Grimoire – Chp 10

Chapitre 10 : Hier et demain

 

 

Adam attendit toute la soirée devant son ordinateur sans revoir Maxence. Il partit se coucher en regardant l’heure et se dit qu’il l’appellerait demain. Le regret de ne pas lui avoir dire qu’il l’aimait l’empêcha de trouver le sommeil. C’était stupide de sa part de penser que les gestes avaient bien plus de valeurs que les paroles. En tout cas, il se souvenait très bien de celle de Maxence : « J’avais accepté que le seul et unique point d’intersection de ma vie serait avec toi, mais j’ai eu tort. Tu viens de la briser en nous séparant… »

Un peu plus tard, à force de rouler sur lui-même, il réussit à s’endormir si profondément qu’il eut du mal à entendre la sonnerie de son téléphone. Perdu au milieu d’un immense brouillard blanc, il le trouva instinctivement et décrocha.

— Allô ?

— Papa ne tardera pas à arriver, murmura la voix de sa mère qui tremblait effroyablement à travers des sanglots. C’est Maxence, il, il a été renversé…

Adam se réveilla en panique. Il ne l’écoutait déjà plus tant il pouvait sentir son propre cœur éclater en mille morceaux à l’intérieur de sa poitrine. Tout son univers venait de s’effondrer, l’enfermant dans un monde obscur. Sa vie lui parut insignifiante. Il ne savait plus de quelle manière il était rentré à la maison, comme si sa mémoire s’était déconnectée. En fait, plus rien n’avait d’importance.

Un hurlement l’alerta et il courut en direction de la cuisine. Son cœur se brisa en voyant sa mère se plier sur elle-même. Son cri était plein de tristesse et d’impuissance. Elle était là, une main sur la bouche et la seconde sur l’abdomen, étouffant sa voix brisée. Devant cette scène, Adam comprit. Il était trop tard. Maxence ne rentrerait plus à la maison.

— Non ! Non ! hurla-t-il en sanglotant subitement.

Le grondement d’un tonnerre prit place dans sa tête et le vida de toute son énergie. Il se laissa choir contre le mur le plus proche et ses larmes redoublèrent. Maxence ne pouvait pas mourir. Cette perte le submergea et la douleur s’agrippa à ses tripes. Comme un poison, ce supplice innommable comprima son thorax, remontant doucement jusqu’au niveau de sa gorge pour la nouer et finit par l’achever en l’empêchant d’oxygéner ses poumons.

Sa mère l’enlaça contre elle et lui demanda d’une voix saccadée de fermer les yeux. Adam obéit en se sentant mourir.

— Je suis désolé, marmonna-t-il, si je, je lui… avais…

— Non, l’étreignit-elle, Adam, ce n’est pas de ta faute. Nous savions… que vous vous aimiez…

Elle le berça en pleurant avec lui. Comme dans son enfance, elle le consola, mais Adam savait que cette fois-ci rien ne calmerait sa douleur. Maxence ne reviendrait plus.

☆☆☆

 

Les jours qui suivirent, Adam était devenu l’ombre de lui-même. Il vécut l’enterrement comme si cela avait été celui de quelqu’un d’autre. Il fixait la tombe sans vraiment lire l’inscription. Une fois de retour dans sa chambre, il sortit son journal intime et caressa la couverture.

— Grimoire de l’intersection, murmura-t-il en pleurant.

Il avait tellement de regrets et de peines qu’il se demandait comment il allait survivre à la mort de Maxence. Il secoua frénétiquement la tête et passa ses doigts tremblants sur les paupières humides. Il l’avait aimé depuis son tout jeune âge et était tombé amoureux de lui quelques années plus tard. Maintenant que son amour n’était plus là, il lâcha son journal et s’assit au bord de son lit.

« Maxence ne reviendra plus au milieu de la nuit » se disait-il mentalement.

Sa gorge se noua violemment et ses lèvres se déformèrent en un rictus de déception.

« Maxence ne viendra plus m’ennuyer avec ces  »j’ai envie de toi »… »

Des larmes remplies de regrets glissèrent sur ses joues.

« Maxence ne me demandera plus  »mais encore… » »

C’était si douloureux qu’il gémit.

« Maxence ne viendra plus. Il était parti »

Une main amicale se posa sur son épaule, le forçant à lever son regard embué. Gauthier, les yeux rougis par le chagrin, lui intima de se lever et le blottit tout contre lui.

— Tu dois te soulager, lui murmura gentiment son voisin.

— Je m’en veux, si tu savais comme je m’en veux, j’aurais dû, commença-t-il en s’agrippant contre le haut de Gauthier pour éviter de tomber.

Les sanglots l’étouffaient, mais il avait besoin d’évacuer sa douleur.

— Je ne lui ai jamais dit combien je l’aimais, suffoqua-t-il entre deux sanglots.

Tout en parlant d’une voix brisée et aigüe, il serra d’une de ses mains l’épaule de son ami.

— Ça fait si mal, j’ai tellement envie de mourir. Pourquoi ? Pourquoi ?

Les derniers mots n’étaient que des appels au secours. De simples appels que personne ne pourrait soulager. Sa souffrance était telle qu’il voulait s’arracher le cœur de la poitrine. Elle était si lourde à porter qu’il s’abandonna tout contre le torse de Gauthier. Lorsque la fatigue le saisit, les bras de ce dernier l’allongèrent sur son lit, celui-là même où Maxence et lui se blottissaient autrefois.

Il se réveilla, un peu plus tard, dans la solitude. Il empoigna avec force ses draps et huma le reste du parfum de Maxence. Adam l’avait toujours aimé et, aujourd’hui, que lui restait-il ? Si jeune et si seul, Maxence représentait sa vie. Toutes ses mauvaises pensées ne semblaient plus le quitter.

Il se rassit au bord de son lit et pleura jusqu’à se vider des dernières larmes que son corps était capable de produire. Adam aperçut son journal qui gisait par terre et le ramassa. Il se souvenait encore du jour où Maxence le lui avait offert.

Il s’en voulait d’avoir perdu du temps. S’il avait su qu’il le perdrait, il lui aurait déjà dit combien il l’aimait à en mourir. Il lui aurait fait l’amour avec tendresse et ce, jusqu’à l’épuisement. Il lui aurait offert une vie à deux des plus merveilleuses, mais tout cela, il ne le pouvait plus parce que Maxence n’était plus là.

Les mains tremblantes, il ouvrit le grimoire et réalisa que tout avait commencé avec l’objet. Le destin devait être ignoble parce qu’il ne restait que quelques pages vierges. La vie de Maxence se résumait-elle à cela ? Adam le referma et le scruta. Deux lignes dorées s’affichaient sur la couverture. Elles se croisaient en un point. Ses lèvres se déformèrent lorsque, en posant le bout de son index sur cette intersection, il venait enfin de comprendre les mots de son ange.

Il ne pouvait pas continuer sans lui, alors il prit machinalement un stylo d’une main tremblotante puis décida d’y apposer un dernier mot. Seulement, il ne put pas. Il venait de tomber sur un mot et son cœur explosa de douleur en reconnaissant l’écriture de Maxence, de celle de ses onze ans.

 » Joyeux anniversaire Adam, je t’aime, Maxence  »

— Non, marmonna-t-il. Tu ne peux pas. Tu ne. Peux. Pas. Me dire. Ça. Comme ça…

Adam s’effondra en regrettant amèrement d’avoir eu des principes bidons. Il avait tellement de remords qu’il n’avait plus envie d’avancer. Mourir était sa seule option parce que, finalement, l’amour avait un revers qui faisait atrocement souffrir. Maxence était sa flamme et, sans sa présence, son âme semblait se consumer de l’intérieur.

 

Adam se réveilla en sursaut. Les yeux humides et le cœur palpitant de frayeur, il ne se souvint pas d’être revenu dans sa chambre universitaire. Il frissonna, le corps recouvert de chair de poule. Il avait le pressentiment que cela n’avait été qu’un rêve. Pour tenter de se rassurer, il prit rapidement le grimoire entre ses mains et l’ouvrit par la fin. Ses yeux se fermèrent quelques secondes alors qu’il agrippât son journal. Le mot de Maxence était toujours là…

— Non, non, non, bredouilla-t-il en s’agenouillant sur le sol.

Quelque chose clochait, il en était certain. Il respira difficilement tout en cherchant son réveil sous le lit et regarda la date à travers ses larmes : jeudi 19 novembre. Son souffle se coupa et son regard fixa longuement les chiffres, le temps de laisser sa mémoire se remette en marche. Soudain, un cri grave et rauque s’échappa de sa gorge.

— Ce n’était qu’un cauchemar !

☆☆☆

 

La veille…

Maxence rentra tard dans la soirée, la fatigue et la colère ancrées en lui. Tout en se dirigeant vers sa chambre, il heurta sa mère sans la voir.

— Pardon, m’man, souffla-t-il, les larmes aux yeux.

— Maxence ? Tu as vu l’heure ! lui hurla-t-elle. Où étais-tu passé ?

Il était rare qu’elle le gronde, mais il savait qu’il l’avait mérité. Toutefois, il souffrait tellement que sans un mot, il se jeta tout contre elle et sanglota.

— Qu’est-ce qui t’arrive, mon poussin ? lui demanda-t-elle en caressant son dos. C’est encore Adam ?

Maxence avait besoin de se confier et il ne lui restait qu’elle, alors en se souvenant de ce qu’elle lui avait proposé, il marmonna des mots incompréhensibles tant il en avait sur le cœur.

Elle le stoppa, l’accompagna dans sa chambre et ils s’assirent au bord du lit. Elle prit une de ses mains entre les siennes puis, Maxence la regarda timidement. Il lui avoua d’emblée qu’il aimait Adam et attendit une réponse de sa part. Contrairement à ce qu’il pensait, elle ne parut pas le moins du monde choquée.

— Maxence ? M’as-tu au moins écouté la dernière fois ? lui demanda-t-elle étonnée.

Il s’essuya les yeux tout en tentant de comprendre sa question.

— La dernière fois, reprit-elle, tu m’avais demandé quel rapport il y avait entre toi et le départ de Pierre…

Il s’en rappela tristement. C’était la veille d’un soir du nouvel an où Adam et Pierre s’étaient embrassés dans la chambre. Il n’avait pas du tout écouté sa mère.

— Euh, je, marmonna-t-il en se faisant petit.

— Ah, des fois, mes enfants, vous vous compliquez la vie pour si peu…

— Je suis désolé m’man, je crois que suis resté focalisé sur Pierre…

Elle l’obligea à tourner son visage et à la regarder.

— Bon, commença-t-elle en ayant toute son attention, le soir où son ami a déménagé, Pierre a avoué à Adam qu’il l’aimait, tu me suis ?

Il hocha la tête, le cœur palpitant.

— Quelques jours plus tard, peu avant ses quatorze ans, Adam est venu me voir. Il m’a dit qu’il ne te considérerait plus comme un frère et que si tu persévérais dans ce sens, tu ne représenterais plus rien pour lui…

Elle essuya d’un geste tendre ses nouvelles larmes. Ces mots, il s’en souvenait comme si cela s’était passé hier.

— Au début, poursuivit-elle, j’avoue que j’étais peinée, mais au fil du temps, j’ai compris pourquoi il agissait comme ça avec toi. À cause de ce que lui avait dit Pierre, il s’était rendu compte qu’il tenait encore plus à toi. Plus tard, vers ses seize ou dix-sept ans, il est venu me voir et me l’a avoué. Évidemment, je le savais déjà.

— Et, bredouilla-t-il timidement, qu’est-ce qu’il t’a dit ?

— Qu’il t’aimait. Il m’a demandé si ça me dérangerait que tu deviennes un jour son compagnon, si l’occasion se présentait…

Les lèvres tremblantes et les yeux remplis d’eau, il baissa quelques secondes son visage. Lui qui ne voulait rien dire aux parents se sentit soudainement bête. En fait, ces derniers semblaient déjà être au courant.

— Et ? demanda-t-il en la regardant de nouveau.

— Vous n’avez aucun lien de parenté, lui dit-elle en serrant ses mains entre les siennes. Je suis une mère, votre bonheur est plus important que tout. Et, comme je le savais, j’étais déjà préparée depuis longtemps.

— J’ai cru qu’il ne m’aimait pas. C’est pour ça que je suis allé à son lycée et…

— Il faut bien que jeunesse se passe, mon grand. Tu as le droit d’avoir peur, mais tu sais, Adam t’aime depuis si longtemps qu’il a beaucoup de respect pour toi. Il peut agir avec maladresse, mais c’est uniquement parce qu’il est amoureux de toi.

Maxence passa rapidement une main sur ses yeux humides et la remercia avec un grand sourire. Cette nuit-là, il s’endormit en comprenant les principes bidons d’Adam. L’amour que celui-ci avait pour lui devait être si fort qu’il voulait faire les choses bien. Il se sentit idiot de ne pas l’avoir compris. Demain, jeudi matin, il n’avait pas cours, il lui enverrait un SMS pour s’excuser.

☆☆☆

 

Adam, le corps parcouru de frissons, courut si précipitamment vers son portable qu’il trébucha et s’étendit sur le sol. Il se releva en respirant avec difficulté tant son rêve lui avait paru si réel. Il chercha très vite le numéro de Maxence et dut s’y reprendre à deux reprises. Ses doigts avaient du mal à trouver son nom dans le répertoire. Quelques secondes après, la tonalité résonna à son oreille, puis au moment où il entendit enfin décrocher son cœur s’emballa frénétiquement et la voix de Maxence réveilla en lui toute la douleur qu’il avait ressentie dans son cauchemar.

— Allô ?

Adam, la gorge nouée, cala rapidement une main contre sa bouche et ne parvint pas à lui répondre. Il renifla et respira profondément avant de pouvoir murmurer son nom.

— Maxence…

— Adam ? Qu’est-ce que…

— Allume ton PC ! Je veux te voir ! Maintenant !

Adam n’eut pas le temps de lui dire de garder le téléphone près de lui que celui-ci l’avait déjà éloigné pour allumer l’ordinateur. Quand l’image de son petit ami apparut devant ses yeux, il caressa du bout de ses doigts tremblants le contour du visage sur l’écran. Maxence était là, les cheveux bruns en pagailles et le regard brillant. Il aurait voulu murmurer quelque chose, mais sa gorge se noua en même temps que des larmes glissèrent le long de ses joues.

— Adam ? chuchota la voix inquiète de Maxence. Tu me fais peur. Qu’est-ce que tu as ? S’il te plaît, parle-moi…

Maxence qui paniqua écouta avec impuissance les sanglots d’Adam. Il était si terrifié par son comportement qu’il se leva rapidement pour prévenir sa mère.

— M’man ! M’man ! hurla-t-il au pas de sa porte.

Cette dernière le rejoignit précipitamment et prit le téléphone.

— Qu’est-ce que tu as mon chéri ? demanda-t-elle d’une voix tremblante. Tu veux que papa vienne te chercher ? Je ne veux pas que tu prennes la voiture dans cet état…

Maxence regarda Adam hocher la tête et celui-ci demanda à lui reparler.

— Tiens Max, murmura sa mère, je vais demander à papa d’aller le chercher…

— On peut se parler par Messenger, bafouilla-t-il lorsqu’il se retrouva seul.

— Non ! hurla Adam qui tapa du poing sur le bureau en le faisant sursauter. Je veux que tu me parles…

Maxence eut du mal à retenir ses larmes devant l’image d’Adam qui lui déchirait le cœur.

— Est-ce. Que c’est à. Cause de moi ? bafouilla-t-il. Je te demande pardon, Adam…

— Non, ce. N’est pas toi, mon cœur…

— Pardon, pleura-t-il la voix hachée, pour ce que. Je t’ai. Dit hier. Je ne le. Pensais pas.

Il renifla en silence, se contentant d’observer Adam qui le couvait d’un regard attendri. Comment avait-il pu croire un instant que celui-ci l’avait trompé ? Maxence avait beau ne pas savoir lire dans les yeux, il aurait dû se fier à son cœur. Les hormones avaient plutôt tendance à voir le mal partout.

— Adam ? Tu me. Fais peur, murmura-t-il en se mouchant.

— Maxence ?

— Oui.

— Mais encore ?

Maxence sourit en écoutant sa phrase favorite.

— J’aime quand tu es avec moi, que tu ne regardes que moi…

— Mais encore ?

— J’aime quand tu m’embrasses, quand tu me demandes de te serrer très fort…

— Mais encore ?

— J’aime quand tu me souris, quand tu me dis des mots doux…

 

Ils continuèrent ainsi jusqu’à ce que Maxence entende M. Pratier entrer dans la chambre. Pour la première fois depuis très longtemps, il vit Adam se jeter dans les bras de son père, sanglotant à chaudes larmes. Quelques instants plus tard, M. Pratier l’intima de s’habiller, chose qu’il fit très vite puis, avant de quitter la pièce, Adam lui envoya un baiser et lui demanda de rester en ligne.

— Tu es sûr ? Tu vas exploser ton forfait…

— Ce n’est pas grave, je veux t’entendre…

— Je te dépose, avertit la voix de M. Pratier, et je veux que tu restes au lit, tu nous expliqueras ça ce soir, d’accord ?

Maxence, la gorge nouée, tremblait sur sa chaise et continuait à frissonner. Le trajet fut silencieux. Il l’accompagna tout du long, même s’il ne lui parla pas. Sa respiration sembla l’apaiser. Au bout d’une heure, il raccrocha sur ordre de leur père et, bien qu’il fût paniqué, il patienta en tournant en rond dans le salon, en compagnie de sa mère.

Ce ne fut que deux heures plus tard qu’Adam franchit la porte d’entrée. Celui-ci se précipita dans ses bras et le serra très fort tout contre lui. Maxence, les yeux brillants, regarda les parents qui l’autorisèrent à rester l’après-midi à la maison.

Dès que ces derniers s’en allèrent travailler après s’être assuré que tout irait bien, il écouta à nouveau Adam sangloter sur son épaule. Il voulut s’écarter, mais au lieu de cela, l’aîné resserra son étreinte et lui demanda :

— Mais encore ?

— Je t’aime, révéla-t-il bouleversé.

— Je t’aime Max, je t’aime tellement…

Sa voix brisée le transperça. Elle était si pleine de désespoir qu’il regrettait tout ce qu’il avait pu lui dire.

— Pardon, marmonna-t-il, je…

Maxence n’eut pas le temps de finir qu’une main s’agrippa à sa taille et la seconde sur sa nuque, le corps d’Adam le plaquant sauvagement contre le mur.

— Ad…

Les lèvres au goût de perles salées d’Adam se firent plus violentes contre les siennes, le faisant frissonner de toutes parts. Ses baisers étaient plus agressifs et plus pressants. L’entrejambe d’Adam se frotta audacieusement contre son bassin et Maxence gémit. Il ne pouvait même plus parler tant celui-ci dévorait littéralement sa bouche. La peur et le plaisir le submergèrent. Jamais il ne l’avait vu dans cet état. Les mains d’Adam le caressaient avec autant de douceur que de brutalité.

Adam était resté terrifié tout le long du trajet. La vue de Maxence qui se tenait à l’entrée aurait pu être aussi un rêve et dès qu’il avait pu le sentir contre lui, son cœur avait explosé. Maxence n’était pas mort. Il était là, à la maison et en vie. Il n’avait pas attendu que ses parents s’en aillent pour se jeter corps et âme sur lui. Il avait ce besoin irrépressible d’embrasser sa bouche, de sentir son odeur et de toucher sa peau. Il désirait avant tout consoler et rassurer ses sens.

Maxence, pantelant, regarda Adam déchirer sa chemise de pyjama puis ses mains vinrent se poser le long de son dos. Son torse se colla au sien pendant que des lèvres goûtèrent son cou. Ses membres tremblaient et son cœur cognait fort dans sa poitrine. À travers ces gestes, il sentait qu’Adam était diffèrent. Ces mains et son corps paraissaient chercher des réponses, comme s’il avait disparu de sa vie. Son souffle se saccada, sa peau contre la sienne sembla se fondre en lui et sa virilité fut aussi dure que celle d’Adam. Le bassin de celui-ci se frotta contre lui, l’emportant dans les méandres d’un tourbillon de plaisir.

— Oh, mon Dieu, Adam ! cria-t-il subitement en empoignant fermement les fesses de son petit ami.

Maxence n’en pouvait plus. Il y avait trop de sensations qui le submergeaient à la fois. Amour. Frisson. Peur. Excitation. Sa peau entière semblait se consumer de l’intérieur, faisant papillonner son cœur de haut en bas. Au bord de l’explosion, il inclina son visage et approcha ses lèvres tremblantes d’une oreille d’Adam.

— Je t’aime.

Ce dernier, pantelant, répondit en l’embrassant avec passion puis, le corps crispé d’envie, entre deux respirations vacillantes, il murmura son nom. C’était un prénom qu’Adam chérissait depuis trop longtemps et ses lèvres le dévoilaient avec sensualité. L’un contre l’autre, d’une certaine manière, ils ne faisaient plus qu’un. Maxence était sa flamme et lui, il était la mèche d’une bougie qui avait besoin d’être attisée par son amour. Il y avait tant de volupté dans leurs mouvements et tant de désir dans leurs regards embrasés qu’ils finirent par jouir.

 

Trente minutes plus tard, ils avaient rapidement pris une douche. Maintenant, Maxence qui avait réchauffé le repas que leur mère avait préparé rejoignait Adam dans sa chambre. Ce dernier était sur le lit et ne le lâchait pas du regard. Maxence s’allongea derrière lui, collant son torse à son dos et glissa un bras autour de sa taille. Habituellement, c’était Adam qui le serrait de cette façon, mais cette fois-ci, il voulait le réconforter.

— Tu ne veux pas qu’on se couvre ? demanda-t-il.

Adam se tourna vers lui et plia ses bras entre leurs torses. Son visage l’inquiétait. C’était étrange comme celui-ci paraissait si fragile d’un seul coup. Il était sûr que c’était de sa faute. S’il n’était pas allé le voir peut-être que rien de tout cela ne serait arrivé.

— Dis-moi ce qu’il y a ? Tu me fais peur, Adam.

Son cœur se brisa lorsqu’il aperçut de nouvelles larmes aux coins de ses yeux.

— J’ai fait. Un cauchemar, souffla-t-il en sanglotant.

Quel qu’il soit, il devait être perturbant pour le mettre dans cet état.

— Je suis là, murmura-t-il en le gardant contre lui.

— Serre-moi encore plus fort, le supplia-t-il. Je t’aime Maxence.

— Je ne saurais pas te dire combien je t’aime, répondit-il la gorge nouée par ces mots, mais je sais que je ne vis plus quand tu n’es pas là. J’ai toujours besoin de te voir, de te sentir, de te toucher. J’ai tout simplement envie que tu sois à mes côtés. C’est égoïste, je le sais…

— Non, soit égoïste, lui chuchota-t-il en fermant les yeux.

 

 

Adam se réveilla en sentant une main lui caresser le dos. Il leva son regard et croisa celui de son cadet. Un sourire s’afficha sur son doux visage pendant qu’il lui réitérait ses mots d’amours.

Maxence s’accouda et le contempla. Il réalisa, malgré son jeune âge, qu’à deux, ils étaient plus forts. Quand l’un tombe, le second le relève. À cette pensée, il regretta de lui avoir hurlé dessus. Il le désirait tellement auprès de lui que toutes les personnes qui se mettaient entre eux le rendaient horriblement jaloux. Cela était normal, mais le comportement d’Adam ne l’était pas. Même s’il tentait de lui demander ce qui l’avait autant agité, il savait qu’il n’aurait pas de réponse. Alors, pour l’instant, il voulait lui montrer qu’il était là pour lui.

 

Maxence retourna en cours pendant qu’Adam resta à la maison. Ce dernier profita de son absence pour sortir son journal et le trouva curieusement bien plus épais. Il l’ouvrit et ne put s’empêcher de relire le mot de Maxence. C’était comme une révélation parce que celui-ci écrivait toujours « à mon frère que j’aime ». En y réfléchissant un peu, Maxence lui avait offert ce grimoire l’année où son cœur avait grandi. Pourtant une chose le chiffonnait : comment pouvait-il lire le même mot que dans son rêve ? Avec toutes ces émotions, il préféra laisser cela de côté et décida d’oublier ce cauchemar.

 

20 / 11 / 2009

J’en aurais des choses à te dire mais je crois que parfois, il vaut mieux éviter de les noter quelque part, surtout si cela ne sert à rien. Je suis à la maison et Maxence est en cours. Je profite de son absence pour te dire que je sais qu’il m’aime… j’ai envie de lui montrer combien je l’aime, combien je le désire, combien je ne veux que lui…

Je dois admettre que des fois, Maxence paraît bien plus mature que moi. Enfin des fois quand il ne fait pas l’enfant et pourtant, quelle que soit sa manière d’être, c’est lui que j’aime. Il a été compréhensif avec moi, doux, attentionné. Finalement, j’ai beaucoup de chance… Bon, je vais tenter de nous préparer une soirée pour demain soir, et en amoureux, enfin si les parents veulent bien nous laisser seuls… A.P.

☆☆☆

 

Adam partit en ville l’après-midi et se trouva étonnamment attiré par un magasin qui portait le même nom que son journal.

— Bonjour jeune homme, vous désirez ? lui demanda le vendeur.

— Je cherche des bougies d’ambiance, s’il vous plaît.

Il le suivit dans les rayons et fut certain de l’avoir déjà rencontré. Une fois qu’il finit de les choisir, il alla en caisse sans parvenir à le remettre. Il se dit que ce ne devait pas être important, puis son regard s’attarda sur des cartes de visite où étaient inscrits « Grimoire de l’intersection ».

— Aimez-vous ce nom ? le questionna le vieil homme.

— Vous êtes ouvert depuis longtemps ? demanda-t-il tout en hochant la tête.

— Oui.

Adam qui était passé des années devant cette boutique était sûr qu’elle était fermée au public.

— Je pense que vous pourrez dire à Maxence qu’il a su trouver son point, lui chuchota le vendeur.

Son cœur rata un battement et sa poitrine frissonna. L’étrange vieil homme sourit en lui tendant son paquet. Adam le remercia et allait partir quand ce dernier ajouta :

— Passez donc me voir ensemble tous les deux un jour et, passez une bonne soirée.

À la fois intrigué et étonné, Adam sourit et rentra chez lui.

☆☆☆

 

Le lendemain après-midi, Maxence était à la maison et Adam se promenait avec leur mère. Ils avaient tous les deux besoin de discuter un peu de ce qui s’était passé. Il regarda la télé un moment, puis ce ne fut qu’en entrant dans la cuisine qu’il entendit le bruit d’une bouteille percuter le sol dans une des chambres voisines. Sachant qui ne devait rester que M. Pratier, il prit une profonde respiration avant de frapper à sa porte.

Maxence ne savait jamais quoi penser de cet homme. Il ne le détestait pas. Il était un peu comme Adam : insaisissable. Comme il n’obtint aucune réponse, il pénétra dans la pièce et jeta un regard circulaire. Il eut un pincement au cœur en apercevant son père adoptif recroquevillé et endormi sur le lit, des papiers serrés aux creux de ses mains. Il s’avança prudemment et voulut le recouvrir. À ce geste, les feuilles tombèrent par terre. Il les ramassa et réalisa que cela était de vieilles lettres. Il n’était pas curieux de nature, mais une petite voix lui disait qu’il devait les lire. Lire pour comprendre qui était M. Pratier.

 

Porthos,

Je suis désolé d’être aussi lâche pour te quitter de cette manière. Ne me déteste pas. Dès le premier jour de notre rencontre, tu m’as protégé. Tu m’as tellement aidé à devenir celui que je suis, que j’ai honte de t’abandonner, mais tu me connais assez pour comprendre la raison de ma fuite. J’ai peur. Peur de ce que Molière a dit. Peur pour nos enfants à venir. Peur qu’un jour notre passé nous rattrape même si ce n’était pas de notre faute.

Veille sur D’Artagnan. Moi, je pars faire ma vie avec Mélanie, loin de toute cette histoire. Il fallait que je parte. Il fallait que je m’éloigne. Puis, ce n’était seulement pas le bon moment pour nous. Hugo ne me déteste pas pour ne pas t’avoir dit au revoir. Tu m’aurais convaincu de rester et j’aurai sûrement cédé.

Tu sais ce que j’aurais souhaité, mais comment faire avec tout ce que nous avons vu ? ! Comment faire pour se reconstruire après ça ? La mort de Molière a fait basculer nos vies ! Ça m’a tellement bouleversé que mes membres en tremblent encore ! Dis-moi que j’ai eu raison ! Dis-moi que tu ne me détesteras pas ! Je ne le supporterais pas ! Pardonne-moi de te laisser.

De notre groupe, tu étais et es toujours le plus fort. J’aurais tant aimé te rencontrer dans d’autres circonstances ou, peut-être, n’était-ce pas le bon moment ? Peut-être, nous verrons-nous dans une autre vie ?

Moi, je ne garderais de toi que notre unique soirée au bord du lac.

Je t’aime.

Ton Aramis.

 

À la fin de la lecture, ses yeux tombèrent sur une photo et se brouillèrent. C’était son père, Anthony, qui tenait fermement celui d’Adam par le cou. Ces derniers devaient être aussi jeunes que lui et il était évident qu’ils tenaient l’un à l’autre. Maxence renifla et s’essuya les joues. Il ressemblait énormément à son père. Il jeta un regard à M. Pratier qui souriait au milieu de ses rêves et il déplia une autre lettre.

 

Salut Hugo,

Je ne vois pas d’autres manières que de commencer par : Si tu reçois cette lettre, c’est que je ne serais plus de ce monde. […][1]

Voilà mon ami, nos chemins se séparent ici et, comme le dirait Gabriel, il y a des intersections qui se finissent pour en créer d’autre.

Merci de m’avoir protégé, merci d’avoir été mon meilleur ami.

Anthony Mallet.

 

Son cœur palpita. C’était la même écriture. Il savait par sa mère adoptive que son père avait fait partie d’une bande d’amis appelée les trois mousquetaires. Si Anthony portait le nom d’Aramis, alors Hugo devait être Porthos.

— Tu me manques Anthony, murmura la voix ensommeillé de ce dernier.

Maxence n’osa plus bougé et Hugo roula à son opposé, une carte glissant sur le sol.

[1] Lettre du prologue

 

Chapitre 11 – Ensemble

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