Grimoire – Chp 11

Chapitre 11 : Ensemble

Maxence, allongé sur son lit se demandait qui se cachaient derrière ces pseudonymes. « Rendez-vous sur la tombe de Molière, comme chaque année, Louis XIV ». Ce n’était qu’un simple mot entre de vieux amis. L’image de la carte semblait symboliser bien plus qu’une amitié, car cinq mains s’y superposaient. Il roula sur le côté, le bras droit calé sous sa tête. Il repensa à la lettre d’Anthony Mallet. Que s’était-il passé dans leur jeunesse ? Quel évènement avait pu pousser son père à partir d’ici ?

 

 21 / 11 / 2009

Je profite que Maxence soit sous la douche pour te dire qu’aujourd’hui, j’ai discuté avec ma mère. Elle avait été secouée et je peux la comprendre. Tu sais, elle est formidable, dans ses yeux, j’ai vu combien elle était heureuse pour moi. Bon, elle m’a juste traité d’imbécile parce que j’aurais dû parler de ce que je ressentais à Maxence au lieu de fuir. J’ai eu l’impression d’entendre Gauthier. Mais j’avais peur de faire face à mes sentiments et qu’il me rejette. Puis, finalement, je me rends compte que, jamais, je ne cesserais de l’aimer.

J’ai dit à maman que j’avais hâte de vivre avec lui et elle m’a donné une tape. Elle veut encore profiter de SES enfants. Je l’adore ! Elle m’a même montré des photos de Maxence et de moi quand on était petit. J’ai l’impression que cela date mais, comme elle me le dit, on a toute la vie devant nous et que je ne devais pas avoir peur de mon cauchemar. (Pourtant, j’ai tout ressenti comme si tout cela était bien arrivé). Enfin, c’était super de discuter avec elle.

Je sais que je ne te parle pas énormément de mon père parce que je n’ai rien à dire sur lui. Je sais qu’il m’aime autant que Maxence et bien que je lui aie pardonné, je n’arrive pas à discuter avec lui, à la différence de Maxence qui lui parle de tout et de rien. Je ne sais pas. Bref, en gros, je crois que ce cauchemar m’a fait prendre conscience que rien n’est acquis et que tout peut arriver. Alors, je veux être avec Maxence… je crois que j’ai trop attendu pour encore patienter… j’espère seulement que ma surprise plaira à mon ange… Je te laisse, je n’entends plus l’eau couler… A.P.

 

Le soir, quand Maxence sortit de la douche en pyjama, il eut le souffle coupé en découvrant Adam, à quelques pas de lui. Ce dernier affichait un beau sourire et lui offrait une vision des plus excitantes. Son petit ami était séduisant dans son jean noir et une chemise blanche et fluide.

— Nous sortons ? balbutia-t-il le cœur tambourinant dans sa poitrine, et… où sont les parents ?

— Partis. Jusqu’à demain soir, lui répondit-il en s’avançant vers lui.

Maxence avait terriblement chaud. Adam prit une de ses mains et l’emmena dans la chambre de ce dernier. En y pénétrant, il écarquilla les yeux. Des pétales de roses jonchaient le sol et une dizaine de bougies parfumées éclairaient agréablement l’espace. L’ambiance était accueillante, même une odeur de parfum envahit doucement ses narines, faisant battre son cœur de joie. Ses joues s’empourprèrent en apercevant une boîte de préservatifs et un flacon de lubrifiant sur la table de chevet.

— Pour toi, lui murmura Adam en lui tendant une carte.

 

21 / 11 / 2009

Maxence Mallet,

Je t’aime de tout mon cœur, de tout mon être…

Et je veux que tu saches que je souhaite m’unir à toi.

Toi et seulement toi pour tout le restant de notre vie.

Accepterais-tu d’être mien ?

Ici et maintenant ?

Mon ange, tu es le souffle dont j’ai besoin pour vivre.

Et sans toi, je ne vaux rien…

Adam Pratier.

 

Son regard s’embua à la lecture de ces mots. Des bras vinrent tendrement l’enlacer et la tête d’Adam se posa contre son épaule gauche.

— Je t’aime, lui murmura-t-il à l’oreille pendant qu’il déposa la lettre sur le bureau.

Maxence, ému, pivota et plongea ses yeux dans ceux d’Adam. Il y avait dans le regard azur une flamme ardente et empli de désir qui dansait au milieu d’un lac. Il approcha son visage près du sien et l’embrassa.

Ce soir, à la lueur des bougies, ils s’installèrent sur le lit et se révélèrent l’un à l’autre. Ils étaient jeunes, maladroits, timides et inexpérimentés. Pourtant, rien ne les empêcha de profiter pleinement de ce moment.  Les caresses prenaient une tout autre dimension. Elles étaient plus affectueuses, plus câlines et excitantes. Leurs corps nus et chauds se cambraient et se frottaient sensuellement l’un contre l’autre.

Ils étaient libres de se montrer mutuellement combien ils s’aimaient. Cela n’avait rien à voir avec ce qu’ils avaient déjà fait auparavant. Ils le sentaient. Leur amour rendait cet instant diffèrent. Ils se désiraient et souhaitaient ne faire plus qu’un.

 

 

Après avoir changé les draps et pris une bonne douche, ils s’allongèrent sous la couverture, l’un en face de l’autre. Les bougies qui n’étaient pas loin de rendre l’âme continuaient à illuminer doucement la pièce, gardant encore la chambre plongée dans l’ambiance romantique de la soirée.

— Adam, bredouilla Maxence. Je ne te dirai plus que je te déteste.

Il savait que ce mot avait un pouvoir destructeur. Il avait pris conscience que son amour pour Adam était si fort qu’il avait eu peur que celui-ci ne l’abandonne à nouveau. Ces dernières années, il avait grandi loin de lui et, aujourd’hui, il le voulait pour toujours dans sa vie.

— Mais encore, s’amusa Adam qui s’approcha de son corps.

— Je ne t’abandonnerai jamais, parce que sans toi, ma vie n’aurait aucun sens.

— Mais encore…

— J’aime profiter de chaque instant que j’ai avec toi.

— Mais encore…

— J’aimerais un jour m’appeler M. Pratier.

Adam avait le cœur au bord des lèvres. Maxence venait de lui faire la plus belle des déclarations.

— Un jour, oui, un jour, on se mariera, répondit-il en l’enlaçant tout contre lui.

— Tu as froid, s’inquiéta soudainement Maxence.

— Non, c’est toi qui me fais frissonner, gloussa-t-il en se positionnant au-dessus de ce dernier.

— Adam !

— Oui, mon ange, aurais-tu peur ? nargua-t-il en glissant une main sous son haut.

— Je crois que, le coupa Maxence en parvenant à échanger leur place, c’est de moi que tu devrais avoir peur…

 

Dans l’obscurité de la chambre où deux corps collés l’un à l’autre dormaient à poing fermé, des rêves paraissaient se dessiner au-dessus de leur tête. Ce fut finalement une belle soirée romantique comme l’avait souhaité Adam. Il était heureux, car il lui avait fait l’amour avec tant d’émotions qu’il se sentait encore bouleverser. Il lui avait tout donné jusqu’à ses battements de cœur.

Pour Maxence, revoir le sourire, entendre l’éclat de rire et apercevoir l’étincelle de vie au fond des yeux de son amoureux l’avait réconforté. Adam était le plus fort des deux. Aujourd’hui, les mots de sa mère adoptive avaient pris tout son sens. L’amour qu’Adam avait pour lui n’avait pas de limite. Il comprenait qu’il était devenu une de ses faiblesses et qu’il devait faire en sorte d’être aussi sa force. Quel que fût son cauchemar, il saurait veiller sur lui.

☆☆☆

 

Le mois suivant, Maxence était resté vigilant à l’égard d’Adam. En voyant qu’il allait beaucoup mieux, il avait lentement relâché la pression. Ce fut ainsi que deux semaines avant Noël, il décida de ranger sa carte du fameux jour où ils avaient fait l’amour. À cette pensée, ses joues s’empourprèrent et un sourire se dessina sur ses lèvres. Il l’aimait tellement qu’il aurait déjà souhaité vieillir de quelques années pour vivre seul avec lui. En attendant, il était encore jeune et puis, les parents paraissaient se faire moins de soucis pour eux.

De temps en temps, il lui arrivait de discuter avec son père adoptif. Maxence aurait voulu que celui-ci lui raconte comment était son père à son âge, mais au souvenir de la lettre, il sentait qu’il risquerait de réveiller de vieilles blessures. Peut-être, un jour, en saurait-il un peu plus sur la bande des trois mousquetaires ?

Il sortit de ses pensées et saisit sa boîte à souvenirs dans laquelle, depuis l’âge de onze ans, il rangeait tous les objets et les cartes d’Adam. Il avait remarqué que sur la dernière qu’il avait reçue de sa part, chaque première lettre était en gras. Il prit alors les anciennes et son cœur chavira devant sa découverte.

 

26/01/2005

Maxence,

J‘aimerais que ce soit la dernière carte que tu m’envoies.

En plus tu sais que je ne te répondrais plus, petit morveux !

Tu as intérêt à suivre cela à la lettre !

À moins que tu ne veuilles que je vienne te le dire de vive voix.

Inutile donc d’en rajouter, je crois que tu m’as compris.

Maxence tu n’es rien pour moi !

Et que tu m’oublies !

A.P

 

Je t’aime.

Ses yeux s’embuèrent et il poursuivit ses petites lectures avant de se laisser envahir par le trop plein d’amour qu’Adam lui portait depuis longtemps.

 

23 / 12 / 2006

Maxence,

Pour ton huitième Noël parmi nous, je ne sais pas quoi te dire.

Alors comme ma mère me l’a demandé je te souhaite un bon Noël !

Regarde-les et dis-toi bien qu’ils ne seront jamais tes parents !

Donc, rappelle-toi une chose, tu ne seras jamais rien !

Ose me répondre et tu connaîtras ma réponse.

Ne t’attends pas à me voir pour les cadeaux.

A.P

 

Pardon.

Une grosse peine l’avait submergé ce jour-là. Ces mots l’avaient tellement blessé qu’il se souvenait de sa colère. Pourquoi Adam ne lui avait-il rien dit ? Tant d’années pour se détester et qui avait bien failli les éloigner l’un de l’autre. Maxence qui n’avait que treize ans n’aurait sûrement pas réagi de la même façon qu’aujourd’hui et ce serait une chose qu’il ne saurait jamais.

 

Je t’aimerais pour toujours.

C’était la carte qui lui avait fait prendre conscience qu’il était amoureux d’Adam. Maxence sourit à travers ses larmes de voir combien il avait été aimé et l’était encore. Il renifla et prit la petite boîte de cadeaux de 2006 qu’il n’avait jamais ouverte. Ce fut l’année où il lui en avait voulu de l’avoir humilié devant les parents. Il déchira l’emballage et son souffle se coupa en découvrant l’objet.

— Pourquoi pleures-tu ?

Maxence pivota vers son aîné, les lèvres déformées par le flot d’émotions qui envahissait son corps. Il lui montra la petite boîte tout en le rejoignant.

— Merci, Adam, murmura-t-il en se lovant contre lui.

Maxence se sentait stupide de ne pas avoir su le comprendre. Il réalisait à quel point Adam avait dû se torturer l’esprit et dû se mentir pour essayer de le haïr, mais le temps avait eu raison de ses sentiments parce que le résultat de toute cette histoire avait fini par les réunir.

Il hoqueta et s’écarta doucement de lui. D’un revers de la main, il s’essuya rapidement le visage et sortit le porte-clés de la petite boîte. Il caressa du bout de ses doigts le médaillon où la photo miniaturisée de ses parents y était enfermée.

— J’ai toujours cru que tu l’avais jeté, s’étonna Adam.

— Je n’ai jamais rien jeté, avoua-t-il.

— Maxence, je peux t’expliquer, pourquoi j’ai été con toutes ces années avec toi.

— Non, tu n’as pas à le faire. Avec tes cartes, j’ai compris que tu m’as toujours aimé, que tu voulais me protéger et que tu avais peur…

— Tu étais si jeune que je refusais ce que j’éprouvais pour toi, bredouilla la voix d’Adam. Je m’en veux d’avoir été si dur avec toi…

— Chut, c’est oublié, marmonna-t-il.

— Je dois aussi t’avouer quelque chose…

Maxence qui se doutait du sujet l’interrompit en l’embrassant fiévreusement.

— Tu as le grimoire…

Un silence empreint de souvenirs sembla s’inviter en leurs laissant le temps de comprendre que chaque secret gardé n’avait plus besoin d’être dévoilé. Aujourd’hui tout était clair. Ils restèrent tous les deux dans la chambre de Maxence à se remémorer ces périodes entre rires et larmes. Ils avaient besoin de se confier mutuellement, car après tout cela, le principal était qu’ils se soient enfin trouvés.

 

13 / 12 / 2010

Je suis heureux, j’ai l’impression d’en apprendre encore plus sur Maxence. Chaque jour, je découvre celui que je n’ai jamais vraiment voulu connaître. Il est tout simplement merveilleux et plein de surprises. On a discuté sérieusement de tout ce qu’on a traversé. J’avais presque honte, j’ai tellement été bête et si… Mais Maxence s’en fiche, comme il le dit, ce qui compte c’est que nous sommes enfin ensemble… oui, je suis heureux ! A.P.

☆☆☆

 

Les fêtes de fin d’année 2010 se passèrent agréablement. Gauthier était content d’avoir Léo pour lui. Ce dernier avait déménagé pour poursuivre ses études à Paris. En guise d’une promesse de fiançailles, Léo lui offrit une chevalière et un double des clés de son appartement.

Maxence qui regardait tous ses amis se sentait pleinement heureux. Que pouvait-il demander de plus ? William qu’il adorait pour l’avoir accepté en tant que frère souriait en lui faisant un clin d’œil. Thomas riait avec sa copine Gwenaëlle. Adam qui avait repris du poil de la bête l’étreignait contre son torse. Il ferma quelques instants ses yeux et se disait que la vie était surprenante. Pour rien au monde, il n’échangerait la sienne pour une autre, car Adam l’avait trouvé.

 

 

Pour les dix-sept ans de Maxence, Adam l’invita au restaurant. Ce jour-là, ils avaient passé la journée à trainer en centre-ville. Ils avaient marché dans le square de la gare, s’y étaient assis comme tous les amoureux de leurs âges et s’étaient racontés des banalités.

En début de soirée, ils s’arrêtèrent devant le magasin « Grimoire de l’intersection ». Ils se fixèrent, puis d’un commun accord silencieux, ils poussèrent la porte. Une jeune femme brune qui semblait à peine plus âgée qu’eux les accueillit.

— Bonsoir, leur dit-elle, je m’appelle Nina.

Maxence haussa un sourcil en lui demandant timidement où était passé le vieil homme, Gabriel. Dans un premier temps, elle parut surprise. Elle passa son regard d’un bleu profondément intense sur chacun d’eux.

— Gabriel est mon grand-père et il est en fauteuil roulant depuis une dizaine d’années.

— Non, murmura-t-il en secouant la tête, il… je l’ai rencontré à chaque fois que je suis venu…

— Je voudrais bien vous croire, lui répondit-elle, mais le magasin est laissé à l’abandon depuis son accident. Vous n’auriez jamais pu entrer…

À peine eut-elle dit ces mots qu’un voile brumeux envahit la pièce quelques secondes avant de disparaître. Comme si ses yeux venaient de se réveiller après un long sommeil, Maxence découvrit avec stupéfaction l’état pitoyable de la boutique. Les meubles étaient entoilés et poussiéreux. Les murs semblaient gris et les couleurs étaient ternes. Il ne comprenait pas. Il était venu ici, dans ce magasin, et à chacune de ses visites tout était neuf et beau.

Adam qui semblait vivre exactement la même chose que Maxence enlaça sa main tremblante dans la sienne. Le souffle aussi lent que son cadet, il resserra son étreinte comme si cela lui donnait un peu de courage.

— Mais, coupa ce dernier, Maxence a acheté un grimoire il y a six ans…

— Quel grimoire ? demanda-t-elle d’un air étonné.

Maxence, paniqué, sentait son cœur battre avec frénésie. Il y avait dans les yeux bleus de leur interlocutrice quelque chose d’affolant et d’éclatant à la fois.

— Il porte le nom de la boutique, réussit-il à murmurer d’une voix vibrante d’angoisse.

La jeune femme parut plus réceptive. Elle les emmena à l’arrière du magasin et les invita à s’asseoir sur un banc. Ils prirent tous les deux places tout en gardant leurs mains liées.

— Mon grand-père, commença celle-ci, est un être à part. Certains disent qu’il a un don et, si vous dites que vous l’avez vu, je vous crois. Le grimoire de l’intersection était l’une de ses dernières créations. Il n’en existe qu’un seul et s’il vous l’a passé, alors cet objet devait soutenir la personne qui le détiendrait tout au long d’une période indéterminée.

— Mais, s’essouffla Maxence le cœur battant, je…

— Gabriel Kanan l’avait créé pour une raison que je ne peux pas vous donner aujourd’hui.

Elle se permit une pause et fixa Adam comme si elle savait que celui-ci détenait le grimoire.

— Un jour, quand vous serez prêt, les pages s’effaceront parce que ce sont vos souvenirs. Elles redeviendront vierges pour laisser la place à ceux d’une autre personne. C’est un grimoire qui renferme les secrets de ceux qui auraient laissé des mots, des pensées, des bouts de rêves et, parce que dans la vie, il y a des intersections qui valent le coup d’être prise à deux.

Les garçons l’écoutaient en comprenant qu’ils avaient eu la chance d’avoir été, en quelque sorte, veillés.

— Où est-il ? demanda subitement Maxence.

Elle se leva quand ce fut au tour d’Adam de demander :

— Quelle est la signification d’un mot sur l’avant-dernière page du grimoire ?

— Gabriel disait que le véritable sentiment s’éveillait à un moment donné d’une existence et qu’un mot écrit sans arrière-pensée et avec le cœur, devenait une révélation.

L’endroit semblait chargé d’une magie douce. Une magie que les deux jeunes hommes n’étaient pas encore prêts à comprendre, car un jour, ils seraient amenés à poursuivre l’œuvre de Gabriel.

Pendant qu’ils la suivaient le long d’un couloir, Maxence sembla plus réceptif qu’Adam. Il y avait dans l’air un parfum qui n’appartenait pas au vieil homme.

— Et, les cauchemars ? reprit Adam d’une voix stressée, ont-ils un rapport ? Parce que j’ai vu le mot de Maxence dans un rêve qui m’a paru réel…

Maxence qui croisa son regard empreint de peur l’attira par la taille tandis que Nina se tourna vers eux.

— Parfois, il vous aide à comprendre une situation qui vous échappe. Certains mots sont plus forts et blessants que les gestes, mais cela n’est en rien une prémonition si c’est cela qui vous fait peur.

Adam réfléchit un instant et, ne trouvant rien sur le coup, il décida de voir cela plus tard. Ils entrèrent enfin dans une pièce où un homme aux cheveux grisonnants était assis dans un fauteuil. Maxence, le cœur bondissant dans sa poitrine, courut jusqu’à lui. En voyant que Gabriel ne ressemblait plus à celui qu’il avait autrefois rencontré, il se sentit peiné de ne pas pouvoir le remercier.

— Son corps est malade, mais il vous comprend, leur dit-elle avant de les laisser seuls.

Adam, aussi ému que son cadet, murmura à l’oreille de Gabriel combien il avait été honoré d’écrire sur le grimoire durant toutes ces années. Quant à Maxence, mitigé entre la peine et la joie, avait envie de croire en cette étrange magie qui les avait longuement soutenues. Il saisit doucement une des mains du vieil homme, puis d’une voix claire, il chuchota :

— Je sais que vous êtes encore parmi nous et j’ai envie de vous dire merci de m’avoir épaulé, de m’avoir fait comprendre que le point d’intersection de ma vie commence avec Adam.

Maxence posa ses yeux brillant de larmes dans ceux de Gabriel qui semblait lui dire avec tendresse « Tu vois, le chemin, tu l’as trouvé… ».

— Merci pour toutes vos attentions, murmura-t-il. Maintenant, je sais lire dans les yeux, merci Gabriel.

 

Ils sortirent du magasin, le cœur léger comme si le poids de toute une tension s’était envolé. Au restaurant, ils discutèrent de cet étrange bonhomme.

— N’as-tu pas ressenti quelque chose ? l’interrogea Adam qui semblait encore troublé par tout cela.

— C’était étrange et magique à la fois, parce que je me souviens de mes visites…

— Moi, aussi.

— Ah, bon ? Quand ?

— Oh, euh, bafouilla-t-il en rougissant, tu sais, les bougies, dans la chambre.

Maxence, en comprenant ses mots, lui offrit son plus merveilleux sourire. C’était agréable d’être en accord avec lui. Tout était diffèrent et il aimait la tournure que prenait sa vie.

 

Lorsqu’ils rentrèrent, Maxence fut ému d’apprendre par sa mère adoptive que la cloison qui séparait leur chambre serait abattue.

— Vous n’êtes pas obligé de faire ça, souffla-t-il les larmes aux yeux.

— Oh, reprit-elle un brin moqueur, ce n’est pas pour vous, mais pour votre père et moi, cela nous arrangerait de ne pas être réveillé par vos pas incessants.

Tous les deux la remercièrent en l’embrassant très fort. Maxence était heureux. Il n’aurait plus à faire des allers-retours entre leurs chambres respectives. Elle lui avoua que c’était une idée d’Hugo. Il laissa donc Adam discuter de leur fabuleuse soirée avec leur mère et il partit en direction de la chambre de son père adoptif. Arrivé devant la porte, il allait frapper lorsqu’il comprit que ce dernier était au téléphone.

— D’accord, on se retrouve sur la tombe de Mathéo.

Il avait envie de lui poser toutes les questions qui le taraudaient, mais il sentait qu’il y avait bien plus de mystère derrière leur bande d’amis. C’était comme s’il y avait un plan et qu’il en faisait partie.

— Maxence ?

Il sortit de ses pensées et les mots de Nina revinrent résonner dans sa tête « c’est un grimoire qui renferme les secrets de ceux qui y auraient laissé des mots, des pensées, des bouts de rêves ». L’un de ses adultes avaient-ils eu en sa possession le grimoire ?

— Maxence ?

Presque aussi grand que Hugo, il aperçut dans le regard de ce père une lueur de fierté qui le toucha.

— Je venais pour te remercier, pour le mur, bredouilla-t-il.

Pour toute réponse, M. Pratier l’étreignit en lui murmurant qu’il était heureux de pouvoir leur offrir cela, mais à la condition que les notes suivent. Maxence sourit et lui promit de rester sur le droit chemin. Hugo glissa un bras autour de ses épaules et l’accompagna jusque dans la cuisine où ils rejoignirent Adam et Hélène.

 

 

Chapitre 12 : Une vie à deux

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