Grimoire – Chp 7

Chapitre 7 : Faux-frères

 

 

Maxence réfléchissait à la manière de s’habiller. Ce soir, il sortait en boîte avec les garçons pour fêter les dix-huit ans d’Adam. C’était sa toute première sortie avec lui. Il était devant sa glace et contemplait le résultat de ses choix vestimentaires. Il avait opté pour un jean noir, un T-shirt blanc à manches longues et une chemise à carreaux rouges à manches courtes. Il était satisfait de l’effet des couleurs qui se mariaient bien entre elles : la superposition du T-shirt et de la chemise sembla lui convenir.

Content du résultat, il se dirigea vers la salle de bains. Il passa seulement un coup de gel rapide pour désordonner un peu ses cheveux bruns. Il sourit, réalisant combien il avait bien grandi depuis qu’il vivait chez les Pratier. Sa gorge se noua quelques secondes en se souvenant du jour où Hugo était venu le chercher. Adam, à cette époque, avait tellement représenté à ses yeux qu’il espérait que, aujourd’hui, ils puissent reprendre leur complicité, là où elle s’était arrêtée.

Il rejoignit Adam à l’entrée. Ses lèvres s’étirèrent inconsciemment en un sourire radieux. Celui-ci portait un jean noir qui allait très bien avec la chemise blanche. Maxence s’avoua qu’il était devenu un beau jeune homme. Ils montèrent dans la voiture, sur la banquette arrière. Aucun des deux n’osa se parler.

— Bon, Adam, commença le père qui les déposa, tu fais attention à Maxence. Et, pas d’abus d’alcool quand je viendrais à quatre heures, j’aimerais que vous teniez quand même sur vos jambes.

— Oui, papa, répondit Adam en sortant de la voiture.

— Et bon anniversaire fiston, chuchota Hugo en l’enlaçant dans une étreinte qui fit sourire Maxence.

 

La soirée débuta dans une ambiance bonne enfant. Gauthier et Léo dansaient. William, un verre à la main, ne cessait d’observer une jeune fille. Thomas discutait avec Adam. Maxence, assis à leur côté, souriait, heureux d’être présent pour les dix-huit ans de ce dernier.

Un peu plus tard, il rejoignit le couple d’amis sur la piste. Il fit la connaissance d’une jeune fille de son âge, Morgane. Elle avait des cheveux noirs, longs et soyeux. Son regard gris était doux et tendre. Il passa un moment avec elle. De temps en temps, elle posait les mains sur ses épaules, riait à son oreille et se collait audacieusement contre son corps. Lorsque la série des slows commença, il l’invita, content de voir qu’il ne la laissait pas indifférente et parce qu’elle lui plaisait.

Elle était toute menue, ses bras l’enlaçant avec tendresse. Il jeta occasionnellement un œil vers sa table et croisa le regard noir d’Adam, ce qui lui donna des frissons dans le dos. Celui-ci semblait prendre son rôle de chaperon au mot. Maxence détourna ses yeux et resserra son étreinte autour de la taille de Morgane. Il savait que leur vieille complicité ne reviendrait pas comme autrefois, que ces années avaient brisé le lien fraternel qu’ils avaient tous les deux tissé et qu’il ne pouvait plus s’autoriser à le considérer comme un frère depuis bien longtemps. Alors, pourquoi son regard arrivait-il encore à le déstabiliser ?

Maxence, dansant au rythme de la musique, réfléchissait. Il aimait les filles, c’était inéluctable. Il aimait leurs parfums enivrants, leurs mains fines et douces, leurs courbes joliment sensuelles. Oui, il était attiré par elles. Pourtant, l’image d’Adam s’imposa dans sa tête comme si celui-ci était plus important que les autres. Il y avait quelque chose chez lui qui, sans le comprendre, le rendait plus attachant que toutes ces filles. Il se convainquit que ses sentiments n’étaient que d’ordre fraternel, car il aurait voulu vivre une relation comme William et Gauthier.

Quand la chanson se termina, avant que Morgane ne le laisse, elle lui donna un bout de papier avec son numéro. Il sourit en la suivant des yeux, car il se sentait prêt à avoir une petite copine. À bientôt quinze ans, il avait envie de connaître les joies de partager des moments avec une autre personne. Il la regarda encore lorsqu’elle se retourna pour lui sourire. Il s’empourpra, les lèvres pincées. Elle était la plus jolie fille de la soirée.

Il rejoignit ses amis et s’assit avec regret, parce qu’il ne pourrait jamais discuter de ces choses-là avec Adam. Il évita de croiser à nouveau le regard de celui-ci et sourit à Gauthier.

— Hé ! Maxence ! J’ai vu que tu as accroché avec une charmante demoiselle ! le taquina Léo en lui donnant une tape sur l’épaule. Même Will a trouvé chaussure à son pied !

Son frère de cœur était avec une jeune fille blonde. Il ne les lâcha pas des yeux parce qu’il pouvait sentir ceux d’Adam se poser sur sa nuque. Maxence, mal à l’aise de voir que ce dernier le veillait avec insistance, se leva rapidement et prétexta un besoin de prendre un peu l’air.

Il se trouva un coin tranquille, s’adossa contre un mur et respira profondément l’air frais. Pourquoi son cœur palpitait-il aussi violemment ? Pourquoi frissonnait-il ? Et, pourquoi Adam le mettait-il dans cet état ? Il secoua la tête et ferma ses paupières. La brise apaisa son corps pendant qu’il imaginait Morgane à ses côtés. Elle était belle comme le jour.

Une ombre apparut devant lui le forçant à ouvrir son regard. Des yeux marins et brillants l’observèrent avec une telle intensité qu’aucun mot ne sortit de sa gorge. Il était figé par le jeune homme qui le contemplait. Il n’eut pas peur quand une main se posa à côté de sa tête. Son corps frissonna au contact de la seconde qui se glissa audacieusement sur sa nuque et, sa respiration se saccada au rythme de ses battements de son cœur.

Tremblant de tout son être, il n’arriva plus à faire le moindre mouvement devant cette approche inattendue. Les lumières des néons alentours rendaient Adam encore plus beau. Les éclats étincelants et colorés rayonnaient tout autour de lui comme le halo d’un ange. Cela donna un air de merveilleux et de magique à celui qui, sous l’effet de surprise, souda ses lèvres aux siennes.

Une pluie d’émotions déferla en lui. Impossible de le repousser. Ses traîtresses de mains serrèrent plutôt les pans de la chemise blanche que d’écouter ses ordres très vite oubliés. Ses lèvres humidifiées par le bout de la langue d’Adam le firent sensiblement gémir. Il ouvrit instinctivement sa bouche pour que la sienne aille à la rencontre de sa jumelle. Elles se frôlèrent timidement avant de s’enrouler entre elles.

Maxence se perdit à travers ce délice. Complètement en transe, il ne s’aperçut pas du corps d’Adam qui se colla au sien. Son parfum l’envoûta délicieusement d’une fraîcheur inconnue. Sa main, à la fois forte et douce, empoignait sa nuque avec possessivité et, le corps masculin qui s’appuyait chaleureusement contre le sien, enflamma son torse d’une effervescence nouvelle. Les paupières closes, il écouta les gémissements rauques du blond qui enchantaient agréablement ses oreilles.

Maxence dégustait ces lèvres chaudes qui le mordillaient avec tendresse. Ce n’était qu’un baiser. Son premier baiser. Il était à la fois rempli de rêves et de sous-entendus. À l’image d’un vent doux d’automne, la valse bouleversante de leurs langues unies l’émut. Il avait l’impression que le monde pouvait vaciller tout autour de lui que seul ce baiser serait sa consolation.

Plaqué plus fortement contre le mur, son corps grelotta nerveusement. Ce baiser, si intense soit-il, avait un arrière-goût d’alcool.

— Tu es saoul, marmonna-t-il en parvenant à le repousser.

— Nop. Je ne suis. pas saoul, lui répondit-il en détournant la tête de la sienne.

Maxence, rougissant de honte, se maudit de s’être laissé emporter. Il se convainquit que cela n’était que de la faute aux hormones. Il n’aimait ni les garçons et ni Adam de cette façon. Il l’accompagna jusqu’à l’entrée et fit signe à Gauthier de venir l’aider.

— Je l’ai trouvé dehors, murmura-t-il la voix tremblante.

— Houlà ! Maxence ! interrompit Léo en le dévisageant. Pourquoi es-tu aussi rouge ?

— Occupez-vous de lui, j’ai, j’ai besoin d’air, cafouilla-t-il si rapidement qu’il ne savait pas si les autres l’avaient entendu, mais là, il devait vraiment réfléchir et oublier ce qui venait de se produire.

 

Allongé sous sa couverture, Maxence, le regard fixé sur le plafond, ressassa ce baiser. Il mentirait s’il disait qu’il n’avait pas aimé. Non, c’était tout le contraire et le pire était que cela avait été son tout premier. Il avait fallu que ce soit avec un Adam totalement ivre. Il ferma ses yeux et s’endormit en priant que celui-ci ne s’en souvienne pas.

En début d’après-midi, Maxence somnolait vaguement devant la télé. Il sursauta en entendant Adam arriver derrière le canapé. Il s’empourpra si violemment qu’il se leva en quittant la pièce comme un voleur.

— Bien dormi ? demanda-t-il en passant à côté d’Adam pour ne pas éveiller de soupçons.

Il se précipita dans la salle de bains et fit mine de se rafraîchir le visage. L’eau froide le désaltéra quelques instants, apaisant ses joues enflammées.

— Tu vas bien ? le questionna Adam au pas de la porte.

— Oui-oui.

Il pria de toutes ses forces qu’Adam ait oublié de ce qu’ils avaient fait cette nuit. C’était si embarrassant que son cœur avait peur des répercussions.

— Moi, lui confia enfin celui-ci d’une voix pâteuse, j’ai tellement mal à la tête que je ne me rappelle plus de grand-chose.

Maxence affaissa ses épaules, soulagé de sa réponse. Il s’autorisa à relever son visage et se contempla dans la glace. Toute cette histoire de baiser n’était qu’une erreur, une simple erreur de jeunesse.

 

27 / 01 / 2008

J’ai quelque chose à t’avouer. Hier, j’ai fêté mes 18 ans, on était entre mecs. Maxence était là bien sûr. La soirée s’est bien déroulée jusqu’à ce que je le voie avec une fille ! Oui, j’étais tellement jaloux ! Jaloux que j’ai bu à en oublier de le voir dans ses bras ! Jaloux que je l’aie suivi jusqu’au dehors ! Si jaloux que j’aie osé l’embrasser !

Si tu savais comme son baiser était doux et tendre, il était au-delà de mes espérances, il était sensuel, il était tout ce que je veux ! Et ces sons qu’ils émettaient, jamais je n’ai ressenti autant à la fois, ni avec Thomas et ni avec Pierre. J’en taperais des pieds comme un gamin tellement je le voudrais rien que pour moi !

Bref, cette après-midi quand je l’ai vu, il m’a fui. Me déteste-t-il ? J’ai voulu m’excuser (mais m’excuser de quoi au final ? Du fait que j’ai aimé ? Non ! J’aurais dû m’excuser de ne pas avoir continué !) Mais il a fait comme si rien ne s’était passé. J’ai envie de hurler ! Pourtant, je suis allé dans son sens. Pourquoi cela n’arrive qu’à moi ?

Mon Dieu, je vais péter un plomb ! J’ai envie de ses lèvres, de le toucher, de le blottir dans mes bras, d’être le plus important à ses yeux, mais cela n’arrivera jamais ! Putain ! Ça me fait chier ! Ça me tue ! C’est que de la merde cet amour ! Une putain de saloperie qui va finir par me faire ressembler à une loque. Je me rends compte que je ne tiendrais pas. Pourtant, je le dois. Oui, je dois tenir. A.P.

☆☆☆

 

Après cet incident, Maxence réussit au bout d’un certain temps à ne plus rougir et n’en discuta jamais avec Adam. Il avait mis cela sur le compte de l’alcool mais, jamais, il n’avait regretté que celui-ci fût son premier baiser. Il prenait cela comme un cadeau et parfois, lorsqu’il lui prenait l’envie de revivre ce moment, il lui suffisait de fermer les yeux pour encore sentir ses lèvres sur les siennes.

 

La vie reprit son cours, entre les études et les soirées avec ses voisins le vendredi. C’était ainsi que quelques jours après avoir dignement fêté ses quinze ans, Maxence présenta sa petite copine, Morgane, à ses frères de cœur et à Adam. Ce jour-là, tout le monde était devant l’écran à regarder une émission. Léo et Gauthier étaient blottis l’un contre l’autre, William était avec sa nouvelle petite copine Viviane et Adam somnolait sur un fauteuil.

Maxence sourit devant leur chaleureux accueil. Seul Adam se leva en lançant un simple  »bonjour » et monta à l’étage. Il avait bien compris que celui-ci ne lui prêtait plus d’attention depuis le fameux baiser. Est-ce qu’Adam lui en voulait ? Gauthier lui tapota l’épaule, le sortant de ses mauvaises pensées et le rassura en lui disant qu’Adam était focalisé sur ses examens.

 

21 / 02 / 2008

Tu vas m’en vouloir, mais je sens que les années à venir, tu vas devoir supporter mes crises ! Maxence nous a présenté sa petite copine, Morgane. J’avais envie de lui arracher les yeux à celle-là ! Elle m’a volé Maxence ! Putain, je deviens vraiment fou et dire qu’il dort juste à côté de ma chambre, que j’ai juste quelques pas à faire pour me traîner dans son lit et que j’ai juste à ouvrir mes bras pour le garder près de moi. Oui, je sais, je suis lamentable, malheureux, minable, petit, égoïste… MAIS moi, je LE veux ! Aide-moi ! A.P.

☆☆☆

 

Maxence et William étaient heureux. Leurs copines s’entendaient à merveille. Un soir, tous les couples étaient à l’extérieur à manger devant un soleil couchant du printemps. Maxence qui retrouvait ses parents dans la cuisine leur demanda si Adam allait se joindre à eux ?

— Non, il finit ses leçons et après, il me semble que Pierre passe le prendre pour aller voir un film au ciné, lui répondit sa mère.

« Pierre ». Il ne pensait pas que ce nom le bouleverserait. Il était certain qu’Adam ne le reverrait plus. Celui-ci le lui avait dit au lendemain du nouvel an. Cette pensée lui donna une crampe à l’estomac. Il avait pourtant tout pour être heureux : une petite amie et des frères de cœur. Adam était une toute autre histoire comme si une nouvelle distance s’était remise entre eux. Agacé de devoir sans cesse revenir sur ce faux-frère, il sortit dans le jardin et blottit Morgane tout contre lui.

Il ferma ses yeux, le cœur serré. Il n’aimait pas les hommes, il en était persuadé. À l’école, en ville ou ailleurs, aucun garçon ne faisait battre son cœur comme Morgane, mais elle n’était pas Adam parce que ce n’était pas aux mains de la jeune fille qu’il pensait.

Maxence bataillait avec sa conscience et, dans les bras de sa petite copine, il essayait de toutes ses forces de comprendre ce qu’il ressentait. Il l’appréciait pour ce qu’elle était. Il aimait la sentir près de son corps, lui parler, rire avec elle et il affectionnait ses lèvres. Ce fut à ce moment-là qu’il eut un déclic. Il réalisa qu’il ne l’embrassait pas aussi souvent que le faisait William avec Viviane. Alors, il releva son visage et la contempla. Il se pencha, déposa un baiser sur ses lèvres et sentit sa poitrine se comprimer. Le constat était sans appel parce qu’il se souvenait parfaitement de ce qu’il avait éprouvé la nuit où Adam l’avait embrassé.

 

15 / 05 / 2008

Tu ne me croiras pas ce que j’ai fait. Je suis tellement désespéré que j’ai appelé Pierre. Oui, j’ai honte, je me sens encore plus pitoyable que les autres jours. Bref, je l’ai invité (oui pauvre de moi, j’en suis même réduit à l’inviter) au cinéma. On a bien rigolé. Après le film et pendant un moment, je ne pensais plus à Maxence et idiot comme je suis, il a fallu que je me dise ça pour repenser à lui !

Quand Pierre a souhaité m’embrasser, j’ai tout avoué. Enfin, que j’aimais quelqu’un qui ne m’aimait pas donc tu vois le topo ! J’en deviendrais même un cliché ! C’est triste à dire, mais j’ai une vie sentimentale des plus vides. Le désert complet. Pathétique. Pourtant je reçois des avances, mais elles me laissent indifférent parce que celui que je veux, ne me voit pas comme je l’aimerais.

Pierre m’a dit que ce n’était pas grave et que si je le désirais, cela ne nous empêchait pas de nous éclater. Sur le coup, j’ai trouvé l’idée géniale. Alors, je l’ai emmené dans ma chambre et on s’est embrassé et tout le tralala (je te passe les détails). Après, oui, là encore, j’ai honte de te le dire, mais mon Dieu j’en avais envie, mon corps entier ne voulait qu’assouvir ses besoins et cette fois-ci, j’ai imaginé Maxence dans mon lit. Merde, j’étais fichu.

Je n’ai jamais couché avec quelqu’un, mais là, je ne pouvais pas. Rien que de savoir que Maxence dormait à côté et que surtout ce n’était pas lui, ça m’a tout coupé. Pierre m’a soutenu contrairement à ce que je m’attendais. Il m’a dit de tout avouer et que cela me soulagerait. Mais Maxence n’a que quinze ans ! Comment dire ça à un ado ! Ok j’en sors à peine et encore, j’ai l’impression d’avoir encore quatorze ans. Bref, je ne sais plus. Devrais-je lui en parler ? Non, je ne peux pas, il a Morgane. Merde, l’amour, c’est comme la pêche, tu veux attraper une truite, tu te tapes un thon au bout du fil ! (Non ! Pierre est loin d’être moche) Bon, j’arrête là, car je sens que je délire grave. A.P.

☆☆☆

 

Ce matin-là, Maxence demanda timidement à sa mère adoptive si elle pouvait le conduire au cimetière.

— Je sais que cela ne me concerne pas, lui dit-elle une fois garée devant l’enceinte, mais ne devais-tu pas y aller avec Adam ?

— Je, je ne voulais pas l’embêter avec ça, bredouilla-t-il inquiet de savoir qu’elle pouvait être au courant de ce vieil arrangement.

— Tu sais que si tu as des questions, ou quoique ce soit d’autres qui t’embêtent, je suis là ? Adam me parle bien de tous ses problèmes, alors quand tu te sentiras prêt, je serais présente.

Il la remercia en lui murmurant qu’il réfléchirait à tout cela. Il saisit son sac à dos à l’arrière de la voiture et marcha jusqu’à la tombe de ses parents. Il prit le temps de humer l’odeur de la brise et resta quelques minutes debout en fermant quelques instants ses yeux. C’était étrange comme ces rendez-vous annuels le soulageaient. Il avait vraiment l’impression que ses parents étaient là et le veillaient.

Il respira profondément, ouvrit son regard brillant et sourit en s’asseyant. Il entoura ses genoux de ses bras et laissa son corps se balancer lentement au gré du vent. Sa mère lui manquait chaque jour et Hélène Pratier comblait une partie de ce vide.

— Tu me manques maman. Pardonne-moi si je ne suis pas venu l’an dernier. J’étais en colère après Adam. On s’entend mieux aujourd’hui, mais…

Il aurait aimé qu’elle voie combien il avait grandi et combien les Pratier s’occupaient bien de lui. Il avait tellement besoin qu’elle le console et le conseille qu’il pleura quelques secondes. Maxence n’était pas triste. Il était seulement déçu de comprendre qu’à cet instant précis, il avait terriblement besoin d’elle. Venir ici n’était nullement une source de tristesse. Il désirait avant tout montrer à ses parents, Anthony et Mélanie Mallet, qu’il pensait à eux. Il tressaillit en sentant des mains se poser sur ses épaules.

— Chut, murmura la voix d’Adam à son oreille.

Celui-ci s’assit juste derrière lui, collant ses jambes aux siennes et glissa les bras autour de sa taille. Maxence, ainsi blotti contre son aîné, se sentit agréablement bien. Il n’aurait pas cru que ce dernier tenait à être avec lui. L’an dernier, il se souvenait des mots blessants qu’il n’aurait jamais dû lui dire et, après tout cela, Adam était quand même venu.

— Dis-moi quand tu veux qu’on s’en aille.

— À la fermeture, répondit-il dans un souffle.

— D’accord. Ça fait un moment que je ne t’ai pas vu avec Morgane ? lui demanda Adam.

— Je l’ai quitté.

— Si tu veux m’en parler…

— Non ! Adam, commença-t-il en sentant le corps de celui-ci se raidir, c’est simplement que je me suis rendu compte que je l’aimais comme une amie.

Maxence se permit de faire une pause car pour la première fois, il allait lui parler de ces choses-là.

— Elle m’a dit qu’elle ressentait la même chose, alors nous restons amis.

Il ne put retenir ses larmes parce qu’il avait réalisé que le jour où Adam était sorti avec Pierre, il aurait préféré être sa place. Mais, comment savoir si ce qu’il ressentait était vrai ? Vu qu’ils avaient tous les deux déjà perdu trois années à se haïr, ce n’était sûrement pas pour lui poser ce genre de questions qu’il allait détruire leur nouvelle complicité. Même si Adam ne se souvenait pas du baiser, Maxence, lui, espérait secrètement revivre ce moment. Il renifla et s’essuya rapidement les joues.

— Ta mère te manque, j’imagine ? lui chuchota Adam en l’étreignant un peu plus fort.

Son cœur palpita la chamade et, dans un élan de courage, il se dit qu’il devait lui avouer ce qui le travaillait depuis quelque temps.

— Je crois que j’aime quelqu’un, bégaya-t-il la voix brisée. Et je ne sais pas si ce que je ressens est vrai. Et ça me fait peur.

Maxence avait envie de comprendre ce qu’il éprouvait pour Adam et la peur de le perdre à nouveau l’empêchait totalement d’être honnête avec son propre cœur. Lui qui n’avait connu que Morgane ne savait plus ce qu’il devait faire. Il avait besoin de comprendre ce que signifiait vraiment d’aimer une personne. Si Adam aimait Pierre, celui-ci pouvait sûrement éclaircir ses sentiments.

— Dis-moi ce que tu ressens quand tu aimes une personne, demanda-t-il d’une voix tremblante.

Maxence l’entendit prendre une respiration avant de se lancer.

— Aimer, lui murmura celui-ci à son oreille, c’est d’avoir le cœur qui bat très vite quand tu la vois. Aimer te rend fébrile, idiot, pitoyable et, après tout ça, aimer, c’est de vouloir la voir tous les jours, chaque minute et chaque seconde. C’est de vouloir son bonheur à tout prix, de se sentir mourir quand elle n’est pas là. Aimer, c’est de le lui montrer par des mots, des gestes et des regards.

Maxence écouta attentivement ces belles paroles comme si elles lui étaient destinées. Ce n’était qu’un doux rêve, il le savait bien. Pourtant, il y avait dans la voix d’Adam des tremblements qui l’avaient ému. Maintenant, il devait juste mettre de l’ordre dans ses idées et, peut-être, saurait-il ce qu’il ressent exactement pour lui ? Il sécha ses dernières larmes et se leva en même temps qu’Adam.

 

25 / 05 / 2008

Quand maman m’a dit qu’elle avait accompagné Maxence au cimetière, j’ai cru hurler sur le coup. D’accord, l’an dernier, on s’est pris le chou ! Mais, quand même, j’aurais tout de même pensé qu’il me l’aurait demandé.

Bref, je l’ai retrouvé au cimetière et, comme à chaque fois, mon cœur s’est brisé. Maxence était tellement absorbé que je me suis approché et me suis assis derrière lui. Bon, oui, il a sursauté mais il ne m’a pas repoussé. Tu sais, j’étais si bien avec lui dans mes bras que je l’aurais bien gardé une éternité. Ses parents lui manquent et sa mère encore plus. Mais, aujourd’hui, ce qui m’a surpris, c’est qu’il s’est confié à moi.

Intérieurement, j’ai sauté de joie quand il m’a dit qu’il restait ami avec Morgane, puis il m’a ensuite déchiré le cœur en m’avouant qu’il aimait quelqu’un et c’est encore pire quand je le vois pleurer. Il m’a demandé ce qu’on ressent quand on aime une personne. Alors, je lui ai dit ce que moi, je ressentais pour lui sans qu’il le sache. Ça a été une torture, ma déclaration était plutôt une condamnation.

J’aimerais tellement lui dire en face, mais je n’ose pas, encore moins maintenant que je sais qu’il aime quelqu’un d’autre. Là, j’ai eu… très très mal…A.P.

☆☆☆

 

L’été approcha très vite. Maxence n’était pas encore parvenu à se décider en ce qui concernait ses sentiments pour Adam. Au début, il l’évita en prétextant sortir avec William et Viviane, ou même avec Morgane. Son cœur prenait le temps qui lui était nécessaire pour être certain de ce qu’il éprouvait. Adam était important dans sa vie et Maxence n’avait aucune envie de briser ce qu’ils avaient enfin réussi à établir entre eux.

En juillet, Thomas et lui commencèrent à sympathiser. Maxence qui n’avait pas vraiment eu le temps de le connaître, en apprenait un peu sur lui. Au fur et à mesure qu’il le voyait, il se confiait sans dévoiler son amour naissant pour Adam.

Un soir, Thomas l’invita au restaurant, en tout bien tout honneur, chose qu’il accepta avec joie. Habillé d’un jean noir et d’un T-shirt rouge, il était content de pouvoir parler avec quelqu’un d’autre que ses frères de cœur. Ils passèrent la soirée à discuter de tout et de rien. Thomas était un type sympathique et, même si celui-ci fut l’ex d’Adam, Maxence le considérait comme un ami.

Quand il sortit du restaurant, Thomas lui fit remarquer qu’Adam le protégeait assez souvent.

— Qu’est-ce que tu me racontes ? s’étonna-t-il en montant dans la voiture.

— Il ne te le dira jamais. Par exemple, pour le cas d’Enrique ? poursuivit son ami en conduisant. Il était allé le voir et lui avait dit que s’il osait toucher une nouvelle fois, il viendrait lui refaire le portrait. Je me souviens encore de sa colère et je n’aurais pas voulu être à la place du petit.

Maxence resta bouche-bée devant cette révélation qui empourpra ses joues.

— Mais, chut, reprit son ami en se garant, j’avais promis de ne rien te dire.

— Merci.

Thomas le raccompagna à la porte et l’enlaça amicalement.

— Adam est con, murmura celui-ci. Mais je sais qu’il tient énormément à toi et…

Leur étreinte fut interrompue par une main sortie de nulle part qui l’écarta brutalement de Thomas. Maxence se retrouva plaqué contre le mur de la maison et observa avec horreur Adam qui décocha une droite à son ami.

— Qu’est-ce que tu fous avec un môme ! hurla ce dernier.

— En quoi ça te regarde ? rétorqua Thomas, la lèvre en sang.

Maxence, le cœur serré, rentra sans en écouter davantage. Le comportement d’Adam était intolérable et il n’apprécia pas du tout que celui-ci se mêle de sa vie. Il s’enferma dans sa chambre et l’ignora quand Adam lui demanda d’ouvrir la porte.

— Va-t’en ! cria-t-il.

 

5 / 08 / 2008

Ce soir quand je suis rentré et que je n’ai pas vu Maxence, maman m’a dit que Thomas l’avait invité au restaurant. J’ai vu rouge ! Mon ex qui invite Maxence ! MON Maxence ! J’ai imaginé les pires choses ! Que Thomas était l’homme de sa vie et qu’il allait me quitter !

Et quand je les ai vus au pas de la porte, enlacés. J’ai pété une durite et c’est le cas de le dire ! J’ai frappé Thomas et quand (après qu’on se soit hurlé dessus comme des sourds) il m’a expliqué que ce n’était qu’amicalement, Maxence était déjà parti. Sur le coup, j’avais envie de m’arracher les cheveux ! Va falloir m’enfermer, c’est obliger ! A.P.

☆☆☆

 

« Môme ! » Voilà tout ce qu’il représentait à ses yeux ! Un môme ! Maxence tourna en rond dans sa chambre, ruminant de colère contre Adam. Il était, peut-être, plus jeune que lui, mais il avait aussi grandi ! Il en était là, le souffle court, à essayer de se calmer. Il s’immobilisa en revoyant mentalement la scène. Adam n’avait pas le droit de s’immiscer dans sa vie, pas après tout le mal que ce dernier lui avait fait ces précédentes années !

Pourquoi, Adam, agissait-il ainsi ? Pourquoi ne prenait-il enfin son rôle de grand frère que maintenant ? Le voyait-il toujours comme un enfant ? De toute façon, se dit-il avant de s’endormir, Adam n’avait aucun droit sur lui, parce que c’était sa vie et non la sienne. Il pouvait voir qui il désirait et ce n’était sûrement pas à lui de choisir ses amis.

Le lendemain matin, des coups bruyants l’obligèrent à ouvrir les yeux. Il se doutait bien qu’Adam insisterait à nouveau. À quoi bon discuter de la veille ? Il n’en avait aucune envie, mais il dut quitter rapidement son lit pour que celui-ci cesse de tambouriner à sa porte. Maxence, les bras croisés devant lui, leva légèrement son visage et lui offrit un regard sombre.

— Qu’est-ce qui te permet de te mêler de ma vie ? demanda-t-il avant qu’Adam ne lui parle.

— Désolé pour hier soir. C’est juste que Thomas est mon ex…

— Tu m’as regardé ? s’énerva-t-il furieusement, je ne suis plus un « môme » ! Et quand bien même qu’il soit ton ex-petit copain, mets-toi bien dans la tête que je ne suis pas gay ! Je ne suis pas intéressé par les garçons !

 

Adam venait de recevoir cette réponse comme un coup de poignard. Le plancher pouvait se dérober sous ses pieds, il accepterait de sombrer dans les entrailles de la Terre. Jamais, il n’aurait cru subir pareille douleur. Maxence venait de briser, en un seul reproche, l’espoir qu’un jour, peut-être, il aurait pu l’aimer. Sans un mot, le visage impassible, il l’abandonna pour retourner dans sa chambre.

 

6 / 08 / 2008

Je suis fini. Maxence ne m’aimera jamais… jamais… Ces mots m’ont si blessé et si marqué que je n’ai plus envie de vivre. Au moins, je sais à quoi m’en tenir maintenant. Il a raison, après tout, je dois le laisser vivre sa vie… je dois le laisser grandir en le regardant devenir un homme… un homme que j’aurais affectionné avec tout mon amour, mais cela n’arrivera jamais. Je regrette tellement d’en être arrivé là. Quand je le vois, presque aussi grand que moi, j’ai envie de le serrer tout contre moi, de sentir sa chaleur et de rêver de ce « nous ». Mais, ce NOUS n’existera jamais.

« Aimer, c’est de vouloir son bonheur à tout prix » voilà, ce que je lui avais dit… et je veux qu’il soit heureux. Maxence est quelqu’un de bien et j’envierai celle qu’il chérira, celle qui aura le droit à toute son attention, à ses doux baisers, d’être dans ses bras et qui deviendra son centre du monde… et moi, moi, je me détruirais à petit feu parce que, ce que je ressens pour lui est tellement fort que je ne me relèverais plus. Ça me fait si mal de te le dire que je sens ma propre vie me quitter… Je dois m’éloigner car je ne le supporterai pas… je dois tourner définitivement cette page et lui rendre sa liberté. Une liberté que je n’ai jamais voulu lui prendre… A.P.

☆☆☆

 

Le mois d’août passa calmement. Maxence en voulut un temps à Adam, mais il remarqua assez vite que ce dernier l’évitait tout en affichant de faux-sourires. Cette soudaine réaction lui donna de nouveau des crampes au ventre. Pourquoi tout semblait si compliqué ?

Un soir de cette fin d’été, il tenta une approche. Il croisa Adam sur les escaliers qui discutait avec Thomas.

— Salut Thomas, commença-t-il.

— Tu vas bien ? répondit ce dernier.

— Oui, vous faites quoi ? le questionna-t-il en tentant d’attirer l’attention d’Adam.

— Je vais aller aider Gauthier dans le jardin, lança ce dernier sans lui répondre.

Maxence, la poitrine comprimée, le regarda tristement partir. Il se tourna ensuite vers son ami et lui demanda s’il s’entendait mieux avec Adam depuis leur altercation.

— Oh, tu sais, lui répondit celui-ci, il n’y a jamais eu de vrais problèmes entre nous. Et toi ?

— Comme d’habitude, murmura-t-il en fixant quelques secondes une marche avant de relever ses yeux bleus. Parfois, j’ai l’impression que tout va bien et, aujourd’hui, je crois qu’on n’est plus sur la même longueur d’onde.

— Maxence, je sais qu’il n’est pas facile de le cerner, mais si tu lui parles, je suis sûr qu’il te répondrait.

— Justement, je ne pense pas que ça serve à quelque chose. Je ne comprends pas pourquoi c’est si difficile pour nous de nous entendre ?

— Et, tu n’en as aucune idée ?

Maxence lui lança un regard d’incompréhension.

— Ce que je veux dire, reprit Thomas, c’est que tu n’as vraiment rien remarqué ? Pourquoi, à ton avis, se comporte-t-il comme ça avec toi ?

— Parce qu’il me déteste…

— Non.

— Tu m’énerves Thomas avec tes questions !

Sur cette réplique, il partit dehors et s’assit sur une chaise longue. Cette conversion l’ennuyait parce que son cœur espérait bien plus que ce qu’il souhaitait.

 

29 / 08 / 2008

Le temps s’écoule et ma douleur est toujours aussi vive. Je n’arrive plus à le regarder… A.P.

 

 

Chapitre 8 : Si loin et si près

N'hésitez pas à laisser un commentaire à l'auteur, merci.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :