Grimoire – Chp 12

Chapitre 12 : Une vie à deux

 

 

Les mois qui suivirent sa rencontre avec Nina, Adam réfléchissait sur le mot qui avait pu déclencher son cauchemar. Il se souvenait de ceux que Maxence lui avait hurlés « Je te hais ! Je préfère autant mourir que de te supporter ! » et le soir-même, il avait écrit « j’attendrais sur Messenger et je lui dirais que je l’aime de tout mon cœur, après tout, ça ne va pas me tuer… ».

Il contemplait encore le grimoire quand Maxence entra dans leur chambre.

— Maxence, commença-t-il en le lui tendant, si tu veux lire ce que j’ai écrit…

— À quoi bon, je t’ai maintenant. Je n’ai aucune envie de lire celui que tu as été.

Adam l’attira sur le lit et l’embrassa fougueusement. Ils roulèrent quelques minutes l’un sur l’autre en se dévorant les lèvres. Quelques minutes plus tard, ils entremêlèrent leurs jambes et, torse contre torse, ils se contemplèrent. Il n’y avait plus besoin de mot pour dire ce qu’ils ressentaient. Le plus dure était maintenant derrière eux.

☆☆☆

 

Juillet 2011

Adam était diplômé et avait arrêté d’écrire sur le grimoire puisqu’il n’en avait plus l’utilité et Maxence finissait sa première année de BTS en comptabilité. Ce jour-là, dans leur grande chambre, ils se préparaient pour le mariage de Léo et Gauthier.

— Tu es magnifique ! s’extasia Adam en le détaillant de la tête aux pieds.

— Je peux en dire de même pour toi, murmura celui-ci en s’approchant dangereusement de lui, et si cela ne tenait qu’à moi…

Maxence posa les mains sur ses hanches et le plaqua gentiment contre le mur pour lui baiser tendrement le cou.

— Je te ferais mien, là, tout de suite, lui susurra-t-il en mordillant un lobe.

Adam qui adorait le voir prendre des initiatives croisa son regard empli de désir.

— Ce soir, mon ange, ce soir. Ne soit pas si pressé…

Maxence ne parut pas l’entendre ainsi et Adam se sentit subitement serré dans son pantalon quand les mains de celui-ci se promenèrent sous sa veste.

— On va… être en… retard… s’essouffla-t-il en fermant les yeux… arghh, que je déteste quand tu me fais ça…

— Tu ne t’es pas plaint hier, le provoqua-t-il en se collant tout contre son corps.

Adam, les joues rougies et le sexe dur, s’écarta vivement de Maxence et lui planta un regard enflammé.

— Bon, allez, vite…

☆☆☆

 

En début de soirée, la fête battait son plein. Maxence, blotti dans les bras d’Adam, était à la table des mariés. Avant de lancer les festivités, son compagnon se leva, un verre de champagne à la main.

— Aujourd’hui, je trinque en l’honneur des jeunes mariés ! Gauthier, mon ami, depuis longtemps déjà, tu es entré dans ma vie et tu es devenu un frère pour Maxence. Je suis honoré de vous compter, Léo et toi, dans notre famille et je vous souhaite tout le bonheur du monde !

Les mariés le remercièrent et la fête se poursuivit. C’était un repas où la joie rayonnait sur ce petit groupe d’amis qui avaient grandi ensemble, car maintenant, ils allaient tous vivre leur vie. Gauthier partirait le lendemain vivre sur Paris avec son époux. Thomas vivait loin de la ville avec sa compagne Gwenaëlle. William continuait ses études avec Viviane à quelques heures d’ici et, Adam et Maxence s’installeraient en ville.

Avant d’ouvrir la première danse, Viviane profita de ce moment pour présenter ses cousins, Kalyan Rodgers, quinze ans et Calvin, treize. Le plus jeune paraissait intimidé tandis que le plus grand semblait seulement déçu d’avoir été trainé au mariage. Maxence tiqua en entendant le nom de famille, mais il ne dit rien.

— Kalyan, ne fait pas cette tête, chuchota Viviane en brossant les cheveux blonds de l’adolescent.

— Je ne fais pas la tête, cousine ! Je suis content pour ta belle-famille.

Elle discuta avec ses cousins pendant que Maxence invita son homme à danser. Ce ne fut, un peu plus tard dans la soirée, qu’il abandonna Adam pour inviter sa meilleure amie, Morgane. Cette dernière lui révéla qu’elle avait entamé des recherches sur Gabriel Kanan.

— On en parlera un jour. Pas aujourd’hui, ma belle.

— Dis-moi ce que tu sais, au moins ?

Maxence lui raconta sa rencontre avec la petite-fille du vendeur. Il en profita pour lui confier qu’il sentait que tout cela n’était pas fini. Il n’en était pas certain, mais il avait la conviction qu’il devrait, avec Adam, aider quelqu’un d’autre à leur tour. Morgane, toujours ouverte à tout, semblait conquise par cette histoire.

☆☆☆

 

Octobre 2013

Deux ans plus tard, dans leur appartement au-dessus de l’ancien magasin de Gabriel, Maxence courait dans tous les sens à la recherche de ses affaires scolaires et passa la porte d’entrée en regardant sa montre. Adam, debout au milieu du salon, ronchonna en se disant que son amant l’avait oublié. Un sourire se dessina subitement sur ses lèvres quand ce dernier réapparut à la porte, posa son porte-document sur la table et l’enlaça tendrement.

— Pardon ! lui souffla Maxence en prenant le temps de l’embrasser avec fougue. Bon allez, j’y vais à ce soir, je t’aime, et tu me tiens au courant !

Adam, le cœur au bord des lèvres, se souvenait que son grimoire était totalement devenu vierge depuis plusieurs mois. Du bout de ses doigts, il caressa le cuir. L’objet l’avait soutenu durant toutes ces années. Il avait dû lui en faire voir de toutes les couleurs, entre ses incertitudes, ses crises de jalousie et son amour pour celui qui partageait maintenant sa vie. Maxence était son paradis et l’enfer serait de ne plus pouvoir l’aimer.

« Un jour, quand vous serez prêt, les pages s’effaceront parce que ce sont vos souvenirs et elles deviendront vierges pour laisser la place à ceux d’une autre personne ». Il n’avait plus besoin du grimoire, alors avec Maxence, ils avaient décidé de racheter le magasin « Grimoire de l’intersection ». C’était la raison pour laquelle, il rencontrait Nina ce matin-là pour finaliser l’achat.

— Je suis heureuse qu’il vous ait aidé, lui dit-elle avant de le quitter, un jour, une personne viendra pour l’acheter et ce sera à votre tour de le confier.

Il la remercia puis se tourna vers l’arrière-boutique et monta les escaliers pour rejoindre son appartement. Il vivait avec Maxence depuis un mois. La séparation avait été difficile pour les parents et très dure pour sa mère. Adam avait bien compris qu’elle laissait partir ses deux garçons de vingt et vingt-trois ans le même jour. Elle avait cédé en leur faisant promettre qu’ils passeraient les voir certains week-ends.

☆☆☆

 

— Adam ! appela Maxence en rentrant des cours.

Il se déchaussa et sentit une bonne odeur de poulet rôti. Il entra dans le petit séjour et détailla la table dressée de façon romantique. Son amant était toujours aux petits soins pour lui. Il était d’ailleurs le plus câlin des deux. Maxence marcha en direction de la cuisine et s’arrêta net devant la porte. Son compagnon, vêtu d’un simple pantalon noir et d’une chemise blanche légèrement déboutonnée, le regarda.

Adam avait un plat entre les mains et le sourire aux lèvres. Il passa à côtés de Maxence tout en lui volant un baiser au passage. Il sentait que son amant le scrutait avec insistance. Arrivé devant la table, il déposa le repas et l’enlaça tendrement.

— Le magasin est à nous, souffla-t-il à l’oreille de celui-ci qui se mit à sauter de joie.

 

Un peu plus tard, l’un en face de l’autre, ils dinèrent. Adam aimait écouter Maxence lui raconter sa journée.

— Tu n’étais pas obligé d’en faire autant pour la signature d’un magasin, lui fit remarquer ce dernier au moment du dessert.

— Pourquoi crois-tu que j’ai mis du temps pour tout préparer ? Penses-tu que le magasin a plus de valeur que toi ?

Tout en parlant, Adam s’avança vers lui et posa timidement un genou à terre. Le regard subitement brillant de Maxence emplit son cœur de fierté. Il sortit une petite boîte de sa poche et lui demanda d’une voix tremblante :

— Ma plus belle réussite, c’est toi, Maxence, et si tu le veux bien, voudrais-tu m’épouser et faire de moi l’homme le plus heureux ?

— Oui, oui, oui ! Je le veux ! s’écria celui-ci en ouvrant la boîte. Elle est magnifique !

Adam, ému, fit glisser l’anneau en or sur l’annulaire de Maxence qui se jeta ensuite sur lui, s’asseyant sur ses cuisses et l’embrassa passionnément.

— J’ai envie de te montrer combien tu me rends heureux, lui susurra son futur époux à l’oreille.

— Tu as toute la vie pour ça, M. Pratier !

Adam l’embrassa alors que ses mains glissèrent sous le haut de Maxence. Celui-ci se colla davantage à son torse, tortillant les fesses sur ses cuisses. Leurs souffles se saccadèrent au fur et à mesure que leurs désirs s’éveillèrent. Leur cœur palpita au rythme des caresses et leurs peaux frissonnèrent à chaque baiser. Les vêtements volèrent rapidement à travers la pièce et, une fois qu’ils se trouvèrent nus, ils s’allongèrent sur le plancher.

Si les murs du salon avaient le pouvoir de garder des souvenirs, alors ceux-ci s’imprégneraient de leurs râles de plaisir. Ils s’unirent dans un cri de jouissance commun. Ils ne se quittèrent pas, préférant se blottir amoureusement l’un contre l’autre et continuer à s’embrasser. Demain, Adam et Maxence devraient annoncer la nouvelle aux parents et nul doute que leur mère serait la première à préparer leur mariage.

☆☆☆

 

29 mai 2016

Trois ans plus tard, devant la tombe des parents de Maxence, Adam l’enlaça tendrement. Ils étaient propriétaires du magasin, renommé « Les ailes du phœnix » par le cadet et ils travaillaient en étroites collaborations avec de jeunes créateurs d’objets et de bijoux fantaisies. C’était une manière pour eux de conserver l’âme du magasin de Gabriel Kanan.

Le grimoire, quant à lui, était exposé sur une étagère et n’avait pas trouvé de nouveau maître. Nina passait souvent les voir et, au comble du bonheur, celle-ci avait fini par s’installer en ville avec son compagnon, Rayan Lenoir.

Leur vie de couple allait bientôt prendre un nouveau tournant, car ils avaient décidé de se marier la même année que William et Viviane.

— Bonjour, papa et maman ! Cette année, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer !

Maxence s’autorisa une pause et ferma ses paupières. Le temps avait beau s’écouler, il restait leur petit garçon. Étaient-ils contents pour lui ? Sûrement, pensa-t-il lorsqu’une douce brise effleura sa peau. Il ouvrit son regard brillant d’émotions, fixa les noms de ses parents et prit une profonde respiration.

— Adam et moi allons nous marier cet été. Je l’aime, je l’aime de tout mon cœur…

Adam savait que sa mère tenait une place importante et ce, depuis la première fois qu’il l’avait retrouvé non loin d’ici quelques années auparavant. Il se souvenait encore de son visage enfantin, de ses cris qui l’avaient transpercé et de ses larmes qui avaient brisé son cœur. Aujourd’hui, il était l’homme le plus heureux parce que Maxence ne pleurait pas et souriait en caressant la pierre tombale.

☆☆☆

 

22 Juillet 2016

Tout le début de l’été, leurs parents étaient sur le qui-vive. Ils semblaient courir partout. Ils braillaient et appelaient les fleuristes, le traiteur et l’organisateur de leur mariage. Adam semblait le plus touché des deux. Jamais, celui-ci n’avait vu son père se plier en quatre. Maxence ne cessait de lui rabâcher que les parents laissaient tout de même partir deux enfants définitivement de la maison. C’était pourquoi Hélène et Hugo voulaient que tout soit parfait.

 

Le jour tant attendu, ils terminaient de se préparer.

— Adam ! l’appela Maxence du magasin.

L’interpellé arriva affolé au comptoir sans prêter attention au jeune client.

— Maxence ! Tu n’as pas fermé ! Je te signale qu’on doit être devant le maire dans, dit-il en consultant brièvement sa montre, dans moins d’une heure et tu n’es même pas prêt !

Adam qui croisa enfin le regard brillant de son amant sentit son cœur battre à toute allure. Il se tourna vers un jeune homme qui l’observait timidement avec ses yeux gris. Celui-ci avait des cheveux bruns et ondulés tombants sur les épaules.

— Il semblerait que ce jeune homme aimerait acheter le grimoire pour offrir, l’informa Maxence qui l’attira par la taille.

Adam, nerveux, regarda l’objet convoité sur le comptoir. Il était temps, se dit-il pour lui-même, que le grimoire veille sur une autre personne. Il caressa une dernière fois la couverture et le déposa fièrement devant le nouveau propriétaire. Avant de l’emballer, il lui tendit un stylo.

— Je te propose de laisser un mot sur l’avant-dernière page pour la personne à qui tu veux l’offrir.

Il ne lâcha pas la main de l’acheteur des yeux pendant qu’il écrivait sa note. Adam imagina même Maxence à onze ans, ici, faisant la même chose.

— Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il en reprenant le stylo.

— Yvain Blanchard.

Adam sourit et enveloppa le grimoire dans un papier cadeau doré. Son futur mari aimait cette couleur, éblouissante et pleine de vie. Maxence lui disait qu’elle paraissait apporter de la lumière, un peu comme l’être légendaire qu’était le phœnix. Il ne voyait pas le rapport, mais il aimait ses pensées.

— Merci, monsieur ! lui répondit le client en saisissant le paquet.

— Ça y est, murmura-t-il en le voyant quitter le magasin, il est parti pour aider quelqu’un d’autre, ça me fait drôle, j’ai l’impression que je suis au bon endroit et au bon moment.

Maxence l’étreignit en lui soufflant combien il l’aimait.

— Merci mon ange…

☆☆☆

 

Ce fut un beau mariage. Tous les amis avaient répondu présents. Il y avait eu des larmes, des rires et des mouchoirs. Les parents avaient pleuré lorsqu’ils s’étaient passé l’anneau aux doigts.

Ce soir, dans la salle des fêtes, les jeunes mariés ouvraient le bal. Blotti l’un contre l’autre, Adam dansait avec son mari devant le regard de toute la famille et de leurs amis. À ses yeux, tout était magnifique.

— Je suis content, lui murmura Maxence à l’oreille. Parce que, finalement, tu n’as aimé que moi.

Adam sourit et l’embrassa passionnément. C’était vrai, il n’aimait que lui. À cette pensée, sa poitrine gonfla de joie parce qu’il ne se serait jamais imaginé une seconde à quatorze ans, marié à ce dernier. Cela faisait tout de même douze ans qu’il était tombé raide dingue de lui et chacun de ses battements cœur lui était dédié.

— Hé ! s’écria Morgane, venez ! On va lancer vos ballons dehors !

Les jeunes mariés sortirent, une ficelle à la main et un ballon accroché à l’extrémité. Chaque personne présente avait suspendu un mot par le bout. William arriva avec sa fiancée et posa une main sur l’épaule de son grand frère, Gauthier. La petite bande était réunie et, ensemble, ils lâchèrent leurs fils qui emportèrent leurs messages vers d’autres horizons.

Les garçons s’installèrent à une table et la voix de Morgane parut réciter des phrases.

« Parfois, il faut seulement laisser le temps au temps pour avouer ses sentiment. Adam. P.

Aimer, c’est de le lui montrer par des mots, des gestes, des regards. Aimer, c’est avant tout aussi avouer ses sentiments. Maxence. P.

Le pire des crétins n’est plus, c’est une espèce en voie de disparition ! Yeah ! Gauthier. L »

— Gauthier ! s’exclama Adam, tu n’as pas mis les bons cartons !

Ce dernier bredouilla des excuses en se cachant derrière Léo.

— Qu’est-ce que tu as bien pu mettre à la place ? demanda Maxence.

— Il se peut que ce soit les cartes de visite de ton magasin, répondit le concerné en se donnant une tape sur le front. Mais, tu sais,… ton mot est touchant…

— Gauthier ! s’outra Adam. Alors comme ça ! J’étais le pire des crétins !

Adam courut après son ami qui prit de l’avance.

— Pour l’époque, ajouta son ancien voisin, tu étais vraiment une espèce peu recherchée !

— Max ! hurla Adam, dit quelque chose !

— Que veux-tu que je lui dise ? Ça nous fera de la pub…

Maxence croisa le regard boudeur de son mari et lui fit un clin d’œil tout en poussant Léo dans la piscine extérieure. Adam, heureux de l’action de son époux, agrippa Gauthier et l’entraîna avec lui dans l’eau.

Ils finirent tous la soirée dans la piscine, dans une ambiance bon enfant. Le jeune couple était entouré de leurs meilleurs amis, de ceux qui les avaient vus grandir et qui, à l’avenir, seraient encore présents dans leur vie. Ce furent les corps flottants et allongés qu’ils contemplèrent les étoiles en souriant aux anges.

Maxence et Adam avaient respectivement aujourd’hui, vingt-trois et vingt-six ans. Demain, ils partiraient une semaine en amoureux, là, où ils se seraient rencontrés la toute première fois, vingt ans plus tôt.

 

Chapitre 13 : Hors du temps

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