Grimoire – Chp 6

Chapitre 6 : Une paix fragile

 

 

3 / 06 / 2007

J’ai mal. Je ne sais pas comment t’expliquer ce que je ressens, là, tout de suite, maintenant… tellement que ça me brûle de l’intérieur. Ça me plie en deux, j’ai mal au ventre… Oui, ça me fait mal. Tu vas dire que je le mérite !

Je ne peux que te dire que pour la première fois de ma vie, je comprends cette douleur… Sûrement, la même que j’ai dû lui faire subir. Je n’aurais jamais cru que rater une journée de fête des mères avec lui me ferait aussi souffrir, et je pleure dans ma chambre. Je ne pleure jamais pour des bêtises, uniquement quand il s’agit de lui ! Pourquoi ? J’ai envie de hurler, mais ma gorge se bloque. J’aimerais que la fête des mères soit tous les jours ! J’aimerais tellement ravoir 8 ans et lui 5 ans. J’aimerais tant qu’on se chamaille comme autrefois, j’aimerais tant n’avoir jamais été stupide ! Maxence me manque ! A.P

☆☆☆

 

Cette année, l’été se passa chez eux, car les parents Pratier travaillaient. Maxence avait décrété qu’Adam n’avait plus d’importance. Il n’y avait plus d’échanges entre eux. Il évitait aussi ses voisins depuis plusieurs mois. Il ne voulait plus se voiler la face ; il était orphelin et devait l’accepter. Gauthier et William ne pouvaient pas remplacer le frère qu’aurait pu devenir Adam et comme ce dernier avait fait son choix, il souhaitait aussi défendre sa place.

Un jour de fin juillet, Maxence qui était en compagnie de Marc entendit William l’appeler du rez-de-chaussée.

— Will, qu’est-ce qui y a ? demanda-t-il en arrivant à l’entrée d’une voix neutre.

— En fait, j’avais besoin de te parler, bredouilla timidement celui-ci.

Maxence le toisa aussi méchamment qu’il le pouvait. En le regardant, il se voyait lui-même. Les yeux brillants et affolés de William lui donnaient envie de vomir. La gentillesse ne lui avait rien apporté de bon que celui de s’en prendre plein la gueule.

— Dans ce cas, je préfère retourner m’éclater avec Marc ! répondit-il en tournant les talons.

— Pourquoi Max ? s’écria subitement son voisin qui le força à pivoter. Je ne t’ai rien fait !

— Si justement ! hurla-t-il à son tour. Tu es là ! Sans arrêt à me suivre comme un chien et à me répéter que je suis ton frère alors que tout ça, c’est des mensonges !

— Mais…

— Lâche-moi ! ordonna-t-il quand William se jeta contre lui pour le serrer très fort.

— Non ! lui dit-il en pleurant à chaudes larmes. Tu me manques ! Tu comprends ! Je veux que tu reviennes ! Je veux que mon Maxence revienne !

Maxence sentit son cœur se serrer. Ces mots emplis de désespoirs le touchèrent un instant. Pendant une fraction de seconde, il aurait accepté de revenir en arrière, mais les paroles de Marc revenaient sans cesse lui rappeler que pleurer était une faiblesse. Maxence devait leur montrer qu’il contrôlait sa vie ! Sa colère prit le dessus et il réussit à le repousser violemment.

— Regarde-toi ! s’énerva-t-il avec véhémence. Comment ai-je pu être aussi stupide de croire que tu pouvais être mon ami ?

Il contracta sa mâchoire et détourna ses yeux de ceux de son voisin.

— Tu sais quoi, Maxence ? sanglota William. Tu peux essayer de changer, mais moi je t’aime comme tu es. Au moins, j’ai la franchise de te le dire. Parce que tu es mon frère.

Maxence aurait pu recevoir cette déclaration comme une délivrance, mais il avait choisi de tourner le dos à cette amitié. Il l’abandonna et retourna dans sa chambre où Marc était resté.

— Ce n’était rien ! Juste des trucs de filles ! dit-il en claquant la porte.

Maxence saisit une bière et l’ingurgita d’une traite. Depuis le début des vacances, il passait beaucoup de temps avec son nouvel ami. Ses parents qui rentraient tard le soir ne savaient rien de ce qu’il faisait. Il savait être discret. Quant à Adam, il n’y avait plus rien à dire. Il était presque livré à lui-même. Ainsi, en cette fin d’après-midi, il s’avachit sur son lit, une seconde bouteille à la main.

Malheureusement, les paroles de William revinrent le hanter. Celui-ci l’avait accueilli comme un frère et aujourd’hui, Maxence tentait de convaincre son cœur qu’il était seul. La souffrance de ces dernières années à devoir se battre pour un vrai regard d’Adam ne valait plus le coup. Avec Marc, il avait l’impression que quelqu’un s’intéressait à lui et le comprenait.

— Toi ! hurla soudainement Adam qui ouvrit sa porte tout en désignant Marc, tu rentres chez toi ! Ta mère ne va pas tarder à arriver !

Maxence finit sa bière en le provoquant d’un regard mauvais.

— Qu’est-ce que tu me veux ? railla-t-il en s’asseyant correctement au bord de son lit. Pas la peine de me regarder comme ça ! T’es rien !

Pourtant, il tentait de maîtriser les battements de son cœur qui s’affolaient en présence d’Adam.

— Depuis quand bois-tu ? lui demanda ce dernier.

— Pourquoi ma vie t’intéresserait-elle ? répondit-il rageusement en claquant des doigts.

Même dans cet état d’ébriété, il ne supportait pas que son aîné se mêle tout à coup de sa vie.

— Sors de ma chambre ! s’excita-t-il en le voyant se baisser pour ramasser les cadavres de bières.

— D’abord, tu vas commencer par arrêter tout ça ! Ou je préviens les parents !

— De quoi, les parents ? Tu veux dire tes parents ! Ceux qui ne seront jamais les miens !

— Non, Maxence ! Tu détruis ta santé pour un mec qui n’a rien à foutre de ta gueule !

— Lâche mes affaires ! Et dégage de ma pu-tain-de-cham-bre ! Parce que…

Maxence eut un hoquet de panique. Il avait tellement refoulé sa colère qu’un tourbillon d’émotions déferla en lui.

— La seule personne qui n’a rien à foutre de ma gueule, ici ! C’est toi ! Toi… et seulement toi !

Il était faible. Il le savait. La barrière de défense qu’il avait créée tout autour de lui s’effondrait juste à cause d’Adam. La douleur était si incontrôlable que sa poitrine se comprima. Son regard s’embua et sa gorge se noua. Il essaya de se lever, mais l’effet de l’alcool ne l’y aidant pas, il glissa et tomba à genoux, les mains devant lui. Les poings durement fermés, il rageait contre lui-même parce qu’Adam arrivait toujours à le blesser et là, à cette seconde, il sentait la honte et la peine le ronger de l’intérieur.

— Va-t’en, parvint-il à murmurer en clignant ses paupières.

Il n’eut pas la force d’étouffer ses sanglots. Lorsqu’il distingua les genoux d’Adam devant lui, il n’osa pas lever son regard humide. Il se maudit d’être aussi lâche. Il s’était menti à lui-même et, peut-être, Adam avait raison : il n’était rien.

— Maxence…

Le souffle saccadé et les larmes tombant littéralement sur le sol, toutes les rancœurs qu’il avait enfermées en lui remontèrent subitement à la surface.

— Pourquoi tu me fais ça ? Pourquoi tu, commença-t-il d’une voix brisée.

— Maxence…

La voix d’Adam n’était ni moqueuse et ni froide. Elle était à la fois douce et légèrement nerveuse. La douleur qu’il avait enfouie derrière l’alcool ne s’apaisa pas. Elle était là, quelque part à attendre qu’il baisse sa garde pour s’insinuer en lui comme un lent poison. Sa résistance s’affaiblissait contre Adam. Ce dernier avait un tel impact sur lui que de multiples de picotements envahirent sa poitrine. Des mains semblèrent vouloir le relever, mais il demeura immobile.

— Non, marmonna-t-il en reniflant, arrête de me prendre pour un gamin.

— Regarde-moi, lui demanda Adam.

Maxence secoua la tête et serra les dents tout en respirant par à-coup. Une boule se logea au fond de sa gorge, l’empêchant de parler convenablement. Il savait qu’il avait blessé ses voisins et déçu ses parents, mais Adam, qu’en était-il exactement de lui ? Son opinion comptait pour lui.

— Qu’est-ce que. Je t’ai. Fait pour que. Tu me. Déteste ? hacha-t-il en hoquetant. Pourquoi. Étais-tu. Parti ? Pourquoi. M’as-tu. Abandonné ?

Plus il articula et plus ses larmes redoublèrent, secouant ses épaules au rythme de ses pleurs. Il aurait voulu fuir, mais son cœur avait besoin de réponses parce qu’il était seulement à bout. Bien que sa gorge le tiraillât, il persévéra dans ses questions.

— Pourquoi. Moi ? Si. Tu me. Détestes. Tu n’as. Pas besoin. De me. Le montrer. Je le sais. J’ai compris. Mais arrête. De faire semblant.

Sa respiration entrecoupée l’obligea à reprendre un souffle et il poursuivit en poussant sa voix à devenir de plus en plus aigüe.

— Moi. Moi. Je t’aimais. Et tu me fais mal. Tu me. Fais toujours. Mal. Pourquoi ?

La douleur finit par l’achever. Il s’assit sans regarder un instant Adam et prit un paquet de mouchoirs sur son chevet. Il était dans un état pitoyable et, au point où il en était, il n’avait plus rien à perdre. Maxence se moucha et renifla honteusement. Ses mains tremblaient et son cœur battait encore de façon irrégulière.

Comme il ne vit pas Adam faire un mouvement, il se força à affronter son regard. Il l’imaginait bien en train de jubiler, fin prêt à lui rappeler encore pour la énième fois qu’il n’était rien. Lorsqu’il tourna courageusement son visage rougi vers lui, quelle ne fut sa surprise en apercevant pour la première fois depuis des années, des larmes coulées sur les joues d’Adam. Il n’en retira aucune fierté.

Il tressaillit quelques secondes et ne broncha pas quand celui-ci le prit dans ses bras et le serra très fort. C’était un geste inespéré, presqu’un rêve. Blotti contre son torse, il ferma ses paupières et colla son oreille près de son cœur.

— Pardon, lui chuchota Adam d’une voix entrecoupée qui le bouleversa. Je ne voulais pas. Je ne te déteste pas Maxence. J’ai détesté papa. Pour ce qu’il. T’avait fait. J’ai détesté. Enrique. Mais, jamais, je ne t’ai détesté. Je ne le pourrais pas. Tu ne sais pas. Justement. Combien je tiens. À toi.

Bercé tout contre le torse d’Adam, Maxence sourit inconsciemment. Les yeux clos et le corps épuisé, il s’endormit en se laissant transporter vers de vieux souvenirs. Adam le protégeait toujours des monstres. Il était fort pour les faire fuir et, comme un héros, Maxence se rappela de ces bras qui le défendaient pendant qu’il dormait avec lui. C’était peut-être une autre époque, mais pouvait-elle renaître entre eux ?

 

28 / 07 / 2007

J’en aurais des choses à te dire, mais je crois que je vais garder pour moi ce moment que j’ai vécu aujourd’hui avec Maxence. Oui, je sais, tu aimerais savoir, mais je veux conserver dans mon cœur ces quelques heures qui m’ont rapproché de lui. Mais aujourd’hui, j’ai envie de t’avouer que je l’aime, oui, je l’aime de tout mon cœur et ça, il ne le saura jamais. A.P.

☆☆☆

 

Le lendemain après-midi, Maxence partit chez son voisin et l’appela par la porte fenêtre du salon. Quand celui-ci apparut, il le serra si fort que William fit mine de s’étouffer. Sans échanger un mot, ils se fixèrent un instant avant que son voisin n’éclate de rire tout en laissant échapper des larmes de joie. Maxence regrettait ce qu’il lui avait dit la veille. Plus jamais, il ne recommencerait.

— Notre Maxence a fini de faire son Adam ! les fit sursauter Gauthier.

— Pardon, marmonna-t-il honteux. Je me suis comporté comme…

— Un idiot, le coupa le plus grand. Ne t’en fais pas, fallait bien que ça te passe.

Adam arriva à ce moment. Maxence sourit en comprenant que tous les deux s’étaient, en quelque sorte, réconciliés. Leur nouvelle amitié était encore fragile. Il regarda celui-ci s’avancer vers eux et lancer un clin d’œil à Gauthier.

— Hé ! C’est quoi ça ! s’écria William en captant le geste.

— Rien ? répondit innocemment Gauthier.

William plissa ses paupières et allait dire quelque chose, mais Adam le poussa dans la piscine alors que Gauthier fit de même avec lui. Les deux plus grands éclatèrent de rire avant de sauter habillé dans l’eau. Maxence se sentait libérer d’un poids. Être avec ses frères de cœur et Adam sans se prendre la tête était un moment extraordinaire à vivre.

 

25 / 08 / 2007

Les vacances vont bientôt se finir et je les ai appréciés parce que Maxence était heureux. Il n’a plus ce regard triste. On s’est amusé tous les jours à la piscine chez Gauthier et William. Je m’entends mieux avec Maxence, mais j’avoue que parfois, je sens encore un faussé entre nous, il m’évite et je ne sais pas pourquoi ? J’ai peur qu’il m’en veuille toujours ? Je sais qu’on se parle mieux… mais je n’ose pas lui en parler. A.P.

☆☆☆

 

La fin de l’année 2007 se finit doucement. William finit par rattraper Maxence et ils devenaient presque aussi grands que leurs aînés. Ils redevinrent aussi inséparables qu’avant. Quant à Adam, il traînait plutôt avec Gauthier et Léo.

Un jour de novembre, Maxence récupéra le courrier et s’étonna de lire sur l’une des cartes  »Pierre, à bientôt ». Ses mains se mirent étrangement à trembler. Pourquoi le meilleur ami d’Adam faisait-il si soudainement son apparition ? Et, depuis quand ces deux-là s’écrivaient-ils ? Il frappa à la porte du destinataire et lui tendit la lettre sans poser de questions. Mais le sourire qui se dessina sur les lèvres de son aîné lui fendit le cœur parce qu’il ne lui était pas destiné.

 

 12 / 11 / 2007

Quand Maxence m’a tendu le courrier ce matin, j’ai souri bêtement car Pierre m’a écrit. J’en tremble encore tant je n’aurais jamais cru avoir de ses nouvelles. Mon Dieu comme cela date. Je ne pensais pas qu’il tiendrait sa promesse, c’est vrai que tu ne le connais pas. C’était mon meilleur ami au collège, on se connaît depuis le bac à sable. Il a dû avoir 18 ans car il m’avait promis de venir me voir quand il aurait eu son permis de conduire. Mais il n’y a pas que ça, car c’est à cause de lui que j’ai failli perdre le plus important.

Avant de déménager, il m’a avoué qu’il m’aimait et qu’il aurait préféré être à la place de Maxence. Comme ça, il aurait pu me voir, me parler, me serrer et m’embrasser tous les jours. Ce jour-là, j’ai accepté son baiser, mais au bout du compte, je ne l’aime pas parce que j’ai réalisé à son départ, que je tenais bien plus à Maxence. La dernière fois où Maxence m’a souhaité une  »bonne année mon frère », j’ai explosé. Et quand Gauthier m’a fait la morale suite à l’attaque d’Enrique, j’ai su, j’ai compris que j’étais amoureux de Maxence.

Si Pierre ne m’avait rien dit, alors peut-être que rien de tout ce que j’ai fait à Maxence ne serait arrivé ? Peut-être ne l’aurais-je jamais regardé comme je le fais maintenant ? Peut-être n’éprouverais-je pas ce que je ressens pour lui ? Mais c’est trop tard, parce que c’est lui que j’aime. A.P.

☆☆☆

 

Le matin du nouvel an, Adam prévint tout le monde que son ancien meilleur ami allait passer chez eux. Maxence profita de son absence pour poser des questions sur Pierre à sa mère. Le fait de ne pas savoir le mettait dans un état d’agitation qu’il ne comprenait pas. Il la trouva dans la cuisine en train de préparer les festivités.

— Maman, pourquoi Adam a gardé contact avec Pierre ? Je veux dire, il n’en a pas parlé depuis des années.

— Pierre, commença-t-elle, et bien de ce que je sais, c’est qu’il avait promis à Adam de passer le voir dès qu’il aurait le droit de conduire.

— Et ils ont tous les deux attendus que ce jour arrive sans s’appeler ?

— Non, gloussa-t-elle. En fait, Pierre a dit à Adam avant de déménager qu’il était amoureux de lui et…

Maxence n’arrivait plus à l’écouter. Les battements de son cœur affolé paraissaient avoir pris le relais, tambourinant violemment à ses oreilles. Adam allait retrouver la personne qu’il aimait, c’est-à-dire, un jeune homme. D’ailleurs, il n’avait jamais vu Adam avec quelqu’un ? Était-ce donc pour ce Pierre qu’il était resté seul ?

— … pour ça qu’il a dû agir comme ça avec toi. Mais ça n’est que mon avis, rit-elle en le sortant de ses pensées. Une mère sent ces choses-là.

Il la dévisagea sans oser lui demander de répéter ce qu’il n’avait pas du tout écouté, mais cette révélation lui fit perdre l’usage de la parole. Il n’aimait déjà pas ce Pierre. Celui-ci arrivait au mauvais moment parce qu’avec Adam, ils commençaient tous les deux à mieux s’entendre, enfin, à ne plus se faire la gueule. Il n’avait aucune envie de le partager.

Surpris par ce qu’il venait de penser, il remercia sa mère et s’enferma quelques longues minutes dans sa chambre. Il avait soudainement besoin de se confier. La seule personne qui lui vint en tête était Gabriel. Il demanda la permission de sortir et prit le bus en direction du centre-ville. Quand il arriva à destination, il courut jusqu’au magasin et poussa la porte.

— Vous m’aviez demandé de réfléchir aux intersections ? Pourquoi ? demanda-t-il sans le saluer.

— Bonjour, sourit le vendeur.

— Oh, euh, je. Pardon. Bonjour, Gabriel.

Celui-ci gloussa tout en le fixant de ses yeux d’un bleu étincelant. C’était troublant comme regard.

— Toutes mes créations sont uniques et personnelles, lui murmura-t-il. Mais, avant de te répondre, pourquoi avoir choisi ce grimoire et pas un autre ? Et ne me dit pas, parce qu’il porte le nom de la boutique.

— Je ne sais pas, parce qu’il me plaisait.

Le vendeur fit le tour du comptoir et croisa les bras tout en se postant devant lui.

— En es-tu sûr Maxence?

Pour seule réponse, il hocha la tête.

— Toute chose à son importance, poursuivit le vieil homme, on ne choisit pas. C’est l’objet qui t’a attiré pour une raison qui t’est encore inconnue et, le plus important, c’est que le grimoire savait. Il t’a alors choisi pour ce garçon…

— Comment… comment saviez-vous que c’était pour un garçon ? bafouilla-t-il, les joues empourprées.

Gabriel ne répondit pas à cette question, mais il lui reposa celle concernant l’intersection.

— Je penserais à des croisements, des carrefours, répondit Maxence qui repensait à ce rêve où il courait après une ombre.

— Ce n’est pas tout, car il est écrit au singulier.

— Que représente alors cette unique intersection ?

— Bonne question. Si tu me le demandes, c’est que tu n’es pas prêt.

— Non, s’il vous plaît, donnez-moi un petit indice ? marmonna-t-il en lui faisant les yeux de chien battu.

— Considère que deux vies sont amenées à réaliser la chose la plus extraordinaire que toute personne désirerait en un point précis de leur existence.

 

La fête battait son plein. Maxence était dans le salon et tous ses amis étaient présents. Les adultes restaient dans la cuisine pour papoter entre eux. Il profita d’un moment de solitude et balaya la pièce d’un regard heureux. Gauthier était toujours avec Léo. Ces deux-là s’étaient rencontrés pendant les vacances d’été où William avait emménagé à côté de chez lui.

Gauthier avait de la chance parce que celui-ci avait trouvé son amoureux à l’âge qu’il avait actuellement. Pour ne pas sombrer dans la mélancolie, il se tourna vers William, celui qu’il avait fait tant souffrir et qui lui avait pardonné ses fautes. Il sourit en le voyant se chamailler avec Thomas. Il ne connaissait pas vraiment leur cousin, d’ailleurs, c’était la seule personne avec qui il avait le moins d’affinité.

— Bonne année, mon frère ! lui souhaita soudainement William à l’oreille.

— Bonne année à toi aussi Will, répondit-il en souriant à tout le monde.

Tous les parents arrivèrent à ce moment et ils se souhaitèrent tous la bonne année. Le cœur palpitant à l’idée de faire la bise à Adam, Maxence courut jusqu’à la chambre de ce dernier. Il ne prit pas la peine de frapper et poussa la porte en hurlant de joie :

— Bonne ann…

Le reste se perdit au fond de sa gorge. Pierre et Adam venaient d’interrompre leur embrassade. Maxence, immobile, sentit son cœur vouloir irrémédiablement sortir de sa poitrine. Pendant quelques secondes, il croisa les yeux marins d’Adam. Peine, déception, trahison. Gabriel avait raison, il ne savait pas lire dans le regard des gens, surtout lorsqu’il s’agissait de sentiments.

— Bonne année à vous, réussit-il à murmurer avant de refermer la porte sans comprendre ce qui l’agaçait.

 

1 / 01 / 2008

J’ai passé du temps avec Pierre aujourd’hui. J’étais content de le retrouver, mais j’avais peur de lui dire que je ne partageais pas ses sentiments. Alors j’ai attendu, tellement attendu que je ne lui aie dit qu’au moment où minuit sonna. J’en ai tremblé de peur qu’il m’en veuille de l’avoir fait déplacer pour rien. Et tu sais, il m’a regardé et m’a juste dit qu’il voulait un dernier baiser et j’ai accepté.

Et… Maxence nous a surpris pendant qu’on s’embrassait. Rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos. Je ne sais pas si Maxence était dégoûté. Après tout, je ne lui ai jamais dit que j’aimais les garçons et je ne pourrais pas oublier son regard. Je crois que je l’ai blessé ou, peut-être est-ce seulement ce que j’ai envie de croire. Pourtant, j’ai vécu cet instant comme si moi, je l’avais trahi.

Je ne sais plus, je suis largué avec lui, parce que même si on se parle plus gentiment, je sens qu’il s’éloigne de moi. Est-ce parce qu’il grandit ? Bon, je vais arrêter, car je vais devenir dingue. Bref, je suis quand même content parce qu’il est venu me souhaiter la bonne année… A.P.

Chapitre 7 : Faux-frères

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