Grimoire – Chp5

Chapitre 5 : Le cadeau empoisonné

 

 

L’année 2006 se passa sans qu’aucun des deux ne s’adresse réellement la parole. Les Pratier formaient à nouveau une famille et, malgré cela, Adam continuait de blesser Maxence dès qu’il en avait l’occasion. Ce dernier finit par l’ignorer et préféra passer son temps avec Gauthier et William qui le rendait bien plus heureux.

Un jour du mois d’avril, sa mère adoptive qui ne comprenait pas ce qui les avait éloignés commençait à s’inquiéter. Il était en train de déjeuner dans la cuisine, une tartine de beurre dans une main et la seconde posée à côté de son bol de lait chaud.

— Maxence, y aurait-il un moyen pour qu’un jour, vous vous réconciliez ?

— M’man, ce n’est rien. Ce n’est pas grave si Adam est comme ça. Il ne m’aime pas, je ne vais pas le forcer à m’apprécier.

— Je me souviens encore quand tu es arrivé à la maison, lui chuchota-t-elle en le fixant d’un regard voilé de tendresse. Il était tellement excité à l’idée d’avoir un petit frère qu’il…

— Mais ! la coupa-t-il en arrêtant de boire, justement ! Je ne suis pas son frère ! Il te l’a dit à ses quatorze ans !

Elle écarquilla ses yeux, perplexe. Puis, comme si elle venait de recevoir une révélation, elle sourit en tapotant son épaule.

— Alors, c’est de ça qu’il s’agit ? C’est vrai qu’il a dit ça, poursuivit-elle, mais j’ai toujours cru que tu savais…

— Que, je savais quoi ?

— La raison. Te souviens-tu de son meilleur ami à l’époque ?

Maxence fouilla dans sa mémoire et se rappela qu’Adam traînait souvent avec un certain Pierre, mais il ne voyait pas le rapport.

— Oui.

— Pierre a déménagé pendant cet hiver-là…

La sonnerie de sa montre bippa, lui indiquant qu’il était l’heure de prendre son bus pour le collège. Il se leva et l’embrassa rapidement.

— Je t’aime, m’man. Merci de me dire tout ça, mais ne t’en fait pas. J’ai William et Gauthier maintenant. J’y vais, à ce soir.

Les jours qui suivirent, Maxence repensa à cette conversation. Il avait beau essayer de se rappeler de Pierre, il n’y arrivait pas. Les seuls souvenirs d’enfance qui se rattachaient à ce garçon ne le faisaient que le ramener auprès de ceux qu’il avait partagés avec Adam. Il finit par laisser tomber. La complicité fraternelle qu’il avait eue avec lui n’existait plus que dans sa mémoire.

 

24 / 01 / 2006

Je n’ai rien reçu de Maxence. Devrais-je en être étonné ? Mais je garde le sourire parce que je t’ai toujours… A.P.

15 / 02 / 2006

Thomas a une nouvelle copine, Gwenaëlle. Il me l’a présenté hier. Elle est plus gentille que son ex en tout cas. On est toujours amis bien sûr et puis, c’est le cousin de Gauthier donc je ne pourrais pas non plus l’éviter et je ne ressens plus rien pour lui. Maman m’a appelé pour me dire que cet été, on partait tous  »en famille au bord de la mer ». Quelle plaie.

Gauthier m’a dit par webcam que Maxence avait encore grandi et que son petit frère avait une copine. Oh, et que Léo fêterait ses dix-huit ans l’hiver prochain chez lui et que j’étais invité. A.P.

5 / 05 / 2006

Maman m’a appelé pour me dire que l’année prochaine qu’elle voulait me voir plus souvent et que du coup, je vais rejoindre Gauthier dans son lycée. A.P.

☆☆☆

 

La fête des mères arriva. Adam était présent, mais ce jour-là, il n’y eut aucune étreinte et aucun échange. Du moins au tout début. Maxence ne lui dirait pas qu’il n’était plus obligé de tenir sa promesse.

Il posa son regard sur la tombe de sa mère puis le détourna pour fixer celle de son père, Anthony. Il s’approcha des pierres, les caressa d’une main tremblante et ferma ensuite ses paupières. Leurs absences le pesaient et cela était devenu une blessure presque inconsolable.

Hugo et Hélène étaient de bonnes personnes, mais ils ne remplaceraient jamais ses parents. À cette pensée, sa gorge se noua et il éclata en sanglots. Tout cela était injuste. Aucun mot ne pouvait décrire sa douleur. Il était pourtant bien avec la famille Pratier et devrait être heureux. Son cœur savait qu’il lui manquait quelque chose dans sa vie, mais il n’était pas encore prêt. En sentant les bras d’Adam l’enlacer, il pivota et pleura longuement tout contre lui.

— Ils me manquent, marmonna-t-il entre ses hoquets.

Maxence, bercé par le son des battements de cœur, sentit l’étreinte se resserrer comme si à travers ce simple geste, Adam essayait de lui dire qu’il serait toujours là. Peu importait ce qui se passerait demain ou l’année qui allait s’écouler, pour le moment, c’était cet instant qui comptait le plus pour lui.

 

23 / 05 / 2006

Aujourd’hui, j’ai accompagné Maxence sur la tombe de sa mère. J’ai attendu un peu plus loin pour le laisser seul et je n’ai pas osé m’avancer. Il a juste déposé un bouquet et je ne l’ai pas entendu parler. Mais quand il s’est mis à pleurer, j’ai eu honte de moi. Il est encore si jeune et si fragile que je n’ai pas pu m’empêcher de le prendre tout contre moi. J’ai cru que j’allais aussi me mettre à chialer, mais pour lui, je suis resté fort… fort pour qu’il sache que jamais je ne l’abandonnerai.

C’est bizarre, quand je le regarde, je vois combien il a grandi. Il s’est même mis au sport le mercredi avec certains de sa classe. D’ailleurs, je n’ai plus entendu parler de cet Enrique, mais à mes yeux, il reste encore ce petit garçon que j’ai vu la première fois. Il était si timide le premier jour que, quand, j’ai entendu sa voix, j’ai cru que j’allais en pleurer. Maxence va bien et c’est le principal. Cette année, on ne se sera pas beaucoup parlé et c’est mieux comme ça. A.P.

☆☆☆

 

Les vacances d’été étaient plus calmes. Maxence s’amusait avec les jeunes du camping. Il fut complètement heureux lorsque ses voisins débarquèrent en lui faisant la surprise. Gauthier et William étaient les meilleurs pour le faire rire et oublier l’existence d’Adam.

De temps en temps, sa mère adoptive passait la journée seule avec lui. Elle était géniale et il adorait ces petits instants avec elle. Un soir, au bord de la plage, Hélène Pratier lui raconta comment elle avait rencontré ses parents.

— Ton père, Anthony et celui d’Adam se connaissaient depuis leur adolescence.

— C’est vrai ?

— Bien sûr ! gloussa-t-elle. Comment crois-tu que mon mari ait accepté de te prendre ? Hugo peut paraître froid, mais ton père et lui étaient les meilleurs amis du monde.

Il ne put retenir ses larmes parce qu’il aurait voulu vivre cela avec Adam. Il y avait tellement de distance entre eux qu’il n’y avait plus rien à partager.

— Tu sais, lui révéla-t-elle ensuite, je vais te dire un secret. Ils formaient un petit groupe. Anthony, Hugo et Mathéo Rodgers se faisaient appeler les trois mousquetaires.

Maxence, en la voyant grimacer, éclata subitement de rire. Les trois mousquetaires, voilà un joli nom pour une bande d’amis. Il était content d’en apprendre un peu plus. Cette mère, il l’aimait comme la sienne ! Il appréciait vraiment ces moments où elle lui parlait de son père. Même si les souvenirs s’étaient lentement envolés de sa mémoire, il savait qu’il pouvait compter sur elle.

Quant à Adam, il ne le croisait que le soir et, à seize ans, il avait un couvre-feu plus tardif. Maxence qui avait eu peur de se retrouver seul avec lui passa finalement de merveilleuses vacances.

 

25 / 08 / 2006

Les vacances se finissent et moi, j’aurais tant de choses à te dire que, je ne te dirais pas grand-chose… je sais… c’est juste la flemme. Mais je veux que tu saches que malgré que je ne sois pas resté tout l’été à côté de Maxence, je l’ai vu sourire, rire et s’amuser. Il n’était pas triste. Moi, non plus d’ailleurs ! Je me suis bien amusé avec Gauthier. Oui parce que nos voisins étaient là aussi.

J’ai rencontré beaucoup de jeunes de mon âge, mais je dois t’avouer que personne n’a fait battre mon cœur, et puis j’ai encore le temps. Quand je vois combien Gauthier est heureux avec Léo, j’ai moi aussi un jour envie de trouver celui qui m’aimera. Je sais à qui tu penses et je ne dois pas y penser. A.P.

☆☆☆

 

L’été laissa place à l’automne puis lentement à l’hiver. Maxence contemplait la neige à travers la fenêtre de sa chambre. Jamais un tel paysage ne l’avait autant enchanté. C’était une des périodes qui parvenait toujours à l’émerveiller. La douceur du blanc avait le pouvoir de le faire sourire et cette année, ce tableau était différent. Il allait avoir quatorze ans dans trois mois. Il pensait dur comme fer qu’il saurait enfin les raisons qui avaient poussé Adam à agir aussi méchamment envers lui. C’était l’âge qu’avait celui-ci lorsqu’il lui avait offert le grimoire.

Le début des vacances de Noël arriva. Maxence, accompagné de William, partit en ville. Non loin de la boutique de Gabriel, il avertit son meilleur ami qu’il voulait y entrer.

— C’est étrange, lui chuchota William, je n’ai jamais fait attention à ce magasin. Bon, on se retrouve ici dans quinze minutes. Je vais aussi finir mes derniers achats.

Maxence sourit en le voyant partir comme une flèche puis il pénétra dans le magasin en soupirant. Il n’avait pas revu le vendeur depuis l’incident. Ce dernier le fit tourner sur lui-même et gloussa en lui disant qu’il avait bien grandi.

— Alors ? poursuivit Gabriel. Tu ne m’as toujours pas dit pour le grimoire ?

Maxence se sentit subitement nerveux et tendu. Déterminé à rester cette fois-ci honnête, il planta son regard bleu dans celui du vieil homme.

— La personne à qui je l’ai offert l’a jeté.

Il ne pensait pas que de le dire de vive voix lui rouvrirait la blessure, mais à peine les mots franchirent de sa bouche que Gabriel balaya ses cheveux bruns tout en secouant la tête.

— Ah ! Ça, mon petit ! Tu as tort de croire qu’il soit resté au fond d’une poubelle.

— Je, quoi ? Comment savez-vous pour la poubelle ? s’étonna-t-il, les yeux écarquillés.

Le vendeur éclata de rire et lui offrit un sourire énigmatique.

— Je sais quand l’une de mes créations n’est plus et, je sais que ton cadeau a plu.

— C’est vrai ? demanda-t-il le cœur battant à cent à l’heure.

Maxence savait que la plupart des habitants disaient des choses sur cet homme, mais si cela n’avait rien eu à voir avec Adam, il en aurait ri. Ce qui n’était pas le cas, puisqu’une partie de lui voulait y croire.

— Sais-tu ce qu’est une intersection ? reprit Gabriel.

Devant cette question toute bizarre, Maxence commença sérieusement à craindre pour la santé mentale du vieil homme. Il ne put, cependant, pas lui répondre car William l’appela de dehors.

— Maxence ? Réfléchis à l’intersection, lui conseilla le vendeur lorsqu’il le salua.

— Max ? l’interrogea son frère de cœur.

— Oui ? dit-il en marchant en direction de l’arrêt de bus.

— Qu’est-ce que tu foutais dedans ?

Il tourna légèrement la tête vers la boutique puis, il regarda son ami.

— Tu penserais à quoi si je te dis « intersection » ?

— C’est quoi cette question ?

— Non, rien, laisse tomber, voilà le bus.

☆☆☆

 

Une semaine avant noël, Maxence allait passer la soirée chez ses frères de cœurs pour les dix-huit ans de Léo. En arrivant chez eux, il sourit en apercevant Gauthier dans les bras de son petit-ami.

— Maxence ! s’écria William en se jetant sur lui, les bras autour de son cou.

— Will ! Ce n’est pas parce que je t’ai dépassé qu’il faut que tu me sautes dessus comme ça, râla-t-il en l’écartant de lui.

— Fallait pas grandir avant moi !

— Ce n’est pas ça, c’est que, mine de rien, tu me fais mal !

— Bah, quand même, se renfrogna son ami, tu n’exagères pas un peu ?

— Allez, ce n’est rien, c’est juste que tu deviens lourd aussi.

— Quoi ? s’outra William les yeux écarquillés.

— Enfin, tu comprends, marmonna soudainement Maxence en réalisant ses mots.

— Alors, là, pas du tout ! Je ne suis pas gros !

Il éclata de rire devant sa moue plaintive puis, en voyant que celui-ci allait sûrement lui sauter à nouveau dessus, il courut jusqu’à la sortie.

— Vas-y cours ! Tu vas voir ce que te dit le gros ! s’écria William en zigzagant entre Gauthier et Léo.

— Mais, non ! s’exclama Maxence, je n’ai pas dit…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’il percuta une personne en franchissant la porte. La chute fut moins dure que le regard qu’il croisa. Il était apparemment tombé sur le torse d’Adam. Tous les deux allongés sur la neige, Maxence se perdit quelques instants dans le bleu marin de celui-ci. L’éclair d’une seconde, il avait l’impression de voir une lumière danser au milieu d’un lac limpide.

— Tu comptes rester comme ça longtemps, le morveux ? grogna la voix d’Adam qui le ramena à la réalité.

— Fallait pas te mettre en travers de ma route ! répondit-il sèchement du tac au tac.

Il crut sentir le corps en dessous du sien se raidir et, comme s’il revenait d’un long rêve éveillé, il reprit honteusement d’une voix fébrile :

— Je, pardon, je ne voulais pas…

Adam qui portait un gros blouson avait les bras bloqués et ne pouvait pas faire le moindre mouvement. Maxence, quant à lui, ne bougea pas d’un pouce, même après lui avoir répondu. Il ne savait pas pourquoi, mais être si près de son visage, lui donnait des frissons dans le dos.

— Ah-hem ! toussa la voix de Léo. C’est quand vous voulez ! Je dis ça, en même temps, c’est vous que ça regarde, si vous tombez malade.

Maxence, mal à l’aise autant qu’Adam, se releva et partit rejoindre William.

 

La fin de la soirée se termina sans aucun autre incident. Maxence profitait d’être au milieu de gens qu’il aimait. Entre rire, souvenirs et bêtises, il vivait pleinement l’instant présent tout en ignorant Adam. Quand il commença à fatiguer vers une heure du matin, il demanda s’il pouvait dormir chez eux.

Sa demande fut si vite acceptée qu’il s’allongea directement sur le canapé et ferma ses yeux. Trop épuisé pour monter à l’étage, il s’endormit profondément jusqu’à ce que des bras inconnus le portent. Ses lèvres s’étirèrent en reconnaissant le parfum d’Adam. C’était un mélange exquis de fleurs sauvages et de menthe. Cette odeur le plongea radicalement dans ses vieux souvenirs, là où autrefois enfant, il était encore son petit frère.

Le lendemain matin, il se réveilla en s’étirant comme un chat dans le second lit de son ami. Son corps avait repris des forces. La maison étant bien chauffée, il descendit en T-shirt et en boxer. Il ne s’interrogea même pas une seconde de la manière dont il avait pu atterrir dans le lit et dans cette tenue.

— Bonjour ! s’exclama Maxence en pénétrant dans le salon.

Il s’arrêta net devant la scène qui se dévoila devant ses yeux. Le canapé était déplié. Léo enlaçait tendrement Gauthier. Au sol à leur pied, se reposait Adam, le torse nu et les bras écartés sur une grosse couverture. Ce dernier était adorable dans cette posture. Chose qu’il n’aurait jamais cru penser un jour de cet adolescent.

Il remarqua que le corps d’Adam grelottait. Il tenta de le couvrir, mais celui-ci roula sur le côté et glissa une jambe pliée au-dessus de la couverture. Maxence sentit ses joues s’empourprer, la peur d’être pris en flagrant délit de… de quoi ?

 

17 / 12 / 2006

Je sais que cela fait un petit moment que je n’ai pas écrit. Pardonne-moi… J’avais la tête ailleurs et je pense que je n’avais plus le goût.

Avant de rejoindre Gauthier et les autres, maman m’a demandé de poser les vêtements repassés de Maxence dans sa chambre. Je te jure que je ne l’ai pas fait exprès, mais j’ai lu la carte de Noël qu’il allait donner à William. Non, je n’ai pas tout lu… j’ai seulement lu la fin  »je t’aime mon frère ». Gauthier me l’avait dit, mais je ne pensais pas qu’ils s’adoraient à ce point. Non, je ne suis pas jaloux et je suis content pour lui.

Ah, tu ne connais pas la meilleure, maman nous a dit de nous offrir mutuellement un cadeau cette année, Maxence et moi. Elle ne supporte plus notre silence ou nos enfantillages… pff, on est à une semaine de Noël et je n’ai toujours rien trouvé. Hier, j’ai passé une bonne soirée pour les dix-huit ans de Léo. Si tu savais comme ils sont beaux tous les deux… ah, Maxence m’est tombé dessus aussi. Non, je ne te dirais rien. Il me rattrape bientôt et, ça me fait bizarre d’ailleurs, car je le vois toujours aussi petit. A.P.

☆☆☆

 

La veille de Noël, Maxence eut un petit coup de blues. Il avait soudainement besoin de contempler le visage de sa mère et de son père. Il fouilla dans le tiroir de son chevet et sentit l’angoisse le saisir : il était vide. Il se mordilla rageusement les lèvres en sachant très bien qui aurait pu lui prendre la photo de ses parents sans son autorisation. Cela le mit en colère, mais sans preuve, il ne pouvait pas l’accuser et puis, il ne lui ferait pas ce plaisir de le dénoncer.

Le lendemain du réveillon, Adam n’était pas présent pour l’ouverture des cadeaux. Maxence laissa donc le sien sous le sapin. Il ouvrit timidement la carte d’Adam, devant le regard attentif de ses parents d’adoption. Pourquoi, malgré tout ce que ce dernier lui faisait subir, celui-ci arrivait à lui soutirer un sourire ? Maxence prit une profonde respiration et, assis au bord du canapé, il se mit à la lire doucement tout en tentant de rester serein. Au fur et à mesure qu’il avança dans sa lecture, son cœur se serra douloureusement pour exploser de chagrin.

 

23 / 12 / 2006

Maxence,

Pour ton huitième Noël parmi nous, je ne sais pas quoi te dire.

Alors comme ma mère me l’a demandé, je te souhaite un bon Noël !

Regarde-les et dis-toi bien qu’ils ne seront jamais tes parents !

Donc, rappelle-toi une chose, tu ne seras jamais rien !

Ose me répondre et tu connaîtras ma réponse.

Ne t’attends pas à me voir pour les cadeaux.

A.P.

 

Il releva son regard humide et croisa les yeux dépités de ses parents adoptifs : Adam avait osé l’humilier devant eux. Il prit la boîte rageusement qui accompagnait la carte, se leva et leur hurla en claquant la porte de sa chambre combien il le haïssait !

Il s’essuya les joues tout en se promettant que plus aucune de ses larmes ne serait pour cet abruti. Sa mère le rejoignit pour le consoler, mais pour la première fois, il ne céda pas à sa tristesse. Il était sacrément en colère après lui.

— Si Adam me déteste autant que ça ! Il ne fallait pas qu’il se donne la peine pour tout ça !

— Max…

— Non ! gronda-t-il en levant ses bras en l’air, c’est bon ! J’ai compris ! Laisse-moi ! Je n’ai plus onze ans !

Ses larmes difficilement contenues avaient beau lui brûler les yeux, il avait décidé que c’était fini. Il en avait marre de souffrir pour une chose qui n’existait plus. Il rangea tout de même la petite boîte avec les souvenirs d’Adam au lieu de la jeter.

 

26 / 12 / 2006

Cette fois, c’est sûr. J’ai été trop loin. J’ai totalement merdé. J’ai l’impression que plus rien ne va. Parfois, je me demande encore ce qui m’a pris de l’avoir repoussé. Je sais qu’il n’avait que 11 ans, mais quant au nouvel an de cette année-là, il m’a dit  »je t’aime mon frère » je ne sais pas ce qui m’a pris, je ne voulais plus qu’il me voie comme ça. Je ne pouvais plus l’admettre. J’aimais être avec lui, dormir dans le jardin avec lui, j’aimais tant de choses, mais ces mots, je ne voulais plus les entendre de sa bouche. Cela fait trois ans que je suis devenu le plus grand des cons, je le sais, mais si Pierre ne m’avait rien dit, alors je ne me serais jamais comporté ainsi. A.P.

☆☆☆

 

Maxence était dans la chambre de William quand Adam arriva avec Thomas et Gauthier de la gare. Le cousin de ce dernier venait passer les vacances de février avec eux.

— Thomas ! s’écria William en le saluant.

— Wouaw ! Tu as grandi ! répondit Thomas dans une étreinte amicale.

Maxence les dévisagea tour à tour en souriant puis William lui présenta son cousin du même âge que son grand frère.

— Enchanté Maxence ! lui chuchota Thomas en tendant sa main.

Il la serra contre la sienne et rougit en croisant ses yeux noisette. C’était un regard doux et gentil. Soudain, une ombre apparut à l’encadrement de la porte.

— Toujours avec William ? railla froidement son faux frère, à croire que vous vous aimez !

— Et alors ! Qu’est-ce que ça peut te foutre ! Lui, au moins, je peux le considérer comme un frère ! répliqua-t-il sur le même ton.

— Comment oses-tu… commença Adam en le fusillant d’un regard noir.

— Oh oui, que j’ose ! Maintenant que j’ai décrété que tu n’es plus rien ! Tu ne m’adresses plus la parole !

Personne ne releva son attitude. Un silence embarrassant plana autour du groupe. Maxence qui bouillait de l’intérieur, passa devant lui et annonça à tout le monde qu’il descendait au rez-de-chaussée.

 

22 / 03 / 2007

Je n’ai pas écrit parce que je ne pensais pas que de te dire combien j’ai été le pire des connards me ferait mal. Maxence a jeté le cadeau que je lui avais offert à la poubelle. Je sais, je le méritais. Je ne lui ai jamais dit que je t’avais repris. Alors, il a le droit de le jeter, mais si tu savais comme je me suis donné un mal fou pour le lui faire. Je suis certain qu’il lui aurait plu. Pourquoi a-t-il ouvert la carte avant la boîte ? Que dois-je faire ? J’ai poussé le bouchon trop loin. Pour la première fois, je me sens nul face à lui. Il a tellement grandi et pris d’assurance que je sais que je n’ai été qu’un petit con. A.P.

☆☆☆

 

Après cette histoire, Maxence évita le plus possible Adam. Si jamais celui-ci tentait une approche, il lui suffisait de décocher un regard noir dans sa direction pour lui faire comprendre qu’il n’y avait plus rien entre eux. Il ne l’avait jamais compris et il ne voulait plus du tout chercher à connaître les raisons qui avaient pourri trois années de sa vie. Adam n’en valait plus la peine.

Au collège, il rencontra un nouvel élève, Marc. Cet adolescent, châtain et aux yeux bleus envoûtants, était de nature révoltée et joviale. Il sympathisa très vite avec lui en sachant que William voyait cette amitié d’un mauvais œil et Maxence s’en foutait.

En traînant avec Marc, il devenait froid et distant envers tout le monde, voire même de temps à autre avec la famille Pratier. Il ne voyait plus ses voisins et bien qu’il fût assez souvent invité, il n’y allait plus. Il n’avait plus que le nom de cet adolescent au bord des lèvres et cela énervait grandement William. Ce dernier avait dû en parler avec Gauthier, car celui-ci vint un jour le voir dans sa chambre.

— Maxence, je peux te parler ?

— Ouais, répondit-il en relevant son visage vers lui.

— Dans deux jours, c’est Pâque, ça te plairait de venir avec nous manger des œufs en chocolat au parc ?

— Non, marmonna-t-il en haussant les épaules, j’ai déjà prévu quelque chose avec Marc.

Il fit mine de reprendre ses devoirs et sentit la présence de Gauthier derrière lui.

— Tu sais que tu manques à William ? À moi aussi. On ne te voit plus depuis le nouvel an.

— Je sais, souffla-t-il en écrivant sur son cahier.

— Maxence ! s’écria subitement le plus grand. Tu m’écoutes quand je te parle ? Tu manques à tes frères !

Ce n’était plus la chose qui fallait lui rappeler. Maxence, énervé de devoir justifier ses absences auprès d’eux, lui décocha un regard noir.

— Vous n’êtes pas mes frères ! rétorqua-t-il amèrement sans le fixer.

— Très bien ! cingla celui-ci excédé, quand tu auras fini de te la jouer Adam Pratier, tu sauras où me trouver !

Maxence ne répondit pas à cette attaque et s’en ficha complètement. Il était dans une période où il ne fallait plus lui adresser la parole, pourtant ces mots eurent le don de l’irriter. Adam n’était et ne serait plus rien.

 

07 / 04 / 2007

J’ai eu le droit à la colère de Gauthier, je te passe les détails parce que rien que d’y penser, je sais que tout est de ma faute… A.P.

01 / 06 / 2007

La veille de la fêtes des mères avec Gauthier, nous allons chercher Thomas à la gare pour passer la journée ensemble. A.P.

☆☆☆

 

Adam n’était pas encore passé chez lui, persuadé de trouver Maxence en compagnie de William. Il n’était pas au courant que ces deux derniers ne se fréquentaient plus. Il ne montra pas sa déception lorsqu’il ne le vit nulle part et ne demanda pas non plus les raisons qui les avaient éloignés. Il tenta de profiter de cette soirée jusqu’à ce qu’il décide de rentrer.

— Tu as gagné, lui chuchota Gauthier avant qu’il ne franchisse le pas de la porte d’entrée, Maxence ne veut plus te voir. Tu aurais été sincère, il t’aurait compris, j’en suis certain.

 

Maxence était devant la télévision à regarder une série. Il entendit la serrure et sut pertinemment qui entrait. Il ne quitta pas pour autant ses yeux de l’écran. Même la présence derrière lui ne le fit pas tourner la tête. Pendant quelques secondes de silence, seul le bruit de la télé résonna dans la pièce.

— T’as quelque chose à me dire ? demanda-t-il sans une once de chaleur dans la voix.

— Maxence, commença Adam.

— Ouais ? coupa-t-il froidement.

— Tu…

— Si tu as quelques choses à me dire, fais-le maintenant ! Parce que je n’ai plus onze ans ! Je n’ai plus cet âge stupide où je pleurniche à tes moindres reproches !

Il ferma ses paupières quelques instants en entendant Adam quitter le salon. Il ouvrit ses yeux et fixa ses mains moites qui tremblaient encore. Son cœur palpitait frénétiquement et son regard s’embuait progressivement. Ce n’était pas dans sa nature de parler ainsi, mais s’il voulait trouver sa place, il devait réagir.

Le lendemain, le jour de la fête des mères, Maxence croisa Adam dans la cuisine qui discutait avec Hélène. Il tendit une rose à cette dernière et déposa un baiser sur une joue. Elle le remercia d’un sourire et les laissa seuls. Sans un regard à son aîné, il se servit un bol de céréales tout en sentant le poids de son regard sur la nuque.

— Qu’est-ce qui y a ? dit-il sèchement en s’asseyant en face de lui.

— Tu veux qu’on parte à quelle heure ? lui demanda Adam d’une voix qui ne le toucha pas.

— Je ne te l’ai pas dit ? répondit-il d’un air las, les yeux plantés sur son bol. Marc m’y emmène avec son père et, maman est d’accord.

Si Maxence avait levé son regard sur Adam, il aurait su qu’il venait de lui faire mal.

— Mais, je t’avais promis…

— Tu t’es fait cette promesse à toi-même, s’énerva-t-il en lâchant sa cuillère. Moi, je ne t’ai rien promis alors, on remettra ça pour l’année prochaine.

Maxence, tendu, se leva brutalement et le dévisagea méchamment.

— Oh, et puis, tout compte fait ! Je te relève de cette corvée ! Après tout, je ne suis rien ! Seulement qu’un pauvre gamin que tes parents ont eu pitié de garder ! Je me casse !

Énervé par sa présence, il l’abandonna. Une fois dans sa chambre, il contempla ses mains tremblantes. Il aurait dû être fier de lui, car il lui avait rendu la pareille, mais au lieu de cela, son cœur saignait. Son Adam lui manquait, celui qui autrefois il avait adoré avant que le temps ne défile et finisse par les séparer.

Il s’adossa contre sa porte et ferma les yeux. Il venait de lui mentir. Il n’irait pas sur la tombe de sa mère. Pas cette année. Il ne voulait plus faire semblant. Il avait beau essayer de le détester pour tout le mal qu’il lui avait fait, il n’y arrivait pas. Il ne comprenait pas pourquoi Adam avait pris autant de place alors qu’il ne lui avait plus dit quoi que ce soit de gentil depuis ses onze ans.

Il s’allongea sur son lit et s’endormit pour oublier que sa vie était une déception. Dans ses rêves, il courait après une ombre, quelqu’un qui lui manquait terriblement. La voix de Gabriel, sortie de nulles parts, lui demanda une nouvelle fois : « Sais-tu ce qu’est une intersection ? ».

 

Chapitre 6 : Une paix fragile

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