Grimoire – Epilogue

Épilogue : D’Artagnan

 

 

Au cimetière, une dizaine de jours après le mariage de ses deux enfants, Hugo attendait ses amis. Au pied d’une tombe où un cadre en argent ornait la terre, il repensa à toutes ces années. Son fils et celui de son meilleur ami Anthony étaient enfin réunis et amoureux. À quarante-six ans, il avait conservé tellement de mauvais souvenirs dans la tête que tout ce qu’il désirait était que tout cela se termine.

— Comment va mon ami Porthos ? murmura la voix d’un homme.

— D’Artagnan, répondit-il en se tournant vers son ami. Je vais bien.

Celui qu’il surnommait ainsi était le plus jeune de leur groupe. Aujourd’hui cet homme, âgé de quarante ans, avait un regard gris clair qui paraissait fatigué de toute cette histoire.

Hugo n’aurait pas su dire ce qui était le plus douloureux : celui d’abandonner son enfant sans le voir grandir ou de devoir, un jour, subir les conséquences de ses propres décisions. D’Artagnan avait sciemment offert son aide à leur bande. Aujourd’hui, ce dernier en payait encore le prix quand Hugo attendait son tour. Il y avait toujours des choses à dire, mais très souvent les mots lui manquaient.

Un vent se leva doucement, déployant au milieu de ses airs des sons d’autrefois. Hugo, baigné par les rayons du soleil, se souvenait de leurs éclats de rires et de larmes. Ils étaient jeunes et pleins de rêves. Leur vie n’aurait pas dû ressembler à cela. Leur passé semblait stagner entre deux rives : la vie et la mort. Si les mémoires avaient la possibilité de garder les douleurs les plus atroces, qu’en étaient-ils pour les cœurs ? Pour toute réponse, le silence mortuaire parut lui offrir un doux parfum qui semblait hurler « pardon ».

Hugo pivota lorsque le bruit caractéristique d’un fauteuil roulant résonna à ses oreilles. Il salua Gabriel ainsi que Nina, la petite-fille de cet homme. Comme chaque année, depuis la mort de celui qu’il nommait Molière, ils se recueillaient ici dans l’espoir que les choses deviennent ce qu’elles auraient dû être. Ils restèrent silencieux en terminant leur visite sur la tombe d’Anthony Mallet et de Mathéo Rodgers.

— As-tu des nouvelles de ton fils ? demanda Hugo à D’Artagnan.

— Oui, lui répondit celui-ci d’une voix à la fois enrouée et fière. Il a bien grandi et le plus important est qu’il détient le grimoire.

Cela faisait dix-huit ans que D’Artagnan était loin de son garçon. Il avait sacrifié cette partie de sa vie pour que leurs enfants respectifs aient l’avenir qu’ils auraient dû avoir.

— Amis pour la vie et amis pour toujours, disait notre Aramis, n’est-ce pas ? murmura ce dernier.

— Oui, répondit Hugo.

— J’ai quand même peur, mon fils comprendra-t-il ce que j’ai fait ?

— S’il a les mêmes dons que son grand-père et la même gentillesse que la tienne, je suis certain qu’il te pardonnera.

— C’est tout ce que je souhaite, Hugo.

 

Gabriel avait fêté ses soixante et onze ans. Il avait souffert de l’absence de Jacques et de ces derniers mots prononcés avant de mourir : « Gabriel. C’est ta petite bande de mousquetaires. Je vais les maudire, un à un, ils se haïront et, un à un, ils regarderont la fin de leur propre enfant ». Emplis d’une colère combinée au dernier souffle, cela avait bouleversé des destins qu’il avait dû reconstruire. Le prix était lourd pour chacun de ses amis et ces derniers en avaient eu pleinement conscience.

Le temps. C’était tout ce qu’ils leur restaient. Un temps pour chaque chose. Un temps pour que les intersections de plusieurs vies se retrouvent au bon endroit. Gabriel, les larmes aux yeux, sourit en sachant que le grimoire était déjà entre les mains d’une nouvelle personne. Yvain était le seul qui parviendrait à détenir la vérité. C’était à lui de trouver le moment exact où sa vie prendrait un sens.

— Gabriel ? chuchota la voix de Nina. Tu vas bien ?

Il leva son visage vers sa petite fille et celle-ci lui prit la main en s’agenouillant devant lui.

— Je ne m’en fais pas pour Adam, lui murmura-t-elle à voix basse. Tout ce qu’il a traversé avec Maxence lui servira pour la suite des évènements, n’est-ce pas ?

Pour toute réponse, Gabriel cligna une fois ses yeux. Il n’était plus sûr de rien. Ses dons l’avaient souvent amené à avoir peur de ses visions, mais aujourd’hui, seul le cri d’un phœnix imaginaire lui rappelait que tout sacrifice méritait une récompense.

Alors ?

Une âme pouvait-elle se rappeler de ses erreurs ? De ses bonnes intentions ? De l’amour qu’elle conservait ?

 

 

Fin

☆☆☆

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