Mathias P1

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Adrien avait appris par Rayan, un ami en commun, que Mathias serait à l’enterrement. Il savait qu’il lui serait difficile de pouvoir s’expliquer avec son ancien meilleur ami. Il avait espéré toute la journée qu’il serait capable de contenir son impatience. Les paperasses, les regards navrés des gens et les conversations autour de son père avaient été lourds à supporter. Il n’avait pensé qu’à Mathias et à l’horreur de ses paroles qu’il lui avait crachées, adolescent. Cette après-midi, il l’avait cherché dans la foule, mais il n’avait pas réussi à le trouver au cimetière.

Ce ne fut qu’au départ des gens qu’il réalisa qu’il ne restait plus qu’une personne. Une année s’était écoulée et pour la première fois depuis le départ de Mathias, il pouvait enfin le revoir. Ce n’était plus le corps d’un adolescent qu’il pouvait apercevoir mais celui d’un jeune homme bien bâti. Son visage encadré par des cheveux bruns indisciplinés semblait le rendre plus jeune que son âge. Il déglutit en sentant des milliers de papillons danser dans son bas ventre. S’il n’y avait qu’une chose qu’il n’oublierait jamais, c’était bien l’amour qu’il lui portait depuis des années.

Il tenta de chasser ses idées pendant qu’il le regardait jeter une rose rouge d’une main tremblante avant d’essuyer des larmes qu’il versait pour l’homme qui avait pris soin de lui comme tant d’autres enfants de l’orphelinat. Adrien savait combien Mathias adorait son père.

Dès que le jeune homme commença à marcher dans sa direction, son cœur bondit violemment de panique, enserrant sa poitrine. C’était l’instant ou jamais. Mathias s’arrêta quelques secondes à sa hauteur. À travers les lunettes noires de ce dernier, il pouvait sentir le poids de toute une trahison : la sienne. Un vent froid d’hiver traversa son dos lorsqu’il écouta sa réponse. Il contracta sa mâchoire et pivota pour le suivre de ses yeux voilés de regrets. Il se souvenait encore du jour où toute leur amitié s’était envolée en éclat. La douleur des mots qu’il n’aurait jamais dû lui dire avait déformé le visage habituellement calme et rieur de Mathias. Depuis, plus rien n’avait été pareil. Son ami avait fêté ses dix-huit ans et était parti de la ville.

Adrien, une fois seul à la lueur des lampadaires, soupira et sortit un pendentif argenté d’une de ses poches. Mathias le lui avait offert pour ses dix-huit ans. Il le contempla, tentant de retenir sa peine. Il aurait pu tout changer s’il n’avait pas un secret à garder, chose qu’il avait bien failli révéler. Car, s’il l’avait dévoilé, il l’aurait déjà perdu.

Il finit par rentrer et fit mine de sourire aux quelques personnes qui étaient venus à l’enterrement. Il passa la soirée à sourire, hocher la tête et les remercier. Bien que son père souffrît de son cancer, ce dernier lui avait fait promettre de renouer avec Mathias avant de partir de ce monde. Il lui manquait, c’était indéniable.

Lorsque sa maison se vida, il pria en espérant que, demain, Mathias accepterait de l’écouter lorsque ce dernier viendrait à l’orphelinat pour récupérer son dossier. Adrien désirait lui dire combien, eux deux, ce n’était pas une amitié quelle conque. Il faisait nuit noire quand il partit s’allonger dans son lit. Il ferma les yeux en repensant au premier jour où il avait rencontré celui qui allait devenir son meilleur ami.

 

 

Eté 2005

Ce n’était pas un matin comme les autres. Adrien se rappelait qu’il s’était levé tard ce dimanche matin. Le soleil était déjà haut dans le ciel et il avait raté l’heure du petit-déjeuner. Il se précipita vers les escaliers et commença à les descendre, quand il aperçut son père au rez-de-chaussée qui était en train d’accueillir un petit nouveau. À la seconde où il découvrit le visage du petit garçon, il sut que c’était lui.

Il avait sagement attendu que le brun finisse sa visite pour s’introduire dans sa chambre. La pièce était identique à la sienne. Elle était meublée d’un lit au fond sur la gauche, d’un bureau installé devant la seule fenêtre et d’une armoire sur la droite. Adrien souriait parce que sa chambre était juste en face.

L’orphelinat « Les petits lutins » était dirigé par son père : M. Lafarge Frédéric. Ce dernier ayant beaucoup à faire avec les enfants, il avait été décidé qu’il resterait parmi eux. Au début, Adrien avait pris cela comme une punition. Il n’avait pas compris pourquoi il devait se retrouver au milieu des orphelins alors qu’il ne l’était pas. Sa première nuit, il avait pleuré toutes les larmes de son corps parce qu’il avait cru que c’était de sa faute si sa mère était morte…

Ce fut son grand cousin Derek qui lui avait expliqué la situation. Il l’avait rassuré en lui disant que son père faisait tout ce qui était en son pouvoir pour garder l’endroit apte à accueillir d’autres enfants. Ensuite, il avait compris plus tard que des gens voulaient fermer ce lieu parce que la ville n’avait pas les moyens de subvenir aux besoins des orphelins. Mais son père avait tenu bon, en faisant des compromis : héberger des enfants au premier étage en tant que pensionnaires.

C’était une bâtisse qui formait un L et avait deux étages qui comptaient une cinquantaine de chambres. Au rez-de-chaussée, il y avait une grande salle de séjour dans l’aile nord. Tous les enfants de tous âges pouvaient y jouer. Dans l’autre, c’était des petites salles de classes qui avaient été aménagées pour les maternelles. Adrien était fier de son père et il l’aimait beaucoup même s’il passait moins de temps en sa compagnie.

Alors l’arrivée de Mathias avait été un cadeau pour lui. Bien qu’il adorait Derek qui avait six ans de plus que lui, il souhaitait avoir un ami. Un vrai. C’était pourquoi ce matin-là, il avait pris une minute en détaillant le dos du nouveau. Le petit brun sanglotait, les épaules secouées au rythme des larmes qu’il imaginait couler sur ses joues. Il remarqua qu’il était plus petit que lui mais cela ne changeait rien, parce que c’était lui qu’il avait attendu toute la nuit.

Avant d’annoncer sa présence, il bomba son torse et sortit un mouchoir de sa poche et murmura en le lui tendant :

— Tiens, pleure pas,…

Son cœur palpita en croisant de beaux yeux océan et humide.

— Je m’appelle Adrien Lafarge et j’ai dix ans. Et toi ?

— Mathias Endray… renifla-t-il, j’ai huit ans.

Il se pinça les lèvres et lui chuchota gentiment :

— On peut devenir copain, si tu veux…

— D’accord,… c’est ton père le directeur ?

— Ouais.

Mathias lui confia que sa mère lui manquait et qu’il espérait de tout son cœur qu’elle reviendrait le chercher. Adrien, assis au bord du lit, l’écoutait le cœur en joie… 

 

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