Grimoire – Chp 4

Chapitre 4 : Loin d’un frère

 

 

Maxence passa pratiquement toutes les vacances d’été chez ses voisins. Ses parents adoptifs étaient partis pour essayer de se retrouver. Il ne voulait pas gâcher leurs retrouvailles et il adorait les frères Gardien. Il regrettait seulement la distance qui continuait à se creuser entre Adam et lui. Après la fête des mères, il ne l’avait que très peu croisé, celui-ci restant avec ses amis.

Cela ne l’empêcha pas de profiter pleinement de ses vacances. Avec William, ils passaient certaines nuits à dormir à la belle étoile et, ce n’était qu’à la lueur de l’aube qu’il se sentait merveilleusement bien. Entre rêves et réalités, un sentiment de plénitude réussissait à le réconforter.

Un jour, Gauthier installa une webcam sur l’ordinateur du salon. Maxence et William pouvaient, entre deux baignades, passer un coucou à Léo qui ne serait pas de retour avant la fin du mois de juillet. Le plus grand le laissait allumer pour que son petit ami puisse les voir dès qu’il en avait l’occasion. Quand Gauthier n’était pas dans la pièce, les plus jeunes s’amusaient à faire des grimaces et, Léo éclatait de rire.

 

05 / 07 / 2005

J’ai passé la journée avec Gauthier et il m’a donné des nouvelles de Maxence. Apparemment tout se passe bien pour lui. Tu sais, des fois, j’ai envie de leur faire la surprise de revenir, mais je ne sais pas, je n’ai pas le courage de voir Maxence en face. Tu me demandes ce qui cloche chez moi ? Mais là encore, je ne pourrais pas te répondre. Ha, tu sais, Thomas est passé me voir hier et m’a invité à manger avec lui demain soir. On s’entend bien et il me redonne le sourire. J’aime être avec lui. Les parents me manquent. A.P.

6 / 07 / 2005

Je sais que je devais te parler que de Maxence, mais là, j’ai tellement envie de te parler de Thomas. Ce soir, on a mangé en ville près d’une fontaine. Plus je le regarde et plus il me rappelle Maxence, enfin bref, on a discuté et de fil en aiguille, je crois que je m’attache à lui. A.P.

16 / 07 / 2005

J’ai passé quasiment mes journées avec Thomas, en même temps, on n’est pas loin l’un de l’autre… il est super sympa et je l’adore ! Il est aussi cool que son cousin, Gauthier ! Tiens en parlant de lui, il m’a demandé d’acheter un kit webcam pour se voir sur l’ordinateur. Demain, j’irai en acheter un avec Thomas. A.P.

22 / 07 / 2005

J’ai pas mal de chose à te raconter. J’ai dit à Thomas que j’aimais les garçons et il m’a tout de suite embrassé. J’en ai des frissons sur tout le corps rien que de t’en parler. Bref, on est ensemble et je suis bien avec lui. Mon premier petit copain ! Ha j’ai aussi discuté avec Gauthier via la webcam, c’est sympa ! J’ai pu entendre les rires de William, et celui de Maxence me manque. C’est bête ce que je te dis, je sais que je ne parle pas beaucoup de lui. Ho et puis zut. A.P.

☆☆☆

 

Un jour, au mois d’août, Maxence s’étonna de voir l’ordinateur et la caméra allumés. Il voulut, par simple curiosité, y jeter un œil, mais Gauthier arriva quelques secondes après lui.

— Hé ! Qu’est-ce que tu essaies de faire ? s’exclama celui-ci en riant. Chercherais-tu à contacter une copine secrète ?

— Non ! gloussa-t-il en secouant la tête. Tu sais que je n’en ai pas !

Maxence se cambra soudainement en avant et tenta de s’éclipser des mains du plus grand qui essayaient de le chatouiller. Il se mit à courir à travers le salon puis, William intervint pour le sauver. Tous les deux se jetèrent sur l’aîné qui réclama l’aide de son Léo. Ce dernier, le regard moqueur, mangeait tranquillement des biscuits sur le canapé.

— Ce n’est pas de ma faute si tu les excites ! répondit celui-ci d’un air amusé pour se joindre aux cadets.

— Traître ! s’écria Gauthier.

Au bout de plusieurs minutes de tortures, le jeune homme abandonna la bataille.

— Un contre trois, s’essouffla ce dernier, vous exagérez. Vilains garnements !

Maxence sourit et regarda Léo embrasser Gauthier.

— Ha ! Faites ça dans votre chambre ! s’indigna gentiment William qui sortit dans le jardin, on est là, je vous signale !

Maxence les observait d’un regard brillant. Il appréciait ces moments avec eux puis, comme pour imprimer ces instants dans sa mémoire, il s’adossa à un mur et ferma ses paupières. Son cœur palpita en se souvenant du regard rempli de tendresse d’Adam qui s’interposa dans sa tête.

— À qui penses-tu Maxence ? le questionna Gauthier en le sortant de sa rêverie.

Il ouvrit ses yeux océans et se leva en disant que cela était un secret.

 

18 / 08 / 2005

J’ai passé beaucoup de temps avec Thomas et, aujourd’hui, je profite que Gauthier ait laissé la webcam allumée pour regarder tout ce petit monde. C’est lui qui me l’a proposé.

Tu sais ce qu’il m’a dit ? Il m’a encore traité de gros con et de ne pas savoir profiter des gens que j’aime ! Et il ose me dire que, si je regardais encore de plus près que je comprendrais quelque chose de plus important. Des fois, je suis largué avec lui. Pourtant, je suis avec Thomas et je tiens à lui. En parlant de lui, Gauthier m’a dit de me méfier, car il aime aussi les filles. Bref, je m’en fous, pour le moment, je profite de sa présence.

J’ai regardé par la webcam mais il n’y avait pas beaucoup de mouvements, je pense qu’ils devaient tous être dehors. A.P.

25 / 08 / 2005

Thomas m’a posé un lapin aujourd’hui. Je n’ai pas compris. Alors je suis rentré et j’ai regardé la webcam. Quand j’ai vu Maxence s’avancer vers l’écran, j’ai eu peur qu’il sache que je regardais, mais Gauthier est arrivé à temps. Puis j’ai vite appuyé sur l’enregistreur, je ne sais pas, j’avais envie de garder une image d’eux.

Tu sais, ils me manquent tous. J’ai entendu les rires de Maxence et quand je vois comment il s’entend bien avec eux, j’en serais presque jaloux, mais bon, je l’ai voulu comme ça ! Maxence n’a pas changé et je l’ai trouvé beau assis, les yeux fermés. Je sais que tu me prendras pour un crétin, mais j’ose croire qu’il pensait à moi. Je sais, je peux rêver. A.P.

☆☆☆

 

Maxence se retrouva dans la même classe que William. Leur amitié ne cessait de croître qu’un jour, son ami lui murmura :

— Si Adam est trop bête pour te considérer comme un frère et bah, pour moi, tu l’es et tu le seras toujours. Enfin, si tu veux bien, Max ?

Maxence le considérait déjà comme un frère, mais de l’entendre confirmer à voix haute était toute autre chose.

— C’est le plus cadeau que tu peux me faire William, répondit-il en l’enlaçant avec fierté. Oui ! Tu seras désormais mon frère !

Il était tellement heureux que le soir-même, il passa en coup de vent chez les parents de William. Du salon, il appela Gauthier et Léo qui étaient en train de faire leurs devoirs à l’étage.

— Voilà, commença William sur un ton presque solennel pendant que Maxence gloussait en sentant une main de celui-ci glisser autour de sa taille. On avait quelque chose à vous dire à tous les deux, surtout à toi, Gauthier.

Ce dernier dévisagea Léo avant de reporter son regard vers eux.

— Je déclare qu’à partie d’aujourd’hui, toi et moi avons un nouveau frère, reprit jovialement William. Maxence, ici présent, fait dorénavant partie de notre fratrie !

Dans les yeux noisette de l’aîné, Maxence avait cru déceler de la peine, mais elle fut rapidement remplacée par une lueur de joie lorsque son ami termina de parler. Il avait eu une seconde de panique, la peur que cela ne plut pas à Gauthier.

— Mais bien sûr, Maxence ! s’exclama celui-ci en le serrant dans ses bras.

 

18 / 09 / 2005

Je ne sais pas si le sort s’acharne contre moi, mais aujourd’hui, Thomas m’a quitté pour une autre. Je sais que Gauthier m’avait prévenu. Bien sûr que ça me blesse ! Mais pas au point d’en pleurer ! A.P.

2 / 10 / 2005

Je suis sorti hier soir avec Thomas et sa copine. Finalement, je suis content pour lui, car apparemment, il est fou d’elle. C’est bizarre, ça ne m’affecte pas plus que ce que je pensais. J’aurai bien l’occasion de trouver celui qui me conviendra. Je suis encore jeune.

Tout à l’heure, en rentrant des cours, j’ai un peu parlé avec Gauthier. Il me tient au courant. Mais, bon, en même temps, je ne lui demande rien, mais il s’inquiète pour Maxence. Qu’est-ce qui lui arrive à ce morveux ? Sérieux ! Il me dit que je devrais au moins revenir pour les prochaines vacances. Je lui ai dit que je viendrais pour Noël !

15 / 10 / 2005

Je ne sais pas ce qui me fait le plus de mal, si c’est le fait d’écouter tout le temps Gauthier ou ce que j’ai failli entendre ! Quand j’ai vu sur l’écran comment William tenait Maxence, j’ai cru devenir dingue ! Comment il ose le tenir ! Mais je n’ai pas pu entendre le reste, j’ai tout coupé. Il est assez grand pour savoir avec qui il sera bien ! Après tout, en quoi ça me regarde ! Je m’en fous ! Je m’en tape ! Maxence n’est rien ! A.P.

☆☆☆

 

Le soir d’Halloween, Gauthier le prit en photo avec son frère de cœur. William portait un ensemble de Superman et lui, avait opté pour Zorro. Au départ, ils n’étaient pas partants, car ils se trouvaient trop vieux pour ce genre de trucs, mais devant l’insistance de leur aîné, ils avaient fini par céder. Maxence l’aimait bien car il n’était pas laissé pour compte.

— Mes petits frères peuvent quand même me faire plaisir, non ? avait-il osé leur dire, un sourire amusé au bord des lèvres.

Ils partirent tous les quatre dans la bonne humeur. Ce ne fut qu’en milieu de soirée que Maxence perdit de vue son groupe. Il y avait tellement d’enfants qu’il eut du mal à retrouver ses frères dans la foule.

Il s’écarta de la masse et allait prendre son téléphone quand une main l’attira dans une ruelle sombre et le plaqua violemment contre un mur. Il reconnut Enrique, le camarade de classe qui n’avait pas digéré le fait qu’il ait refusé de sortir avec lui. Malheureusement pour Maxence, ce dernier faisait une tête de plus que lui et il savait qu’il aurait du mal à se défendre.

— Enrique, bafouilla-t-il en tentant de se dégager de son emprise. Qu’est-ce que tu me veux ?

— D’abord, tu ne veux pas de moi comme petit copain et, en plus, tu te laisses peloter par Will !

— Non, souffla-t-il apeuré par son regard noir. William est mon ami.

Maxence suivit des yeux Enrique qui venait de tourner la tête pour appeler ses amis. Le cœur battant et la peur au ventre, il savait qu’il allait passer un mauvais quart d’heure. Deux garçons arrivèrent rapidement à leur hauteur. Enrique le gifla avant de le jeter brutalement à terre et lui assena un coup de pied dans les côtes. Maxence rabattit instinctivement ses avant-bras devant son visage pour se protéger des coups suivants.

— Tu aurais dû me choisir ! hurla méchamment son assaillant.

Un des deux autres garçons se permit de le brutaliser de deux coups de pied au niveau de l’estomac et le second écrasa d’un coup de talon son portable.

— Fais gaffe à toi à l’école si je te croise ! le menaça ce dernier.

Maxence, recroquevillé sur lui-même et le corps tremblant, n’osa pas se relever. Le bruit des tambours et de la musique recouvrit ses gémissements de douleur. Il renifla, laissant ses larmes couler en même temps qu’une pluie tomba. Sa poitrine le fit souffrir et ses membres tremblèrent. Quelques minutes plus tard, il respira profondément et se força à se redresser. Il parvint tant bien que mal à s’adosser contre un mur et ramassa les débris de son téléphone en grimaçant.

— Hé ! Mon garçon, qu’est-ce qui t’arrive ?

Il tourna ses yeux brillants vers l’homme et reconnut à travers ses larmes le vendeur du grimoire. Il était dans un si piteux état qu’il éclata en sanglots. Gabriel le souleva délicatement et l’emmena chez lui. Une fois au chaud, celui-ci le posa près d’un radiateur.

— Qui t’a fait cela ? lui demanda-t-il.

Maxence, encore affolé, resta muet. Il tremblait et son corps grelottait de froid.

— Cela fait un moment que je ne t’ai pas vu ? poursuivit le vieil homme en l’épongeant à l’aide d’une serviette de bain.

Il leva ses yeux pour croiser ceux de Gabriel. Son regard plus bleu que le sien le fixait avec une lueur qu’il ne parvenait pas à déchiffrer. Il ressemblait un peu à celui d’Adam et cela le blessa.

— Je ne veux pas vous déranger, murmura-t-il avant qu’une colère ne s’insinuât au fond de sa poitrine le forçant subitement à crier, je n’ai pas besoin de pitié !

Il se mordit les lèvres. Les yeux écarquillés de Gabriel le dévisageait sans une once de méchanceté. Maxence se sentit honteux de sa conduite.

— Je le vois dans votre regard, bafouilla-t-il en baissant la tête.

— Alors, lui chuchota celui-ci en s’agenouillant devant lui, cela veut simplement dire que tu ne sais pas lire dans les yeux, mon garçon.

Un peu sur la défensive, il n’en crut pas un mot car il avait déjà vu ce regard dans celui d’Adam. C’était de la pitié.

— Quand je t’ai regardé, reprit Gabriel en se redressant, ce n’était pas de la pitié.

Cet homme était-il un magicien ? Comment avait-il pu savoir ce qu’il pensait réellement à ce moment-là ?

— Certes, j’ai eu de la peine en te découvrant dans cet état, poursuivit le vendeur, parce que je t’apprécie beaucoup. Tu m’as manqué aussi, je dois dire, surtout nos conversations quand tu passais après l’école.

Tout en parlant, Gabriel lui donna de vieux vêtements qui avaient appartenu à ses enfants partis faire leur vie.

— Tu ne m’as pas dit si le cadeau avait plu ?

Maxence, pris au dépourvu, n’osa pas lui avouer que le grimoire avait atterri au fond d’une poubelle.

— Oui, marmonna-t-il en fuyant son regard.

— Et là, tu sais ce que me disent tes yeux ? Que tu me mens.

Sa voix n’était pas dure, elle était calme. Maxence était persuadé que le vieil homme savait où se trouvait le grimoire.

— Ce n’est pas grave mon petit, allez, habille-toi, je vais prévenir ton père.

Il le remercia en se demandant comment celui-ci connaissait Hugo Pratier, mais une fois habillé, il s’évanouit sous le poids de la douleur.

 

1 / 11 / 2005

J’ai reçu un e-mail… je l’ai imprimé… je tremble trop pour écrire.

 »Adam ! On a perdu Maxence pendant la parade d’Halloween et un vendeur l’a recueilli pour le réchauffer à cause de la pluie. Je suis désolé, je n’ai pas pu le surveiller de près, mais quelqu’un l’a frappé. Il a une côte cassée et là, il est à l’hôpital. Il ne rentrera que vendredi chez ton père qui reste avec lui. Je sais que tu t’en fous, mais au moins tu as mon message. Gauthier » A.P.

2 / 11 / 2005

Je n’ai pas dormi de la nuit. Je n’arrêtais pas de voir Maxence se faire frapper. Pourquoi lui ? Il est habituellement calme et gentil ! Jamais il n’aurait fait de mal à personne ! Tu sais, hier soir, je me suis rappelé que je lui avais promis que plus jamais je ne laisserais personne le toucher et j’ai pleuré… oui, j’ai pleuré parce que je ne sais pas tenir mes promesses ! Pourquoi Maxence prend-il de l’importance ? Tu peux me le dire ? Je le déteste pour ça ! Il n’est rien pourtant ! Je rentre le week-end, maman a appelé le directeur pour que je puisse m’absenter une semaine. A.P.

☆☆☆

 

Maxence était fiévreux et très fatigué. Il n’arrivait même pas à ouvrir ses paupières. Pourtant, il l’aurait souhaité parce que la voix d’Adam résonnait à ses côtés. Il voulait lui répondre, mais il avait si mal à la gorge qu’il réussit seulement à murmurer le prénom de celui-ci. Ses lèvres s’étirèrent quand des doigts enlacèrent chaleureusement les siens. Persuadé que cela n’était qu’un rêve, son cœur battait frénétiquement comme si Adam avait vraiment été là.

— Qui t’a fait ça Maxence ? lui demanda la voix qui paraissait venir de loin.

— Enrique, répondit-il dans un souffle.

Maxence bougea ses bras, la peur que son assaillant revienne le blesser, mais la main chaude qui tenait encore la sienne le rassura en l’étreignant un peu plus fort. Il gémit de douleur. Sa tête semblait prête à exploser et il avait l’impression que son lit tanguait.

— Parce que je n’ai pas voulu de lui, grimaça-t-il à ses mots.

Les doigts se resserrèrent un peu plus autour des siens, comme pour l’inciter à poursuivre. Il déglutit en essayant d’ouvrir ses yeux, mais il n’y arriva pas.

— Il croyait que j’étais avec William. Et, c’est faux, lâcha-t-il dans un sanglot.

Maxence sentait ses larmes dévalées ses joues. Elles étaient chaudes et lui brûlaient la peau. Il en était là parce qu’il n’avait pas voulu d’Enrique et, maintenant, il avait peur qu’à l’école celui-ci continue à le persécuter.

— Tu n’étais pas là, murmura-t-il dans cet étrange rêve où il était certain qu’il était en présence d’Adam. Tu n’es jamais là. Mais. Ce n’est pas grave.

Des gouttes d’eau tombèrent sur ses doigts encore enlacés. Il imagina Adam, au pied de son lit, assis sur une chaise à le veiller.

— Je te promets qu’il ne te causera plus de problème.

Ces mots lui soutirèrent d’autres larmes et enserrèrent sa poitrine. Adam était peut-être bien là. Sur cette pensée insensée, il se laissa emporter délicatement dans les bras de Morphée. Gabriel apparut au milieu de son rêve et ce dernier lui murmura « Alors cela veut dire que tu ne sais pas lire dans les yeux mon garçon ». Ce vieil homme avait sûrement raison, il ne savait pas les lire.

 

5 / 11 / 2005

Je n’ai pas arrêté de penser à lui. Dès que je suis arrivé, j’ai vu papa. C’est la première fois que je le vois abattu. Je crois qu’il aime beaucoup Maxence même après ce qu’il a osé lui faire, je sais qu’il lui a pardonné son geste, mais pas moi…

Ce matin, je suis rentré dans sa chambre et je peux te dire que j’avais mal pour lui. J’ai soulevé la couverture pour regarder l’état de son torse, il était bandé. Papa m’a dit qu’avec la pluie, il était tombé malade. Je me suis assis à côté de lui, je n’ai pas pu m’empêcher de lui prendre la main. Il était tout blanc comme s’il allait mourir. Oui, j’ai eu mal au cœur…

Je lui ai demandé et répété plusieurs fois qui lui avait ça et, au bout d’un moment, il me l’a dit. Tu sais… non rien, laisse tomber… A.P.

☆☆☆

 

Maxence se réveilla en entendant des voix hurler à côté de sa chambre. Cela faisait trois jours qu’il était cloué au lit. Sa mère était venue lui donner de la soupe et lui avait raconté qu’Adam était resté à son chevet tout le temps qu’il pouvait.

Le cœur affolé par les cris, il tenta de se lever. Sa poitrine lui soutira une plainte et un vertige le secoua quelques secondes. La fièvre était partie, mais pas sa fatigue. Il puisa dans ses maigres ressources pour se mettre debout tout en espérant qu’Adam était revenu pour lui. Il atteignit la porte voisine et se figea net en écoutant Gauthier prononcer son prénom.

— Oui ! Je te parle de Maxence ! Merde Adam ! T’es con ou quoi ?

— Ne me dis pas comment agir ! Je suis là ! Ça ne compte pas ? ! s’écria la voix qui lui avait tant manqué.

— Ah, ouais ! Tu te réfugies dans ton pensionnat tout ça pour le fuir !

— Je ne le fuis pas ! Maxence n’est pas mon frère ! Je n’ai pas de compte à lui rendre !

Maxence, une épaule contre le mur, ferma ses paupières en comprenant définitivement qu’il ne serait jamais rien à ses yeux. Adam le lui avait déjà bien dit, mais cela lui brisa à nouveau le cœur.

— Je ne te parle pas de ça, putain Adam ! coupa rageusement son ami. T’es borné ou je dois te faire un dessin !

Un silence pesant prit possession de la pièce, inquiétant Maxence qui retenait difficilement ses larmes au bord des yeux.

— Adam soit honnête, reprit calmement Gauthier, au moins avec moi. Tu es revenu parce que tu as eu peur pour lui et parce que tu l’aimes bien ? S’il te plaît arrête de te voiler la face, je veux juste t’aider.

— Je ne l’aime pas ! Ça te va comme réponse !

— Ah, ouais ! Tu veux que je te dise ! Tu le fuis tout simplement parce que…

— Tais-toi ! coupa violemment Adam.

— T’es vraiment qu’un petit con ! Un jour, tu verras, tu regretteras et à ce moment-là, ne t’avise pas à venir me voir.

Maxence aurait voulu être dans sa chambre et éviter le regard de Gauthier. Ce dernier qui soupira en le voyant l’aida à retourner dans son lit en silence. Il ne savait plus si ses tremblements étaient dus à sa fièvre ou à ce qu’il ressentait. Il sécha rapidement ses larmes en regardant tristement son ami. Celui-ci le borda puis pencha son visage près du sien.

— Maxence, commença-t-il sur un ton navré.

— Je sais Gauthier, l’interrompit-il pour ne pas à subir une nouvelle déception en l’écoutant, ne t’inquiète pas pour moi. Adam ne m’a jamais caché qu’il ne m’aime pas.

— Non, Maxence, souffla son frère de cœur, justement, tu ne sais pas.

Il était certain que celui-ci allait lui dire quelque chose en plus, mais rien ne vint. Gauthier se releva et ébouriffa ses cheveux bruns.

— Tu sais combien il peut être le pire des crétins, et on s’attache malheureusement à cette espèce.

Maxence hocha la tête. Une fois seul, il sourit en admettant qu’Adam était bien une espèce à part, une espèce qu’il avait malheureusement envie de connaître, si seulement ce dernier lui laissait cette chance.

 

7 / 11 / 2005

Putain de journée de merde ! Désolé, fallait que ça sorte !

Gauthier, il m’a gonflé ! Il m’a parlé toute la matinée ! Eh oui, c’est vrai que je me suis inquiété, mais ma présence devrait suffire pour lui faire comprendre ça ! Il dit que je fuis… tu le penses, toi aussi ? Moi, si je suis parti, c’est seulement pour être loin de lui ! Ha, je suis aussi allé voir ce petit connard d’Enrique ! Je lui ai dit que s’il touchait à un cheveu de Maxence, je viendrais lui refaire sa jolie petite gueule ! A.P.

8 / 11 / 2005

Fais chier ! Tu sais quoi ! Je t’ai relu (comme Gauthier me fait la tête, mais ça lui passera) et oui, bon… Ok, j’y suis allé un peu fort, mais ce n’est pas évident pour moi. Tu me diras que toi, tu le savais déjà et que je ne suis qu’un con ! Mais je ne peux pas te le dire. C’est comme si je sortais d’un rêve et, tout ça, c’est à cause de Gauthier ! Putain, il m’a fait réfléchir ! Oui, je suis blond et alors !

Je n’arrive pas à le croire moi-même, alors je ne sais pas. Est-ce que je dois revenir et arranger les choses ? Je ne sais pas… puis zut ! Je préfère autant rester con ! A.P.

 

Chapitre 5 : Le cadeau empoisonné

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