Grimoire – Chp 3

Chapitre 3 : La colère d’un enfant

 

 

Depuis le début des vacances d’été, Maxence passait beaucoup de temps chez son voisin. Ce jour-là, il se préparait rapidement pour le retrouver, car William fêtait ses douze ans. Ils ne seraient que tous les deux et cela importait peu du moment qu’ils allaient jouer dans son jardin et profiter de la piscine. Il sortit son maillot de bain pour le mettre et enfila un débardeur.

— Tu te vois aller nager ! N’as-tu pas honte de te montrer aussi maigre ? le surprit la voix glaciale d’Adam.

Maxence lui claqua la porte au nez. Blessé par ses mots, il se contempla devant son miroir. Il s’aperçut piteusement que le plus grand n’avait pas tort. Son corps ressemblait à un bâton. Honteux de l’image qu’il vit de lui, il se changea rapidement et abandonna son maillot sur le lit.

Il croisa M. Pratier en sortant de sa chambre. Ce dernier lui indiqua qu’il le désirait à dix-sept heures à la maison et que s’il le souhaitait, il pourrait aussi venir avec son ami. Maxence sourit timidement. Cela faisait longtemps que celui-ci ne lui avait pas dit une chose gentille. Il le fixa d’un regard brillant et lui murmura « merci » avant de rejoindre William, le sourire aux lèvres. Dehors, il distingua son ami en compagnie d’un garçon aussi grand qu’Adam.

— Hé, Maxence ! s’exclama son voisin, je te présente mon grand frère, Gauthier !

— Enchanté, chuchota-t-il en levant son visage vers les yeux noisette de l’adolescent.

Gauthier, aussi châtain que son petit frère, tendit une boîte à William qui l’ouvrit sans plus attendre. Ce dernier découvrit une gourmette gravée à son nom et la trilogie de Star Wars en édition limitée. Maxence se souvint que son ami l’avait bassiné des heures avec ses films.

— Wouaw ! Gauthier ! bredouilla celui-ci d’une voix remplie d’émotion, tu y as pensé ! Merci ! Je t’adore !

Il sourit en voyant William donner un coup de coude à son frère. Cette scène lui comprima la poitrine parce que, plus jamais, il n’aurait le droit à ce genre de relation avec Adam. Malgré tout, il était heureux de l’avoir à ses côtés.

— Tiens, lui dit Gauthier en lui tendant un petit paquet.

Maxence, étonné, hésita quelques secondes, mais William insista pour qu’il l’ouvre. Il accepta et découvrit la même gourmette que son ami où était inscrit son propre prénom.

— Merci, répondit-il ému, mais ce n’est pas mon anniversaire.

— Oh, ce n’est rien, gloussa le plus grand. William est tellement content d’avoir un copain que j’ai voulu marquer le coup.

— T’es génial, Gauthier ! s’écria le frère.

 

Ils passèrent l’après-midi à regarder le premier épisode du DVD puis, William proposa de piquer une tête dans la piscine. Maxence, embarrassé, répliqua gentiment qu’il préférerait s’étendre sur l’herbe.

— Qu’est-ce que tu me racontes ? s’étonna son ami en plissant les paupières, hier encore, tu t’en réjouissais ?

Le regard scrutateur de William le mit mal à l’aise et l’obligea à détourner son visage.

— Qu’est-ce qu’il t’a encore dit ?

— Qui ? demanda-t-il en feignant de ne pas comprendre.

— Bah ! Adam ? Il n’y a que lui pour te faire changer d’avis ? Alors ?

Maxence n’eut pas le courage de lui répondre, mais il dut lui avouer sous peine qu’il aille le voir.

— Il dit que je suis trop maigre, marmonna-t-il d’une voix presque inaudible.

— Et alors ? s’insurgea son voisin, il n’y a que nous deux ? Et puis, notre corps va changer en grandissant ! Comment crois-tu qu’il était Adam à notre âge ? Mon frère était comme toi et, regarde ! Il est bien plus grand et musclé ! Arrête de l’écouter, il ne te dit ça que pour t’emmerder Max !

Les larmes bloquées au bord des yeux, Maxence se répétait presque inlassablement qu’il avait de la chance de l’avoir. William avait toujours le chic pour lui remonter le moral. Ce fut avec joie qu’il partit en courant chez lui pour se changer. Dans sa précipitation, en contournant la maison, il n’eut pas le temps d’apercevoir Gauthier qu’il le heurta. Les yeux instinctivement clos, il se voyait déjà étendu contre la terre. Cependant, rattrapé par les bras de celui-ci, il se confondit en excuses.

— Hé, ce n’est pas grave, lui répondit l’adolescent. La prochaine fois, je te conseillerais d’y aller doucement, okay ?

Il opina en regardant Gauthier qui levait les yeux par-dessus sa tête.

— Je ne savais pas que Maxence était ton petit frère !

Il tressaillit en sachant pertinemment à qui s’adressaient ses paroles. Il s’écarta vivement des mains de Gauthier puis, sans un regard en arrière, il se faufila aussi vite à l’intérieur de la maison. Mais d’où il se trouvait, il pouvait entendre la réponse d’Adam.

— Non, je n’ai pas de frère ! Lui ! C’est Maxence Mallet ! On n’a pas le même nom ! Ce n’est qu’un morveux que mes parents ont eu pitié de garder…

Pourquoi était-il cruel avec lui ? se demanda-t-il en s’enfermant à clé dans sa chambre. Il se retenait de pleurer, mais la douleur était bel et bien présente. Il renifla et fixa pitoyablement son maillot de bain puis posa son regard vers la maison voisine. Il savait que si Adam était avec Gauthier, il serait aussi chez William. Il n’y avait pas plusieurs solutions : rester ici. S’il y retournait, il n’entendrait que des méchancetés sur lui.

 

Après quelques minutes à réfléchir, il entendit des coups frappés à sa porte sans pour autant répondre. Tout d’abord, ce fut William qui tenta de le faire sortir de sa chambre, puis son père adoptif et, pour finir, la voix glaciale d’Adam qui résonna à son tour. Maxence ne pleurait pas. Il ruminait. Il en avait marre de cette situation. Déterminé à tout fuir, il saisit son sac à dos et y mit quelques affaires. Il ouvrit la fenêtre et à peine l’eut-il enjambé qu’il fut immédiatement interpellé par le grand frère de son ami. Maxence l’observa quelques secondes avant de balayer d’un regard circulaire les alentours.

— Tu comptais t’enfuir ? demanda celui-ci. Pourquoi ? Ça ne va pas avec William ?

Il ne répondit pas et se tourna en direction du portail, mais Gauthier l’attrapa doucement par le T-shirt et se mit à sa hauteur.

— Hé, qu’est-ce qui ne va pas ? poursuivit-il d’une voix calme, je ne le dirais à personne. Promis ?

Maxence resta muet. Pourquoi irait-il lui raconter qu’Adam ne l’aimait pas et ne lui disait que des mots blessants ?

— Qu’est-ce que tu fous là ? lui tonna Adam alors qu’il baissa nerveusement la tête, t’es pas censé être enfermé dans ta chambre ! On était tous là, à frapper contre ta porte et toi, tu…

— Hé ! Calme-toi ! l’interrompit Gauthier, il a sûrement quelques choses qui le tracassent. Alors, ne lui hurle pas dessus, okay !

Lorsqu’il croisa le regard noir d’Adam, il déglutit et grimpa par sa fenêtre, mais ce dernier parvint à l’empoigner. Maxence, le cœur palpitant à ce geste, retira son bras et ne lui laissa pas le temps de répondre.

— Je te déteste ! hurla-t-il avant d’atterrir dans sa chambre.

 

28 juillet 2004

Hello,

Je ne sais pas quoi te dire aujourd’hui, à part que je n’ai pas aimé voir Maxence rester près de Gauthier ! Je ne veux pas qu’il s’approche de mes amis ! D’ailleurs, je n’ai pas compris pourquoi il s’était enfermé dans sa chambre ? Je ne lui parle pas à ce morveux ! En plus, il s’attire la sympathie de Gauthier… Je déteste ça ! Je ne lui prends pas son copain !

De toute façon, j’ai demandé à maman qu’elle m’inscrive à une autre école, loin d’ici… je ne supporte plus de le croiser, il m’énerve à chaque fois que je le vois. Et c’est mieux comme ça. En plus, il ose me crier qu’il me déteste alors que je ne lui ai rien fait ! Enfin, si, peut-être, mais c’est plus fort que moi. Quand je le regarde…

Non, laisse tomber, je n’arrive même pas à l’exprimer, alors l’écrire, ce serait encore pire. Tu me dirais que je suis con ! Oui ! Ça, c’est sûr ! Même Gauthier, il me le dit… Et alors ! Si je ne veux pas de Maxence comme frère, j’en ai le droit. Nous n’avons aucun lien de parenté DONC il ne le sera jamais à mes yeux… A.P.

☆☆☆

 

La rentrée scolaire se passa très bien pour Maxence. William et lui devenaient inséparables. De temps en temps, Gauthier les emmenait en ville manger une glace au Mac Do. Il aimait bien les deux frères. Parfois, Adam lui manquait depuis que celui-ci était parti étudier loin de la maison. Il savait que ce dernier ne lui ferait que des misères, mais la plupart de ses souvenirs d’enfance étaient liés à lui. Pourquoi ne pouvait-il pas avoir le même lien qu’avaient ses deux voisins ? Maxence ne comprenait pas pourquoi Adam se comportait ainsi avec lui.

Finalement, l’hiver ne tarda pas. Il avait quand même eu de ses nouvelles par sa mère adoptive. Maxence lui envoya une carte pour ses quinze ans et en profita pour lui souhaiter la bonne année. Il ne s’attendait pas à recevoir quoi que ce soit de sa part, mais un jour, M. Pratier lui tendit un courrier dont le compostage notait le nom de la ville d’Adam. Il s’enferma immédiatement dans sa chambre et, les mains tremblantes, il l’ouvrit pour découvrir une carte.

 

26 / 01 / 2005

Maxence,

J’aimerais que ce soit la dernière carte que tu m’envoies.

En plus, tu sais que je ne te répondrais plus, petit morveux !

Tu as intérêt à suivre cela à la lettre !

À moins que tu ne veuilles que je vienne te le dire de vive voix.

Inutile donc d’en rajouter, je crois que tu m’as compris.

Maxence, tu n’es rien pour moi !

Et je veux que tu m’oublies !

A.P

 

C’était la première fois qu’il recevait une chose d’Adam et peu importait ce qu’il y avait d’écrit. La simple image qui figurait sur la carte lui réchauffa le cœur. Les mots, il s’en foutait. Alors, il s’acheta une boîte pour l’y ranger, comme un trésor. Maxence ne savait pas pourquoi il faisait cela, mais il lui plaisait de croire que cette carte était le début d’une belle correspondance.

 

En février, Gauthier lui présenta son petit copain âgé de seize ans, Léo Lote. Maxence n’était pas du tout choqué et il savait qu’un de ses camarades de classe aimait les garçons. D’ailleurs, Enrique, un métisse aux yeux noisette, ne cessait de lui faire du rentre dedans. Il restait gentil en refusant de sortir avec lui parce qu’il se trouvait encore jeune et surtout, il ne savait pas s’il préférait les filles ou les garçons, chose qui ne l’intéressait pas encore.

Il s’entendait très bien avec Léo. Lorsqu’il le regardait se chamailler avec Gauthier, il ne pouvait pas s’empêcher de sourire bêtement. Cela poussait souvent celui-ci à le chatouiller pour le faire écrouler de rire. Il adorait ses voisins et, quasiment tous les vendredis soir, il avait le droit de dormir chez eux. Bien qu’il ne parlait plus beaucoup avec M. Pratier, ce dernier était venu s’excuser de son geste mal placé et lui avait dit qu’il avait arrêté de boire.

Maxence, ému, s’était jeté dans ses bras en lui murmurant qu’il lui pardonnait. La distance les avait fait souffrir tous les deux, il en était certain. De plus, il ne pouvait pas lui en vouloir longtemps parce qu’il l’aimait. M. Pratier avait toujours été là quand il avait eu besoin de son aide. C’était cet homme qui l’avait aidé à surmonter sa timidité et à devenir aussi son fils. À ses yeux, il méritait une seconde chance.

☆☆☆

 

La fin de l’année scolaire approcha doucement. Un samedi du mois de mai, Gauthier l’accompagna faire des achats. Il avait grandi et ne rentrait plus dans ses vêtements. Son père adoptif lui laissa la carte bancaire et l’autorisa à dépenser jusqu’à un certain seuil qui restait raisonnable. Au centre commercial, il suivait son grand voisin qui le conseillait sur les tenues. Plus il passait de temps avec lui et plus il l’appréciait. Tout comme William, il se sentait vraiment chanceux de les avoir dans sa vie. Ce dernier devait normalement les accompagner, mais il avait préféré retrouver une copine de classe.

En fin d’après-midi, Maxence se retrouva avec un jean bleu foncé, troué aux genoux, deux pantalons battle, deux chemises à carreaux, quatre T-shirts et, tout cela, dans des coloris différents. Quand ils arrivèrent vers le rayon des sous-vêtements, Maxence n’osa pas en prendre, mais Gauthier le mit facilement à l’aise et lui proposa de prendre des boxers car c’était plus agréable à porter que des slips.

Il était heureux. C’était comme si ses voisins avaient pris la place d’Adam. Bien que ce dernier ne lui montrait plus aucune tendresse, il gardait au fond de son cœur l’espoir qu’un jour, ils pourraient redevenir ce qu’ils avaient été par le passé.

 

2 / 09 / 2004.

Hello, je suis parti et je ne verrais plus Maxence avant l’été. J’ai prévenu les parents que je ne rentrerais pas durant l’année. Comme ça, plus de morveux à regarder tous les jours ! De toute façon, maman passera me voir de temps en temps. A.P.

28 / 10 / 2004

Gauthier est passé me voir. On a profité des vacances d’automne ensemble. Je m’entends très bien avec lui. Il m’a parlé de Maxence. Il m’a dit que, de temps en temps, il l’emmenait au Mac Do avec son petit frère. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aurais bien voulu être avec eux. A.P.

24 / 12 / 2004

J’ai appelé les parents pour leur souhaiter un joyeux Noël, je l’aurais bien dit à Maxence, mais il était avec William. Dommage, mais en même temps, je ne sais pas si j’aurais eu le courage de le lui dire. A.P.

5 / 01 / 2005

Je ne sais pas pourquoi, mais connaissant le caractère de Maxence, j’aurais cru qu’il m’aurait envoyé une carte pour mon anniversaire qui arrive bientôt. Bon, je verrais bien. Je sais que je t’ai toi, mon beau grimoire et, à chaque fois que je te regarde, je me souviens encore des larmes qu’il a versées. Bref. Tout ça, pour te dire que j’ai acheté une carte pour lui. Deux mains qui s’empoignent avec écrit dessus : bonne année à toi. Tu penses qu’elle lui plaira ? Je ne sais pas si l’envoi. Je devrais ? A.P.

24 / 01 / 2005

Ah ! Aujourd’hui j’ai sauté de joie ! J’ai reçu la carte de Maxence ! Il me souhaite un joyeux anniversaire ! Et pile le jour où cela fait un an que je t’ai ! Je vais lui envoyer ma carte. A.P.

2 / 03 / 2005

Gauthier est passé et m’a présenté son cousin Thomas. Très gentil et mignon, je dois dire. Il me rappelle Maxence. Il est gentil et attentionné. Il a un sourire à faire tomber toutes les filles du bahut. C’est débile ce que je vais te dire, mais Maxence me manque. Il a dû grandir. A.P.

25 / 05 / 2005

J’ai regardé, cette année, la fête des mères tombe le 19 juin. J’avais promis à Maxence d’être là. Je ne sais pas si je pourrais, j’ai cours un lundi sur deux et, des fois, le prof décale à sa convenance. C’est chiant. C’est sûr, si je ne suis pas là, il m’en voudra, mais en même temps, ce serait peut-être mieux ? Ne me déteste pas, tu es mon seul lien avec lui. A.P.

15 / 06 / 2005

En fait, oui, je vais pouvoir rentrer à la maison ce week-end ! Je n’ai pas cours lundi donc je vais pouvoir revoir Maxence ! Je ne sais pas pourquoi je suis si content ! Je serais chez papa vendredi soir, je verrais sûrement Gauthier par la même occasion ! A.P.

☆☆☆

 

Maxence dormit chez William le soir où Adam rentra à la maison. Quelque part au fond de lui, il espérait que celui-ci revienne secrètement pour tenir sa promesse. Toutefois, une petite voix lui murmurait qu’il ne lui avait seulement dit cela que pour le consoler. De plus, en étant loin de la maison, Adam voudrait peut-être passer du temps avec sa mère ?

Le lendemain matin, lorsqu’il se leva du lit pour aller aux toilettes, il entendit des voix qui provinrent de la cuisine. Il poussa la porte, certain qu’il s’agissait de Gauthier et du père de son ami. Vêtu d’un simple T-shirt blanc et d’un boxer noir, il s’avança vers eux.

— Hé, bonjour toi ! Bien dormi ? s’écria Gauthier en ébouriffant ses cheveux bruns d’une main.

— Ouais, marmonna-t-il en lui faisant la bise, j’ai dormi comme un loir, même si je t’ai entendu batailler avec ton petit-ami une partie de la nuit.

Maxence suivit soudainement le regard de son interlocuteur qui affola son cœur. Son sourire s’évanouit quand il réalisa que ce n’était pas le père qui parlait avec Gauthier, mais Adam. Celui-ci était adossé non loin de la porte. Il trouva qu’Adam avait changé. Un peu plus grand, ce faux frère avait laissé ses cheveux blonds pousser et cela le rendait plus austère. Adam quitta la pièce sans un mot, le blessant davantage. Les mains moites et le cœur serré, il déglutit tout en détournant son regard vers le sol.

— Ne t’en fais pas, chuchota Gauthier en tapotant son épaule, ce n’est qu’un idiot.

— Toi qui vas le voir, tu sais pourquoi il me déteste ? demanda-t-il nerveusement en levant son regard vers lui.

— J’ai ma petite idée, mais je ne pense pas qu’il te déteste.

 

17 / 06 / 2005

Je suis rentré hier soir et papa m’a dit que Maxence dormait presque tous les vendredis soir chez William. J’étais un peu déçu alors, je suis allé faire un tour dans sa chambre. Elle est toujours aussi impeccable et ordonnée. Même si la plupart de ses affaires sont chez maman, je sens son odeur qui m’a manqué. J’ai vu que son ordinateur était allumé et ma curiosité a été la plus forte… je ne savais même pas qu’il en avait un et j’ai vu qu’il avait discuté avec quelqu’un : Enrique. Sûrement un camarade de sa classe. Je vais me coucher, je le verrais bien demain. A.P.

18 / 06 / 2005

Ce matin, je suis allé voir Gauthier qui m’a parlé de tout et de rien. Puis, quand j’ai vu Maxence, j’ai cru que mon cœur allait quitter ma poitrine. Il a bien grandi et il fait plus mûr que son âge… Je sais que certains garçons grandissent vite, mais là, mince ! Bon, en même temps, je ne l’ai pas vu de l’année. En plus, je n’aime pas du tout sa proximité auprès de Gauthier et ça commence à m’agacer. Je crois que je n’aurais pas dû revenir pour cette maudite promesse ! A.P.

☆☆☆

 

Maxence, prêt à partir pour rendre visite à sa mère, cherchait vainement Adam dans toute la maison. Il n’avait pas eu la possibilité de lui parler la veille et encore moins le matin. Le plus grand avait dû profiter du week-end pour aller voir ses copains, pensa-t-il. Il était seize heures passées lorsqu’il décida d’y aller à vélo. Il dut prendre rageusement sur lui, une boule lui nouer la gorge. Il avait cru qu’Adam était venu pour tenir sa promesse, mais ce n’était pas vrai.

Il se dirigea vers la tombe de sa mère. Il n’avait pas l’esprit à dire quoique soit, alors il déposa les fleurs qu’il avait achetées la veille et, dans un silence où la brise balaya ses cheveux, il ferma les yeux. Comme si le vent avait le pouvoir de l’apaiser, il finit par les rouvrir et fixa la pierre tombale.

— Comme tu peux le voir, je vais bien, commença-t-il la poitrine serrée, cette année, je devais venir avec Adam, mais il n’a pas tenu sa promesse. J’ai cru que j’aurai eu le droit à ma journée de paix avec lui, mais tout ça, ce n’était que des mensonges.

Tout en parlant, il ne put empêcher ses larmes de déceptions de couler sur ses joues.

— J’ai vraiment cru ce qu’il m’avait dit, poursuivit-il en retenant ses sanglots, j’y ai cru et je le voulais avec moi toute la journée. Il était là, mais ce n’était pas pour moi.

Il posa ses mains tremblantes contre ses lèvres et s’autorisa à se laisser aller. Il réalisait tristement qu’il n’avait personne avec qui parler de ce problème et, même si, Gauthier lui disait qu’Adam ne le détestait pas, il ne comprenait pas ces regards furieux à son encontre. Il tentait de se convaincre qu’il était simplement de trop dans cette famille, une famille qui, malheureusement, ne lui appartenait pas.

— Je suis désolé, mais je ne viendrais pas l’année prochaine…

— Pourquoi ne viendras-tu pas l’année prochaine ? l’interrompit subitement la voix de l’objet de ses pensées.

Cette intonation était identique à celle qu’Adam employait avec ses amis. En définitive, pourquoi se leurrer ? Mentir pour être son ami ? Mentir pour faire semblant ? Il se sentait trahi et rabaissé par cette fausse amitié. Il avait l’impression de répéter la même scène que l’année précédente car il se jeta sur lui et tambourina agressivement son torse.

— Je te déteste ! Pourquoi tu me fais ça à moi ! Qu’est-ce que je t’ai fait ! Je te voulais en entier ! Je te voulais pour la journée et tu m’as menti !

Ses émotions étaient si fortes qu’il hoqueta, les joues écarlates et la gorge tiraillée par ses mots. Il ne se rendait pas compte des paroles qui franchissaient de sa bouche. Son corps vibrait de colère et de déception et, la seule chose qu’il désirait à cette seconde, était qu’Adam s’en aille loin de lui. Si celui-ci le haïssait autant, il ne fallait pas qu’il se donne la peine de se déplacer pour lui. Au lieu de se sentir repousser par ses gestes, la chaleur d’Adam l’enveloppa.

— Je suis tombé en panne, lui avoua ce dernier à l’oreille, j’ai laissé mon scooter sur place et j’ai couru aussi vite que possible pour être avec toi.

Maxence s’arrêta net et se sentit subitement idiot. Il n’avait pas pensé à cela. Blotti tout contre l’adolescent, il n’osa plus faire le moindre mouvement. Il profita de ce moment pour fermer ses paupières et écouter les battements de cœur accélérés d’Adam, sûrement dû à la course que celui-ci venait de faire. Une fois le corps calmé, Maxence leva ses yeux et le fixa quelques secondes. Il crut déceler dans les siens une tendresse qui lui était destinée.

— Pardon, murmura-t-il.

Il repositionna sa joue contre la poitrine d’Adam puis referma ses paupières. Sa respiration se cala au rythme de celle de l’adolescent. En sentant une main lui caresser les cheveux, il avait l’impression que dans ses bras, rien ne lui arriverait. Maxence, bercé par la légère brise, souriait inconsciemment à ce moment de bonheur.

— J’ai appelé papa, il va venir nous chercher, l’informa son aîné qui s’écartait doucement de lui mais Maxence l’étreignit à son tour.

— Encore un peu, le supplia-t-il timidement en resserrant ses bras, quelques minutes de plus, s’il te plaît.

Adam avait tenu sa promesse. Il ne l’avait pas eu une journée entière, mais au moins sa présence valait bien plus que tout ce temps à se haïr du regard ou, à être détesté par des mots. En sentant à nouveau les bras d’Adam autour de son corps, il savoura chaque seconde de cette étreinte.

— Merci, souffla Maxence la joue contre le cœur du plus grand.

 

19 / 06 / 2005

Hello,

Aujourd’hui je n’ai pas eu de chance, mon scooter est tombé en panne comme si une force ne voulait pas que cette journée se réalise. Oui, je t’assure, j’ai cru m’effondrer sur le bord du trottoir. J’avais envie d’être près de lui et de voir son sourire en me voyant tenir ma promesse. Quand j’ai vu l’heure, j’ai tout lâché et j’ai couru jusqu’aux cimetières.

J’étais essoufflé mais, quand je l’ai vu, je t’assure, j’ai fait de mon mieux. Je me suis senti stupide et con. Il pleurait et moi je n’ai pas réussi à aller vers lui. Et lorsqu’il m’a vu, il s’est jeté sur moi, je me souviens encore de ses mots :  » Je te voulais en entier  ». Mais ce n’était que de la colère, alors je ne me fais pas d’illusion. Je sais, tu me dirais que je me comporte comme le plus grand des crétins, mais Maxence n’a que douze ans. Non, je ne peux pas, ce n’est pas possible. Demain, je repars et je ne reviendrais que pour Noël. Je vais passer l’été chez Thomas qui ne vit pas loin de mon bahut. Peut-être arriverais-je à l’oublier, et comme il me le dit assez souvent, il me déteste. A.P.

 

Chapitre 4 : Loin d’un frère

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