. Il se doutait bien qu’avec les réseaux sociaux et les services d’internet, son traître d’ami aurait pu le retrouver facilement, mais il le connaissait assez pour qu’il respectât ses choix.

— On n’a pas voulu te déranger hier, l’informa Rayan qui le sortit de ses pensées, de toute façon, on était tous… enfin, tu vois…

— Qui ça, on ?

— Bah, les amis et moi.

Mathias le comprenait bien. Lui aussi n’aurait pas vraiment pu décrocher un mot. Pourtant, aujourd’hui, son cœur semblait heureux de retrouver une partie de la vie qu’il avait tenté de fuir.

— Sinon, reprit Rayan, comment vas-tu ? Ça n’a pas été trop dur hier ?

— Je pourrai te retourner la question, marmonna-t-il d’une voix fatiguée.

— Moi, soupira-t-il, j’ai pleuré comme une madeleine pendant trois jours avant son enterrement, à tel point que j’ai dû verser toutes les larmes de mon corps…

— Je regrette de ne pas être revenu plus tôt…

— Ne t’inquiète pas, il savait que tu avais des choses à faire, ta meilleure amie, ton boulot et comme il le disait toujours, il était fier de chacun des enfants qu’il avait vu grandir…

Paul arriva, interrompant quelques secondes leur conversation. Ce dernier déposa deux tasses à café et les laissa se retrouver. Mathias avait appris, deux ans plus tôt, que l’orphelinat fermait ses portes par manque de donateurs. Il se rappelait d’avoir envoyé des dons mais, comme le lui disait M. Lafarge, cela ne suffisait plus et que, de toute manière, le maire de la ville avait déjà pris sa décision. Il s’en était voulu de ne pas avoir été averti dès le début car cela aurait pu être évité mais la maladie avait eu raison de Frédéric…

— Tu restes jusqu’à dimanche ? lui demanda Rayan, tu sais qu’on organise une fête samedi soir ? Certains prépareront la grande salle…

— Non, je récupère mon dossier à l’orphelinat et je repars après-demain.

— Pourquoi vendredi ? Math, tu devrais vraiment discuter avec Adrien.

— Je t’arrête tout de suite ! le coupa-t-il froidement en levant une main, si je suis revenu, c’est uniquement pour le père Lafarge ! Lui ! Tu oublies son existence !

— Tu pourras me dire ce que tu veux Math, mais tes yeux ne savent pas me mentir. Et, aie un peu de compassion ! Adrien a perdu son père !

Mathias détourna son regard vers la fenêtre et soupira en laissant son esprit s’évader quelques secondes.

 

*

 

Hivers 2005 (Mathias 8 et Adrien 10)

 

C’était un hiver froid et glacial. Adrien et lui étaient devenus les meilleurs amis du monde, inséparables et canailles. Dans cette rue, face à ce même bar, il revoyait Adrien qui lui lançait des boules de neige jusqu’au moment où, en esquivant l’une d’elles, elle avait atterri sur le visage du propriétaire. Mathias s’était senti penaud tandis que son ami avait éclaté de rire. Le barman qui était à l’époque le père de Paul-Alexy leur avait souri et les avait invités à se réchauffer en leur offrant un chocolat chaud.

— Dis-moi Adrien, je ne connais pas ton ami ? avait demandé l’homme aux cheveux presque grisonnants.

— Ah ! C’est Mathias ! Et, c’est mon meilleur copain !

C’était le début d’une belle amitié où le rire se mêlait souvent à sa peine parce que cette année-là, sa mère n’était toujours pas revenue.

— Je ne sais toujours pas pourquoi vous vous êtes pris la tête, lui murmura son ami, mais je t’assure qu’Adrien n’est plus le même depuis votre dispute.

Mathias baissa tristement son regard sur sa tasse vide et répondit d’une voix vibrante d’émotions :

— Je,… je verrai bien, de toute façon, j’ai rendez-vous avec lui en fin d’après-midi.

 

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